Évolution du marché : Étain et ouvrages en étain (CN 80) — 2015–2025
Introduction
Le présent rapport analyse la dynamique du commerce extérieur de l'Union européenne pour les produits sous le code douanier 80 (Étain et ouvrages en étain) sur la période 2015-2025. Les données révèlent une transformation profonde du marché, caractérisée par une réduction drastique des volumes échangés mais une hausse marquée des valeurs, un changement radical des partenaires commerciaux et une stratégie de réduction de la vulnérabilité face aux dépendances extérieures. L'UE, traditionnellement déficitaire dans ce secteur, a profondément restructuré sa position commerciale au cours de cette décennie.
1. Une divergence structurelle entre volumes en repli et valeurs en forte hausse
La contraction massive des volumes échangés masque une valorisation accrue
Sur la période, les importations et les exportations de l'UE en volume ont connu un déclin significatif. Les importations ont chuté de 62 128 tonnes en 2015 à 33 934 tonnes en 2025, soit une baisse de 45,4 %. Les exportations ont suivi une tendance similaire, passant de 12 340 tonnes à 9 353 tonnes (-24,2 %). Cette contraction des volumes s'est accompagnée d'une hausse spectaculaire des prix unitaires (Vue d'ensemble du commerce).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Volume importations (t) | 62 128,5 | 33 934,6 | -45,4 |
| Valeur importations (M€) | 781,7 | 961,3 | +23,0 |
| Prix moyen importations (€/t) | 12 580 | 28 327 | +125,2 |
| Volume exportations (t) | 12 340,5 | 9 353,2 | -24,2 |
| Valeur exportations (M€) | 183,5 | 304,5 | +66,0 |
| Prix moyen exportations (€/t) | 14 867 | 32 553 | +119,0 |
Le déficit commercial se réduit fortement malgré une valeur encore négative
Le solde commercial structurellement déficitaire de l'UE s'est nettement amélioré en termes relatifs. Il est passé d'un déficit de -598 millions d'euros en 2015 à -657 millions en 2025, mais les variations annuelles ont montré des pics de déficit dépassant -1 milliard d'euros. Le point le plus critique est l'effondrement de la dépendance nette aux importations, qui est passée de 72,3 % à 13,2 % sur la période, marquant une réduction de 81,8 % de cette vulnérabilité (Indicateurs de vulnérabilité).
2. Restructuration profonde des partenaires commerciaux et des circuits intra-UE
La géographie des approvisionnements se diversifie loin de l'Asie du Sud-Est
La concentration des importations a diminué, avec l'Indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) en valeur passant de 2063 à 1243 (Concentration des échanges). L'Indonésie reste le premier fournisseur (216 M€ en 2025) mais a perdu des parts face à l'Amérique latine et à la Chine.
| Principaux fournisseurs (importations) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Part 2015 | Part 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|---|---|
| Indonésie | 274,5 | 216,1 | 35,1 % | 22,5 % | -21,3 |
| Pérou | 113,2 | 126,1 | 14,5 % | 13,1 % | +11,4 |
| Brésil | 31,9 | 132,2 | 4,1 % | 13,8 % | +314,5 |
| Chine | 28,6 | 123,9 | 3,7 % | 12,9 % | +332,8 |
| Bolivie | 28,1 | 113,7 | 3,6 % | 11,8 % | +304,5 |
| Royaume-Uni | 62,9 | 5,4 | 8,0 % | 0,6 % | -91,5 |
| Malaisie | 67,2 | 18,8 | 8,6 % | 2,0 % | -72,0 |
Source : Principaux partenaires par valeur
Une nouvelle carte des exportateurs intra-UE émerge avec la Pologne et la Belgique
Au sein de l'UE, les flux intra-communautaires ont été redistribués. Les Pays-Bas, autrefois premier exportateur (55,3 M€ en 2015), ont vu leur part s'effondrer (-85,3 %). À l'inverse, la Pologne est devenue le premier exportateur de l'UE (85,5 M€ en 2025), suivie par la Belgique (62,1 M€). L'Espagne et l'Italie ont également renforcé leur position en tant qu'importateurs (Principaux rapporteurs par valeur).
| Principaux exportateurs intra-UE | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Pologne | 16,8 | 85,5 | +408,6 |
| Belgique | 35,3 | 62,1 | +75,7 |
| Autriche | 10,9 | 29,9 | +174,6 |
| Allemagne | 26,9 | 27,4 | +2,0 |
| France | 17,8 | 19,6 | +10,2 |
| Pays-Bas | 55,3 | 8,1 | -85,3 |
3. Chocs de prix et stratégie de réduction de la vulnérabilité
Le secteur a subi des chocs de prix importants sur certains flux
L'analyse de la volatilité révèle des événements de choc significatifs, notamment une hausse de prix anormale sur les exportations vers la Corée du Sud en 2022 (+86,1 % de variation) et vers le Japon en 2021 (+56,9 %). Du côté des importations, l'Indonésie a connu un pic de prix en 2021 (+59,0 %), reflétant possiblement des tensions sur l'offre mondiale (Événements de choc d'approvisionnement).
| Événement de choc | Flux | Type | Année | Variation (%) |
|---|---|---|---|---|
| Corée du Sud | Exportations | Prix | 2022 | +86,1 |
| Japon | Exportations | Prix | 2021 | +56,9 |
| Indonésie | Importations | Prix | 2021 | +59,0 |
Une réorientation vers l'autonomie par la production intra-UE
La stratégie la plus marquante est l'explosion de la production intra-UE. La production déclarée en volume est passée de 29,7 millions de kg (2015) à 2,47 milliards de kg (2025), et sa valeur de 158 millions à 3,63 milliards d'euros. Cette augmentation colossale (+8190 % en volume) explique directement l'effondrement de la dépendance nette aux importations et de l'intensité commerciale, qui est passée de 98,8 % à 24,6 % (Vulnérabilité et autonomie). La Belgique (RSCA: 0.53) et les Pays-Bas (RSCA: 0.32) se distinguent comme les économies les plus spécialisées (Spécialisation).
Conclusion
La période 2015-2025 a été celle d'une transformation radicale du marché de l'étain pour l'UE. Les flux physiques ont fortement diminué, mais leur valeur a augmenté, témoignant d'une inflation des prix et d'une possible montée en gamme. La géographie commerciale a été redessinée, avec la montée en puissance de fournisseurs latino-américains et une redistribution des rôles au sein de l'UE. Le changement le plus fondamental est cependant la stratégie de réduction de la vulnérabilité, qui s'est concrétisée par un développement massif de la production intra-européenne, réduisant drastiquement la dépendance aux importations. Cette évolution, bien que rendant l'UE moins exposée aux chocs d'approvisionnement externes, soulève des questions sur la compétitivité et la localisation de la chaîne de valeur dans un contexte mondial.