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Évolution du marché : Aluminium et ouvrages en aluminium (CN 76) — 2015–2025

Introduction

Le chapitre 76 de la nomenclature combinée, « ALUMINIUM ET OUVRAGES EN ALUMINIUM », couvre l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’aluminium brut (7601) aux déchets et débris (7602), en passant par les produits semi-finis (tôles 7606, barres 7604, feuilles 7607) et les ouvrages finis (constructions 7610, articles divers 7616). Sur la décennie 2015‑2025, le commerce extérieur de l’Union européenne pour ce groupe de produits a été marqué par une croissance rapide des valeurs, une recomposition de la carte des fournisseurs et une dégradation sensible de la balance commerciale. L’analyse proposée s’appuie sur les données annuelles de la base Comext, telles que visualisées sur le tableau de bord des échanges.


1. Une dépendance extérieure qui s’accroît sous l’effet des prix

Le doublement du déficit commercial reflète avant tout une flambée des valeurs unitaires

Entre 2015 et 2025, les importations extra‑UE de produits en aluminium sont passées de 20,0 milliards d’euros à 32,5 milliards (+ 62,2 %), tandis que les exportations ont progressé de 13,6 milliards à 19,0 milliards (+ 40,0 %). Le déficit commercial s’est ainsi creusé de –6,4 milliards à –13,4 milliards, soit une dégradation de –109 % . L’évolution des volumes, plus modérée, montre que la hausse des prix unitaires explique l’essentiel de cette évolution : le prix moyen à l’importation a augmenté de 36,8 % (de 2 384 à 3 260 €/t) et celui à l’exportation de 25,0 % (de 3 953 à 4 942 €/t) .

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations (Mrd €) 20,0 32,5 +62,2 %
Exportations (Mrd €) 13,6 19,0 +40,0 %
Solde (Mrd €) –6,4 –13,4 –109,2 %
Volume importé (Mt) 8,39 9,95 +18,6 %
Volume exporté (Mt) 3,44 3,85 +12,0 %
Prix import (€/t) 2 384 3 260 +36,8 %
Prix export (€/t) 3 953 4 942 +25,0 %

Source : Échanges commerciaux.

L’année 2022, un pic suivi d’une correction partielle

L’année 2022 constitue un point d’inflexion majeur. Les importations ont atteint un record de 40,6 milliards d’euros, portées par une envolée des prix des métaux dans le sillage de la crise énergétique. Le prix moyen à l’importation a culminé à 3 805 €/t . Dès 2023, un mouvement de correction a ramené le flux annuel autour de 30‑32 milliards d’euros, sans toutefois revenir aux niveaux d’avant‑2021.

Un indicateur de vulnérabilité en hausse

La dépendance nette aux importations, qui mesure la part de la consommation apparente couverte par les importations nettes, est passée de 2,8 % en 2015 à 11,5 % en 2024, soit une multiplication par plus de quatre . Dans le même temps, le taux d’exportation (exportations/production) a nettement reculé, de 34 % en 2003 à 17 % en 2024 . L’intensité commerciale (commerce total/production) a également baissé de 51,7 % à 36,4 % , suggérant une production européenne proportionnellement moins tournée vers l’international.


2. La carte des partenaires se redessine sous l’effet des tensions géopolitiques

La Russie s’effondre, la Norvège et la Chine confortent leur place

Le classement des principaux fournisseurs illustre un basculement structurel. La Russie, deuxième fournisseur en 2015 (2,64 Mrd €), voit ses livraisons chuter de 71,5 % à 755 millions en 2025, sous l’effet des sanctions. La Norvège, premier fournisseur avec des flux stables et peu volatils (coefficient de variation des volumes de seulement 4,5 % ), progresse de 51,9 % et atteint 4,54 Mrd €. La Chine accélère de 71,9 % pour atteindre 4,01 Mrd €, notamment grâce à une forte augmentation de ses livraisons de produits transformés.

L’émergence de l’Islande et de la Turquie

Deux fournisseurs enregistrent des hausses spectaculaires :

Une diversification progressive des partenaires

L’indice de Herfindahl-Hirschmann (HHI) des importations recule de 875 à 679 (–22,4 %), indiquant une moindre concentration . Du côté des exportations, la même tendance s’observe (HHI de 1018 à 899, –11,7 %) . Les États‑Unis (+69,7 %), la Suisse (+54,5 %) et l’Inde (+183,6 %) apparaissent comme les débouchés les plus dynamiques pour les exportations européennes, alors que le Royaume‑Uni demeure le premier client avec une progression modeste (+12,4 %).

Partenaire (imports UE) 2015 (Mrd €) 2025 (Mrd €) Variation
Norvège 2,99 4,54 +51,9 %
Russie 2,64 0,75 –71,5 %
Chine 2,33 4,01 +71,9 %
Islande 0,71 2,20 +210,3 %
Turquie 1,19 2,94 +147,1 %

Source : Partenaires commerciaux.

Les chocs de prix détectés en 2022, notamment sur les exportations vers le Japon, la Corée du Sud et le Canada , ainsi que sur les importations en provenance du Mozambique et des Émirats arabes unis, traduisent la forte tension sur les marchés mondiaux cette année‑là.


3. Une spécialisation européenne qui valorise les produits transformés

Les importations restent dominées par l’aluminium brut et les tôles

Le détail par segment révèle une structure d’importation très concentrée sur l’amont. L’aluminium sous forme brute (7601) représente à lui seul 16,4 milliards d’euros en 2025, soit plus de la moitié de la valeur importée, pour un volume de 6,33 millions de tonnes (+18,4 % par rapport à 2015). Les tôles et bandes d’épaisseur > 0,2 mm (7606) complètent ce tableau avec 3,93 milliards d’euros (+29,8 %). Les déchets et débris d’aluminium (7602), importés pour le recyclage, grimpent de 109 % en valeur, signe d’un approvisionnement croissant en matières secondaires.

Les exportations européennes se positionnent sur les produits à plus forte valeur ajoutée

Le panier exporté est nettement plus diversifié et orienté vers l’aval. Les tôles (7606) constituent le premier poste (4,50 milliards €), suivies des déchets (7602, 2,32 milliards €), des ouvrages divers (7616, 2,56 milliards €) et des constructions en aluminium (7610, 2,32 milliards €). Les prix unitaires à l’exportation reflètent cette hiérarchie : en 2025, les ouvrages en aluminium (7616) atteignent 19 123 €/t et les constructions (7610) 12 451 €/t, contre 3 320 €/t pour les tôles et 2 594 €/t pour l’aluminium brut importé. Cette structure confirme la spécialisation de l’UE dans les étapes de transformation et de mise en œuvre.

Segment importé Valeur 2025 (Mrd €) Prix moyen (€/t) Variation valeur 2015‑2025
7601 (brut) 16,43 2 594 +62,4 %
7606 (tôles) 3,93 3 627 +29,8 %
7602 (déchets) 1,25 1 921 +108,9 %
Segment exporté Valeur 2025 (Mrd €) Prix moyen (€/t) Variation valeur 2015‑2025
7606 (tôles) 4,50 4 317 +14,7 %
7602 (déchets) 2,32 1 825 +174,3 %
7616 (ouvrages) 2,56 19 123 +54,7 %
7610 (constructions) 2,32 12 451 +39,9 %

Source : Comparaison par segment.

Les Pays‑Bas, plaque tournante du commerce européen de l’aluminium

L’analyse des États membres déclarants montre le rôle de hub logistique des Pays‑Bas, premier importateur avec 8,68 milliards € (+75,8 %) et cinquième exportateur. L’Allemagne demeure le premier exportateur (5,74 milliards €) et le deuxième importateur, mais sa croissance est plus modérée (+6,7 % à l’export, +20,9 % à l’import). L’Italie, la France, l’Espagne et la Belgique renforcent leur présence, tant à l’importation qu’à l’exportation. Selon les indices de spécialisation, la Grèce (RSCA 0,65), la Croatie et la Slovénie sont les économies les plus spécialisées dans ce secteur en 2025, tandis que des pays comme Malte ou l’Irlande y sont très peu exposés .


Conclusion

Le commerce extérieur de l’Union pour les produits en aluminium a été profondément transformé entre 2015 et 2025. La forte croissance des valeurs résulte avant tout de la poussée des prix internationaux, alors que les volumes progressent plus modestement. Le déficit s’est creusé et la dépendance aux importations a fortement augmenté, dans un contexte de recul de la propension à exporter. Sur le plan géographique, l’effondrement de la Russie a été compensé par la montée en puissance de la Norvège, de la Chine, de l’Islande et de la Turquie, tandis que les partenaires à l’exportation se diversifient. Structurellement, l’UE importe toujours davantage d’aluminium brut et de tôles, mais exporte des produits transformés à haute valeur unitaire, confirmant son positionnement industriel sur les maillons aval de la filière. La résilience future du secteur dépendra de sa capacité à sécuriser des approvisionnements primaires compétitifs tout en renforçant le recyclage et la production d’ouvrages à forte valeur ajoutée.