Évolution du marché : Verre et ouvrages en verre (CN 70) — 2015–2025
Introduction
Le secteur européen du verre et des ouvrages en verre (nomenclature combinée 70) constitue un pilier industriel de l'UE, couvrant un large éventail de produits — des fibres de verre aux récipients d'emballage, en passant par le verre de sécurité, le verre plat et la verrerie de table. Ce secteur représente plus de 50 sous-catégories (codes NC 7001 à 7020) et s'appuie sur une base industrielle implantée dans l'ensemble des États membres.
La période 2015–2025 a été marquée par une transformation profonde de l'équilibre commercial de l'UE dans ce secteur. Alors que l'Union disposait en 2015 d'un excédent commercial confortable de 2,7 milliards d'euros avec le reste du monde, celui-ci s'est pratiquement effacé en 2025, ne représentant plus que 87 millions d'euros. Cette évolution traduit une croissance massive des importations (+63,3 % en valeur), combinée à un quasi-stagnation des exportations en valeur (+8,2 %) et un recul des volumes exportés (−6,6 %). Trois dynamiques principales structurent cette transformation : l'érosion du solde commercial, la montée en puissance de la Chine et de nouveaux fournisseurs, et les chocs structurels survenus entre 2020 et 2022.
Aperçu général du commerce du CN 70
I. L'effacement du solde commercial européen : des importations en plein essor face à des exportations en berne
1.1. Une trajectoire divergente entre importations et exportations
L'évolution la plus frappante de la période est l'écart croissant entre la dynamique des importations et celle des exportations. En valeur, les importations de l'UE en produits verriers en provenance de pays tiers ont bondi de 5,17 milliards d'euros en 2015 à 8,44 milliards d'euros en 2025, soit une hausse de 63,3 %. En volume, l'augmentation a été de 51,5 %, passant de 3,48 à 5,28 millions de tonnes.
Les exportations ont certes progressé en valeur (+8,2 %), passant de 7,88 à 8,53 milliards d'euros, mais cette croissance masque un recul des volumes exportés de 6,6 % (de 3,80 à 3,55 millions de tonnes). L'essentiel de la hausse de la valeur des exportations est donc imputable à une augmentation des prix à l'exportation (+15,9 %), s'élevant de 2 075 à 2 406 EUR par tonne, traduisant un repositionnement de la production européenne vers des segments à plus forte valeur ajoutée.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations — valeur (Mds EUR) | 5,17 | 8,44 | +63,3 % |
| Importations — volume (Mt) | 3,48 | 5,28 | +51,5 % |
| Importations — prix moyen (EUR/t) | 1 485 | 1 600 | +7,8 % |
| Exportations — valeur (Mds EUR) | 7,88 | 8,53 | +8,2 % |
| Exportations — volume (Mt) | 3,80 | 3,55 | −6,6 % |
| Exportations — prix moyen (EUR/t) | 2 075 | 2 406 | +15,9 % |
| Solde commercial (Mds EUR) | 2,71 | 0,09 | −96,8 % |
1.2. Un quasi-équilibre du solde commercial dès 2023
L'excédent commercial de l'UE, qui s'élevait encore à 2,71 milliards d'euros en 2015, a connu une érosion continue au cours de la décennie. Le point d'inflexion se situe autour de 2020–2022, période durant laquelle la croissance des importations s'est nettement accélérée. Dès 2023, le solde n'est plus que de 87 millions d'euros — un quasi-équilibre. En 2025, le ratio de dépendance aux importations nettes [net import reliance] a presque convergé vers zéro, passant de −10,6 % à −0,6 %, confirmant que l'UE n'est plus un exportateur net significatif de produits verriers.
Parallèlement, l'intensité commerciale du secteur (rapport commerce total/production) a augmenté de 24,7 % à 33,1 % (+34 %), signe d'une intégration croissante du marché européen du verre dans les échanges mondiaux. La propension à exporter est restée relativement stable autour de 18–20 %, suggérant que le secteur européen maintient une orientation exportatrice, mais insuffisante pour contrer la montée des importations.
Indicateur de dépendance aux importations nettes · Intensité commerciale
1.3. Des prix à l'exportation structurellement plus élevés qu'à l'importation
Un trait caractéristique du commerce européen du verre est le différentiel de prix marqué entre exportations et importations. En 2025, le prix moyen à l'exportation (2 406 EUR/t) dépasse celui des importations (1 600 EUR/t) de 50 %. Ce différentiel traduit la spécialisation de l'industrie européenne dans des produits à plus forte valeur ajoutée (verre de sécurité, vitrages isolants, verrerie de table haut de gamme), tandis que les importations sont davantage concentrées sur des produits de base ou des composants intermédiaires à moindre coût, notamment en provenance d'Asie.
Cette segmentation par les prix constitue à la fois une force (positionnement haut de gamme) et une vulnérabilité (perte de compétitivité sur les segments de volume).
II. La reconfiguration géographique des échanges : émergence de la Chine et diversification des partenaires
2.1. La Chine, moteur principal de la croissance des importations
La Chine est devenue de loin le premier fournisseur de l'UE en produits verriers. Les importations en provenance de Chine ont plus que doublé, passant de 1,69 milliard d'euros en 2015 à 3,63 milliards d'euros en 2025 (+115,3 %). À elle seule, la Chine représente désormais 43 % de l'ensemble des importations extra-européennes de l'UE en produits verriers. Cette progression est concentrée sur les fibres de verre (CN 7019), le verre plat (CN 7005) et les récipients en verre (CN 7010), des segments où la compétitivité-prix chinoise s'est avérée décisive.
| Fournisseur | Import. 2015 (M EUR) | Import. 2025 (M EUR) | Variation | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Chine | 1 685 | 3 629 | +115,3 % | 43,0 % |
| Royaume-Uni | 703 | 711 | +1,2 % | 8,4 % |
| Turquie | 351 | 727 | +107,4 % | 8,6 % |
| Suisse | 225 | 201 | −11,0 % | 2,4 % |
| Égypte | 60 | 193 | +218,4 % | 2,3 % |
| Ukraine | 60 | 151 | +151,5 % | 1,8 % |
| Russie | 80 | 18 | −77,3 % | 0,2 % |
Partenaires principaux — importations
2.2. De nouveaux fournisseurs émergents et une concentration accrue des importations
Au-delà de la Chine, plusieurs partenaires ont sensiblement accru leur présence sur le marché européen. L'Égypte a multiplié ses exportations vers l'UE par 3,2 (+218 %), l'Ukraine par 2,5 (+151,5 %) et la Turquie par 2,1 (+107,4 %). Ces dynamiques reflètent la montée en capacité de production de ces pays et leur accès privilégié au marché européen via des accords commerciaux ou une proximité géographique.
À l'inverse, les importations en provenance de Russie se sont effondrées de 80 à 18 millions d'euros (−77,3 %), en lien avec les sanctions commerciales imposées à la suite du conflit en Ukraine.
Cette évolution géographique s'est accompagnée d'une concentration accrue des importations. L'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur a augmenté de 31,7 %, passant de 1 671 à 2 200, franchissant le seuil de concentration modérée. En volume, l'HHI a progressé de 21,9 %. La dépendance croissante vis-à-vis de la Chine constitue un facteur de vulnérabilité stratégique, en particulier dans un contexte de tensions géopolitiques et de risques de perturbations des chaînes d'approvisionnement.
Indice de concentration des importations
2.3. Des exportations diversifiées mais confrontées à des marchés en mutation
Du côté des exportations, l'UE maintient un portefeuille plus diversifié (HHI stable autour de 855–896), mais la dynamique géographique révèle des recompositions notables.
| Client | Export. 2015 (M EUR) | Export. 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 1 468 | 1 428 | −2,7 % |
| États-Unis | 1 427 | 1 549 | +8,5 % |
| Suisse | 632 | 818 | +29,4 % |
| Turquie | 287 | 449 | +56,1 % |
| Norvège | 263 | 303 | +15,2 % |
| Serbie | 107 | 209 | +94,9 % |
| Ukraine | 51 | 170 | +233,7 % |
Partenaires principaux — exportations
L'Ukraine (+233,7 %) et la Serbie (+94,9 %) sont les marchés à la plus forte croissance. L'expansion vers l'Ukraine peut s'interpréter à la lumière des besoins de reconstruction et de modernisation des infrastructures. La Serbie, quant à elle, s'inscrit dans la dynamique d'intégration économique des Balkans occidentaux avec l'UE. Le Royaume-Uni reste le premier client de l'UE (1,43 milliard EUR), mais avec une légère contraction (−2,7 %), possiblement liée aux effets du Brexit sur les flux commerciaux.
2.4. L'Allemagne, pivot du commerce européen du verre
Au sein de l'UE, l'Allemagne domine tant à l'importation (1,66 milliard EUR, +20,9 %) qu'à l'exportation (2,62 milliards EUR, +6,2 %). Les Pays-Bas et l'Espagne ont connu les plus fortes hausses à l'importation (+122 % et +111 % respectivement), témoignant du rôle croissant de ces pays comme plateformes logistiques ou comme marchés de consommation finaux. À l'exportation, l'Autriche se distingue par un recul significatif (−27,6 %), potentiellement lié à des restructurations industrielles, tandis que la Pologne affiche une progression solide (+27,4 %), reflétant le dynamisme de son secteur verrier.
Principaux États membres rapporteurs — importations · Exportations
III. Chocs de 2020–2022, restructuration des segments et réajustement de la production
3.1. L'onde de choc de 2020–2022 : crise, énergie et inflation des prix
La période 2020–2022 a constitué un tournant pour le marché européen du verre, marquée par l'enchaînement de la pandémie de Covid-19 et de la crise énergétique consécutive au déclenchement du conflit en Ukraine. Le secteur verrier, particulièrement énergie-intensif (fours à fusion fonctionnant au gaz naturel), a été durement touché par la flambée des coûts énergétiques.
Plusieurs événements de choc ont été détectés dans les données. En 2022, les prix des exportations vers la Serbie ont bondi de 29,9 % avec un degré d'anomalie de 9,4, tandis que les prix des importations en provenance d'Égypte ont augmenté de 34,7 % (anomalie de 8,4). Les exportations vers la Bosnie-Herzégovine ont connu une hausse de prix de 45,0 % (anomalie de 6,9). Ces chocs, concentrés sur les prix, reflètent à la fois la transmission de l'inflation énergétique et des perturbations logistiques persistantes.
| Événement de choc | Flux | Type | Centre | Hausse de prix |
|---|---|---|---|---|
| Serbie | Exportations | Prix | 2022 | +29,9 % |
| Égypte | Importations | Prix | 2022 | +34,7 % |
| Bosnie-Herzégovine | Exportations | Prix | 2022 | +45,0 % |
La volatilité des flux commerciaux a été particulièrement élevée pour les échanges avec la Russie (coefficient de variation de 0,71 pour les importations et 0,51 pour les exportations), l'Égypte (0,37) et l'Ukraine (0,32 et 0,51), tandis que les partenaires traditionnels comme le Royaume-Uni, la Suisse et les États-Unis ont présenté une volatilité modérée (CV inférieur à 0,10 pour les exportations).
3.2. Une production européenne en volume quasi-stagnante mais en forte hausse en valeur
La production industrielle européenne de verre (telle que mesurée par la production Prodcom) a connu une trajectoire contrastée. En volume, elle n'a progressé que de 6,4 % sur la décennie, passant de 97,9 à 104,2 milliards de m². En revanche, en valeur, la production a bondi de 54,7 %, de 27,4 à 42,4 milliards d'euros. Ce différentiel spectaculaire entre volume et valeur illustre l'ampleur de la hausse des prix de production, alimentée par les coûts de l'énergie et des matières premières.
Volumes et valeur de la production
Cette dynamique a contraint les industriels européens à optimiser leur mix de produits, en réduisant les volumes sur les segments à faible marge et en se concentrant sur les produits à haute valeur ajoutée — un phénomène qui se vérifie dans la structure des échanges.
3.3. Des segments aux trajectoires contrastées : montée des fibres de verre, pression sur la verrerie de table
L'analyse par sous-catégorie révèle des dynamiques segmentaires distinctes qui structurent l'évolution du marché.
Importations :
| Segment | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Prix 2015 (EUR/t) | Prix 2025 (EUR/t) |
|---|---|---|---|---|
| 7019 — Fibres de verre | 1 220 | 1 561 | 1 948 | 1 894 |
| 7007 — Verre de sécurité | 822 | 1 299 | 1 948 | 1 933 |
| 7009 — Miroirs | 791 | 1 424 | 5 271 | 5 398 |
| 7013 — Verrerie de table | 659 | 1 061 | 1 962 | 2 276 |
| 7010 — Récipients | 479 | 1 138 | 711 | 947 |
| 7005 — Verre plat | 159 | 253 | 435 | 472 |
| 7001 — Calcin | 32 | 66 | 56 | 79 |
Exportations :
| Segment | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Prix 2015 (EUR/t) | Prix 2025 (EUR/t) |
|---|---|---|---|---|
| 7010 — Récipients | 1 174 | 1 503 | 992 | 1 239 |
| 7013 — Verrerie de table | 1 403 | 1 319 | 3 775 | 6 196 |
| 7019 — Fibres de verre | 931 | 1 239 | 3 599 | 4 541 |
| 7007 — Verre de sécurité | 1 131 | 1 035 | 3 499 | 4 279 |
| 7005 — Verre plat | 418 | 552 | 497 | 755 |
| 7008 — Vitrages isolants | 331 | 378 | 3 163 | 3 507 |
| 7001 — Calcin | 26 | 51 | 106 | 121 |
Comparaison par segment de produit
Plusieurs constats émergent de cette analyse :
-
Les fibres de verre (7019) constituent le premier segment à l'importation par valeur (1,56 milliard EUR) et le troisième à l'exportation (1,24 milliard EUR). Le différentiel de prix est considérable : les exportations européennes de fibres de verre s'échangent en moyenne à 4 541 EUR/t, contre 1 894 EUR/t pour les importations, soit un ratio de 2,4. L'UE exporte donc des fibres de verre de spécialité à haute valeur ajoutée tout en important des fibres standards en grande quantité, principalement de Chine.
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Le verre de sécurité (7007) affiche un schéma similaire : prix d'exportation de 4 279 EUR/t contre 1 933 EUR/t à l'importation (ratio de 2,2). L'UE importe des volumes croissants de verre de sécurité (quantité en hausse de 421 755 à 671 831 tonnes), mais conserve un avantage prix marqué sur les produits à haute spécification.
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Les récipients en verre (7010) constituent le premier segment à l'exportation (1,50 milliard EUR), mais les importations ont connu une croissance fulgurante (de 479 à 1 138 millions d'euros, +137 %), avec un doublement des volumes. Ce segment, fortement consommateur d'énergie, a été particulièrement affecté par la hausse des coûts de production en Europe.
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La verrerie de table (7013) se distingue par un recul des exportations en volume (de 371 741 à 212 849 tonnes, −43 %), compensé par une explosion des prix à l'exportation (de 3 775 à 6 196 EUR/t, +64 %). L'industrie européenne s'est ainsi repositionnée vers le segment premium de la verrerie de table, abandonnant progressivement les volumes de milieu de gamme aux importations.
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Le verre plat (7005) et le calcin (7001), des segments de commodité, ont vu leurs importations croître fortement, tandis que les exportations restent dominées par des prix supérieurs.
3.4. Spécialisation et compétitivité des États membres
L'analyse de la spécialisation révèle que certains petits États membres se distinguent par un avantage comparatif marqué dans le secteur verrier. La Croatie (RSCA de 0,517, RCA de 3,14), la Bulgarie (RSCA 0,475, RCA 2,81) et le Luxembourg (RSCA 0,458, RCA 2,69) affichent les niveaux de spécialisation les plus élevés. À l'inverse, l'Irlande (RSCA −0,86), Chypre (−0,86) et la Grèce (−0,57) figurent parmi les moins spécialisées.
Analyse de la spécialisation des États membres
Conclusion
La période 2015–2025 a vu le marché européen du verre et des ouvrages en verre passer d'un excédent commercial structurel de 2,7 milliards d'euros à un quasi-équilibre. Cette transformation est le résultat de trois dynamiques convergentes : l'afflux massif d'importations, principalement chinoises, sur les segments de volume ; le repositionnement de l'industrie européenne vers les segments à haute valeur ajoutée, avec des prix à l'exportation en hausse de 16 % ; et les chocs structurels de 2020–2022 (pandémie, crise énergétique), qui ont accéléré cette restructuration en rendant la production de base de plus en plus difficilement compétitive en Europe.
L'UE conserve des atouts indéniables : des prix à l'exportation systématiquement supérieurs à ceux des importations, un portefeuille d'exportations géographiquement diversifié, et une industrie de production qui a su augmenter sa valeur de 55 % sur la décennie. Toutefois, la concentration croissante des importations (HHI en hausse de 32 %), la dépendance accrue vis-à-vis de la Chine, et la vulnérabilité du secteur aux chocs énergétiques appellent une vigilance accrue. L'avenir du secteur européen du verre repose sur sa capacité à maintenir son positionnement premium, à diversifier ses sources d'approvisionnement et à accompagner la transition énergétique de ses procédés industriels.