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Évolution du marché : Verre ouvré (CN 7006) — 2015–2025

Introduction

Le code douanier 7006 couvre les plaques, feuilles et profilés en verre travaillés — courbés, biseautés, gravés, percés, émaillés ou autrement transformés — à l'exclusion du verre de sécurité, du vitrage isolant à parois multiples et du verre sous forme de miroirs. Ce produit constitue un intrant essentiel pour les secteurs de la construction, de l'automobile et de l'industrie. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne dans ce segment a connu des mutations profondes, marquées par un redimensionnement des volumes, une montée en gamme des prix unitaires, une réorientation géographique des flux et un basculement du solde commercial. Le présent rapport s'appuie sur les données du Trade Dashboard pour analyser ces dynamiques et en proposer une interprétation structurée.


1. De l'exportateur net à l'importateur net : un basculement structurel du solde commercial

Le solde commercial se retourne entre 2015 et 2025

L'Union européenne est passée d'une position d'exportateur net de verre ouvré à celle d'importateur net au cours de la période étudiée. Le solde commercial, initialement positif de 31,9 millions d'euros en 2015, est devenu négatif à hauteur de −15,7 millions d'euros en 2025, soit une détérioration de −149,2 %. Le point le plus bas a été atteint avec un déficit de −50,0 millions d'euros, tandis que le niveau le plus élevé du solde a été le point de départ en 2015.

Indicateur 2015 2025 Variation
Solde commercial (€) +31,9 M€ −15,7 M€ −149,2 %
Dépendance nette aux importations (%) −3,1 % +0,8 % +125,1 %

La dépendance nette aux importations est passée de −3,1 % (excédentaire) à +0,8 % (déficitaire), confirmant le basculement. Ce phénomène n'est pas le fruit d'une seule année mais s'inscrit dans une trajectoire progressive qui s'est accélérée après 2020.

Les importations progressent bien plus vite que les exportations en valeur

La croissance des importations (+59,9 % en valeur) a nettement surpassé celle des exportations (+2,0 %) sur la période. Les importations sont passées de 83,2 M€ à 133,0 M€, tandis que les exportations sont restées quasi stables autour de 115,1 M€ à 117,4 M€.

Flux Valeur 2015 Valeur 2025 Évolution
Exportations (€) 115,1 M€ 117,4 M€ +2,0 %
Importations (€) 83,2 M€ 133,0 M€ +59,9 %

Une tendance de fond amplifiée par les chocs géopolitiques de 2022

Le pic du déficit (−50,0 M€) coïncide avec la période post-2022, marquée par les tensions énergétiques européennes et le conflit russo-ukrainien. Les chocs détectés montrent des pics de prix sur les importations en provenance de Turquie en 2022 (+61,0 %) et du Japon en 2023 (+58,3 %). La hausse des coûts énergétiques en Europe a probablement pesé sur la compétitivité de la production locale, favorisant les importations.


2. Une montée en gamme généralisée : volumes en repli, prix en forte hausse

Les volumes baissent des deux côtés, mais les prix s'envolent

L'une des dynamiques les plus marquantes de la période est la divergence entre volumes et valeurs. Les exportations ont vu leur quantité chuter de 43 030 tonnes à 17 857 tonnes (−58,5 %), tandis que leur valeur restait quasi stable (+2,0 %). Cela traduit une hausse spectaculaire du prix moyen à l'exportation : de 2 673 €/t à 6 550 €/t (+145,0 %).

Indicateur 2015 2025 Évolution
Volume exporté (t) 43 030 17 857 −58,5 %
Prix export (€/t) 2 673 6 550 +145,0 %
Volume importé (t) 53 431 40 257 −24,7 %
Prix import (€/t) 1 557 3 302 +112,1 %

Une stratégie de montée en gamme de l'industrie européenne

La hausse du prix moyen à l'exportation dépasse nettement celle des importations (+145 % vs +112 %), ce qui suggère que l'UE s'est repositionnée vers des produits à plus forte valeur ajoutée — verres optiques, verres techniques, verres spéciaux. Le code CN 7006 inclut effectivement le verre d'optique (code Prodcom 23.12.11.50), segment où l'Europe conserve des avantages comparatifs.

Ce repositionnement est cohérent avec la baisse des volumes exportés : l'UE ne cherche plus à exporter massivement du verre ouvré standard mais se concentre sur des niches à forte valeur ajoutée, où la concurrence par les coûts des pays asiatiques est moins pressante.

L'industrie européenne maintient une production robuste

Malgré la chute des volumes exportés, la production de verre ouvré dans l'UE a progressé : de 638 763 tonnes à 735 000 tonnes (+15,1 %) en volume, et de 1,08 milliard d'euros à 1,72 milliard d'euros (+60,0 %) en valeur. La production croît donc davantage en valeur qu'en volume, confirmant la dynamique de montée en gamme observée dans les flux commerciaux.

Indicateur production 2015 2025 Évolution
Quantité produite (kg) 638 763 t 735 000 t +15,1 %
Valeur produite (€) 1,08 Mrd€ 1,72 Mrd€ +60,0 %

3. Réorientation géographique des flux : la Chine en ascension, la Russie en effacement

La Chine consolide sa position de premier fournisseur de l'UE

La Chine est de loin le premier partenaire d'importation de l'UE pour le verre ouvré, avec une progression de 40,8 M€ à 71,6 M€ (+75,7 %). Le pic a même atteint 80,2 M€. La part de la Chine dans les importations de l'UE a ainsi considérablement augmenté, consolidant une dépendance structurelle.

Partenaire (imports) Valeur 2015 Valeur 2025 Évolution CV
China 40,8 M€ 71,6 M€ +75,7 % 0,18
Japan 18,8 M€ 25,5 M€ +35,3 % 0,35
Türkiye 8,5 M€ 6,0 M€ −29,2 % 0,34
Belarus 0,08 M€ 0,88 M€ +949,6 % 0,73
Ukraine 0,07 M€ 0,29 M€ +311,9 % 0,74
Egypt 0,16 M€ 0,47 M€ +194,1 % 0,46

La Chine affiche par ailleurs le coefficient de variation le plus faible parmi les principaux partenaires d'importation (CV = 0,18), ce qui en fait un fournisseur à la fois majeur et relativement stable. Cette combinaison renforce le caractère structurel de la dépendance européenne vis-à-vis du verre ouvré chinois.

L'effondrement des exportations vers la Russie : le choc le plus spectaculaire

Le cas russe constitue l'événement le plus marquant de la période pour les exportations de l'UE. Les ventes de verre ouvré vers la Fédération de Russie sont passées de 7,2 M€ à 0,53 M€, soit un effondrement de −92,6 %. Le coefficient de variation associé est le plus élevé de tous les flux (CV = 1,50), confirmant la brutalité de la rupture. Cet effondrement s'explique directement par les sanctions économiques imposées à la Russie à partir de 2022.

Les exportations se concentrent sur les marchés occidentaux matures

En 2025, les trois principaux marchés d'exportation de l'UE sont les États-Unis (34,7 M€, +26,8 %), la Suisse (15,2 M€, −1,8 %) et la Chine (15,1 M€, +9,4 %). Le Royaume-Uni a reculé de 11,4 M€ à 8,7 M€ (−23,2 %), ce qui peut s'expliquer par les effets du Brexit sur les flux commerciaux.

Partenaire (exports) Valeur 2015 Valeur 2025 Évolution
United States 27,4 M€ 34,7 M€ +26,8 %
Switzerland 15,4 M€ 15,2 M€ −1,8 %
China 13,8 M€ 15,1 M€ +9,4 %
United Kingdom 11,4 M€ 8,7 M€ −23,2 %
Russian Federation 7,2 M€ 0,53 M€ −92,6 %
Türkiye 1,7 M€ 3,5 M€ +109,0 %

L'Allemagne domine le commerce intra-UE et affirme sa position d'hub

Au sein de l'UE, l'Allemagne demeure le principal acteur, tant du côté des exportations (68,1 M€) que des importations (21,2 M€). L'Italie a vu ses importations plus que doubler (13,3 M€ → 30,1 M€, +125,4 %), tandis que la Pologne a connu une croissance spectaculaire de ses importations (+642,1 %, de 2,4 M€ à 17,6 M€), reflétant peut-être le développement de son secteur de la construction et de l'automobile.

La concentration des exportations a augmenté (HHI valeur : de 1 121 à 1 505, +34,3 %), tandis que celle des importations est restée à un niveau élevé mais relativement stable (HHI valeur : de 3 096 à 3 492, +12,8 %), confirmant la domination chinoise sur l'approvisionnement.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché du verre ouvré (CN 7006) dans l'Union européenne a connu une triple transformation. Premièrement, l'UE est passée d'une position d'exportateur net à celle d'importateur net, avec un solde commercial qui s'est détérioré de +32 M€ à −16 M€. Deuxièmement, l'industrie européenne s'est engagée dans une montée en gamme prononcée : les volumes exportés ont fondu de 58 % tandis que le prix moyen à l'exportation a doublé (+145 %), signe d'un recentrage sur le verre ouvré à haute valeur ajoutée. Troisièmement, la géographie du commerce s'est profondément réorientée : la Chine a consolidé sa position de fournisseur dominant (+76 %), tandis que les exportations vers la Russie se sont effondrées (−93 %) sous l'effet des sanctions.

L'industrie européenne du verre ouvré apparaît ainsi dans une phase de spécialisation montante : elle produit et exporte moins en volume mais davantage en valeur, tandis qu'elle s'approvisionne plus massivement à l'étranger pour les segments de gamme inférieure. Les principaux risques identifiés résident dans la concentration croissante des importations sur la Chine et dans la volatilité des prix sur certains corridors (Japon, Turquie). L'export propensity, indicateur clé de la vulnérabilité selon les scores de saillance, a diminué de 16,7 %, signalant un recul de la capacité de l'UE à placer sa production sur les marchés tiers. À l'horizon 2025, le secteur se trouve à un point d'équilibre fragile entre spécialisation de niche et dépendance accrue aux approvisionnements extérieurs.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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