Évolution du marché : Verre et ouvrages en verre (CN 70) — 2015–2025
Introduction
Le chapitre 70 de la nomenclature combinée (« Verre et ouvrages en verre ») recouvre une vaste gamme de produits, du verre plat aux fibres de verre en passant par les récipients et la verrerie de table. L’analyse des échanges extérieurs de l’Union européenne avec les pays tiers entre 2015 et 2025 met en lumière trois dynamiques majeures : une fonte rapide de l’excédent commercial, une recomposition de la carte des fournisseurs au profit de la Chine et de la Turquie, et un choc inflationniste de grande ampleur en 2022 qui a durablement modifié les prix et la structure du marché. Le rapport s’appuie exclusivement sur les données de la période, observées en fréquence annuelle.
Un excédent commercial en voie d’extinction sous la poussée des importations
Les exportations progressent en valeur mais reculent en volume, portées par la hausse des prix
Sur l’ensemble de la décennie, les exportations de verre de l’UE vers les pays tiers ont augmenté de 8,2 % en valeur pour atteindre 8,53 milliards d’euros, alors que les volumes expédiés se contractaient de 6,6 %. Le prix unitaire des exportations a donc crû de 15,9 %, passant de 2 075 à 2 404 euros par tonne (voir l’aperçu général du commerce). Cette déconnexion entre valeur et volume témoigne d’une montée en gamme et d’une transmission des hausses de coûts dans les prix facturés aux clients étrangers.
Les importations bondissent, tirées par la Chine, la Turquie et l’Égypte
Les importations de verre ont au contraire enregistré une expansion rapide : +63,3 % en valeur (de 5,17 à 8,44 milliards d’euros) et +51,5 % en volume, soit un prix moyen en hausse de 7,7 % (voir le tableau des principaux partenaires). Le tableau 1 montre que la Chine a pratiquement doublé ses livraisons, tandis que la Turquie et l’Égypte ont plus que doublé les leurs. Les achats en provenance de Russie se sont effondrés, en écho aux sanctions et aux réorientations commerciales post-2022.
Tableau 1 – Évolution des principaux fournisseurs de l’UE en verre (valeur, millions d’euros)
| Partenaire | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 1 685 | 3 629 | +115,3 |
| Royaume-Uni | 703 | 711 | +1,2 |
| Turquie | 351 | 727 | +107,4 |
| Suisse | 225 | 201 | –11,0 |
| Russie | 80 | 18 | –77,3 |
| Ukraine | 60 | 151 | +151,5 |
| Égypte | 60 | 193 | +218,4 |
L’excédent commercial s’amenuise de 2,7 milliards à seulement 84 millions d’euros
Conséquence directe de ces tendances asymétriques, le solde des échanges de verre de l’UE est passé de +2,71 milliards d’euros en 2015 à +83,7 millions d’euros en 2025, soit une chute de 96,9 %. L’indicateur de dépendance nette aux importations (net import reliance) illustre ce resserrement : il est passé de –10,4 % à –1,9 %, signifiant que l’Union reste exportatrice nette mais de justesse (voir l’indicateur de dépendance nette aux importations). La couverture du marché intérieur par la production européenne s’est donc réduite.
Une recomposition géographique des échanges et une concentration accrue des importations
La Chine conforte sa domination à l’import, le Royaume‑Uni reste le premier client
Le paysage des partenaires commerciaux s’est nettement transformé. Côté importations, la concentration mesurée par l’indice de Herfindahl‑Hirschman (HHI) a grimpé de 31,7 %, passant de 1 671 à 2 200 (voir la concentration des échanges). Cette hausse reflète surtout le poids grandissant de la Chine, qui représente désormais une part très significative de la valeur importée. À l’exportation, le HHI est resté stable (888 en 2015, 855 en 2025), signe d’une clientèle diversifiée. Le Royaume‑Uni demeure le premier débouché avec 1,43 milliard d’euros en 2025, quasiment inchangé depuis 2015, tandis que la Suisse (+29,4 %) et les États‑Unis (+8,5 %) progressent (voir le classement des débouchés).
Les flux avec la Russie et la Biélorussie s’effondrent, ceux avec l’Ukraine résistent
Les échanges avec la Russie ont été marqués par une volatilité extrême (coefficient de variation de 0,71 à l’import) et un décrochage prononcé : les importations russes ont chuté de –77,3 %, tandis que les exportations de l’UE vers la Russie se sont effondrées (voir le détail des volatilités). À l’inverse, les achats à l’Ukraine (+151,5 %) et les ventes vers ce pays (+233,7 %) ont fortement progressé, illustrant un soutien commercial de l’UE dans un contexte de conflit.
Une diversification préservée à l’export, une dépendance croissante à l’import
Les exportations restent bien réparties entre de nombreux partenaires, avec une part prépondérante mais stable des grands marchés développés. La hausse de la concentration à l’importation signale en revanche un risque d’approvisionnement si les relations avec les fournisseurs asiatiques venaient à se tendre. La progression de l’intensité commerciale (part des échanges extérieurs dans la production) de 23,2 % à 31,0 % (voir les indicateurs de vulnérabilité) confirme l’ouverture croissante du secteur.
Le choc inflationniste de 2022 et les mutations de l’appareil productif européen
Une onde de choc sur les prix à l’import comme à l’export en 2022
L’année 2022 a enregistré un saut brutal des prix unitaires pour de nombreux couples produit‑partenaire. Le tableau 2 recense les chocs de prix les plus marqués, tous centrés sur 2022, avec des écarts à la normale de 9,4 pour la Serbie (exportations) ou de 8,4 pour l’Égypte (importations). Ces hausses reflètent la flambée des coûts énergétiques liée à la guerre en Ukraine, le verre étant une industrie fortement consommatrice d’énergie.
Tableau 2 – Principaux chocs de prix détectés en 2022 (d’après les chocs de prix)
| Flux | Partenaire | Variation de prix (%) | Anormalité (abnormality) |
|---|---|---|---|
| Exportations | Serbie | +29,9 | 9,4 |
| Importations | Égypte | +34,7 | 8,4 |
| Exportations | Bosnie‑Herzégovine | +45,0 | 6,9 |
| Importations | Malaisie | +32,8 | 4,7 |
| Importations | Turquie | +37,1 | 4,7 |
| Importations | Suisse | +20,2 | 4,6 |
| Importations | Russie | +17,6 | 3,6 |
| Exportations | Royaume‑Uni | +24,2 | 2,7 |
Dans le segment des récipients en verre (7010), le prix à l’importation est passé de 711 à 947 €/t, avec un pic à 898 en 2022 (voir la comparaison par segments).
La production européenne se valorise fortement sous l’effet des prix, les volumes progressent peu
En interne, la production de verre de l’UE (données Prodcom) n’a augmenté que de 7,4 % en quantité entre 2015 et 2024 (de 82,5 à 91,6 milliards de kg²), alors que la valeur de la production bondissait de 61,0 % (de 18,2 à 29,3 milliards d’euros). Le prix moyen implicite est ainsi passé de 0,24 à 0,34 €/kg, confirmant une forte inflation sur le marché intérieur. La hausse de la propension à exporter (de 17,2 % à 19,1 %) montre que l’industrie a su partiellement compenser la hausse des coûts intérieurs par des ventes extérieures mieux valorisées.
Une spécialisation régionale persistante : l’Est et le Sud champions du verre
L’analyse de l’avantage comparatif révélé (RSCA en 2025) met en lumière des pôles de spécialisation très nets : la Croatie (0,517), la Bulgarie (0,475), le Luxembourg (0,458), le Portugal (0,377) et la Lettonie (0,336) affichent les plus forts avantages relatifs dans le verre, tandis que l’Irlande (–0,865), Chypre (–0,859) ou la Grèce (–0,570) en sont les moins spécialisés (voir la carte de spécialisation). Ce clivage reflète la division spatiale de l’appareil productif verrier européen, avec une concentration d’usines de verre plat, d’emballage et de fibres dans les régions où l’énergie et la main‑d’œuvre sont compétitives.
Conclusion
Entre 2015 et 2025, les échanges de verre de l’UE avec les pays tiers ont été marqués par une érosion quasi complète de l’excédent commercial, la Chine devenant le fournisseur prépondérant tandis que les marchés de destination restent diversifiés. Le choc énergétique de 2022 a provoqué une augmentation brutale des prix, tant à l’importation qu’à l’exportation, qui a durablement renchéri les produits et modifié les équilibres par segments. La production européenne, bien que dynamique en valeur, a peu crû en volume, et la spécialisation industrielle s’est renforcée dans les États membres orientaux et méridionaux. La vulnérabilité accrue du secteur (intensité commerciale en hausse, dépendance envers un petit nombre de fournisseurs) appelle une vigilance quant à la résilience des chaînes d’approvisionnement et à la compétitivité de l’outil verrier européen.