Évolution du marché : Trousses de voyage (CN 9605) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 9605 couvre les assortiments de voyage destinés à la toilette personnelle, à la couture ou au nettoyage des chaussures et des vêtements (à l'exclusion des trousses de manucure). Ce marché, alimenté par la demande touristique, la mobilité internationale et les achats promotionnels, a connu des transformations profondes entre 2015 et 2025. Le présent rapport s'appuie sur les données douanières de l'Union européenne échangées avec les pays tiers sur la période 2015–2025 pour analyser l'évolution des flux commerciaux, la géographie des échanges et les nouvelles vulnérabilités structurelles du marché européen.
En savoir plus sur le périmètre et les définitions du code 9605
1. Une expansion commerciale vigoureuse masquant un déficit structurel
1.1 Les échanges ont fortement progressé en valeur sur la décennie
Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'UE en trousses de voyage (CN 9605) avec les pays tiers a connu une croissance remarquable. Les exportations ont été multipliées par plus de 2,5, passant de 5,98 M€ à 15,51 M€ (+159,3 %), tandis que les importations ont progressé de 52,0 %, passant de 26,65 M€ à 40,53 M€.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 5,98 | 15,51 | +159,3 |
| Importations (M€) | 26,65 | 40,53 | +52,0 |
| Solde commercial (M€) | −20,67 | −25,02 | −21,0 |
1.2 Des dynamiques de volume et de prix nettement divergentes
La hausse des exportations s'explique moins par une augmentation des volumes que par une forte revalorisation des prix. Les quantités exportées n'ont progressé que de 27,9 % (de 1 231 à 1 575 tonnes), tandis que le prix moyen à l'exportation a doublé, passant de 4 858 €/t à 9 845 €/t (+102,7 %). À l'inverse, les importations ont progressé tant en volume (+38,6 %) qu'en prix (+9,7 %), ce qui traduit un approvisionnement en produits à valeur unitaire relativement stable.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Quantités exportées (t) | 1 231 | 1 575 | +27,9 |
| Prix moyen export (€/t) | 4 858 | 9 845 | +102,7 |
| Quantités importées (t) | 3 019 | 4 185 | +38,6 |
| Prix moyen import (€/t) | 8 827 | 9 682 | +9,7 |
Ce rétrécissement de l'écart de prix entre importations et exportations — le prix export est désormais supérieur au prix import — suggère que l'UE exporte désormais des trousses de voyage à plus forte valeur ajoutée ou, plus vraisemblablement, réexporte des produits importés sous forme assemblée ou différenciée.
1.3 Un déficit qui se creuse et une dépendance nette qui double
Malgré la forte croissance des exportations, le déficit commercial de l'UE s'est élargi de 21,0 %, passant de −20,67 M€ à −25,02 M€, avec un point bas historique à −25,43 M€. Le ratio de dépendance nette aux importations a quant à lui doublé, passant de 46,4 % à 93,8 %, ce qui signifie qu'en 2025 la quasi-totalité de la consommation européenne de trousses de voyage est d'origine importée. Parallèlement, l'intensité commerciale est passée de 60,1 % à 136,5 %, confirmant que le poids du commerce extérieur dans ce secteur a considérablement augmenté.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | 46,4 | 93,8 | +102,3 |
| Intensité commerciale (%) | 60,1 | 136,5 | +127,0 |
Indicateur de dépendance nette aux importations
2. La domination chinoise s'intensifie au détriment des fournisseurs traditionnels
2.1 La Chine concentre plus de 82 % des importations européennes
La Chine est de loin le premier fournisseur de l'UE en trousses de voyage, et sa part de marché n'a cessé de croître. Les importations en provenance de Chine sont passées de 19,81 M€ à 33,43 M€ (+68,8 %), représentant désormais 82,5 % de l'ensemble des importations de l'UE (contre 74,3 % en 2015). Par ailleurs, la Chine constitue la source d'approvisionnement la plus stable de l'UE, avec un coefficient de variation de seulement 0,25 sur la période, signe d'un flux régulier et prévisible.
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Part 2025 (%) | Variation (%) |
|---|---|---|---|---|
| Chine | 19,81 | 33,43 | 82,5 | +68,8 |
| Cambodge | 0,00 | 3,78 | 9,3 | n/a |
| Royaume-Uni | 4,80 | 0,70 | 1,7 | −85,5 |
| États-Unis | 0,65 | 0,60 | 1,5 | −8,2 |
| Mexique | 0,01 | 0,52 | 1,3 | +3 805 |
| Hong Kong | 0,72 | 0,08 | 0,2 | −88,4 |
| Turquie | 0,08 | 0,11 | 0,3 | +42,9 |
Principaux partenaires à l'importation
2.2 L'effondrement des fournisseurs historiques et l'émergence de nouveaux circuits
Le Brexit a profondément reconfiguré les flux d'importation comptabilisés dans les échanges avec les pays tiers. Les importations en provenance du Royaume-Uni se sont effondrées de 4,80 M€ à 0,70 M€ (−85,5 %), le Royaume-Uni passant de deuxième à quatrième fournisseur. De même, les importations de Hong Kong ont chuté de 88,4 %, reflétant à la fois la rétrocession de ce territoire à la Chine et la redirection des flux vers le continent.
À l'inverse, de nouveaux circuits se sont ouverts :
- Le Cambodge est apparu comme le deuxième fournisseur de l'UE avec 3,78 M€ en 2025, à peine 10 ans après des échanges quasi inexistants (15 € en 2015).
- Le Mexique a connu une progression spectaculaire (+3 805 %), atteignant 0,52 M€.
- La Turquie a poursuivi une croissance régulière (+42,9 %).
Cette diversification géographique demeure toutefois marginale face à l'hégémonie chinoise, et les coefficients de variation élevés de ces fournisseurs alternatifs (Cambodge : 1,63 ; Mexique : 1,73 ; Turquie : 0,97) témoignent d'une forte irrégularité des flux.
2.3 Une concentration accrue des sources d'approvisionnement
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a progressé de 20,7 % en valeur (de 5 887 à 7 103) et de 33,0 % en volume (de 6 154 à 8 184), confirmant une dépendance croissante vis-à-vis d'un nombre réduit de fournisseurs, et en premier lieu la Chine.
| HHI importations | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| En valeur | 5 887 | 7 103 | +20,7 |
| En volume | 6 154 | 8 184 | +33,0 |
À titre de comparaison, l'indice HHI des exportations est resté faible et relativement stable en valeur (de 880 à 941), signe que les débouchés à l'exportation restent diversifiés, bien que les volumes se soient concentrés sur un nombre réduit de destinations (HHI volume : de 4 384 à 903, soit −79,4 %).
3. Reconfiguration intra-européenne, production en repli et vulnérabilités émergentes
3.1 Les Pays-Bas s'imposent comme la plaque tournante du commerce européen
Au sein de l'UE, les flux commerciaux se sont concentrés autour des Pays-Bas, devenus à la fois le premier importateur (10,62 M€, +178 %) et le premier exportateur (4,69 M€, +1 561 %) de trousses de voyage vers les pays tiers. Cette double progression exceptionnelle reflète le rôle de hub logistique et de réexportation du port de Rotterdam.
| État membre | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Var. (%) |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 3,82 | 10,62 | +178,2 |
| France | 3,01 | 6,40 | +112,6 |
| Espagne | 1,73 | 4,65 | +168,5 |
| Allemagne | 6,47 | 3,09 | −52,2 |
| Belgique | 3,15 | 2,59 | −17,8 |
| Italie | 2,74 | 2,05 | −25,1 |
| Pologne | 0,70 | 1,90 | +172,1 |
| État membre | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Var. (%) |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 0,28 | 4,69 | +1 560,8 |
| Espagne | 1,57 | 2,73 | +73,8 |
| Tchéquie | 0,23 | 2,22 | +885,3 |
| Italie | 0,80 | 1,25 | +55,7 |
| France | 0,44 | 1,21 | +173,4 |
| Allemagne | 1,27 | 0,94 | −25,9 |
| Belgique | 0,51 | 0,80 | +58,5 |
Principaux États membres à l'importation
Principaux États membres à l'exportation
L'Allemagne, premier importateur en 2015, a vu ses importations reculer de 52,2 % et ses exportations de 25,9 %, perdant son rôle central dans ce secteur. La Tchéquie (+885 %) et la France (+173 %) ont en revanche émergé comme exportateurs de premier plan. En 2025, la Lituanie affiche le plus fort indice d'avantage comparatif révélé normalisé (RSCA = 0,83) de l'UE, avec un RCA de 10,5, bien que sa part dans les échanges totaux reste modeste (6,5 % de la production).
Spécialisation des États membres
3.2 Une production européenne dont l'effondrement de la valeur traduit une délocalisation rampante
Les données de production (Prodcom 15.12.12.70) révèlent une transformation radicale de l'appareil productif européen. Si les quantités produites ont progressé de 996 780 à 1 800 000 pièces (+80,6 %), la valeur de production s'est effondrée de 18,25 M€ à 1,50 M€ (−91,8 %). La valeur unitaire de production est ainsi passée d'environ 18,3 €/pièce à moins de 1 €/pièce, ce qui suggère que la production européenne s'est repositionnée sur des opérations de faible valeur ajoutée (assemblage, conditionnement) à partir de composants importés.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Production (pièces) | 996 780 | 1 800 000 | +80,6 |
| Valeur de production (M€) | 18,25 | 1,50 | −91,8 |
| Valeur unitaire estimée (€/pièce) | ~18,3 | ~0,8 | −95,6 |
Le taux de propension à l'exportation — rapport des exportations à la production — est passé de 18,4 % à 1 085 %, signe que les exportations européennes excèdent massivement la production locale. Ce phénomène caractéristique de la réexportation de produits importés confirme le rôle de plus en plus transitif de l'UE dans ce secteur : importer des trousses de voyage assemblées en Asie, les conditionner ou les assembler partiellement en Europe, puis les réexporter vers des marchés tiers.
3.3 Des exportations redirigées vers des marchés fragiles et à forte volatilité
La géographie des exportations européennes de trousses de voyage a radicalement changé. Si le Royaume-Uni reste le premier client de l'UE (2,28 M€, +82,3 %), les destinations à plus forte croissance sont des pays en situation de crise humanitaire ou de reconstruction :
| Destination | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Afghanistan | 0,00 | 2,42 | +1 234 797 |
| Royaume-Uni | 1,25 | 2,28 | +82,3 |
| Soudan | 0,13 | 0,34 | +160,7 |
| Liban | 0,02 | 0,33 | +1 288 |
| Éthiopie | 0,00 | 0,25 | +14 427 |
| Ukraine | 0,08 | 0,15 | +77,5 |
| Syrie | 0,80 | 0,00 | −99,9 |
Principaux partenaires à l'exportation
Les exportations vers l'Afghanistan sont passées de 196 € à 2,42 M€, s'expliquant très probablement par des programmes d'aide humanitaire et de reconstruction. Les chocs de prix détectés confirment le caractère exceptionnel de certains flux : en 2021, un pic de prix vers la Libye (+732 %) et le Liban (+513 %) a été enregistré. La volatilité des exportations est particulièrement élevée vers l'Afghanistan (CV = 2,36), l'Irak (CV = 2,33) et le Liban (CV = 2,15), ce qui confirme le caractère conjoncturel et non commercial de ces débouchés.
À l'inverse, les exportations vers la Syrie se sont effondrées (−99,9 %), illustrant l'impact durable du conflit sur les capacités d'importation du pays.
Conclusion
Le marché européen des trousses de voyage (CN 9605) a connu, entre 2015 et 2025, une double transformation qui en a profondément modifié la structure. D'une part, les importations se sont concentrées autour de la Chine, qui fournit désormais plus de 82 % des approvisionnements, tandis que les fournisseurs historiques comme le Royaume-Uni et Hong Kong ont vu leur part s'effondrer. D'autre part, les exportations européennes ont fortement progressé en valeur, tirées par une hausse des prix unitaires et une redirection vers des marchés fragiles — Afghanistan, Liban, Soudan — vraisemblablement alimentés par des flux d'aide humanitaire.
La conséquence majeure de cette évolution est l'émergence de vulnérabilités structurelles. La dépendance nette aux importations a doublé pour atteindre près de 94 %, l'indice de concentration des fournisseurs s'est alourdi de plus de 20 %, et la production européenne, bien qu'en hausse en volume, a perdu plus de 90 % de sa valeur — signe d'un appareil productif repositionné sur des activités à très faible valeur ajoutée. Le taux de propension à l'exportation, qui dépasse désormais 1 000 % de la production, confirme que l'UE fonctionne essentiellement comme une plateforme de transit et de réexportation. Les Pays-Bas se sont imposés comme la plaque tournante de ce commerce, combinant des fonctions d'importation, de conditionnement et de réexpédition.
L'Union européenne apparaît ainsi de plus en plus dépendante d'un modèle d'approvisionnement oligopolistique centré sur la Chine, tout en orientant ses exportations vers des marchés dont la demande est par nature volatile et non récurrente. Toute perturbation sur l'axe sino-européen — qu'elle soit logistique, commerciale ou géopolitique — constituerait un risque significatif pour l'approvisionnement du marché intérieur en trousses de voyage.