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Évolution du marché : Crayons et craies (CN 9609) — 2015–2025

Introduction

Le code CN 9609 couvre les crayons (hors ceux du n° 9608), mines, pastels, fusains, craies à écrire ou à dessiner et craies de tailleurs. Ce marché, a priori modeste, constitue un observatoire pertinent des dynamiques de compétitivité et de dépendance extérieure de l'Union européenne. Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'UE sur ce produit a connu une transformation profonde : les importations ont progressé en valeur comme en volume, tandis que les exportations ont reculé en valeur, creusant un déficit commercial désormais structurel. Parallèlement, la production européenne a connu un effondrement quantitatif remarquable, et la géographie des échanges s'est sensiblement reconfigurée. Ce rapport analyse ces évolutions en trois volets complémentaires.


1. Un déficit commercial en creusement continu, porté par la dynamique des prix

1.1. Le déficit de l'UE est passé de −30,8 M€ à −69,8 M€ sur la période

L'Union européenne affichait en 2015 un déficit commercial de −30,8 millions d'euros vis-à-vis des pays tiers. En 2025, ce déficit atteint −69,8 millions d'euros, soit une détérioration de −126,7 %. Le point le plus bas a été atteint en 2022 (−100,2 M€), avant un léger rebond partiel. Cette trajectoire traduit une perte progressive de compétitivité extérieure du secteur européen.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (valeur) 125,2 M€ 108,0 M€ −13,7 %
Importations (valeur) 156,0 M€ 177,8 M€ +14,0 %
Solde commercial −30,8 M€ −69,8 M€ −126,7 %

1.2. La divergence des trajectoires de prix explique l'essentiel du creusement

Le volume des exportations de l'UE a légèrement progressé (+3,0 %, passant de 12 521 à 12 902 tonnes), ce qui aurait dû théoriquement soutenir les recettes. Or, la valeur exportée a reculé de 13,7 %, ce qui s'explique par une chute des prix à l'exportation de −16,3 % (de 10 001 €/t à 8 370 €/t). À l'inverse, les importations ont crû à la fois en volume (+23,4 %) et de manière plus modérée en valeur (+14,0 %), les prix à l'importation ne baissant que de −7,6 %. Les exportateurs européens ont donc subi une érosion tarifaire plus forte que celle des fournisseurs tiers, accentuant le déséquilibre.

1.3. La dépendance nette aux importations a été multipliée par quatre

L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de 7,9 % en 2015 à 31,6 % en 2025 (+302,9 %). À son point culminant en 2023, il atteignait même 40,5 %. Ce niveau de dépendance, combiné à une intensité commerciale en hausse de 69,5 % à 80,6 %, signifie que l'économie européenne de la craie et du crayon est de plus en plus tournée vers les échanges extérieurs, mais dans une position structurellement déficitaire.


2. La domination chinoise et la reconfiguration géographique des partenaires

2.1. La Chine concentre une part croissante des importations de l'UE

Les importations en provenance de Chine sont passées de 107,2 M€ en 2015 à 136,8 M€ en 2025 (+27,6 %), avec un pic à 172,1 M€ en 2022. En 2025, la Chine représente à elle seule plus des trois quarts de la valeur totale des importations de l'UE (136,8 M€ sur 177,8 M€). L'Indice de Herfindahl-Hirschman (HHI des importations) est passé de 4 839 à 6 093 (+25,9 %), confirmant une concentration accrue sur un nombre réduit de fournisseurs, la Chine dominant largement. Un choc de prix chinois a d'ailleurs été détecté en 2022, avec une hausse anormale de 7,4 % (anomalie de 11,1) sur l'ensemble du flux d'importations.

Partenaire d'importation 2015 2025 Variation
Chine 107,2 M€ 136,8 M€ +27,6 %
Indonésie 10,0 M€ 5,9 M€ −41,4 %
Royaume-Uni 9,8 M€ 4,3 M€ −56,4 %
Tunisie 0,02 M€ 1,3 M€ +8 632 %
Mexique 1,7 M€ 2,7 M€ +60,3 %

2.2. L'approvisionnement se diversifie partiellement avec des émergents, mais reste fragile

Si la Chine s'impose, certains partenaires émergents ont progressé : la Tunisie a connu une croissance spectaculaire (+8 632 %), le Mexique a doublé quasi ses envois (+60,3 %). En revanche, des fournisseurs historiques se sont effondrés : l'Indonésie (−41,4 %), le Royaume-Uni (−56,4 %) et la Corée du Sud (−59,5 %) ont perdu de leur importance relative. La variabilité des flux avec ces partenaires (coefficient de variation élevé : 0,70 pour le Royaume-Uni, 0,69 pour la Tunisie) indique une instabilité structurelle des sources alternatives.

2.3. Les exportations de l'UE se reconfigurent vers l'Afrique subsaharienne, au détriment de la Russie

Les exportations de l'UE vers la Russie ont chuté de 7,3 M€ à 2,1 M€ (−71,6 %), reflétant l'impact des sanctions géopolitiques. À l'inverse, plusieurs marchés africains ont émergué ou renforcé leur position : le Togo (+229,3 %), le Burkina Faso (+495,4 %), la Côte d'Ivoire (+140,9 %), le Cameroun (+64,6 %) et l'Inde (+210,0 %). Toutefois, ces marchés restent de taille modeste (moins de 1 M€ chacun en 2025) et affichent une forte volatilité (CV de 0,32 à 0,58). Le Royaume-Uni demeure le premier client de l'UE (16,2 M€), mais recule de 13,5 %.


3. Une production européenne en repli volumique, avec des segments et des spécialisations contrastées

3.1. L'effondrement des volumes de production en Europe masque une montée en gamme

La production européenne, mesurée en pièces, a chuté de manière spectaculaire : de 2,04 milliards à 591 millions de pièces (−71,1 %). En parallèle, la valeur de production a progressé de +15,8 % (de 152,0 M€ à 176,1 M€). Cette divergence suggère un mouvement de montée en gamme : les producteurs européens fabriquent moins de pièces mais à plus forte valeur unitaire, concentrant leur activité sur des segments premium (crayons de luxe, pastels artistiques, fusains de spécialité) tandis que la production de masse migre vers l'Asie.

3.2. Les crayons à gaine (960910) dominent les importations, tandis que la catégorie « divers » (960990) domine les exportations

La décomposition par sous-sous-position révèle des structures très différentes à l'import et à l'export :

Segment Description Import (valeur 2025) Export (valeur 2025)
960910 Crayons à gaine 122,1 M€ 74,5 M€
960990 Crayons (hors gaine), pastels, fusains, craies 49,9 M€ 22,2 M€
960920 Mines pour crayons ou porte-mine 5,8 M€ 11,3 M€

Les crayons à gaine (960910) représentent 69 % de la valeur des importations, avec un prix unitaire à l'import de 6 371 €/t, contre 16 828 €/t à l'export. L'UE exporte donc des crayons à gaine de qualité supérieure (prix multiplié par 2,6 par rapport aux importations), mais dans des volumes insuffisants pour compenser l'excédent importateur. Le segment 960990 affiche des volumes comparables à l'import et à l'export, mais les importations l'emportent largement en valeur. Seules les mines (960920) dégagent un excédent à l'export (11,3 M€ vs. 5,8 M€ à l'import), à des prix unitaires très élevés (37 104 €/t à l'export vs. 9 769 €/t à l'import).

3.3. L'Allemagne domine le commerce extérieur de l'UE, tandis que la République tchèque et la Slovaquie se distinguent par leur spécialisation

En 2025, l'Allemagne concentre 54,6 % des exportations de l'UE (59,1 M€) et 23,9 % des importations (42,5 M€). La spécialisation comparative selon l'RSCA normalisé désigne la République tchèque (RSCA = 0,47, RCA = 2,78) et la Slovaquie (RSCA = 0,31, RCA = 1,90) comme les États membres les plus spécialisés dans ce produit, loin devant l'Allemagne (RSCA = 0,21) et la France (RSCA = 0,13). La Pologne (RSCA = 0,11, RCA = 1,24) complète le groupe des spécialistes, avec des importations en forte croissance (+93,1 %).

À l'opposé, Chypre, la Bulgarie, la Finlande, le Luxembourg et l'Irlande affichent des indices de spécialisation très négatifs (RSCA < −0,90), signe d'une quasi-absence de production et d'exportation dans ce segment.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des crayons et craies (CN 9609) a été marqué par trois tendances convergentes : un creusement structurel du déficit commercial alimenté par une érosion des prix à l'exportation ; une concentration accrue de l'approvisionnement sur la Chine, coexistant avec une reconfiguration des débouchés d'exportation vers l'Afrique subsaharienne au détriment de la Russie ; et un effondrement des volumes de production européenne au profit d'une montée en gamme, visible dans les écarts de prix entre importations et exportations. La dépendance nette aux importations, passée de 7,9 % à 31,6 %, traduit une vulnérabilité croissante que les spécialisations tchèque, slovaque et allemande ne suffisent plus à contrebalancer. L'avenir de ce secteur dans l'UE semble s'orienter vers une niche de produits à haute valeur ajoutée, tandis que la production de masse continuera de s'implanter hors du continent.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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