Évolution du marché : Déchets et débris de verre (CN 7001) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) avec les pays tiers pour le produit CN 7001, couvrant les déchets, débris et le verre en masse (à l'exclusion des formes en poudre ou activées). Sur la période 2015-2025, le marché de ce recyclat et matière première secondaire a connu une dynamique de croissance soutenue, caractérisée par une intensification des flux commerciaux, des recompositions géographiques notables et des tensions sur les prix. L'analyse s'appuie sur les données d'échanges et de structure de marché fournies, avec un focus sur les tendances de fond, les chocs observés et les implications pour l'autonomie de l'UE dans ce secteur stratégique pour l'économie circulaire. Consultez les données détaillées sur le tableau de bord du commerce.
Une phase d'expansion commerciale vigoureuse et asymétrique
Le marché du verre de recyclage a connu une forte expansion des flux commerciaux de l'UE avec le reste du monde, tant en valeur qu'en volume. Cette croissance s'est accompagnée d'une hausse marquée des prix moyens et d'une évolution du solde commercial.
Une croissance généralisée des importations et des exportations
Sur la période, les importations de l'UE en provenance des pays tiers ont plus que doublé en valeur (+104,1%), passant de 32,2 M€ à 65,8 M€. Les exportations ont également connu une progression très significative, augmentant de près de 99% en valeur (de 25,6 M€ à 50,9 M€) et de 74% en volume. Cette dynamique témoigne d'une intégration accrue de l'UE dans les circuits mondiaux de recyclage du verre, comme l'illustre l'augmentation de l'intensité commerciale de 56,7% à 89,7%.
Un déficit commercial persistant et des prix en hausse
L'UE est structurellement importatrice nette de CN 7001. Son déficit commercial est passé de -6,6 M€ en 2015 à -15,0 M€ en 2025, bien qu'ayant atteint un creux de -43,1 M€ au cours de la période. Les prix moyens à l'importation et à l'exportation ont tous deux augmenté fortement (+41,8% et +14,1% respectivement), suggérant une tension sur les marchés. Le prix moyen à l'exportation (121 €/t) reste nettement supérieur à celui à l'importation (79 €/t), ce qui pourrait refléter des différences de qualité ou de valorisation. La dépendance nette aux importations est cependant restée négative (l'UE exporte plus qu'elle n'importe en valeur relative).
Une production intérieure de l'UE en net recul
Un facteur clé expliquant l'essor des importations est l'effondrement de la production déclarée au sein de l'UE. La production en volume (données Prodcom) a chuté de 95,7% entre 2015 et 2025. Cette baisse spectaculaire, de 325 millions de kg à 14 millions de kg, peut être liée à des reclassifications statistiques, à une consolidation de la production ou à des difficultés structurelles. L'UE est ainsi devenue beaucoup plus dépendante des approvisionnements extérieurs pour alimenter son industrie de recyclage du verre, comme en témoigne la forte hausse de la propension à l'exportation.
Une reconfiguration des partenaires et une concentration accrue du marché
Le paysage commercial de l'UE pour le CN 7001 a été profondément remodelé, avec l'émergence de nouveaux partenaires clés et une modification des flux intra-UE.
Le Royaume-Uni, partenaire incontournable post-Brexit
Le Royaume-Uni est devenu le partenaire dominant, tant à l'import qu'à l'export. À l'importation, sa part a bondi de 9,3 M€ à 31,0 M€ (+232,7%). À l'exportation, l'UE lui a envoyé pour 20,7 M€ de marchandises en 2025, contre 10,7 M€ en 2015. La concentration des importations (HHI) a fortement augmenté (+45,5%), indiquant une dépendance accrue vis-à-vis d'un nombre restreint de fournisseurs. Le Brexit a probablement modifié les circuits logistiques, faisant du Royaume-Uni un hub majeur.
L'émergence de nouveaux corridors : Turquie, Maroc, Moldavie
D'autres partenaires ont vu leur rôle se transformer. Les exportations vers la Turquie ont explosé (+15 421%), passant de quasi-négligeables à 4,4 M€, témoignant d'une forte demande de la part de son industrie verrière. Le Maroc est devenu à la fois un fournisseur important (importations +3 234%) et un débouché pour les exportations UE (+1 587%). La Moldavie a présenté une volatilité extrême, avec un choc de prix à l'exportation anormal en 2020 (hausse de 234%). Ces dynamiques révèlent une reconfiguration des chaînes d'approvisionnement vers l'Est et le Sud.
Un redéploiement des flux au sein de l'UE
Les dynamiques internes à l'UE se sont intensifiées. Le Portugal et l'Espagne sont devenus de très gros importateurs nets, avec des hausses respectives de +538% et +517%. À l'inverse, l'Allemagne et l'Irlande ont consolidé leur rôle d'exportateurs majeurs, avec des augmentations de +100% et +73%. La spécialisation révèle que la Belgique et la Lituanie possèdent un avantage comparatif révélé (RCA > 1) dans ce secteur, tandis que l'Irlande ou la Bulgarie en sont très peu spécialisées. Ce tableau suggère une réorganisation des chaînes de valeur au sein du marché unique.
Volatilité, chocs structurels et implications pour la résilience
Le marché a connu des épisodes de forte volatilité et des chocs qui ont testé sa robustesse, mettant en lumière des vulnérabilités potentielles.
Une volatilité hétérogène selon les partenaires
Les coefficients de variation (CV) des flux commerciaux montrent des profils de stabilité très différents. Les échanges avec la Suisse et le Royaume-Uni (côté import) sont relativement stables (CV < 0,25). En revanche, les flux avec la Turquie, le Maroc, les États-Unis ou la Moldavie présentent une volatilité très élevée (CV > 0,6), ce qui complique la planification des approvisionnements. La volatilité des échanges est un indicateur clé du risque associé à ces partenaires.
Des chocs de prix isolés mais significatifs
L'analyse a identifié deux chocs majeurs. En 2020, une forte hausse anormale des prix à l'exportation vers la Moldavie (anomalie de 204 points, hausse de 234%) a été observée. En 2023, les prix à l'exportation vers le Royaume-Uni ont connu une hausse brutale de 101%, coïncidant peut-être avec des ajustements post-Brexit ou des perturbations logistiques. Ces événements ponctuels peuvent indiquer des tensions locales sur l'offre ou des spécificités contractuelles.
Un système de production de plus en plus internationalisé
La chute de la production intra-UE, combinée à la hausse de la propension à l'exportation, suggère que le secteur du recyclage du verre dans l'UE se réorienterait vers une spécialisation dans la collecte, la transformation et la réexportation de matières de haute qualité, plutôt que vers la satisfaction de la demande intérieure. Le déficit commercial persistant, malgré des exportations florissantes, indique que la demande de calcin au sein de l'UE excède désormais sa capacité de collecte propre.
Conclusion
La période 2015-2025 a été marquée pour le CN 7001 par une forte croissance des échanges, transformant l'UE en un acteur central mais structurellement déficitaire sur ce marché mondial du recyclage du verre. La reconfiguration post-Brexit, avec la prépondérance du Royaume-Uni, l'émergence de partenaires comme la Turquie et le Maroc, ainsi que la déroute de la production intérieure, redéfinissent les équilibres. Si cette dynamique traduit une intégration réussie dans l'économie circulaire mondiale, elle génère aussi des vulnérabilités : dépendance accrue vis-à-vis de quelques fournisseurs, volatilité sur certains corridors et baisse de l'autonomie productive. L'avenir du secteur dépendra de sa capacité à renforcer la collecte intra-européenne et à stabiliser ses partenariats commerciaux pour sécuriser cette ressource critique pour l'industrie verrière.