Évolution du marché : Fil aluminium (CN 7605) — 2015–2025
Introduction
Le fil en aluminium (code NC 7605) couvre les fils en aluminium non allié et allié, à l'exclusion des torons, câbles, bâches, fils isolés pour l'électricité et cordes pour instruments de musique. Ce produit constitue une matière première essentielle pour l'industrie électrique, la construction et l'automobile. Au cours de la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne sur ce segment a connu des mutations profondes : un creusement marqué du déficit commercial, une recomposition géographique des flux et une hausse structurelle des prix. Le présent rapport propose une analyse de ces dynamiques en trois volets.
Vue d'ensemble du produit sur le Trade Dashboard
I. Un déficit commercial en expansion rapide, tiré par des importations dynamiques
La valeur des importations a presque doublé en dix ans
Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE en fil aluminium (CN 7605) en provenance des pays tiers sont passées de 579 millions d'euros à 1 026 millions d'euros, soit une hausse de +77,3 %. Sur la même période, le volume importé est passé de 276 491 tonnes à 348 320 tonnes (+26,0 %), tandis que le prix moyen unitaire a augmenté de 2 093 €/t à 2 945 €/t (+40,7 %). L'essentiel de la croissance de la valeur des importations s'explique donc par un effet prix — lié à la flambée des cours de l'aluminium sur les marchés mondiaux — combiné à un accroissement significatif des volumes.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (M€) | 579 | 1 026 | +77,3 % |
| Volume des importations (kt) | 276 | 348 | +26,0 % |
| Prix moyen import (€/t) | 2 093 | 2 945 | +40,7 % |
Données commerciales générales
Des exportations à la traîne, malgré une progression de la valeur
Du côté des exportations, la valeur a progressé de 184 millions d'euros à 213 millions d'euros (+15,5 %), mais le volume a reculé de 59 554 tonnes à 48 213 tonnes (−19,0 %). L'augmentation du prix moyen à l'exportation (+42,7 %, passant de 3 096 €/t à 4 419 €/t) n'a pas suffi à compenser l'érosion des volumes expédiés. L'UE exporte ainsi moins de fil aluminium en termes physiques, mais à un prix unitaire nettement plus élevé.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations (M€) | 184 | 213 | +15,5 % |
| Volume des exportations (kt) | 60 | 48 | −19,0 % |
| Prix moyen export (€/t) | 3 096 | 4 419 | +42,7 % |
Le déficit commercial s'est plus que doublé
Le déséquilibre entre importations et exportations a considérablement creusé le déficit commercial de l'UE. Celui-ci est passé de −394 millions d'euros à −813 millions d'euros, soit un quasi-doublement (−106,2 %). Ce creusement reflète à la fois la croissance rapide des importations et la stagnation relative des exportations. Le taux de dépendance nette aux importations est ainsi passé de 30,1 % à 39,8 % (+32,2 %), avec un pic à 52,8 % observé au cours de la période, signe d'une vulnérabilité accrue de l'UE sur ce segment.
II. Recomposition géographique des partenaires : diversification des sources d'approvisionnement après le choc russe
L'effondrement des importations en provenance de Russie
Le changement le plus spectaculaire de la décennie concerne la Russie. En 2015, les importations de fil aluminium en provenance de Russie s'élevaient à 124 millions d'euros, faisant de Moscou l'un des trois principaux fournisseurs de l'UE. En 2025, ce montant s'est effondré à 16 millions d'euros, soit une chute de −87,0 %. Ce déclin brutal, amorcé dès avant l'invasion de l'Ukraine en 2022 mais accéléré par les sanctions européennes, a contraint l'UE à diversifier massivement ses sources d'approvisionnement. La volatilité des flux russes était d'ailleurs déjà élevée (coefficient de variation de 0,43), témoignant d'une relation commerciale instable.
L'émergence de nouveaux fournisseurs : Mozambique et Malaisie
Pour compenser la perte du fournisseur russe, l'UE s'est tournée vers de nouveaux partenaires. Le cas le plus frappant est celui du Mozambique, dont les exportations vers l'UE sont passées de 7 millions d'euros en 2015 à 130 millions d'euros en 2025 (+1 731 %). La Malaisie connaît une trajectoire encore plus vertigineuse : de seulement 40 000 euros en 2015, ses ventes vers l'UE ont atteint 72 millions d'euros en 2025. Ces deux pays ont ainsi comblé une part significative du vide laissé par la Russie.
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Islande | 142 | 202 | +42,2 % |
| Norvège | 110 | 176 | +60,1 % |
| Russie | 124 | 16 | −87,0 % |
| Mozambique | 7 | 130 | +1 731 % |
| Turquie | 64 | 62 | −3,1 % |
| Égypte | 32 | 54 | +70,3 % |
| Malaisie | 0,04 | 72 | n.d. (émergence) |
Partenaires commerciaux (importations)
Une diversification qui réduit la concentration mais accroît l'instabilité
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations est passé de 1 626 à 1 108 (−31,8 %), ce qui traduit une diversification nette des sources d'approvisionnement. Cependant, cette diversification s'est accompagnée d'une volatilité accrue sur certains corridors : la Malaisie affiche un coefficient de variation extrêmement élevé (CV = 1,66), reflétant un approvisionnement sporadique et imprévisible. De même, les importations depuis l'Égypte ont connu un choc de prix significatif en 2022 (hausse de prix de +77,9 %), tandis que les flux turcs ont subi un choc similaire dès 2021 (+44,1 %).
Du côté des exportations, les flux vers les États-Unis ont presque triplé (+164,7 %, de 12 M€ à 31 M€), tandis que les livraisons vers la Bosnie-Herzégovine ont bondi de 4 M€ à 21 M€ (+437,5 %), témoignant d'un rééquilibrage vers les marchés balkaniques et nord-américains. Le Royaume-Uni, en revanche, a vu ses importations en provenance de l'UE reculer de 14 M€ à 10 M€ (−28,7 %), probablement en lien avec les effets du Brexit.
III. Une production européenne en repli volumétrique, au profit de segments à plus forte valeur ajoutée
Un effondrement des volumes de production
Les données de production de l'UE révèlent un déclin marqué : le volume produit est passé de 350 211 tonnes à 160 000 tonnes (−54,3 %) sur la période. Ce recul dramatique s'explique probablement par la hausse des coûts énergétiques européens (l'aluminium étant un métal très énergivore), la concurrence internationale et les restructurations industrielles.
Une revalorisation des prix qui maintient la valeur de production
Paradoxalement, la valeur de production n'a que légèrement progressé (+4,8 %), passant de 964 millions d'euros à 1 010 millions d'euros, malgré l'effondrement des volumes. Cela implique une hausse très significative du prix unitaire à la production, reflétant un positionnement sur des segments à plus forte valeur ajoutée. La production européenne semble ainsi se concentrer sur des fils d'alliage à haute performance (segments 760521 et 760529), dont les prix unitaires sont nettement supérieurs à ceux des fils non alliés.
Disparités de spécialisation entre États membres
Les indicateurs de spécialisation révèlent une géographie industrielle très inégale au sein de l'UE :
| État membre | RSCA | RCA |
|---|---|---|
| Roumanie | 0,73 | 6,37 |
| France | 0,33 | 1,98 |
| Slovénie | 0,31 | 1,91 |
| Hongrie | 0,30 | 1,87 |
| Espagne | 0,28 | 1,77 |
La Roumanie affiche un avantage comparatif très marqué (RCA = 6,37), avec une production locale représentant 10,6 % de sa production totale d'aluminium. La France, l'Espagne et la Hongrie figurent également parmi les spécialistes, tandis que des pays comme l'Irlande, la Lettonie ou la Croatie ne possèdent aucune capacité notable dans ce segment.
Structure des segments à l'importation et à l'exportation
À l'importation, le segment dominant est le 760511 (fil en aluminium non allié, section > 7 mm), avec un volume de 327 895 tonnes en 2025 (94 % du volume total importé) et une valeur de 930 millions d'euros. Les segments alliés (760521, 760529) restent marginaux en volume mais affichent des prix unitaires nettement plus élevés (3 884 €/t et 5 014 €/t respectivement, contre 2 837 €/t pour le 760511).
À l'exportation, la structure est plus équilibrée : le segment 760521 (fil allié > 7 mm) domine en valeur avec 97 millions d'euros (46 % du total exporté), suivi du 760511 (56 M€) et du 760529 (43 M€). Les prix à l'exportation systématiquement plus élevés que les prix à l'importation sur les segments spécialisés (760529 : 7 238 €/t export vs. 5 014 €/t import) confirment un positionnement vers le haut de gamme.
Conclusion
La période 2015–2025 a été marquée par trois tendances structurelles dans le commerce européen de fil aluminium (CN 7605). Premièrement, le déficit commercial s'est considérablement creusé, porté par des importations en forte croissance (+77 % en valeur) et des exportations en recul volumétrique, traduisant une dépendance accrue de l'UE vis-à-vis des fournisseurs extérieurs (taux de dépendance nette de 40 %). Deuxièmement, l'effondrement des flux commerciaux avec la Russie (−87 %) a provoqué une profonde recomposition géographique, avec l'émergence de fournisseurs comme le Mozambique et la Malaisie, réduisant la concentration des approvisionnements mais introduisant de nouvelles sources de volatilité. Troisièmement, la production européenne a connu un déclin volumétrique spectaculaire (−54 %), partiellement compensé par une montée en gamme vers des segments à plus forte valeur ajoutée. Ces dynamiques soulèvent des questions importantes sur la résilience de la chaîne d'approvisionnement européenne en aluminium et sur la compétitivité de l'industrie face à la concurrence internationale et à la hausse des coûts énergétiques.