Évolution du marché : Tubes en fonte (CN 7303) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers pour le code nomenclature combinée 7303 — Tubes, tuyaux et profilés creux, en fonte — sur la période 2015–2025. Le produit, classé sous le code NC 7303, correspond au code production 24.51.20.00 et exclut les tubes constituant des parties identifiables d'ouvrages (radiateurs, parties de machines). Sur cette décennie, le marché européen des tubes en fonte a connu une transformation structurelle marquée par trois dynamiques majeures : une hausse spectaculaire des prix unitaires, un réalignement géographique des partenaires commerciaux, et un déclin prononcé de la production intérieure couplé à une ouverture commerciale accrue.
1. Une valeur en forte hausse portée par la flambée des prix, malgré des volumes stagnants
1.1. Les exportations progressent de près de 50 % en valeur, mais reculent en volume
La valeur totale des exportations de l'UE vers les pays tiers est passée de 91,8 M EUR (2015) à 137,3 M EUR (2025), soit une progression de +49,5 %. En revanche, les volumes exportés ont légèrement fléchi, passant de 68 111 tonnes à 64 350 tonnes (−5,5 %). L'écart entre ces deux trajectoires s'explique intégralement par l'envolée des prix à l'exportation : le prix unitaire moyen est passé de 1 348 EUR/t à 2 133 EUR/t, soit une hausse de +58,3 % sur la période (voir données).
1.2. Les importations suivent une trajectoire analogue, avec des volumes stables
Du côté des importations, la valeur est passée de 88,8 M EUR à 130,3 M EUR (+46,7 %), tandis que les volumes sont restés quasi stables autour de 131 000 tonnes (−0,7 %). Le prix à l'importation a suivi la même dynamique haussière, passant de 678 EUR/t à 1 001 EUR/t (+47,7 %) (voir données).
1.3. L'UE demeure exportatrice nette en valeur, mais importatrice nette en volume
L'UE importe environ le double en volume de ce qu'elle exporte (130 187 t contre 64 350 t en 2025). Cependant, le prix à l'exportation est plus du double du prix à l'importation (2 133 EUR/t vs 1 001 EUR/t), ce qui permet à l'UE de conserver une balance commerciale positive en valeur. Celle-ci est passée de 3,0 M EUR à 6,9 M EUR (+132,5 %) sur la période (voir données). Cette structure suggère que l'UE se spécialise dans des tubes en fonte à plus forte valeur ajoutée, tandis qu'elle importe des produits de moindre gamme à des prix compétitifs.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M EUR) | 91,8 | 137,3 | +49,5 % |
| Exportations (volume, kt) | 68,1 | 64,3 | −5,5 % |
| Exportations (prix, EUR/t) | 1 348 | 2 133 | +58,3 % |
| Importations (valeur, M EUR) | 88,8 | 130,3 | +46,7 % |
| Importations (volume, kt) | 131,1 | 130,2 | −0,7 % |
| Importations (prix, EUR/t) | 678 | 1 001 | +47,7 % |
| Balance commerciale (M EUR) | 3,0 | 6,9 | +132,5 % |
2. Une recomposition géographique profonde des partenaires commerciaux
2.1. La Turquie, gagnante spectaculaire des importations européennes
L'évolution la plus remarquable du côté des importations est l'essor fulgurant de la Turquie, dont les ventes vers l'UE sont passées de 0,86 M EUR à 30,1 M EUR, soit une progression de +3 424 %. Ce bond a fait de la Turquie le troisième fournisseur de l'UE en 2025, derrière l'Inde (58,3 M EUR, +9,8 %) et devant la Chine (22,5 M EUR, +63,2 %). Ce dynamisme s'inscrit dans le contexte d'une industrie sidérurgique turque compétitive et de l'Union douanière UE-Turquie (voir données). Toutefois, le coefficient de variation élevé de la Turquie (CV = 1,05) souligne une volatilité importante de ces flux (voir volatilité).
2.2. L'effondrement des importations en provenance de Russie
À l'inverse, les importations depuis la Russie se sont effondrées de 2,2 M EUR à 0,43 M EUR (−80,4 %). Ce déclin massif, qui coïncide avec l'instauration de sanctions commerciales à partir de 2022, illustre la rupture des flux commerciaux entre l'UE et la Russie dans le secteur sidérurgique (voir données).
| Partenaire (importations) | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Inde | 53,1 | 58,3 | +9,8 % |
| Chine | 13,8 | 22,5 | +63,2 % |
| Turquie | 0,86 | 30,1 | +3 424 % |
| Émirats arabes unis | 0,11 | 5,2 | +4 831 % |
| Russie | 2,2 | 0,43 | −80,4 % |
| Suisse | 9,6 | 5,7 | −40,9 % |
| Royaume-Uni | 6,8 | 5,6 | −18,6 % |
2.3. Le Royaume-Uni, moteur de croissance des exportations de l'UE
Du côté des exportations, le Royaume-Uni affiche la plus forte progression : de 9,9 M EUR à 26,2 M EUR (+164,8 %). Ce dynamisme post-Brexit peut s'expliquer par le maintien d'une demande britannique pour des tubes en fonte de qualité européenne et par la réorganisation des flux commerciaux après la sortie du Royaume-Uni du marché unique. La Suisse reste le premier client de l'UE (36,8 M EUR, +73,5 %), tandis que le Maroc progresse de manière significative (6,8 M EUR, +203,4 %) (voir données). À l'inverse, les exportations vers l'Irak se sont effondrées (−93,0 %), reflétant l'instabilité géopolitique et la volatilité des marchés du Moyen-Orient.
| Partenaire (exportations) | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Suisse | 21,2 | 36,8 | +73,5 % |
| Norvège | 16,7 | 15,6 | −6,9 % |
| Royaume-Uni | 9,9 | 26,2 | +164,8 % |
| Maroc | 2,3 | 6,8 | +203,4 % |
| Irak | 3,1 | 0,22 | −93,0 % |
| Hong Kong | 1,3 | 2,3 | +76,4 % |
| États-Unis | 2,1 | 5,0 | +143,9 % |
3. Un secteur européen en restructuration : déclin de la production, spécialisation et ouverture croissantes
3.1. Une production intérieure en recul marqué
La production européenne de tubes en fonte a connu un déclin structurel prononcé. En volume, elle est passée de 1 408 587 tonnes à 446 754 tonnes (−68,3 %), et en valeur de 1 175 M EUR à 760 M EUR (−35,4 %). Ce recul, qui précède la période étudiée mais s'est accéléré entre 2015 et 2025, traduit une désindustrialisation progressive du secteur en Europe, probablement liée à la concurrence internationale (notamment asiatique), au renforcement des normes environnementales et à la substitution par d'autres matériaux (voir production).
3.2. Une concentration des importations en baisse, témoignant d'une diversification des sources d'approvisionnement
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a diminué de 4 001 à 2 903 (−27,5 %), indiquant un désengagement progressif de la dépendance envers un petit nombre de fournisseurs dominants. Ce mouvement de diversification est cohérent avec l'émergence de nouveaux partenaires comme la Turquie ou les Émirats arabes unis, qui viennent rééquilibrer un approvisionnement auparavant plus concentré sur l'Inde et la Chine. Du côté des exportations, le HHI a légèrement augmenté (de 1 119 à 1 362, soit +21,7 %), suggérant une concentration accrue des marchés de destination (voir concentration).
3.3. Une spécialisation géographique au sein de l'UE : la France en tête, l'Allemagne à la traîne
Les indicateurs de spécialisation révèlent des disparités significatives entre les États membres. La France affiche le plus fort indice de spécialisation (RSCA = 0,71 ; RCA = 5,89), suivie de la Croatie (RSCA = 0,57) et de l'Autriche (RSCA = 0,54). À l'inverse, l'Allemagne, premier exportateur de l'UE en valeur absolue (33,5 M EUR), n'est pas spécialisée dans ce produit (RSCA = −0,25 ; RCA = 0,60), ce qui indique que ses exportations de tubes en fonte sont modestes par rapport à sa base exportatrice globale (voir spécialisation).
3.4. Une ouverture commerciale et une propension à l'exportation en forte progression
La part du commerce extérieur dans la production (intensité commerciale) est passée de 12,0 % à 32,1 % (+167,2 %), tandis que la propension à exporter a bondi de 6,5 % à 20,3 % (+212,4 %). Ces évolutions, parmi les indicateurs les plus saillants de la période, témoignent d'une intégration croissante du secteur européen dans les échanges mondiaux, dans un contexte de déclin de la production intérieure (voir intensité commerciale). Paradoxalement, la dépendance nette aux importations s'est légèrement réduite (de −0,2 % à −3,0 %), confirmant que l'UE reste exportatrice nette en valeur tout en s'ouvrant davantage aux échanges (voir dépendance nette).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des tubes en fonte (CN 7303) a été marqué par trois dynamiques convergentes : une hausse des prix tirée par la flambée des coûts des matières premières et de l'énergie (notamment en 2021–2022), une recomposition géographique des partenaires avec l'essor de la Turquie et du Royaume-Uni face au déclin de la Russie et de l'Irak, et un déclin structurel de la production intérieure compensé par une ouverture commerciale accrue. L'UE conserve un léger excédent commercial en valeur, grâce à une spécialisation sur des produits à plus forte valeur ajoutée, mais sa dépendance en volume vis-à-vis des importations reste significative. La volatilité des flux avec certains partenaires (Turquie, Biélorussie, EAU) et les chocs de prix ponctuels détectés sur certains marchés (États-Unis, Angola, Albanie) rappellent la sensibilité de ce secteur aux aléas géopolitiques et aux cycles conjoncturels de l'industrie sidérurgique mondiale.