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Évolution du marché : Plomb et ouvrages en plomb (CN 78) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l’évolution des échanges extra‑européens de l’Union européenne pour le chapitre 78 de la nomenclature combinée (« plomb et ouvrages en plomb ») entre 2015 et 2025. Il couvre les produits allant du plomb sous forme brute (7801) aux ouvrages finis (7806), en passant par les déchets (7802) et les tôles/poudres (7804). L’examen porte sur les flux en valeur, en volume et en prix unitaire, la structure géographique des partenaires, la production intérieure et les chocs de prix. Les données proviennent du tableau de bord du commerce européen.


Un déficit commercial qui se creuse, porté par la hausse des prix et la prépondérance britannique

La valeur des importations progresse de 28 % entre 2015 et 2025, alors que les exportations reculent légèrement, aggravant le solde déficitaire

Sur l’ensemble de la période, la balance commerciale de l’UE pour le plomb et ses ouvrages s’est nettement dégradée. Le déficit est passé de –69 millions d’EUR en 2015 à –202 millions d’EUR en 2025, soit une aggravation de 191 % (vue d’ensemble). Cette évolution résulte d’une progression marquée des importations, alors que les exportations ont stagné en valeur.

Grandeur 2015 2025 Variation
Exportations (Mio EUR) 374,2 366,1 –2,2 %
Importations (Mio EUR) 443,6 567,8 +28,0 %
Solde (Mio EUR) –69,4 –201,7 –190,6 %
Exportations (tonnes) 200 445 162 857 –18,8 %
Importations (tonnes) 253 671 262 834 +3,6 %
Prix moyen export (EUR/t) 1 867 2 248 +20,4 %
Prix moyen import (EUR/t) 1 749 2 160 +23,5 %

L’envolée des prix unitaires, tant à l’importation qu’à l’exportation, explique que la valeur des échanges ait pu augmenter malgré une contraction des volumes exportés et une très faible progression des volumes importés.

Le Royaume‑Uni, partenaire dominant, capte près de la moitié des achats extra‑européens et demeure un client majeur

La structure des échanges reste très concentrée. D’après les principaux partenaires, le Royaume‑Uni est, de loin, le premier fournisseur de l’UE en dehors du marché unique, avec 282,9 millions d’EUR d’importations en 2025 (contre 217,6 millions en 2015, +30 %). Il demeure également le deuxième client, avec 47,3 millions d’EUR d’exportations, après la Türkiye (95,8 millions d’EUR). Cette prééminence britannique contribue fortement à la persistance du déficit commercial.

Partenaire Importations 2015 (Mio EUR) Importations 2025 (Mio EUR)
Royaume‑Uni 217,6 282,9
Liban 15,9 79,9
Serbie 1,3 27,9
Russie 63,4 0,1

L’inflation des prix unitaires masque une contraction des volumes, surtout à l’exportation

En termes physiques, l’UE a exporté 18,8 % de tonnes de moins qu’en 2015, tandis que les importations n’ont progressé que de 3,6 %. Le prix moyen de la tonne exportée a augmenté de 20,4 % et celui de la tonne importée de 23,5 %. La hausse des cours mondiaux du plomb, particulièrement entre 2017 et 2023, a donc soutenu les valeurs nominales tout en cachant une érosion des quantités échangées.


Recomposition brutale des sources d’approvisionnement : l’effondrement de la Russie et l’émergence de nouveaux fournisseurs

Les importations russes disparaissent quasi intégralement sous l’effet des sanctions, entraînant un choc de prix historique

La Fédération de Russie, qui fournissait encore 63,4 millions d’EUR de plomb en 2015, s’est effondrée à 94 000 EUR en 2025 (–99,9 %), une quasi‑disparition. Ce retrait s’est accompagné d’un choc de prix sans précédent : le prix unitaire moyen des importations russes est passé de 1 655 EUR/t en 2015 à plus de 10 000 EUR/t en 2025, le peu restant correspondant vraisemblablement à des lots résiduels ou à des qualités très spécifiques. Cet événement, détecté par l’outil de chocs d’offre, illustre une rupture géopolitique majeure.

Le Liban et la Serbie s’imposent comme les bénéficiaires les plus spectaculaires de ce rééquilibrage

Deux pays ont comblé une partie du vide laissé par la Russie. Le Liban a vu ses exportations vers l’UE passer de 15,9 millions d’EUR en 2015 à 79,9 millions d’EUR en 2025 (+402,6 %). La Serbie, quant à elle, a fait un bond de +1 971 %, passant de 1,3 million à 27,9 millions d’EUR. Ces deux acteurs s’appuient sur des flux de plomb sous forme brute (7801) dont les volumes ont sensiblement augmenté. La concentration des importations mesurée par l’indice HHI est restée élevée (2 761 en 2025 contre 2 689 en 2015), indiquant que le marché reste dominé par un petit nombre de fournisseurs, avec le Royaume‑Uni en tête.

Des chocs de prix multiples émaillent la décennie, illustrant la volatilité des marchés du plomb

L’analyse de la volatilité révèle une instabilité récurrente. Côté importations, la Russie, la Corée du Sud et la Serbie ont subi des chocs de prix (hausses brusques de 30 % à 350 %). Côté exportations, des pics ont également été enregistrés vers l’Inde (+23 % en 2022) ou le Royaume‑Uni (+38 % en 2021). Ces soubresauts traduisent la sensibilité du marché du plomb aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement, aux politiques commerciales et à l’évolution rapide des prix des métaux.


Un tissu productif qui progresse, tempérant la vulnérabilité extérieure mais sans la faire disparaître

La production de l’UE augmente de 10 % en volume et de 33 % en valeur entre 2015 et 2024

La production communautaire de plomb et d’ouvrages en plomb a connu une croissance notable. De 1 449 millions de tonnes en 2015, elle est passée à 1 597 millions de tonnes en 2024, soit une hausse de 10,2 %. Dans le même temps, la valeur de cette production a bondi de 2 350 millions d’EUR à 3 138 millions d’EUR (+33,5 %), portée par la hausse des prix et sans doute par une montée en gamme.

La dépendance nette aux importations, historiquement basse en 2015, remonte à 9,1 % en 2024 tout en restant modérée

Le taux de dépendance nette aux importations — (importations – exportations) / (production + importations – exportations) — est tombé à un point bas de 1,7 % en 2015, avant de remonter de façon heurtée jusqu’à 9,1 % en 2024 (point le plus récent disponible). Ce niveau reste néanmoins bien inférieur aux 15,9 % observés en 2006 et traduit une industrie européenne globalement autosuffisante. Les fluctuations récentes (18,5 % en 2023, puis 9,1 % en 2024) montrent que la situation peut se dégrader rapidement lorsque les importations explosent, comme en 2022‑2023. L’indicateur de dépendance signale donc une exposition non négligeable aux aléas des marchés internationaux.

La Bulgarie et d’autres États membres affichent une spécialisation marquée dans le plomb

L’analyse des spécialisations pour 2025 révèle une concentration géographique de l’offre. La Bulgarie, avec un indicateur RSCA de 0,85, est de loin le pays le plus spécialisé, suivie de l’Estonie (0,57), de la Suède (0,51) et de la Grèce (0,51). Cette spécialisation, associée à une production en hausse, renforce la capacité de l’UE à répondre à sa demande intérieure tout en exportant, notamment vers la Türkiye, l’Inde et les Balkans.


Conclusion

Sur la décennie 2015‑2025, le commerce extérieur de l’UE en plomb et ouvrages en plomb a été marqué par trois phénomènes principaux. Premièrement, le déficit commercial s’est accentué, principalement sous l’effet de la hausse des prix et de la position incontournable du Royaume‑Uni comme fournisseur et client. Deuxièmement, la géographie des approvisionnements a été profondément remaniée : la Russie a quasiment disparu, tandis que le Liban et la Serbie ont connu une ascension fulgurante, le tout dans un contexte de forte volatilité des prix. Troisièmement, l’industrie européenne a démontré sa résilience en augmentant sa production et en maintenant un taux de dépendance nette modéré, malgré des poussées ponctuelles. La surveillance des sources d’approvisionnement et des chocs de prix reste cruciale pour la stabilité de ce marché sensible.