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Évolution du marché : Verre de construction (CN 7016) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport examine l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les produits classés sous le code NC 7016, qui couvre les pavés, dalles, briques, carreaux, tuiles et autres articles en verre pressé ou moulé destinés au bâtiment et à la construction, ainsi que les cubes pour mosaïques, les vitraux et le verre multicellulaire (à l'exclusion du verre de sécurité feuilleté et des vitrages isolants à parois multiples). La période analysée s'étend de 2015 à 2025, permettant de saisir les tendances structurelles, les recompositions géographiques et les chocs conjonctuels qui ont marqué ce secteur.

Les données disponibles (vue d'ensemble) révèlent trois dynamiques majeures : une montée en gamme prononcée des exportations, un rééquilibrage profond des flux d'importations, et une intégration croissante de l'UE dans les échanges mondiaux, malgré un recul de la production intérieure.


1. Une montée en gamme des exportations européennes : plus de valeur avec moins de volume

Le commerce extérieur de l'UE en verre de construction s'est caractérisé, sur la période 2015–2025, par un paradoxe apparent : les exportations ont progressé en valeur (+27,7 %) tout en reculant significativement en volume (−21,1 %). Ce phénomène s'explique principalement par une hausse spectaculaire des prix à l'exportation, passés de 1 838 €/t à 2 973 €/t (+61,8 %).

1.1. Une hausse de la valeur exportée malgré un repli des volumes

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur exportations 146,6 M€ 187,2 M€ +27,7 %
Volume exportations 79 787 t 62 963 t −21,1 %
Prix moyen exportations 1 838 €/t 2 973 €/t +61,8 %

Cette dynamique témoigne d'une spécialisation croissante de l'industrie européenne vers des produits à plus forte valeur ajoutée — notamment les éléments architecturaux en verre moulé et les verres assemblés en vitraux — au détriment des produits de base à faible marge.

1.2. L'exportation de verre pour mosaïques : un segment à valeur élevée et volume stable

Le sous-produit 701610 (cubes et dés pour mosaïques) illustre particulièrement bien cette montée en gamme. Le volume exporté est resté remarquablement stable autour de 23 000–25 000 tonnes sur toute la période, tandis que la valeur a légèrement progressé, passant de 73,1 M€ à 78,2 M€. Le prix moyen de ce segment demeure élevé (3 123 €/t en 2025), confirmant la position de niche de l'UE sur ce créneau artisanal et décoratif (analyse par segment).

À l'inverse, le segment 701690 (articles de construction en verre pressé ou moulé) a vu son volume exporté reculer de 56 617 t à 37 933 t (−32,9 %), tandis que sa valeur augmentait de 73,5 M€ à 109,1 M€ (+48,4 %). Le prix de ce segment a bondi de 1 299 €/t à 2 875 €/t (+121,3 %), reflétant soit une inflation des coûts de production, soit un repositionnement vers des produits de gamme supérieure.

1.3. Le Royaume-Uni et la Suisse : moteurs de la croissance à l'export

Les principaux partenaires à l'exportation ont connu des trajectoires contrastées (partenaires) :

Partenaire 2015 2025 Variation
Royaume-Uni 11,6 M€ 33,7 M€ +190,5 %
Suisse 14,4 M€ 31,8 M€ +120,9 %
États-Unis 19,8 M€ 26,7 M€ +34,5 %
Mexique 4,3 M€ 4,2 M€ −1,8 %
Brésil 1,0 M€ 1,6 M€ +59,5 %
Russie 8,3 M€ 3,9 M€ −53,0 %
Algérie 4,9 M€ 1,6 M€ −67,8 %

La forte progression vers le Royaume-Uni (+190,5 %) s'explique vraisemblablement par les ajustements post-Brexit, qui ont pu rediriger des flux autrefois comptabilisés en commerce intra-UE vers le registre des échanges extra-UE. La Suisse demeure un marché de proximité stratégique, tandis que la chute des exportations vers la Russie (−53,0 %) reflète l'impact des sanctions économiques imposées après 2022. Le déclin de l'Algérie (−67,8 %) illustre quant à lui la volatilité inhérente à certains marchés émergents.


2. Un effondrement des importations en provenance de Chine et une diversification géographique

Le second mouvement majeur de la période est la contraction prononcée des importations de l'UE, tant en valeur (−42,5 %, passant de 67,1 M€ à 38,6 M€) qu'en volume (−23,5 %, de 47 173 t à 36 105 t). Cette dynamique est dominée par l'effondrement des achats auprès de la Chine, mais s'accompagne d'une montée en puissance de fournisseurs européens et voisins.

2.1. La Chine : du fournisseur dominant à un acteur marginalisé

La part de la Chine dans les importations de l'UE a connu un effondrement spectaculaire (partenaires) :

Partenaire 2015 2025 Variation
Chine 48,8 M€ 14,1 M€ −71,1 %
Suisse 1,9 M€ 7,5 M€ +287,5 %
Norvège 0,04 M€ 2,8 M€ +6 800 %
Tunisie 5,5 M€ 3,7 M€ −33,4 %
Royaume-Uni 1,7 M€ 2,5 M€ +48,7 %
Inde 3,3 M€ 3,0 M€ −9,7 %
Turquie 1,5 M€ 1,7 M€ +10,2 %

En 2015, la Chine représentait à elle seule près de 73 % de la valeur des importations de l'UE en produits CN 7016. En 2025, cette part est tombée à environ 37 %. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce recul : le renforcement des instruments de défense commerciale européens (droits antidumping, mesures anti-subventions), la hausse des coûts de transport maritime, ou encore les politiques chinoises de réduction des surcapacités dans l'industrie verrière. La concentration HHI des importations est passée de 5 418 à 2 000 (−63,1 %), confirmant cette diversification des sources d'approvisionnement.

2.2. Le segment des cubes pour mosaïques : l'effondrement du volume importé de Chine

La désagrégation par sous-produit (segment breakdown) révèle des dynamiques distinctes entre les deux sous-codes :

Sous-produit Indicateur 2015 2025 Variation
701690 (construction) Volume importé 16 394 t 29 804 t +81,8 %
701690 (construction) Valeur importée 10,7 M€ 21,7 M€ +102,5 %
701610 (mosaïques) Volume importé 30 779 t 6 301 t −79,5 %
701610 (mosaïques) Valeur importée 56,4 M€ 16,9 M€ −70,0 %

Le segment 701610 a perdu près de 80 % de son volume importé, ce qui correspond très probablement à la réduction des achats de cubes en verre chinois, un segment autrefois dominé par les fournisseurs asiatiques. En parallèle, le segment 701690 a vu ses importations doubler en valeur, suggérant une demande européenne croissante pour des articles de construction en verre moulé en provenance de fournisseurs diversifiés.

2.3. L'émergence de la Norvège et de la Suisse comme fournisseurs clés

La Norvège et la Suisse se distinguent par une croissance fulgurante de leurs exportations vers l'UE. La Norvège a vu ses ventes passer de 40 000 € à 2,76 M€ (+6 800 %), ce qui pourrait refléter la présence d'installations industrielles spécialisées ou des réexportations. Toutefois, la volatilité élevée de ces flux (coefficient de variation de 1,35 pour la Norvège) invite à la prudence dans l'interprétation.


3. Une intégration commerciale croissante au prix d'une désindustrialisation partielle

Le troisième constat majeur concerne la trajectoire de l'industrie européenne du verre de construction, marquée par un paradoxe entre une ouverture commerciale accrue et un recul de la production intérieure.

3.1. L'intensification des échanges et la montée en puissance de la Belgique et des Pays-Bas

Les indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité (vulnérabilité) montrent une intégration commerciale en forte progression :

Indicateur 2015 2025 Variation
Intensité commerciale 40,2 % 73,4 % +82,5 %
Propension à exporter 33,0 % 59,5 % +80,5 %
Dépendance nette aux importations −26,2 % −7,7 % +70,6 %

L'UE reste exportateur net, mais l'écart se réduit : la balance commerciale, bien qu'en progression de 79,5 M€ à 148,7 M€ (+86,9 %), progresse moins vite que les exportations brutes, en raison de la hausse des importations dans le segment 701690.

Au sein de l'UE, la répartition par État membre révèle des mutations profondes :

État membre Exports 2015 Exports 2025 Variation
Espagne 45,7 M€ 46,8 M€ +2,4 %
Italie 46,5 M€ 37,1 M€ −20,1 %
Tchéquie 15,5 M€ 29,2 M€ +88,7 %
Belgique 0,2 M€ 23,4 M€ +14 032 %
Pays-Bas 6,3 M€ 26,4 M€ +320,9 %
Allemagne 19,1 M€ 12,8 M€ −33,0 %

La progression vertigineuse de la Belgique (+14 032 %) et des Pays-Bas (+320,9 %) suggère l'émergence de plates-formes logistiques et de réexportation dans ces pays, ou l'implantation de nouvelles capacités de production. La Tchéquie confirme son statut de spécialiste avec un indice RSCA de 0,7153 (le plus élevé de l'UE) et un avantage comparatif révélé (RCA) de 6,02.

3.2. Un recul significatif de la production intérieure

Les données de production révèlent une contraction préoccupante de l'appareil productif européen :

Indicateur 2015 2025 Variation
Volume de production 377 026 t 234 800 t −37,7 %
Valeur de production 482,7 M€ 400,0 M€ −17,1 %

La production a perdu plus d'un tiers de son volume en une décennie. Néanmoins, la valeur recule moins vite que le volume (−17,1 % contre −37,7 %), ce qui confirme la tendance à la montée en gamme observée dans les exportations : les producteurs européens se concentrent sur des segments à plus forte valeur ajoutée tout en cédant des parts de marché sur les produits standardisés. Cette évolution est compatible avec la montée en puissance de concurrents turcs et indiens sur les segments bas de gamme, ainsi qu'avec les contraintes énergétiques pesant sur les industries gourmandes en énergie comme la verrerie.

3.3. Des marchés d'importation de plus en plus volatils

L'analyse de la volatilité des flux commerciaux met en lumière les risques pesant sur l'approvisionnement. Plusieurs chocs significatifs ont été détectés :

Événement Type Flux Année Amplitude
Norvège Prix Importations 2018 +1 072 %
Algérie Prix Exportations 2018 +52,8 %
Inde Prix Exportations 2022 +454,9 %

Le choc de prix sur les importations norvégiennes en 2018 (hausse de 1 072 %) est d'une ampleur exceptionnelle et pourrait refléter un effet de composition (importation de lots à très haute valeur unitaire) ou un changement de classification. Les flux en provenance de Russie (CV = 1,41) et d'Ukraine (CV = 1,28) affichent une volatilité structurelle élevée, ce qui est cohérent avec les turbulences géopolitiques affectant ces partenaires. Côté exportations, les flux vers les marchés émergents (Algérie, Brésil, Argentine) présentent une volatilité significative (CV de 0,49 à 0,54), reflétant la dépendance conjoncturelle de ces économies.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché du verre de construction (CN 7016) dans l'Union européenne a connu une triple transformation. Premièrement, les exportations se sont repositionnées vers le haut de gamme, avec une hausse des prix moyens de 62 % qui compense — et au-delà — la baisse des volumes. Deuxièmement, l'approvisionnement s'est profondément diversifié : la Chine a perdu plus de 70 % de sa part dans les importations européennes, au profit de partenaires comme la Suisse, la Norvège ou le Royaume-Uni. Troisièmement, la production intérieure a reculé de près de 38 % en volume, témoignant d'une désindustrialisation partielle compensée par un recentrage sur les segments à haute valeur ajoutée.

L'UE demeure exportatrice nette (balance excédentaire de 148,7 M€ en 2025), mais sa dépendance relative aux importations progresse, en particulier dans le segment des articles de construction en verre moulé (701690). La forte concentration de l'approvisionnement chinois d'il y a dix ans a cédé la place à un paysage plus fragmenté, certes moins vulnérable à un risque unique, mais potentiellement plus complexe à gérer. Les enjeux pour la décennie à venir résident dans la capacité de l'industrie européenne à maintenir sa compétitivité sur les segments de niche à haute valeur, tout en sécurisant ses chaînes d'approvisionnement dans un environnement géopolitique incertain.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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