Évolution du marché : Matières dures animales (CN 9601) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges extérieurs de l'Union européenne pour les matières dures d'origine animale (code NC 9601) entre 2015 et 2025. Cette catégorie, qui englobe l'ivoire, l'os, l'écaille de tortue, la corne, le bois animal, le corail, la nacre et leurs ouvrages, a connu des transformations structurelles profondes. L'examen des données disponibles ici révèle un basculement de l'UE de sa position d'exportateur net à celle d'importateur net, une évolution des prix radicalement différente selon le sens du commerce, et une reconfiguration profonde des relations commerciales et de la production intérieure.
1. Un renversement spectaculaire de la balance commerciale
La période 2015-2025 est marquée par un effondrement des exportations de l'UE et une dynamique contraire des importations, conduisant à un déficit commercial structurel.
1.1. Un effondrement des exportations en valeur
Les exportations de l'UE vers le reste du monde pour le code 9601 ont chuté de manière significative. En valeur, elles sont passées de 25,4 millions d'euros en 2015 à 10,0 millions d'euros en 2025, soit un recul de 60,5 %. Cette baisse s'est produite malgré une relative stabilité des volumes exportés (hausse de 7,1 %), ce qui traduit un effondrement des prix unitaires à l'exportation de 63,1 % (de 110 540 €/t à 40 830 €/t).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportée (M€) | 25,4 | 10,0 | -60,5 % |
| Quantité exportée (t) | 228,4 | 244,7 | +7,1 % |
| Prix moyen export (€/t) | 110 540 | 40 830 | -63,1 % |
1.2. Des importations en valeur à la hausse et en volume en repli
À l'inverse, la valeur des importations de l'UE a augmenté de 25,4 %, passant de 20,0 à 25,0 M€. Cette hausse a été tirée par une forte inflation des prix à l'importation (+158,6 %), alors que les volumes importés ont été divisés par deux (-51,8 %). L'UE importe donc moins de marchandises mais à un prix bien plus élevé.
1.3. Le passage d'un excédent à un déficit commercial marqué
Le solde commercial de l'UE pour cette nomenclature s'est profondément détérioré. Il est passé d'un excédent de +5,4 M€ en 2015 à un déficit de -15,0 M€ en 2025. Le taux de dépendance aux importations nettes a ainsi bondi de 19 % à près de 45 %, confirmant une vulnérabilité accrue.
2. Une structure de marché transformée par l'effondrement de la production et la dominance des matières non ivoiriennes
La dynamique commerciale s'explique par un changement radical de la production intérieure de l'UE et par la composition spécifique des produits échangés.
2.1. L'ivoire (960110) : un segment marginal et volatil dans les échanges
L'ivoire travaillé (code 960110) représente une fraction infime des échanges de l'UE. En 2025, il ne comptait que pour 2,85 tonnes des importations (0,4 % du total en poids) et 28,3 tonnes des exportations (10 % du total en poids). Les prix de cette sous-catégorie sont extrêmement volatils et sans tendance claire, reflétant sans doute des transactions ponctuelles et un marché très contraint par les régulations (CITES).
2.2. Les autres matières animales (960190) : le cœur du marché
L'immense majorité des échanges concerne le code 960190, qui exclut l'ivoire. En 2025, ce segment représentait 99,6 % des importations en poids (801 tonnes) et 90 % des exportations (216 tonnes). C'est pour ce segment que les dynamiques de prix décrites précédemment s'observent le plus nettement : +156 % pour les prix à l'importation entre 2015 et 2025, tandis que les prix à l'exportation ont chuté de 58 %.
2.3. L'effondrement de la production intérieure de l'UE
La transformation du solde commercial est directement liée à l'effondrement de la production de l'UE. La production déclarée (code Prodcom 32.99.59.30) a chuté de 75 % en valeur (de 80 M€ à 20 M€) et de 86,5 % en volume (de 4 000 tonnes à 540 tonnes) entre la période de référence et 2025. Cette chute vertigineuse a forcé l'UE à accroître ses importations pour compenser la demande intérieure, expliquant la hausse des prix à l'importation et le creusement du déficit.
3. Une volatilité marquée et une concentration géographique accrue
Les échanges de l'UE pour cette nomenclature se caractérisent par une forte instabilité des prix et une dépendance croissante vis-à-vis d'un nombre restreint de partenaires.
3.1. Des chocs de prix export significatifs vers certaines destinations
L'analyse révèle des chocs de prix export importants. Le plus marquant est une hausse de prix extraordinaire vers Taïwan en 2021 (+1 097 % d'aberration par rapport à la normale). Des pics importants ont aussi été observés vers Hong Kong (2019) et le Viêt Nam (2021). Ces événements peuvent refléter des réexpéditions, des ventes de produits à très haute valeur ajoutée ou des ruptures d'approvisionnement sur ces marchés spécifiques.
3.2. Une concentration géographique des partenaires en hausse pour les importations
La structure des partenaires commerciaux s'est resserrée. L'indice HHI de concentration des importations a augmenté de 36 %, indiquant une dépendance accrue vis-à-vis de fournisseurs clés. L'Inde (19 % des importations), les Philippines (7 %) et la Chine (14 %) sont les principaux partenaires. La chute des importations des Fidji (-100 %) illustre la volatilité de certains petits fournisseurs.
3.3. Une spécialisation disparate et un redéploiement des exportations UE
Au sein de l'UE, la spécialisation est très inégale. La Hongrie et la Slovaquie affichent un avantage comparatif révélé (RSCA) très élevé (0,63 et 0,58), bien que leur part dans la production totale soit modeste. Les exportations de l'UE se reconfigurent : alors que Hong Kong était la première destination en 2015 (9,7 M€, 38 % des exportations), son importance a fondu (-75 %). Les États-Unis sont devenus le premier client (2,3 M€, +92 %), suivis de la Suisse. Cette reconfiguration vers des marchés moins concentrés (baisse de l'HHI export de 22 %) suggère une adaptation aux nouvelles régulations et aux flux commerciaux.
Conclusion
Le marché européen des matières dures animales (NC 9601) a subi une reconfiguration profonde entre 2015 et 2025. Le trait dominant est le passage d'une position d'exportateur net à celle d'importateur net, conséquence directe de l'effondrement de la production industrielle de l'UE dans ce secteur (-75 % en valeur). Ce basculement a conduit à une forte inflation des prix à l'importation (+159 %), tandis que les prix à l'exportation ont chuté de 63 %, créant un écart de prix (spread) croissant qui reflète la différence de valeur ajoutée entre les produits importés et ceux réexportés. Le marché est désormais caractérisé par une forte dépendance envers quelques fournisseurs d'Asie et du Pacifique, une volatilité significative des prix sur certaines routes commerciales, et une concentration des exportations vers les États-Unis et la Suisse. Cette évolution structurelle pose des défis en termes de sécurité d'approvisionnement et de compétitivité de l'industrie européenne de transformation de ces matières.