Évolution du marché : Verre brut en formes simples (CN 7002) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 7002 recoupe le verre sous formes simples — billes, barres, baguettes et tubes — non travaillé, à l'exclusion des microsphères de diamètre ≤ 1 mm et des billes-jouets. Ce produit, qui alimente notamment les industries de la fibre optique, du laboratoire, de l'éclairage et de l'électronique, présente un profil d'échanges extérieurs de l'Union européenne marqué, sur la période 2015–2025, par une contraction prononcée des exportations, une hausse paradoxalement soutenue de la valeur des importations, et une recomposition géographique notable. Le présent rapport s'appuie sur les données commerciales annuelles de l'UE vis-à-vis des pays tiers pour décrire et interpréter ces dynamiques. Le périmètre du code 7002 est un regroupement de cinq sous-positions (700210 à 700239), dont les trajectoires respectives diffèrent fortement.
1. Un déclin prononcé des exportations européennes et un creusement du déficit de valeur
1.1. Les exportations ont perdu 43 % de leur valeur en dix ans
Entre 2015 et 2025, les exportations intra-UE de verre brut (CN 7002) vers les pays tiers sont passées de 502 M€ à 288 M€, soit une baisse de −42,7 % en valeur. Le recul est également manifeste en volume : de 75 194 tonnes à 54 878 tonnes (−27,0 %). La contraction des volumes est cependant moins forte que celle de la valeur, ce qui traduit une érosion concomitante des prix moyens à l'exportation : de 6 678 €/t à 5 240 €/t (−21,5 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur export (M€) | 502,2 | 287,7 | −42,7 % |
| Volume export (t) | 75 194 | 54 878 | −27,0 % |
| Prix moyen export (€/t) | 6 678 | 5 240 | −21,5 % |
La valeur maximale a été atteinte en 2018 à 607,8 M€, avant un déclin quasi continu, accéléré par la crise COVID en 2020 (volume tombé à 51 301 t) et prolongé ensuite.
1.2. Les importations gagnent en valeur malgré un effondrement des volumes
De manière surprenante, la valeur des importations de l'UE a progressé de 100 M€ à 133 M€ (+33,0 %) sur la même période, alors même que les volumes importés se sont effondrés de 30 570 t à 17 969 t (−41,2 %). Cette divergence s'explique par une hausse spectaculaire du prix moyen à l'importation : de 3 284 €/t à 7 428 €/t (+126,2 %). L'UE importe donc désormais des quantités moindres, mais à un prix unitaire plus que doublé, ce qui suggère un glissement vers des produits à plus forte valeur ajoutée ou un renchérissement structurel des fournisseurs.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur import (M€) | 100,4 | 133,5 | +33,0 % |
| Volume import (t) | 30 570 | 17 969 | −41,2 % |
| Prix moyen import (€/t) | 3 284 | 7 428 | +126,2 % |
1.3. L'excédent commercial se réduit fortement
L'UE demeure exportatrice nette sur l'ensemble de la période — le taux de dépendance nette aux importations est négatif (−29,7 % en 2015, −15,8 % en 2025). Toutefois, l'excédent commercial a fondu de 402 M€ à 154 M€ (−61,6 %), passant d'un maximum de 510 M€ en 2018 à son niveau historiquement bas en 2025. Ce rétrécissement résulte de la combinaison d'exportations en repli et d'importations en hausse.
2. Le segment des tubes en quartz, moteur puis frein du commerce extérieur
2.1. Les tubes en quartz fondu (700231) : pilier des exportations européennes, désormais en repli
Le sous-produit dominant des exportations européennes est le segment 700231 — Tubes en quartz ou en autre silice fondus. En 2015, ce segment représentait 278 M€, soit 55 % de la valeur totale des exportations CN 7002. Il a connu un pic à 359 M€ en 2018, avant de s'effondrer à 86 M€ en 2025 (−69 % par rapport à 2015). Le volume a connu un effondrement encore plus brutal, passant de 5 458 t à 1 085 t (−80 %), témoignant d'une perte massive de parts de marché en volume.
| Année | Valeur 700231 (M€) | Volume 700231 (t) | Prix moyen (€/t) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 278,2 | 5 458 | 50 973 |
| 2018 | 358,8 | 6 747 | 53 178 |
| 2019 | 96,3 | 1 869 | 51 525 |
| 2025 | 85,5 | 1 085 | 78 711 |
La chute spectaculaire entre 2018 et 2019 (de 359 M€ à 96 M€) coïncide avec un probable effet de rétrocession statistique ou un changement structurel majeur dans la chaîne de valeur du quartz fondu européen (relocalisation, changement de code, ou contraction de la demande mondiale de fibres optiques). Notablement, le prix moyen du quartz exporté a continué de grimper (de 50 973 €/t à 78 711 €/t), ce qui indique que l'UE se spécialise désormais sur des produits de niche à très haute valeur ajoutée dans ce segment.
2.2. Les barres et baguettes (700220) : un segment importé en plein essor
Le segment 700220 — Barres ou baguettes en verre non travaillé a connu une trajectoire inverse sur les importations. La valeur importée a bondi de 17,7 M€ à 57,2 M€ (+223 %), avec un pic à 63,8 M€ en 2023. Ce segment est devenu le premier poste d'importation en valeur, dépassant même les tubes en quartz (700231). Les prix moyens à l'importation y sont très élevés (49 854 €/t en 2015, 63 139 €/t en 2025), ce qui suggère l'importation de baguettes techniques spécialisées (verre borosilicate, verre optique).
2.3. Les tubes à faible dilatation (700232) : un déclin des deux côtés
Le segment 700232 — Tubes à coefficient de dilatation linéaire ≤ 5×10⁻⁶/K affiche un double déclin : les importations sont passées de 3 296 t à 526 t en volume et de 6,1 M€ à 1,6 M€ en valeur, tandis que les exportations ont suivi une trajectoire similaire (de 2 521 t à 1 124 t). Le prix moyen à l'importation a cependant fluctué fortement, atteignant un pic de 4 378 €/t en 2023 avant de refluer à 3 007 €/t. Ce segment semble en contraction structurelle, possiblement lié à une substitution technologique.
2.4. Les tubes ordinaires (700239) : volume dominant à l'importation
Le segment 700239 — Tubes en verre non travaillé (hors quartz et faible dilatation) reste le premier en volume importé (13 290 t en 2025), mais sa valeur est relativement modeste (27,8 M€) et ses prix bas (2 093 €/t). Ce segment incarne le verre technique courant, importé principalement de Chine. À l'exportation, le volume de ce segment a fondu de 8 972 t à 3 750 t (−58 %), signe d'une perte de compétitivité européenne sur le verre tube standard.
3. Recomposition géographique : diversification des débouchés, dépendance accrue vis-à-vis de quelques fournisseurs
3.1. L'Asie du Sud-Est et la Chine s'imposent comme fournisseurs clés
Les importations en provenance de Chine ont progressé de 27,3 M€ à 46,3 M€ (+69,3 %), consolidant la position de premier fournisseur. Plus remarquable encore, la Malaisie a bondi de 6,7 M€ à 14,9 M€ (+121,5 %), devenant le deuxième fournisseur d'origine, et la Thaïlande a presque doublé (0,6 M€ → 1,2 M€). Cette montée en puissance de l'Asie du Sud-Est s'inscrit dans une dynamique de diversification des chaînes d'approvisionnement mondiales du verre technique.
| Partenaire (imports) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 27,3 | 46,3 | +69,3 % |
| États-Unis | 44,0 | 58,8 | +33,8 % |
| Malaisie | 6,7 | 14,9 | +121,5 % |
| Thaïlande | 0,6 | 1,2 | +97,8 % |
| Biélorussie | 1,2 | 0,0 | −100,0 % |
| Russie | 0,6 | 0,0 | −100,0 % |
La disparition quasi totale des importations en provenance de Biélorussie et de Russie (de 1,2 M€ et 0,6 M€ respectivement à des montants résiduels) est directement liée aux sanctions européennes adoptées à partir de 2022.
3.2. Les États-Unis et la Chine, principaux débouchés, accusent un fort recul
Du côté des exportations, les deux principaux partenaires — Chine et États-Unis — ont connu des replis massifs :
| Partenaire (exports) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 191,8 | 54,7 | −71,5 % |
| États-Unis | 155,0 | 71,5 | −53,9 % |
| Inde | 12,9 | 8,3 | −35,9 % |
| Suisse | 11,0 | 11,4 | +4,2 % |
| Mexique | 8,5 | 11,2 | +32,1 % |
| Égypte | 5,9 | 6,4 | +8,9 % |
La diversification des débouchés à l'exportation est confirmée par l'indice HHI des exportations, qui est passé de 2 484 à 1 262 (−49,2 %), indiquant un marché beaucoup moins concentré sur quelques partenaires. À l'inverse, l'HHI des importations a augmenté de 2 830 à 3 366 (+18,9 %), signalant une concentration croissante des sources d'approvisionnement.
3.3. L'Allemagne domine mais voit son poids se réduire ; la Pologne émerge
Au sein de l'UE, l'Allemagne reste le premier exportateur (233 M€ en 2025, soit 81 % du total), mais a vu ses exportations reculer de −43,2 % depuis 2015. La France a perdu près de la moitié de ses exportations (47 M€ → 24 M€), et les Pays-Bas ont subi un recul de 62 %.
| État membre (exports) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 409,7 | 232,8 | −43,2 % |
| France | 47,3 | 23,8 | −49,6 % |
| Pays-Bas | 19,5 | 7,4 | −61,9 % |
| Italie | 14,2 | 7,9 | −44,1 % |
| Belgique | 0,3 | 5,2 | +1 645 % |
| Tchéquie | 6,9 | 5,9 | −13,9 % |
Côté importations, la Pologne a connu une expansion spectaculaire : de 4,9 M€ à 31,5 M€ (+538 %), devenant le premier État importateur de l'UE en 2025, devant l'Allemagne (29,4 M€). Cette dynamique reflète vraisemblablement la montée en puissance de l'industrie manufacturière polonaise et son intégration dans les chaînes de valeur européennes du verre.
3.4. Chocs de prix et vulnérabilités identifiés
Trois chocs de prix significatifs ont été détectés à l'exportation :
- Russie (2020) : hausse de prix de +70,4 % (abnormalité 3,7σ), probablement liée aux premières perturbations commerciales et à la sélection de produits à plus forte valeur.
- États-Unis (2022) : hausse de +37,2 % (2,8σ), sur un marché représentant 32,8 % de la valeur exportée — un choc majeur, possiblement lié à l'inflation post-COVID et aux tensions logistiques transatlantiques.
- Mexique (2022) : hausse de +17,0 % (2,4σ), reflétant la propagation des tensions de prix vers l'Amérique latine.
La volatilité des importations est particulièrement élevée pour les partenaires émergents (Indonésie : CV 3,29 ; Inde : CV 2,26 ; Brésil : CV 1,87), tandis que les flux d'exportation vers la Suisse (CV 0,07) et la Turquie (CV 0,13) sont remarquablement stables.
3.5. Une spécialisation européenne maintenue mais sous pression
L'analyse des avantages comparatifs révèle en 2025 que trois États membres conservent un avantage comparatif révélé (RCA > 1) :
| État membre | RCA | RSCA | Part production EU |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 2,62 | 0,45 | 55,4 % |
| France | 1,90 | 0,31 | 14,8 % |
| Italie | 1,55 | 0,21 | 12,4 % |
Cependant, la production européenne a baissé en volume (de 162 693 t à 141 173 t, soit −13,2 %) tout en augmentant en valeur (de 421 M€ à 592 M€, soit +40,5 %). Cette divergence prix/volume indique une montée en gamme de la production européenne, concentrée sur des segments à haute valeur ajoutée (quartz fondu, verres techniques spéciaux), tandis que le volume de base perd du terrain face à la concurrence asiatique.
Conclusion
Le marché européen du verre brut en formes simples (CN 7002) a connu, sur la décennie 2015–2025, une triple transformation : (1) un recul massif des exportations (−43 % en valeur), principalement tiré par l'effondrement du segment quartz fondu et la perte de parts sur les marchés chinois et américains ; (2) une montée en valeur des importations (+33 %) malgré la contraction des volumes, témoignant d'un renchérissement structurel et d'un glissement vers des produits spécialisés ; (3) une reconfiguration géographique avec l'émergence de la Malaisie et de la Pologne, l'éviction de la Russie et de la Biélorussie, et une meilleure diversification des débouchés à l'exportation.
L'UE demeure exportatrice nette (excédent de 154 M€ en 2025), mais cet avantage s'est considérablement érodé. La production européenne monte en gamme (valeur en hausse de 40 %, volume en baisse de 13 %), ce qui préserve sa compétitivité sur les segments de niche mais laisse le volume de base aux fournisseurs asiatiques. La dépendance aux importations de Chine et de Malaisie, combinée à une concentration croissante de ces approvisionnements (HHI en hausse), constitue un risque structurel qu'il convient de surveiller dans le contexte actuel de tensions géopolitiques et de réorganisation des chaînes de valeur mondiales.