Évolution du marché : Tubes et tuyaux en aluminium (CN 7608) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 7608 désigne les tubes et tuyaux en aluminium (sauf profilés creux), un produit clé de la chaîne de valeur de l'aluminium. Il se décline en deux sous-catégories : les tubes en aluminium non allié (760810) et les tubes en alliages d'aluminium (760820). Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec les pays tiers a connu des mutations profondes : renforcement net de l'excédent commercial, reconfiguration majeure des partenaires d'approvisionnement sous l'effet de chocs géopolitiques, et forte inflation des prix. Ce rapport identifie et analyse ces trois grandes dynamiques à partir des données commerciales disponibles.
1. Un excédent commercial européen porté par la valeur plus que par les volumes
L'excédent commercial a plus que doublé sur la période 2015–2025
La balance commerciale de l'UE pour le CN 7608 est passée de 44,3 M€ en 2015 à 94,4 M€ en 2025, soit une progression de +112,9 %. L'Union européenne s'est ainsi affirmée comme exportateur net structurel sur ce segment. Cette tendance se confirme avec l'indicateur de dépendance nette aux importations, qui est passé de −3,0 % à −9,9 %, signe que l'écart entre exportations et importations s'est creusé en faveur de l'UE.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur) | 231,7 M€ | 279,9 M€ | +20,8 % |
| Importations (valeur) | 187,4 M€ | 185,5 M€ | −1,0 % |
| Solde commercial | 44,3 M€ | 94,4 M€ | +112,9 % |
La hausse des prix masque un recul significatif des volumes échangés
L'analyse des composantes volume/prix révèle une dynamique plus contrastée que ne le suggère la seule valeur en euros. Côté exportations, le volume a légèrement reculé (de 29 470 t à 28 714 t, soit −2,6 %) tandis que le prix moyen a bondi de 7 861 €/t à 9 745 €/t (+24,0 %). Côté importations, la contraction des volumes est beaucoup plus marquée : de 40 733 t à 29 378 t, soit −27,9 %, tandis que le prix moyen a progressé de 4 599 €/t à 6 313 €/t (+37,3 %). La valeur des importations est ainsi restée quasiment stable (−1,0 %) uniquement grâce à la hausse des prix unitaires.
| Flux | Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Exportations | Volume (t) | 29 470 | 28 714 | −2,6 % |
| Exportations | Prix moyen (€/t) | 7 861 | 9 745 | +24,0 % |
| Importations | Volume (t) | 40 733 | 29 378 | −27,9 % |
| Importations | Prix moyen (€/t) | 4 599 | 6 313 | +37,3 % |
La production européenne décline tandis que la propension à l'export progresse
La production intra-européenne de tubes et tuyaux en aluminium a reculé de 217 299 t à 153 586 t en volume (−29,3 %) et de 939 M€ à 800 M€ en valeur (−14,8 %) entre 2015 et 2025. Paradoxalement, la propension à exporter — part des exportations dans la production — a progressé de 20,0 % à 30,7 % (+53,4 %). De même, l'intensité commerciale est passée de 31,7 % à 43,1 % (+35,8 %). L'économie européenne produit donc moins de tubes en aluminium, mais en exporte une part croissante, ce qui traduit à la fois une spécialisation accrue et une possible délocalisation de la consommation intérieure vers des fournisseurs tiers.
2. Une profonde reconfiguration géographique des partenaires commerciaux
La Russie et l'Afrique du Sud cèdent la place à de nouveaux fournisseurs
Les principaux partenaires d'importation de l'UE ont connu des bouleversements considérables. La Fédération de Russie, qui fournissait 8,4 M€ en 2015, a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer à 0,2 M€ en 2025 (−97,6 %), une conséquence directe des sanctions économiques imposées à partir de 2022. L'Afrique du Sud, troisième fournisseur en 2015 avec 37,7 M€, a reculé à 7,9 M€ (−79,2 %). À l'inverse, l'Égypte est passée de 0,07 M€ à 8,2 M€ (+11 482 %), et la Serbie de 1,1 M€ à 9,9 M€ (+795,5 %), des progressions spectaculaires qui signalent l'émergence de nouveaux pôles d'approvisionnement dans le bassin méditerranéen et les Balkans.
| Partenaire d'importation | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 46,5 | 32,9 | −29,4 % |
| Turquie | 24,4 | 52,0 | +112,9 % |
| Afrique du Sud | 37,7 | 7,9 | −79,2 % |
| Russie | 8,4 | 0,2 | −97,6 % |
| Suisse | 23,9 | 12,7 | −46,8 % |
| Égypte | 0,07 | 8,2 | +11 482 % |
| Serbie | 1,1 | 9,9 | +795,5 % |
La Turquie s'impose comme premier fournisseur de l'UE
La Turquie est devenue le premier partenaire d'importation de l'UE pour les tubes en aluminium, avec une valeur passée de 24,4 M€ à 52,0 M€ (+112,9 %). En parallèle, la Chine, qui était le premier fournisseur en 2015 (46,5 M€), a reculé à 32,9 M€ (−29,4 %). Ce basculement illustre la stratégie de repositionnement de l'approvisionnement européen vers des partenaires plus proches géographiquement, dans un contexte de tensions commerciales avec la Chine et de volonté de réduction des risques logistiques. La part de la Turquie dans les importations totales de l'UE a ainsi considérablement gagné en poids, tandis que l'indice de concentration HHI des importations est passé de 1 485 à 1 390 (−6,4 %), indiquant une légère diversification des sources d'approvisionnement.
Les exportations se redirigent vers les États-Unis, la Norvège et le Mexique
Côté exportations, les États-Unis sont restés le premier débouché et ont renforcé leur position, passant de 49,2 M€ à 72,4 M€ (+47,2 %). La progression la plus remarquable est celle de la Norvège, qui est passée de 4,7 M€ à 21,4 M€ (+353,1 %), et du Mexique, de 6,7 M€ à 15,8 M€ (+135,6 %). À l'inverse, le Royaume-Uni, deuxième débouché en 2015 avec 38,5 M€, a reculé à 30,2 M€ (−21,7 %), un déclin qui coïncide avec les effets du Brexit sur les flux commerciaux. L'indice HHI des exportations est resté stable autour de 1 033–1 053, traduisant une base exportatrice relativement diversifiée.
| Partenaire d'exportation | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 49,2 | 72,4 | +47,2 % |
| Royaume-Uni | 38,5 | 30,2 | −21,7 % |
| Turquie | 18,4 | 21,5 | +16,6 % |
| Suisse | 16,3 | 18,6 | +14,2 % |
| Norvège | 4,7 | 21,4 | +353,1 % |
| Chine | 10,3 | 10,9 | +5,8 % |
| Mexique | 6,7 | 15,8 | +135,6 % |
3. L'année 2022, catalyseur d'une hausse des prix et de chocs d'approvisionnement
Des chocs de prix majeurs touchent les importations en provenance de Turquie et de Russie
L'année 2022 constitue un tournant majeur dans la dynamique des prix. Trois chocs significatifs ont été détectés cette année-là :
| Partenaire | Type de choc | Flux | Hausse de prix | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|
| Turquie | Prix | Importations | +34,5 % | 27,8 % |
| Russie | Prix | Importations | +54,2 % | 9,3 % |
| Serbie | Prix | Exportations | +67,2 % | 2,0 % |
Le choc turc est le plus significatif en termes d'impact, compte tenu du poids considérable de ce partenaire dans les importations européennes (27,8 % de la valeur). Le choc russe, bien que de moindre ampleur en parts de marché, est caractérisé par un degré d'anomalie plus élevé (7,0 contre 10,2 pour la Turquie). Ces événements s'inscrivent dans le contexte de la crise énergétique de 2022, liée au conflit russo-ukrainien, qui a provoqué une hausse généralisée du coût de l'énergie et des métaux de base, se répercutant directement sur les prix des tubes en aluminium.
La volatilité des échanges varie fortement selon les partenaires
Les coefficients de variation des flux commerciaux révèlent des niveaux de stabilité très hétérogènes. À l'importation, les flux les plus volatils concernent la Serbie (CV = 0,82), la Russie (0,72) et l'Afrique du Sud (0,73), tandis que les États-Unis affichent la volatilité la plus faible (0,20) pour les exportations européennes. À l'exportation, les flux vers la Russie (0,61) et le Maroc (0,48) se distinguent par leur instabilité, tandis que la Turquie (0,12) et le Brésil (0,15) offrent des débouchés relativement stables. Cette hétérogénéité suggère que la fiabilité des partenaires commerciaux est un facteur déterminant dans la reconfiguration des flux observée au cours de la période.
Le segment des alliages d'aluminium concentre l'essentiel des échanges
La décomposition par sous-produit révèle une domination écrasante du segment 760820 (alliages d'aluminium) sur le segment 760810 (aluminium non allié). En 2025, le segment 760820 représentait 93,1 % du volume importé (27 367 t sur 29 378 t) et 92,9 % du volume exporté (26 666 t sur 28 714 t). La tendance la plus marquante est l'effondrement des importations de tubes en aluminium non allié (760810), passées de 9 694 t en 2015 à 2 011 t en 2025, soit une chute de −79,2 % en volume. Ce déclin est à mettre en relation avec la spécialisation de certains États membres : le Danemark (RSCA = 0,74), la Grèce (0,73) et la Bulgarie (0,72) se distinguent comme les économies les plus spécialisées dans ce secteur à l'exportation.
| Segment | Imports 2015 (t) | Imports 2025 (t) | Exports 2015 (t) | Exports 2025 (t) |
|---|---|---|---|---|
| 760820 — Alliages d'aluminium | 31 039 | 27 367 | 27 170 | 26 666 |
| 760810 — Aluminium non allié | 9 694 | 2 011 | 2 300 | 2 048 |
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des tubes et tuyaux en aluminium (CN 7608) a été marqué par trois dynamiques convergentes. Premièrement, l'Union européenne a consolidé sa position d'exportateur net, avec un excédent commercial plus que doublé, porté davantage par la hausse des prix que par la croissance des volumes, dans un contexte de recul de la production intra-européenne. Deuxièmement, la carte des partenaires commerciaux a été profondément redessinée : la Turquie est devenue le premier fournisseur, tandis que les flux en provenance de Russie et d'Afrique du Sud se sont effondrés, remplacés en partie par de nouveaux acteurs comme l'Égypte et la Serbie. Troisièmement, l'année 2022 a constitué un choc de prix majeur, amplifié par la crise énergétique, qui a durablement rehaussé les prix moyens tant à l'import qu'à l'export. L'UE apparaît ainsi comme un marché structurellement excédentaire et de plus en plus orienté vers l'exportation de produits à haute valeur ajoutée en alliages d'aluminium, mais dont la résilience reste tributaire de la stabilité de ses approvisionnements et de la volatilité des prix de l'énergie et des matières premières.