Explorer les données en direct →

Évolution du marché : Ouvrages en fer ou acier (CN 73) — 2015–2025

Introduction

Le présent rapport analyse l’évolution des échanges extra‑UE pour le code NC 73 « Ouvrages en fonte, fer ou acier », qui regroupe des produits allant des tubes et accessoires de tuyauterie aux constructions métalliques, visserie, articles de ménage et ouvrages moulés. Les données annuelles couvrent la période 2015‑2025, l’année 2025 étant complète dans l’extraction fournie. L’étude met en lumière une recomposition profonde des flux, marquée par une érosion du surplus commercial, un puissant effet‑prix à l’exportation et une réorientation géographique rapide des approvisionnements.


1. Un excédent commercial sous tension : l’effet‑prix soutient les exportations tandis que les importations bondissent

Le commerce extérieur de l’UE pour les ouvrages en fer ou acier affiche un excédent en valeur sur toute la période, mais celui‑ci s’est nettement réduit. Les échanges totaux révèlent une divergence marquée entre les performances à l’exportation et à l’importation.

Indicateur 2015 2025 Variation 2015–2025
Exportations (Md EUR) 36,8 44,5 +20,9 %
Exportations (millions de t) 12,1 9,7 –19,9 %
Prix moyen export (EUR/t) 3 034 4 578 +50,9 %
Importations (Md EUR) 20,9 35,3 +68,9 %
Importations (millions de t) 8,5 12,9 +52,9 %
Prix moyen import (EUR/t) 2 469 2 728 +10,5 %
Balance commerciale (Md EUR) 16,0 9,2 –42,0 %

1.1. La progression des exportations repose exclusivement sur l’envolée des prix

Bien que la valeur des exportations ait gagné 20,9 %, passant de 36,8 Md EUR à 44,5 Md EUR (avec un pic à 45,6 Md EUR en 2024), les volumes ont chuté de près d’un cinquième. Le prix unitaire moyen a bondi de 50,9 %, atteignant 4 578 EUR/t en 2025 contre 3 034 EUR/t en 2015. Cette inflation reflète à la fois la hausse des coûts des matières premières et un déplacement vers des produits à plus forte valeur ajoutée, notamment dans les segments des constructions métalliques (7308) et des tubes sans soudure (7304). Le niveau le plus bas du prix à l’exportation a été enregistré en 2020 (2 835 EUR/t), année marquée par la contraction de la demande liée à la pandémie.

1.2. Les importations grimpent en volume et en valeur, comprimant l’excédent

Les importations ont crû de 68,9 % en valeur, tirées par des volumes en hausse de 52,9 % (de 8,5 à 12,9 millions de tonnes), alors que le prix moyen importé n’augmentait que de 10,5 %. Le solde commercial s’est ainsi dégradé, passant d’un surplus de 16,0 Md EUR en 2015 à 9,2 Md EUR en 2025, avec un point bas à 3,2 Md EUR en 2020. Le creusement du déficit volume s’explique par une dépendance croissante aux fournisseurs asiatiques et turcs (voir section 2).


2. Une recomposition géopolitique des approvisionnements : Chine et Turquie en tête, la Russie marginalisée

Les principaux partenaires de l’UE pour le code 73 ont connu des évolutions contrastées. Le paysage fournisseur s’est fortement recentré sur la Chine et la Turquie, tandis que la Russie a disparu des radars.

Principaux fournisseurs de l’UE (valeurs en Md EUR)

Fournisseur 2015 2025 Variation
Chine 6,6 14,0 +112,5 %
Turquie 1,6 4,5 +175,0 %
Royaume-Uni 2,3 2,8 +26,0 %
Inde 1,0 1,8 +82,3 %
Taïwan 1,4 1,5 +10,6 %
Russie 0,2 0,004 –98,0 %

Principaux clients de l’UE (valeurs en Md EUR)

Client 2015 2025 Variation
États‑Unis 5,4 8,1 +49,1 %
Royaume‑Uni 5,0 6,0 +18,5 %
Suisse 2,6 3,6 +38,2 %
Norvège 2,0 3,0 +49,2 %
Turquie 1,2 1,9 +58,1 %
Chine 2,2 2,5 +12,3 %
Russie 1,4 0,1 –90,1 %

2.1. La Chine, premier fournisseur, conforte sa domination

Les achats en provenance de Chine ont plus que doublé en valeur (de 6,6 à 14,0 Md EUR, +112,5 %), représentant une part de plus en plus importante des importations totales. Le pic a été observé en 2022, avec 15,5 Md EUR. Le coefficient de variation des volumes chinois reste modéré (0,20) selon l’analyse de volatilité, ce qui témoigne d’un flux relativement stable, malgré la forte croissance.

2.2. La Turquie et l’Inde s’affirment comme des piliers des approvisionnements

La Turquie enregistre la progression la plus spectaculaire (+175 %, de 1,6 à 4,5 Md EUR, avec un maximum à 4,9 Md EUR en 2023). L’Inde progresse de 82,3 %, atteignant 1,8 Md EUR en 2025. Ces deux pays bénéficient de leur proximité géographique et de leurs capacités industrielles compétitives, notamment pour les tubes et les constructions métalliques.

2.3. L’effondrement des échanges avec la Russie, symbole du découplage

Les importations russes se sont effondrées de 98 %, passant de 220 M EUR à moins de 5 M EUR en 2025. Le marché russe à l’exportation a subi une chute symétrique (–90,1 %), de 1,4 Md EUR à 0,1 Md EUR. La volatilité des flux russes est extrême (coefficient de variation 0,98 à l’import, 0,81 à l’export), reflétant l’impact des sanctions imposées après 2022.

2.4. Les États‑Unis, premier client, creusent l’écart

Les exportations vers les États‑Unis ont grimpé de 49,1 %, passant de 5,4 à 8,1 Md EUR. Elles ont culminé à 8,7 Md EUR en 2023. Le Royaume‑Uni reste un partenaire de premier plan (+18,5 %), mais son poids relatif s’est érodé par rapport au marché américain. La Suisse et la Norvège affichent des croissances stables et peu volatiles (coefficient de variation de 0,08 et 0,05 respectivement), confirmant leur rôle de débouchés matures.

2.5. Une concentration fournisseurs en hausse, des marchés d’exportation plus dispersés

L’indice de concentration HHI des importations (en valeur) est passé de 1 429 à 1 956 (+36,8 %), illustrant un marché d’approvisionnement de plus en plus dominé par quelques acteurs, essentiellement la Chine. Du côté des exportations, la concentration est restée plus faible (HHI de 618 à 793, +28,4 %), traduisant un portefeuille clients mieux diversifié. Parmi les États membres, l’Allemagne demeure le premier exportateur (10,8 à 12,7 Md EUR), suivie de l’Italie (6,3 à 6,9 Md EUR). Les Pays‑Bas ont doublé leurs exportations (de 2,0 à 4,0 Md EUR), tandis que la France a vu les siennes reculer de 11,1 %, passant sous la barre des 3,7 Md EUR. L’analyse de la spécialisation en 2025 montre que des économies comme l’Estonie (RSCA 0,35), le Luxembourg (0,34) et l’Italie (0,24) sont particulièrement spécialisées dans ces ouvrages, alors que des pays comme Chypre, l’Irlande ou Malte y sont très peu présents.


3. Segments moteurs et chocs de prix : la valeur ajoutée européenne face aux tensions mondiales

L’examen des segments de produits au sein du code 73 montre que les dynamiques sont concentrées sur quelques sous‑positions clés, avec des évolutions de prix contrastées.

3.1. Les constructions (7308) et les ouvrages divers (7326) portent la dynamique importatrice

À l’importation, les trois premières sous‑positions en valeur en 2025 sont les constructions et parties de constructions (7308, 6,2 Md EUR), les autres ouvrages en fer ou acier (7326, 7,3 Md EUR) et la visserie (7318, 6,6 Md EUR). Le segment des constructions a vu ses volumes importés bondir de 0,9 à 2,8 millions de tonnes, et sa valeur a été multipliée par plus de trois, signe d’une demande européenne soutenue en matériaux pour le bâtiment et les infrastructures. Les prix unitaires à l’importation dans ces catégories ont toutefois augmenté modérément (de 1 880 à 2 242 EUR/t pour 7308, de 3 640 à 3 873 EUR/t pour 7326), indiquant que l’essentiel de la progression vient des volumes.

3.2. À l’export, l’UE compense la baisse des volumes par des prix en forte hausse

Les exportations restent dominées par les mêmes familles de produits : constructions (7308, 9,8 Md EUR, prix moyen passé de 2 802 à 3 769 EUR/t), autres ouvrages (7326, 8,3 Md EUR, prix de 4 291 à 5 831 EUR/t) et visserie (7318, 5,8 Md EUR, prix de 6 985 à 10 586 EUR/t). Les volumes exportés de constructions sont restés quasiment stables (2,5 puis 2,6 Mt), de même que ceux des ouvrages divers (1,3 puis 1,4 Mt). La progression des recettes tient donc exclusivement à la valorisation unitaire, confirmant une montée en gamme et la capacité des producteurs européens à répercuter les hausses de coûts.

3.3. Des chocs de prix en 2022 révèlent des tensions ponctuelles sur les chaînes d’approvisionnement

L’outil de détection des chocs de prix a identifié plusieurs événements notables :

Ces chocs, concentrés autour de 2020‑2022, coïncident avec la pandémie, la reprise post‑Covid et l’invasion de l’Ukraine, qui ont perturbé les chaînes logistiques et les marchés de l’acier. Ils soulignent la sensibilité des flux aux retournements brusques de prix, en particulier pour les partenaires dont la part de marché est modeste mais dont les variations unitaires peuvent être violentes.


Conclusion

Sur la décennie 2015‑2025, le commerce extérieur européen d’ouvrages en fer ou acier affiche une santé apparente en valeur grâce à une forte inflation exportatrice, mais il masque une contraction des volumes vendus et une dégradation structurelle du solde commercial. L’essor des importations, tiré par la Chine, la Turquie et l’Inde, reflète une dépendance croissante envers des fournisseurs compétitifs, tandis que la Russie a été quasi‑exclue des circuits. À l’export, les États‑Unis et la Suisse renforcent leur position, alors que la France peine à maintenir ses parts. À l’intérieur de la catégorie, les matériaux de construction et les ouvrages divers dominent les échanges, avec des prix unitaires qui ont fortement augmenté à l’exportation, protégeant les marges européennes. Les chocs ponctuels de 2022 rappellent toutefois la vulnérabilité de ces chaînes à des aléas géopolitiques ou logistiques. La vigilance reste de mise quant à l’évolution des volumes importés et à la capacité de l’UE à conserver son avantage technologique et qualitatif.