Évolution du marché : chapeaux et accessoires (CN 65) — 2015–2025
Introduction
Le code combiné 65 couvre l'ensemble des « coiffures et parties de coiffures », des cloches en feutre (6501) aux chapeaux tressés (6504), en passant par les articles de bonneterie et les résilles (6505), les coiffures n.d.a. (6506), ainsi que les accessoires de garniture (6507). Sur la période 2015–2025, ce secteur a connu des transformations profondes : la valeur des échanges extérieurs de l'Union européenne a considérablement augmenté, mais les trajectoires des importations et des exportations divergent nettement. Ce rapport propose une analyse structurée en trois axes — la dynamique globale des échanges, la reconfiguration des partenaires commerciaux, et la montée en gamme conjointe au déclin de la production européenne — afin d'éclairer les grandes tendances de ce marché.
1. Une croissance vigoureuse des échanges masquant un déficit structurel qui s'aggrave
La valeur des importations et des exportations a presque doublé en une décennie
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations extra-UE en provenance des pays tiers a progressé de 81,9 %, passant de 1,33 milliard € à 2,42 milliards €, avec un pic à 2,77 milliards € vue d'ensemble. Les exportations de l'UE vers le reste du monde ont connu une progression encore plus marquée (+125,3 %), passant de 506 millions € à 1,14 milliard €. Toutefois, cet écart de dynamique ne suffit pas à combler le déséquilibre structurel : le déficit commercial de l'UE est passé de −824 millions € à −1,28 milliard € sur la période.
Le volume importé a crû bien plus vite que le volume exporté
Le contraste est encore plus frappant en termes quantitatifs. Les importations ont progressé de 63,4 % en poids net (de 72 208 t à 118 000 t), tandis que les exportations n'ont augmenté que de 9,2 % (de 11 583 t à 12 643 t). L'UE a donc massivement accru ses achats à l'étranger tout en maintenant un volume d'exportations quasi stable.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1,33 Mrd € | 2,42 Mrd € | +81,9 % |
| Exportations (valeur) | 506 M € | 1,14 Mrd € | +125,3 % |
| Importations (quantité) | 72 208 t | 118 000 t | +63,4 % |
| Exportations (quantité) | 11 583 t | 12 643 t | +9,2 % |
| Solde commercial | −824 M € | −1,28 Mrd € | −55,3 % |
Les prix unitaires divergent fortement entre importations et exportations
L'évolution des prix à la tonne révèle une dynamique de montée en gamme des exportations européennes. Le prix moyen des exportations a bondi de 106,4 % (de 43 637 €/t à 90 077 €/t), tandis que celui des importations n'a augmenté que de 11,3 % (de 18 415 €/t à 20 499 €/t). En 2025, le prix à l'exportation est environ 4,4 fois supérieur au prix à l'importation, ce qui suggère que l'UE exporte des produits à forte valeur ajoutée (chapellerie haut de gamme, articles de marque) tout en important des volumes massifs de produits à bas coût.
La dépendance nette aux importations a plus que doublé
Le taux de dépendance nette aux importations (indicateur de vulnérabilité) est passé de 25,1 % à 56,0 % (+123,1 %), avec un maximum à 63,6 %. Ce niveau élevé signifie que plus de la moitié de la consommation intérieure de coiffures dépend désormais des fournisseurs étrangers. En parallèle, la propension à l'exportation a triplé (de 31,8 % à 102,2 %), ce qui traduit une spécialisation croissante de la production européenne résiduelle vers les marchés extérieurs à haut de gamme.
2. Une reconfiguration géographique profonde des flux commerciaux
La Chine demeure le fournisseur dominant, mais d'anciens partenaires reculent
La Chine reste de loin le premier fournisseur de l'UE, avec des importations passant de 941 millions € à 1,58 milliard € (+68,1 %), après un pic à 1,99 milliard € (partenaires par valeur). Toutefois, sa part relative s'érode face à l'émergence de nouveaux fournisseurs :
| Partenaire (importations) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 941 M € | 1 582 M € | +68,1 % |
| Viêt Nam | 33 M € | 196 M € | +489,7 % |
| États-Unis | 38 M € | 80 M € | +110,5 % |
| Bangladesh | 23 M € | 62 M € | +167,7 % |
| Turquie | 7 M € | 61 M € | +772,9 % |
| Royaume-Uni | 102 M € | 61 M € | −39,7 % |
| Taïwan | 28 M € | 16 M € | −42,5 % |
Le Viêt Nam (+489,7 %) et la Turquie (+772,9 %) affichent les progressions les plus spectaculaires, confirmant leur rôle de fournisseurs alternatifs à la Chine dans un contexte de diversification des chaînes d'approvisionnement. À l'inverse, les importations en provenance du Royaume-Uni ont reculé de 39,7 %, un déclin vraisemblablement lié au Brexit et à la mise en place de barrières douanières post-2020.
L'Indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme une moindre concentration des importations
L'HHI des importations (concentration) est passé de 5 109 à 4 451 (−12,9 %). Bien que le niveau reste élevé — reflétant la prédominance chinoise — la tendance à la baisse indique une diversification progressive des sources d'approvisionnement, portée notamment par la montée du Viêt Nam, de la Turquie et du Bangladesh.
Les exportations se réorientent vers les marchés extra-européens dynamiques
Côté exportations, les États-Unis sont devenus la première destination de l'UE (de 63 M € à 197 M €, +213,5 %), dépassant le Royaume-Uni (126 M € à 153 M €, +21,9 %). La Suisse (61 M € à 138 M €, +126,2 %), la Norvège (23 M € à 59 M €, +153,4 %) et la Turquie (14 M € à 44 M €, +219,5 %) ont également fortement progressé. La progression la plus remarquable concerne l'Ukraine (7 M € à 52 M €, +664,8 %), bien que cette trajectoire doive être nuancée par les chocs de prix détectés en 2022 (événements de choc). Les exportations vers la Russie ont en revanche reculé de 35,4 %, probablement en lien avec les sanctions économiques imposées depuis 2022.
| Partenaire (exportations) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 63 M € | 197 M € | +213,5 % |
| Royaume-Uni | 126 M € | 153 M € | +21,9 % |
| Suisse | 61 M € | 138 M € | +126,2 % |
| Norvège | 23 M € | 59 M € | +153,4 % |
| Ukraine | 7 M € | 52 M € | +664,8 % |
| Turquie | 14 M € | 44 M € | +219,5 % |
| Russie | 36 M € | 23 M € | −35,4 % |
Les chocs de prix et la volatilité révèlent des fragilités ponctuelles
L'analyse de la volatilité (volatilité par partenaire) montre que les importations en provenance de Chine sont remarquablement stables (CV de 0,15), ce qui reflète une relation commerciale mature et routinière. En revanche, les importations du Royaume-Uni présentent une volatilité extrême (CV de 1,05), signe d'une instabilité commerciale post-Brexit. Côté exportations, deux chocs de prix notables ont été détectés : un pic de prix à l'exportation vers Israël en 2023 (+89 %, anormalité de 9,4) et un choc vers l'Ukraine en 2022 (+168,3 %, anormalité de 5,4), vraisemblablement lié au contexte géopolitique.
3. Une production européenne en repli volumétrique mais en ascension en valeur
Le volume de production a été divisé par deux, tandis que la valeur augmentait de 43 %
Les données de production (volumes de production) révèlent une tendance paradoxale : la production en kilogrammes a chuté de 52,0 % (de 171 148 t à 82 119 t), avec un minimum à 67 365 t, alors que la valeur de production a augmenté de 42,6 % (de 834 M € à 1,19 milliard €). Ce phénomène traduit un abandon progressif de la production de masse au profit de segments à plus forte valeur ajoutée.
L'Italie, la France et le Portugal se distinguent par leur spécialisation à l'exportation
L'analyse des avantages comparatifs (spécialisation) montre que l'Italie domine largement la spécialisation européenne dans ce secteur, avec un RSCA de 0,263 et un RCA de 1,71, confirmant son rôle de pôle historique de la chapellerie de luxe (notamment en Toscane). La France (RSCA 0,215, RCA 1,55) et le Portugal (RSCA 0,221, RCA 1,57) se positionnent également comme des spécialistes, tandis que l'Irlande (RSCA −0,950) et Malte (RSCA −0,871) figurent parmi les pays les moins spécialisés.
| Pays | RCA | RSCA | Part prod. EU | Part export. EU |
|---|---|---|---|---|
| Italie | 1,71 | 0,263 | 13,7 % | 8,0 % |
| Portugal | 1,57 | 0,221 | 2,2 % | 1,4 % |
| France | 1,55 | 0,215 | 12,1 % | 7,8 % |
| Pologne | 1,21 | 0,095 | 8,0 % | 6,6 % |
| Espagne | 1,11 | 0,053 | 6,4 % | 5,8 % |
Les segments les plus importés ne correspondent pas aux segments les plus exportés
La ventilation par sous-code douanier (détail par segment) met en évidence une asymétrie structurelle. Du côté des importations, le segment 6505 (bonneterie, dentelles, feutre — 72 819 t en 2025) et le segment 6506 (coiffures n.d.a. — 37 676 t) représentent l'essentiel des volumes. Du côté des exportations, le 6506 domine en volume (6 635 t) mais en valeur, le 6505 et le 6506 sont quasi équivalents (~528 M € et ~493 M € respectivement). Les prix unitaires à l'exportation sont systématiquement supérieurs aux prix à l'importation, avec des écarts particulièrement marqués pour le 6501 (cloches en feutre : 216 000 €/t à l'export vs 29 525 €/t à l'import) et le 6502 (formes tressées : 83 743 €/t à l'export vs 44 194 €/t à l'import).
L'UE a développé une dépendance structurelle aux importations pour satisfaire sa demande intérieure
La combinaison du déclin de la production nationale (−52 % en volume) et de la croissance des importations (+63 %) place l'UE dans une situation de dépendance croissante. L'Indice de Herfindahl des importations, bien qu'en baisse, reste supérieur à 4 000, seuil au-delà duquel la concentration est jugée élevée. En parallèle, la concentration des exportations s'est assouplie (HHI passant de 1 066 à 796, −25,3 %), ce qui indique que les exportateurs européens ont diversifié leurs débouchés.
Conclusion
Le marché européen des coiffures (CN 65) a connu, entre 2015 et 2025, une double transformation : d'une part, un accroissement massif de la dépendance aux importations, tiré par des volumes en forte hausse et des fournisseurs de plus en plus diversifiés ; d'autre part, une reconversion de la production européenne résiduelle vers des segments à haute valeur ajoutée. L'UE est passée d'un déficit modéré de −824 millions € à un déficit structurel de −1,28 milliard €, tout en doublant la valeur de ses exportations. La montée du Viêt Nam, du Bangladesh et de la Turquie comme fournisseurs alternatifs à la Chine constitue une tendance lourde de la décennie, tandis que le Brexit et les sanctions contre la Russie ont reconfiguré certains flux. La pérennité de ce modèle — importation de volumes à bas coût, exportation de produits haut de gamme — dépendra de la capacité des pôles spécialisés européens (Italie, France, Portugal) à maintenir leur avantage comparatif dans un environnement concurrentiel mondial en constante évolution.