Évolution du marché : Verres d'horlogerie et de lunetterie (CN 7015) — 2015–2025
Introduction
Le code combiné 7015 couvre les verres d'horlogerie, les verres de lunetterie commune ou médicale (bombés, cintrés, creusés mais non travaillés optiquement), ainsi que les sphères creuses en verre destinées à leur fabrication. Ce marché de niche, situé à la croisée de l'horlogerie et de l'optique, présente des dynamiques singulières sur la période 2015–2025. L'Union européenne demeure un exportateur net, mais son excédent commercial s'est considérablement réduit, passant de 12,4 millions d'euros à 4,8 millions d'euros. Ce rapport analyse les principales mutations structurelles du secteur : une contraction marquée des volumes échangés, un renchérissement significatif des prix unitaires, une reconfiguration des partenaires commerciaux et une concentration accrue des flux.
Pour plus de détails sur le périmètre produit et les définitions, consulter la vue d'ensemble du code 7015.
1. Une contraction des volumes masquée par une forte hausse des prix unitaires
1.1. Des volumes en repli prononcé tant à l'export qu'à l'import
Sur la période 2015–2025, les volumes échangés par l'UE avec le reste du monde ont connu un déclin marqué. Les exportations en tonnes sont passées de 1 757 tonnes à 744 tonnes, soit une baisse de 57,7 %. Les importations ont reculé de manière encore plus prononcée, de 312 tonnes à 95 tonnes (−69,6 %). Cette contraction généralisée des volumes traduit un recul de l'activité physique du secteur, tant en termes de production que de consommation de ces composants en verre.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (tonnes) | 1 757 | 744 | −57,7 % |
| Importations (tonnes) | 312 | 95 | −69,6 % |
| Exportations (M€) | 25,0 | 14,5 | −42,1 % |
| Importations (M€) | 12,6 | 9,7 | −23,1 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2. Un prix unitaire à l'import en forte progression, signe d'une montée en gamme
Le prix moyen à l'export est passé de 13 719 €/t à 19 222 €/t (+40,1 %), tandis que le prix moyen à l'import a bondi de 39 902 €/t à 98 747 €/t (+147,5 %). L'écart considérable entre les prix d'import et d'export — le prix import étant environ cinq fois supérieur au prix export en 2025 — suggère que l'UE importe des produits à forte valeur ajoutée (notamment des verres de lunetterie médicale ou des composants horlogers de précision, typiquement en provenance de Suisse) tout en exportant des produits de gamme intermédiaire. La hausse du prix à l'import peut refléter une spécialisation croissante des fournisseurs vers des segments à plus haute valeur ajoutée, ou une diminution des importations de produits bas de gamme.
1.3. Une production européenne en déclin structurel
Les données de production PRODCOM confirment cette tendance baissière. La production de l'UE en volume est passée de 12 042 tonnes à 2 507 tonnes (−79,2 %), et en valeur de 95,2 M€ à 52,9 M€ (−44,4 %). La chute des volumes de production est plus prononcée que celle de la valeur, ce qui indique là encore une montée en gamme de la production résiduelle. Ce déclin peut s'expliquer par la délocalisation progressive de la production de composants standards vers l'Asie, ne laissant en Europe que les segments les plus spécialisés.
Source : Volumes de production
2. Une reconfiguration géographique des flux commerciaux
2.1. La Suisse, pilier des importations européennes
La Suisse demeure de loin le premier fournisseur de l'UE pour ce code, avec des importations passant de 6,1 M€ à 5,2 M€ (−13,9 %). Cette relative stabilité contraste avec les reculs enregistrés par les autres partenaires. La position suisse s'explique par la proximité de l'industrie horlogère helvétique, qui génère une demande de composants en verre de haute précision. Le prix unitaire des importations suisses reste élevé, cohérent avec la nature premium de ces produits.
| Partenaire (importations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Suisse | 6,08 | 5,23 | −13,9 % |
| Chine | 3,98 | 3,05 | −23,3 % |
| Malaisie | 1,07 | 0,66 | −38,8 % |
| Hong Kong | 0,87 | 0,20 | −77,0 % |
| Royaume-Uni | 0,23 | 0,11 | −53,6 % |
| Taïwan | 0,12 | 0,01 | −91,0 % |
| Japon | 0,07 | 0,02 | −70,3 % |
Source : Principaux partenaires à l'import
2.2. Un rééquilibrage des exportations vers l'Asie du Sud-Est
Côté exportations, la Chine reste le premier client de l'UE (6,3 M€ en 2015, 6,4 M€ en 2025, +2,5 %), mais la Thaïlande émerge comme un partenaire de plus en plus important, passant de 1,8 M€ à 2,9 M€ (+58,6 %). À l'inverse, les exportations vers l'Inde (−69,9 %), les États-Unis (−80,2 %), Hong Kong (−87,3 %) et le Japon (−78,8 %) se sont effondrées. Ce basculement vers la Thaïlande pourrait refléter la montée en puissance de ce pays comme plateforme de production optique et de sous-traitance pour les grandes marques.
| Partenaire (exportations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 6,27 | 6,42 | +2,5 % |
| Thaïlande | 1,80 | 2,85 | +58,6 % |
| Inde | 5,62 | 1,69 | −69,9 % |
| États-Unis | 1,64 | 0,33 | −80,2 % |
| Hong Kong | 1,12 | 0,14 | −87,3 % |
| Japon | 1,52 | 0,32 | −78,8 % |
| Serbie | 0,38 | 0,36 | −6,1 % |
Source : Principaux partenaires à l'export
2.3. L'Allemagne consolide sa position tandis que la France recule
Au sein de l'UE, les dynamiques nationales divergent fortement. L'Allemagne renforce sa position tant à l'import (+19,5 %, passant à 3,8 M€) qu'à l'export (+15,1 %, atteignant 7,9 M€), confirmant son rôle de moteur industriel du secteur. La France, autrefois premier exportateur de l'UE (14,7 M€ en 2015), a vu ses exportations s'effondrer à 4,1 M€ (−72,0 %), un déclin qui pourrait être lié à la restructuration de son industrie optique et horlogère. L'Italie connaît un recul similaire (−73,8 % à l'export). En revanche, l'Espagne (+121,8 % à l'export) et les Pays-Bas (+148,9 % à l'import) affichent des progressions notables.
Source : Principaux États membres à l'export et à l'import
3. Concentration croissante, volatilité et évolution de l'autonomie européenne
3.1. Une concentration des échanges en hausse significative
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) révèle une concentration accrue des flux commerciaux. À l'import, l'HHI en valeur est passé de 3 438 à 4 019 (+16,9 %), indiquant une dépendance croissante vis-à-vis d'un nombre restreint de fournisseurs (principalement la Suisse et la Chine). À l'export, la concentration a encore plus augmenté, l'HHI passant de 1 379 à 2 843 (+106,1 %), signe que les exportations se concentrent sur un nombre réduit de destinations (Chine et Thaïlande principalement). Cette double concentration expose l'UE à des risques de dépendance bilatérale.
| Indicateur HHI (valeur) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations | 3 438 | 4 019 | +16,9 % |
| Exportations | 1 379 | 2 843 | +106,1 % |
Source : Concentration des échanges (HHI)
3.2. Des épisodes de volatilité et des chocs identifiés
L'analyse de la volatilité révèle des disparités marquées entre partenaires. Les importations en provenance du Royaume-Uni présentent le coefficient de variation le plus élevé (CV = 2,94), suivi du Japon (CV = 2,02) et de la Suisse (CV = 1,03). Un choc de prix majeur a été détecté sur les importations britanniques en 2023, avec une hausse de prix de +344,9 % et un degré d'anormalité de 8,0. Ce choc pourrait être lié aux ajustements post-Brexit ou à des changements dans la structure des flux transmanche. Côté exportations, la volatilité est plus contenue, les principaux partenaires (Chine, Thaïlande) affichant des coefficients de variation modérés (environ 0,32).
Source : Barres de volatilité et Chocs d'approvisionnement
3.3. Une autonomie commerciale en amélioration relative
Malgré la contraction des volumes, l'UE maintient une position d'exportateur net. Le taux de dépendance nette aux importations (en valeur) est passé de −23,7 % à −16,6 % (valeur négative = excédent commercial). L'amélioration de ce ratio (+30,0 %) indique que l'excédent se réduit en termes relatifs, mais que l'UE reste structurellement exportatrice. Parallèlement, l'intensité commerciale (rapport commerce/production) a augmenté de 35,8 % à 43,0 %, et la propension à exporter de 29,3 % à 32,6 %. Ces évolutions suggèrent que le secteur, bien qu'en contraction volumétrique, reste tourné vers l'export et s'intègre davantage dans les chaînes de valeur mondiales.
| Indicateur d'autonomie | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | −23,7 | −16,6 | +30,0 % |
| Intensité commerciale (%) | 35,8 | 43,0 | +19,9 % |
| Propension à exporter (%) | 29,3 | 32,6 | +11,0 % |
Source : Dépendance nette aux importations, Intensité commerciale et Propension à exporter
Conclusion
Le marché européen des verres d'horlogerie et de lunetterie (CN 7015) traverse une décennie de profonde restructuration. La tendance dominante est celle d'une contraction des volumes — tant en production qu'en commerce — compensée partiellement par une montée en gamme significative, comme en témoigne la hausse des prix unitaires. L'UE demeure un exportateur net, mais son avantage se réduit et ses flux se concentrent sur un nombre plus restreint de partenaires, augmentant les risques de dépendance. L'Allemagne s'affirme comme le moteur industriel du secteur au sein de l'UE, tandis que la France et l'Italie ont vu leur position considérablement s'éroder. La Suisse reste le fournisseur clé, ancrée dans la synergie avec l'industrie horlogère de luxe. À l'export, le pivot vers la Chine et la Thaïlande illustre la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales de l'optique. Enfin, les épisodes de volatilité, notamment le choc de prix sur les importations britanniques en 2023, rappellent la sensibilité de ce marché de niche aux perturbations géopolitiques et commerciales.