Évolution du marché : Fibres de verre et ouvrages (CN 7019) — 2015–2025
Introduction
Le code combiné 7019 couvre un ensemble de produits hétérogène — stratifils (rovings), fils coupés (chopped strands), laine de verre, voiles, étoffes et mats — servant de matières premières essentielles à des secteurs stratégiques tels que l'éolien, l'automobile, l'aéronautique et le bâtiment. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec le reste du monde pour cette nomenclature a connu des transformations profondes : une croissance globale de la valeur échangée, une recomposition géographique significative des partenaires, une réduction notable de la dépendance aux importations et une montée en gamme visible des exportations européennes. Le présent rapport s'appuie exclusivement sur les données disponibles sur le tableau de bord pour analyser ces dynamiques en trois temps.
1. Une croissance vigoureuse mais asymétrique entre exportations et importations
L'UE exporte de plus en plus cher, sans proportionnellement plus de volume
Sur l'ensemble de la période, la valeur des exportations de l'UE (hors intracommunautaire) a progressé de 33,1 %, passant de 930,6 M€ à 1 238,7 M€, avec un pic à 1 318,8 M€. Pourtant, les volumes exportés n'ont augmenté que de 5,5 % (de 258 597 t à 272 751 t), le maximum ayant été atteint à 307 166 t. Cette dissociation s'explique principalement par une hausse significative du prix moyen à l'exportation, qui a grimpé de 26,2 % (de 3 599 €/t à 4 541 €/t), témoignant d'une orientation vers des produits à plus forte valeur ajoutée.
| Indicateur (exportations) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 930,6 | 1 238,7 | +33,1 % |
| Quantité (t) | 258 597 | 272 751 | +5,5 % |
| Prix moyen (€/t) | 3 599 | 4 541 | +26,2 % |
Les importations ont surtout progressé en volume
À l'inverse, les importations ont augmenté de 28,0 % en valeur (de 1 219,6 M€ à 1 560,5 M€, avec un sommet à 2 105,2 M€) mais surtout de 31,6 % en quantité (de 625 985 t à 823 955 t, pour un maximum de 958 046 t). Le prix moyen des importations a légèrement reculé de 2,8 % (de 1 948 €/t à 1 894 €/t). L'UE importe donc des volumes croissants de fibres de verre à des prix relativement stables, ce qui contraste nettement avec la trajectoire des exportations.
| Indicateur (importations) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 1 219,6 | 1 560,5 | +28,0 % |
| Quantité (t) | 625 985 | 823 955 | +31,6 % |
| Prix moyen (€/t) | 1 948 | 1 894 | −2,8 % |
Un déficit commercial qui s'est creusé avant de se résorber
Le solde commercial est resté structurellement négatif sur toute la période, passant de −289 M€ en 2015 à −322 M€ en 2025. Cependant, le déficit a connu un creux marqué à −786 M€ au cours de la période (vraisemblablement autour de 2021), avant de se résorber nettement. L'UE reste donc déficitaire en valeur absolue, mais l'écart s'est considérablement réduit par rapport au pic de déficit. Cette amélioration traduit à la fois la montée en gamme des exportations et la stabilisation des importations.
2. Recomposition géographique des flux et diversification des partenaires
La Chine demeure le premier fournisseur, mais avec une trajectoire volatile
La Chine reste le premier partenaire d'importation de l'UE en fibres de verre, avec une valeur passant de 265,8 M€ à 345,5 M€ (+30,0 %). Toutefois, le pic a été atteint à 483,6 M€, ce qui indique une forte volatilité intermédiaire (coefficient de variation de 0,10, le plus faible des partenaires majeurs en importation). Le Royaume-Uni, deuxième fournisseur (de 252,1 M€ à 240,2 M€, −4,7 %), a connu une trajectoire relativement stable, probablement en partie grâce aux accords commerciaux post-Brexit. Les États-Unis, quant à eux, ont vu leurs exportations vers l'UE reculer de 31,0 % (de 202,8 M€ à 140,0 M€), avec un coefficient de variation élevé de 0,54, signalant une instabilité notable.
| Partenaire (importations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 265,8 | 345,5 | +30,0 % |
| Royaume-Uni | 252,1 | 240,2 | −4,7 % |
| États-Unis | 202,8 | 140,0 | −31,0 % |
| Malaisie | 65,7 | 74,3 | +13,1 % |
| Égypte | 45,0 | 133,7 | +197,3 % |
| Norvège | 50,4 | 54,9 | +8,8 % |
| Turquie | 42,8 | 73,7 | +72,1 % |
L'Égypte et la Turquie : des fournisseurs émergents à forte croissance
Deux dynamiques se distinguent particulièrement. L'Égypte a connu une progression spectaculaire de ses exportations vers l'UE, multipliant par près de trois ses flux (+197,3 %), passant de 45,0 M€ à 133,7 M€, avec un pic à 149,6 M€. La Turquie a également fortement accru ses livraisons (+72,1 %), passant de 42,8 M€ à 73,7 M€. Ces deux pays illustrent l'émergence de nouveaux bassins de production de fibres de verre en Méditerranée et au Moyen-Orient, venant concurrencer les sources d'approvisionnement traditionnelles. Notons cependant que les importations en provenance d'Égypte et de Turquie affichent des niveaux de volatilité élevés (CV de 0,36 et 0,45 respectivement), ce qui peut refléter une moindre maturité de ces flux commerciaux ou une sensibilité accrue aux chocs.
Les exportations européennes se diversifient vers la Turquie, la Chine et la Serbie
Côté exportations, le Royaume-Uni (203,6 M€, +11,0 %) et les États-Unis (224,0 M€, +20,3 %) demeurent les principales destinations. Cependant, les plus fortes progressions concernent la Turquie (+92,6 %, de 62,4 M€ à 120,1 M€), la Chine (+78,9 %, de 66,7 M€ à 119,3 M€) et la Serbie (+113,7 %, de 12,0 M€ à 25,7 M€). Cette dernière, bien que de taille modeste, est le partenaire dont la croissance est la plus rapide. La Suisse reste un partenaire stable (82,3 M€, +13,8 %).
| Partenaire (exportations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 183,5 | 203,6 | +11,0 % |
| États-Unis | 186,1 | 224,0 | +20,3 % |
| Turquie | 62,4 | 120,1 | +92,6 % |
| Suisse | 72,3 | 82,3 | +13,8 % |
| Chine | 66,7 | 119,3 | +78,9 % |
| Norvège | 39,8 | 45,7 | +14,8 % |
| Serbie | 12,0 | 25,7 | +113,7 % |
Une concentration en baisse sur les deux faces du commerce
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme cette tendance à la diversification. Pour les importations en valeur, l'HHI est passé de 1 304 à 1 022 (−21,6 %), avec un minimum à 942, indiquant un marché d'approvisionnement nettement moins concentré qu'en début de période. Pour les exportations, l'HHI a baissé de 1 015 à 902 (−11,1 %). Ces évolutions traduisent une moindre dépendance de l'UE vis-à-vis de quelques fournisseurs clés, ce qui renforce sa résilience commerciale.
L'Allemagne domine le commerce intra-UE en fibres de verre
Au sein de l'UE, l'Allemagne est de loin le premier acteur, tant à l'importation (288,7 M€ en 2025) qu'à l'exportation (313,2 M€, +38,7 %). L'Italie (+52,8 % à l'import, +39,8 % à l'export) et la Pologne (+107,4 % à l'import) ont connu les plus fortes progressions. La France reste le deuxième exportateur de l'UE (149,8 M€) mais avec une croissance modeste (+1,4 %). La répartition par État membre révèle une industrie concentrée dans les grands pays industriels d'Europe occidentale et centrale.
3. Chocs exogènes, montée en puissance de la production et montée en gamme
Les années 2020–2022 : une période de turbulences et de chocs de prix
L'analyse de la volatilité et des chocs révèle que l'année 2022 a été le point de convergence de plusieurs perturbations majeures. Trois chocs de prix significatifs ont été détectés :
- Serbie (exportations) : hausse de prix de 42 % avec un indice d'anormalité de 13,9 ;
- Bahreïn (importations) : hausse de prix de 42,1 % avec un indice d'anormalité de 10,9 ;
- Égypte (importations) : hausse de prix de 44,8 % avec un indice d'anormalité de 9,5.
Ces chocs s'inscrivent dans le contexte post-pandémique de perturbations des chaînes d'approvisionnement et de la forte hausse des coûts énergétiques en Europe, qui ont affecté les flux commerciaux de fibres de verre. La volatilité la plus élevée côté importations est observée pour les États-Unis (CV = 0,54), la Russie (0,51) et l'Inde (0,50), tandis que les exportations les plus volatiles concernent l'Ukraine (CV = 0,76) et la Russie (0,60), pays directement affectés par le conflit.
Une production européenne multipliée par quatre
Les données de production européenne révèlent une expansion remarquable. En volume, la production est passée de 493 M kg à 2 139 M kg (+334 %), avec un pic à 2 590 M kg. En valeur, la progression est encore plus spectaculaire : de 675 M€ à 5 179 M€ (+668 %), avec un sommet à 6 225 M€. Cette croissance, qui dépasse nettement celle du commerce extérieur, indique un développement massif de la capacité de production européenne, vraisemblablement porté par la demande de l'industrie éolienne, des composites pour l'automobile et de l'isolation thermique dans le cadre des objectifs climatiques européens.
Un recul spectaculaire de la dépendance aux importations
Le taux de dépendance nette aux importations a connu une amélioration majeure, passant de 12,0 % à 6,1 % (−49,2 %). Ce taux avait culminé à 31,6 % au cours de la période (correspondant vraisemblablement à 2021, année de forte reprise post-Covid où les importations avaient temporairement dépassé les capacités de production locales). Le retour à un niveau de dépendance nette de 6 % constitue un signal fort d'autonomisation de l'industrie européenne.
Une industrie qui exporte une part croissante de sa production
L'propension à exporter a bondi de 14,6 % à 23,9 % (+63,7 %), tandis que l'intensité commerciale est passée de 33,4 % à 41,6 % (+24,6 %). L'indicateur de saillance attribue un score de 89,8 à la propension à exporter contre 33,0 à l'intensité commerciale, ce qui confirme que la dynamique la plus marquante est bien la capacité accrue de l'industrie européenne à placer ses produits sur les marchés tiers. Cette montée en puissance à l'exportation est cohérente avec la hausse des prix moyens à l'exportation observée précédemment : l'UE produit plus, exporte davantage, et le fait à des prix supérieurs.
Des segments d'import/export en pleine restructuration
L'analyse par sous-produit révèle des dynamiques contrastées :
- Les stratifils (701912) restent le premier segment à l'importation (256 342 t en 2025), avec un volume relativement stable mais un prix passé de 1 182 €/t à 929 €/t, soit un recul de 21 %, signe d'une pression concurrentielle accrue.
- Les fils coupés (701911) présentent un profil volatile à l'importation, avec un pic de 268 581 t en 2021 suivi d'une correction.
- Les pelotes et fils coupés > 50 mm (701919) ont connu un effondrement des importations, passant de 53 791 t à 10 635 t (−80 %), suggérant une substitution par la production locale.
- À partir de 2022, de nouveaux codes apparaissent dans les statistiques, notamment la laine de verre (701980), les mats liés chimiquement (701915) et les étoffes liées mécaniquement (701962), ce qui reflète probablement une reclassification nomenclaturale plus qu'une véritable apparition de ces produits sur le marché.
Côté exportations, les voiles de fibres de verre (701971) constituent un segment majeur (193,3 M€ en 2025), et la laine de verre (701980) est en forte croissance (de 99,1 M€ à 165,6 M€). Le segment des fibrés n.d.a. (701990) représente le plus gros volume exporté en valeur (323,6 M€), avec un prix moyen à l'exportation de 10 883 €/t — plus de deux fois le prix moyen global — confirmant la présence de produits à haute valeur ajoutée dans ce code résiduel.
Une spécialisation inégale au sein de l'UE
La carte de spécialisation révèle des disparités importantes entre États membres. En 2025, la Lettonie (RSCA = 0,81, RCA = 9,33) et la Tchéquie (RSCA = 0,45, RCA = 2,62) se distinguent par une spécialisation marquée dans les fibres de verre, tandis que Malte, Chypre et la Grèce sont les moins spécialisés. La Belgique (RSCA = 0,30) occupe une position intermédiaire mais contribue à 15,6 % de la production européenne du secteur, ce qui en fait un acteur de poids absolu malgré un indice de spécialisation modéré.
Conclusion
La période 2015–2025 marque une transformation profonde du marché européen des fibres de verre (CN 7019). Trois tendances dominent : premièrement, une montée en gamme des exportations européennes, qui vendent plus cher sans nécessairement augmenter les volumes ; deuxièmement, une diversification géographique des partenaires commerciaux, avec l'émergence de nouveaux fournisseurs (Égypte, Turquie) et de nouvelles destinations d'exportation (Turquie, Chine, Serbie), accompagnée d'une baisse sensible de la concentration des flux ; troisièmement, une autonomisation de l'industrie européenne, portée par un quadruplement de la production et un recul de moitié du taux de dépendance aux importations. Ces évolutions s'inscrivent dans un contexte de forte demande structurelle (éolien, composites, isolation thermique) et ont été ponctuées par des chocs conjoncturels significatifs autour de 2021–2022. L'industrie européenne des fibres de verre apparaît ainsi mieux positionnée en fin de période qu'en début, avec un tissu productif renforcé, des marchés d'exportation diversifiés et une orientation de plus en plus marquée vers les produits à haute valeur ajoutée.