Évolution du marché : Ustensiles de ménage en aluminium (CN 7615) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 7615 couvre les articles de ménage, d'économie domestique, d'hygiène ou de toilette en aluminium, ainsi que les éponges, torchons, gants et articles similaires pour le récurage et le polissage en aluminium. Ce produit, qui relève du chapitre 76 (« Aluminium et ouvrages en aluminium »), se décompose en deux sous-positions : les articles de ménage et d'économie domestique (NC 761510), qui représentent la quasi-totalité des échanges, et les articles d'hygiène ou de toilette (NC 761520), un segment nettement plus modeste. Deux codes PRODCOM de production industrielle lui sont associés (25.99.12.55 et 25.99.12.57 pour les articles ménagers, coulés ou non ; 25.99.11.37 pour les articles d'hygiène).
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec les pays tiers pour ce produit a connu une transformation profonde. L'UE est passée d'une position d'exportateur net (-17,8 % de dépendance nette aux importations en 2015) à celle d'importateur net significatif (+26,7 % en 2025). Les importations ont progressé de près de 60 % en valeur, portées principalement par la Chine, tandis que les exportations ont stagné en valeur et reculé de manière spectaculaire en volume. Ce rapport analyse cette trajectoire en examinant la dynamique commerciale globale, la structure du marché et les signaux de vulnérabilité et de volatilité qui en découlent.
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1. Une croissance asymétrique : l'envolée des importations face à des exportations en perte de vitesse
1.1 Les importations ont progressé de 60 % en valeur et de 62 % en volume
Entre 2015 et 2025, les importations extra-UE de produits NC 7615 sont passées de 543,2 M€ à 868,7 M€, soit une hausse de 59,9 %. En volume, la progression est encore plus nette : de 98 262 tonnes à 158 927 tonnes (+61,7 %). Le prix moyen à l'importation est resté remarquablement stable (5 528 €/t en 2015 contre 5 466 €/t en 2025, -1,1 %), ce qui indique que la hausse est bien tirée par des volumes croissants et non par un renchérissement unitaire.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (M€) | 543,2 | 868,7 | +59,9 % |
| Volume des importations (t) | 98 262 | 158 927 | +61,7 % |
| Prix moyen import (€/t) | 5 528 | 5 466 | -1,1 % |
1.2 Les exportations ont reculé de 33 % en volume malgré une valeur quasi stable
Les exportations extra-UE ont connu une trajectoire inverse : leur volume a chuté de 45 855 tonnes à 30 859 tonnes (-32,7 %), tandis que leur valeur n'a diminué que modérément, de 412,9 M€ à 397,9 M€ (-3,6 %). Cette divergence s'explique entièrement par une hausse substantielle du prix moyen à l'exportation, passé de 9 003 €/t à 12 889 €/t (+43,2 %). L'UE exporte donc des produits à plus forte valeur ajoutée unitaire, mais en quantités nettement moindres.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations (M€) | 412,9 | 397,9 | -3,6 % |
| Volume des exportations (t) | 45 855 | 30 859 | -32,7 % |
| Prix moyen export (€/t) | 9 003 | 12 889 | +43,2 % |
1.3 Le déficit commercial s'est creusé de manière spectaculaire
Le solde commercial de l'UE pour le NC 7615 est passé de -130,3 M€ en 2015 à -470,8 M€ en 2025, se dégradant de 261,2 %. L'UE, qui exportait encore près de 76 % de la valeur de ses importations en 2015, n'en exporte plus que 46 % en 2025. Le creux maximal du déficit a été atteint en 2022 (-528,0 M€), année marquée par un pic des importations (977,4 M€) lié à la reprise post-Covid et aux tensions sur les chaînes d'approvisionnement.
| Année | Solde commercial (M€) |
|---|---|
| 2015 | -130,3 |
| 2018 | -193,1 |
| 2020 | -212,3 |
| 2021 | -486,4 |
| 2022 | -528,0 |
| 2025 | -470,8 |
2. La Chine, pivot incontesté du marché européen, et la géographie changeante des échanges
2.1 La Chine concentre 87 % de la valeur des importations européennes
La Chine domine massivement les importations de l'UE en produits NC 7615. De 445,7 M€ en 2015, ses ventes à l'UE ont atteint 759,6 M€ en 2025 (+70,4 %). La part de la Chine dans les importations totales de l'UE est ainsi passée d'environ 82 % à près de 87 %. L'indice de concentration HHI des importations est passé de 6 786 à 7 703 (+13,5 %), confirmant une dépendance croissante vis-à-vis d'un fournisseur dominant.
| Partenaire | Import 2015 (M€) | Import 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 445,7 | 759,6 | +70,4 % |
| Turquie | 21,6 | 33,0 | +53,1 % |
| Royaume-Uni | 25,9 | 19,8 | -23,6 % |
| Inde | 9,2 | 11,3 | +23,1 % |
| Suisse | 12,7 | 8,2 | -35,2 % |
Détail des partenaires à l'importation
2.2 Les exportations de l'UE se redéploient vers des marchés de niche
Du côté des exportations, la hiérarchie des partenaires a considérablement évolué. Le Japon reste le premier client de l'UE (54,2 M€ → 52,1 M€, -3,8 %), suivi de la Suisse (35,7 M€ → 44,7 M€, +25,3 %), seul marché parmi les principaux à afficher une croissance. En revanche, les ventes au Royaume-Uni ont chuté de 57,2 % (47,8 M€ → 20,5 M€), effet probable du Brexit et de la reconfiguration des flux commerciaux post-2020. Les États-Unis (-16,7 %) et la Corée du Sud (-38,4 %) ont également reculé.
| Partenaire | Export 2015 (M€) | Export 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Japon | 54,2 | 52,1 | -3,8 % |
| Suisse | 35,7 | 44,7 | +25,3 % |
| États-Unis | 35,6 | 29,6 | -16,7 % |
| Royaume-Uni | 47,8 | 20,5 | -57,2 % |
| Corée du Sud | 38,0 | 23,4 | -38,4 % |
| Mexique | 12,2 | 17,5 | +42,6 % |
Détail des partenaires à l'exportation
2.3 L'Inde et la Turquie émergent comme fournisseurs secondaires, tandis que certains flux restent très volatils
L'Inde (+23,1 %) et surtout la Turquie (+53,1 %) ont renforcé leur position de fournisseurs alternatifs, sans toutefois menacer la prédominance chinoise. L'Iran, partenaire marginal en 2015 (0,03 M€), a connu une progression spectaculaire (+17 894 %) pour atteindre 4,5 M€ en 2025. À l'exportation, le coefficient de variation le plus élevé pour les flux vers les partenaires majeurs est observé pour le Royaume-Uni (0,42), confirmant l'instabilité post-Brexit, tandis que le Japon (0,12) et la Suisse (0,13) affichent les flux les plus stables. À l'importation, la Chine présente un coefficient de variation de seulement 0,18, ce qui traduit une régularité remarquable de ses livraisons à l'UE.
Analyse de la volatilité par partenaire
3. Une production européenne en volume en expansion, mais dont la valeur ajoutée se dégrade
3.1 La production a explosé en volume mais reculé en valeur
Les données PRODCOM révèlent une trajectoire paradoxale de la production européenne : le volume produit a été multiplié par plus de trois, passant de 674 millions de kg à 2 125 millions de kg (+215,3 %), tandis que la valeur de cette production a reculé de 1 648 M€ à 1 298 M€ (-21,2 %). Cela implique un effondrement de la valeur unitaire de la production, suggérant un glissement vers des produits à moindre valeur ajoutée ou une pression concurrentielle intense sur les prix.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production volume (M kg) | 674 | 2 125 | +215,3 % |
| Production valeur (M€) | 1 648 | 1 298 | -21,2 % |
3.2 L'Italie et la France dominent la spécialisation européenne, avec des profils contrastés
En 2025, l'Italie affiche le plus fort indice de spécialisation (RSCA de 0,51, RCA de 3,07), avec 24,6 % de la production européenne et 8,0 % des échanges totaux. La France suit (RSCA 0,27, RCA 1,72), avec 13,5 % de la production et 7,8 % des échanges. La Slovaquie (RSCA 0,19) et la Roumanie (RSCA 0,18) complètent le peloton des pays spécialisés. À l'inverse, Malte (RSCA -0,99) et l'Irlande (RSCA -0,98) sont structurellement importateurs nets.
Scores de spécialisation par État membre
3.3 Les grands importateurs intra-UE ont doublé ou triplé leurs achats hors UE
L'analyse par État membre importateur révèle que la France (+142,1 %), les Pays-Bas (+110,1 %), la Pologne (+133,8 %) et l'Espagne (+77,0 %) ont tous fortement accru leurs importations extra-UE entre 2015 et 2025. L'Allemagne, premier importateur de l'UE (127,7 M€ en 2025), affiche une progression plus modeste (+9,0 %). Du côté des exportations, l'Espagne (+111,5 %) et les Pays-Bas (+49,9 %) ont renforcé leur position, tandis que le Danemark (-64,0 %) et la Suède (-22,2 %) ont fortement reculé.
Classement des États membres par flux
3.4 Le segment d'hygiène (NC 761520) se contracte, tandis que les articles ménagers (NC 761510) restent le cœur du marché
La ventilation par sous-position confirme la prédominance écrasante du segment 761510 (articles de ménage). À l'importation, ce segment est passé de 90 666 tonnes à 155 596 tonnes (+71,6 %), tandis que le segment 761520 (articles d'hygiène) a reculé de 7 596 tonnes à 3 331 tonnes (-56,1 %). Le prix moyen des articles d'hygiène à l'importation est toutefois plus élevé et a fortement augmenté (5 837 €/t → 7 789 €/t). À l'exportation, le segment 761510 a perdu 30,5 % en volume (42 798 t → 29 824 t), tandis que le segment 761520 a reculé de 66,2 % (3 057 t → 1 035 t), avec cependant une hausse spectaculaire du prix moyen (10 424 €/t → 20 008 €/t).
| Segment | Import volume 2015 (t) | Import volume 2025 (t) | Variation |
|---|---|---|---|
| 761510 — Articles ménagers | 90 666 | 155 596 | +71,6 % |
| 761520 — Articles d'hygiène | 7 596 | 3 331 | -56,1 % |
| Segment | Export volume 2015 (t) | Export volume 2025 (t) | Variation |
|---|---|---|---|
| 761510 — Articles ménagers | 42 798 | 29 824 | -30,5 % |
| 761520 — Articles d'hygiène | 3 057 | 1 035 | -66,2 % |
Comparaison des sous-positions NC 761510 et NC 761520
Conclusion
Le marché européen des articles de ménage en aluminium (CN 7615) a connu, sur la période 2015–2025, une mutation structurelle profonde. L'UE est passée d'une position d'exportateur net à celle d'importateur net, avec un déficit commercial porté à -470,8 M€ en 2025. Cette évolution est presque intégralement tirée par la croissance des importations en provenance de Chine, qui représente désormais près de 87 % des achats extra-UE et dont la part ne cesse de se renforcer (HHI en hausse de 13,5 %).
Parallèlement, les exportations européennes, bien que soutenues par une forte montée en gamme (+43,2 % du prix moyen à l'export), ont perdu un tiers de leur volume. Le Royaume-Uni, ancien premier client de l'UE, a vu ses achats fondre de 57 %, probablement sous l'effet combiné du Brexit et de la concurrence asiatique. Seuls quelques marchés comme la Suisse, le Mexique et l'Australie ont permis de compenser partiellement ce recul.
La production européenne a explosé en volume (+215 %), mais sa valeur a diminué de 21 %, révélant une pression concurrentielle intense et un possible déplacement de la production vers des segments à moindre valeur ajoutée. L'intensité commerciale de l'UE a doublé (de 24,7 % à 59,2 %), signe d'une économie européenne de plus en plus ouverte et dépendante des échanges dans ce segment.
Les principaux risques identifiés sont la concentration extrême des importations sur la Chine, la volatilité de certains flux secondaires (Hong Kong, Iran), et le rétrécissement du segment d'hygiène (NC 761520), qui pourrait refléter un déplacement de la production vers des pays tiers. À l'horizon, la question de la résilience de la chaîne d'approvisionnement européenne et de la capacité de l'industrie locale à maintenir sa compétitivité sur les segments à haute valeur ajoutée sera déterminante.