Explorer les données en direct →

Évolution du marché : chapeaux et accessoires (CN 65) — 2015–2025

Introduction

Le présent rapport analyse l’évolution du commerce extra‑UE du chapitre 65 de la nomenclature combinée (« Coiffures et parties de coiffures ») sur la période 2015‑2025. Il s’appuie sur les données douanières agrégées par l’aperçu général du commerce et sur les indicateurs structurels associés (partenaires, concentration, production, vulnérabilité). L’objectif est de dégager les principales dynamiques à l’œuvre : forte croissance des valeurs, déconnexion entre les prix à l’importation et à l’exportation, recomposition des sources et des débouchés, et montée rapide de la dépendance extérieure.

1. Une croissance vigoureuse tirée par la montée en gamme et l’inflation des prix

Les exportations de l’UE ont plus que doublé en valeur, portées par un prix moyen qui dépasse désormais 90 €/kg

La valeur des exportations de coiffures de l’Union européenne passe de 506 millions d’euros en 2015 à 1 138 millions en 2025 (+125 %), alors que les volumes expédiés n’augmentent que de 9 % sur la même période (de 11,6 kt à 12,6 kt). L’essentiel de la croissance est donc imputable au prix moyen à l’exportation, qui bondit de 43,6 €/kg à 90,0 €/kg (+106 %). Les données détaillées par segment de produit confirment que les deux principales catégories – les coiffures en bonneterie/textile (6505) et les coiffures non dénommées ailleurs (6506) – affichent des prix à l’exportation très élevés (respectivement 103 €/kg et 74 €/kg en 2025), traduisant une spécialisation sur le haut de gamme.

Indicateur 2015 2019 2022 2025
Exportations (M€) 506 760 1 135 1 138
Volume exporté (kt) 11,6 13,7 12,9 12,6
Prix moyen export (€/kg) 43,6 55,6 88,1 90,0
Importations (M€) 1 330 1 756 2 765 2 419
Volume importé (kt) 72,2 90,6 109,8 118,0
Prix moyen import (€/kg) 18,4 19,4 25,2 20,5
Solde commercial (M€) –824 –996 –1 630 –1 281

Les importations progressent rapidement mais à des prix unitaires toujours faibles, creusant le déficit commercial

Les importations extra‑UE de coiffures s’établissent à 2 419 millions d’euros en 2025, contre 1 330 millions en 2015 (+82 %). Le volume importé progresse de 63 % (de 72 kt à 118 kt), tandis que le prix moyen des importations n’augmente que de 11 % (de 18,4 €/kg à 20,5 €/kg), avec un pic temporaire en 2022 (25,2 €/kg). Ainsi, comme l’illustre le tableau ci‑dessus, le ratio entre le prix à l’exportation et le prix à l’importation passe d’environ 2,4 en 2015 à plus de 4,4 en 2025, signe d’une division internationale du travail très marquée : l’UE importe des produits d’entrée/moyenne gamme et exporte des articles à forte valeur ajoutée. Le déficit commercial se creuse en conséquence, passant de 824 millions d’euros en 2015 à 1 281 millions en 2025, après un maximum de 1 630 millions en 2022.

2. Une recomposition géographique des sources d’approvisionnement et des débouchés

La Chine reste le premier fournisseur, mais sa part se réduit au profit du Vietnam, du Bangladesh et de la Turquie

Les principaux partenaires à l’importation montrent une diversification sensible. La Chine demeure de loin le premier fournisseur, avec des livraisons passant de 941 M€ en 2015 à 1 582 M€ en 2025 (+68 %). Cependant, sa part relative s’érode, comme le confirme la baisse de l’indice de concentration des importations (HHI valeur) de 5 109 à 4 451 (–13 %) sur la période, mesurée dans l’analyse de concentration. Le Vietnam enregistre une progression spectaculaire (de 33 M€ à 196 M€, +490 %), de même que le Bangladesh (+168 %) et surtout la Turquie (+773 %), qui devient un fournisseur majeur avec 61 M€ en 2025. Le Royaume-Uni, en revanche, voit la valeur de ses expéditions vers l’UE chuter de 40 % (de 102 M€ à 61 M€) alors que les volumes explosent (+283 % de tonnes), signalant une dégradation très nette du prix unitaire et un repositionnement sur l’entrée de gamme.

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Évolution (%)
Chine 941 1 582 +68,1
Vietnam 33 196 +489,7
Bangladesh 23 62 +167,7
Turquie 7 61 +772,9
Royaume-Uni 102 61 –39,7
États-Unis 38 80 +110,5
Taïwan 28 16 –42,5

Les débouchés à l’export se diversifient sous l’impulsion des États‑Unis, de la Suisse et de marchés de proximité, tandis que la Russie s’effondre

Du côté des exportations, l’indice HHI recule de 1 066 à 796 (–25 %), signalant une dispersion accrue des clients. Les États‑Unis s’imposent comme le premier marché (197 M€ en 2025, +214 % par rapport à 2015), devant la Suisse (138 M€, +126 %) et le Royaume‑Uni (153 M€, +22 %). La Norvège progresse de 153 % (59 M€). Les livraisons vers l’Ukraine connaissent un bond de 665 % (52 M€) lié à un choc de prix majeur en 2022, comme l’atteste la section volatilité et chocs : le prix unitaire y a grimpé de 168 % en 2022 par rapport à la période 2020‑2021, traduisant vraisemblablement des exportations de protections ou de produits de haute nécessité. La Turquie confirme son rôle de partenaire commercial émergent (+220 % d’exportations), tandis que la Russie s’effondre (–35 %) en raison des sanctions.

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Évolution (%)
États‑Unis 63 197 +213,5
Suisse 61 138 +126,2
Royaume‑Uni 126 153 +21,9
Norvège 23 59 +153,4
Ukraine 7 52 +664,8
Turquie 14 44 +219,5
Russie 36 23 –35,4

3. Une dépendance extérieure grandissante et une production européenne sous tension

Le taux de dépendance nette aux importations a grimpé de 37 % à 45 % entre 2015 et 2024, avec un pic à 55 % en 2022

L’indicateur de dépendance nette aux importations (importations nettes rapportées à la demande intérieure) passe de 36,8 % en 2015 à 44,7 % en 2024, après avoir atteint 55,4 % en 2022. Cette tendance reflète un recours croissant aux importations pour satisfaire la consommation de coiffures dans l’UE. L’intensité des échanges (commerce total / production) progresse simultanément, de 75 % en 2015 à 80 % en 2024, et la propension à exporter (exportations / production) s’établit à 52 % en 2024, contre 27 % en 2015. L’économie européenne des coiffures est donc devenue beaucoup plus extravertie.

La production européenne diminue en volume mais progresse en valeur, signe d’un repositionnement sur le segment supérieur

Les volumes de production de l’UE chutent de 31,8 millions d’unités (2015) à 24,1 millions (2024), soit un recul de 24 %. En revanche, la valeur de la production passe de 439 M€ à 644 M€, ce qui correspond à une hausse de 47 % du prix unitaire implicite (de 13,8 €/unité à 26,7 €/unité). Ce phénomène est corroboré par la spécialisation sectorielle : l’Italie (RSCA = 0,263), le Portugal (0,221) et la France (0,215) figurent parmi les États membres les plus spécialisés dans la chapellerie, tous affichant des avantages comparatifs révélés supérieurs à 1,5. L’UE a donc réduit ses volumes pour se concentrer sur des articles à plus forte marge.

Des chocs de prix sur l’Ukraine et Israël illustrent la sensibilité des flux à l’environnement géopolitique

L’algorithme de détection des chocs de prix identifie deux événements significatifs sur les exportations de l’UE. En 2022, le prix des coiffures expédiées vers l’Ukraine augmente brusquement de 168 % par rapport à la moyenne 2020‑2021, en plein conflit, probablement en raison de livraisons d’équipements de protection. Pour Israël, un choc de prix de 89 % est détecté en 2023, avec une normalisation partielle en 2024‑2025. Ces épisodes, bien que ne représentant qu’une part modeste de la valeur exportée (1,8 % pour Israël et 2,9 % pour l’Ukraine), rappellent que les flux de coiffures peuvent être brutalement déstabilisés par les crises internationales.

Conclusion

Entre 2015 et 2025, le commerce extra‑UE du chapitre 65 a connu une expansion remarquable, marquée par un doublement de la valeur des exportations et une progression soutenue des importations. La dynamique repose sur une spécialisation haut de gamme de l’UE – des prix à l’exportation quatre à cinq fois supérieurs aux prix à l’importation – et sur une diversification progressive des fournisseurs (Vietnam, Bangladesh, Turquie) et des débouchés (États‑Unis, Suisse, Ukraine). En parallèle, le secteur est devenu beaucoup plus extraverti et dépendant des importations, le taux de dépendance nette frisant la moitié de la demande intérieure en 2024. La production européenne, en recul marqué en volume mais en nette hausse en valeur, confirme le recentrage sur le segment supérieur. Les chocs de prix enregistrés sur l’Ukraine et Israël soulignent toutefois la vulnérabilité de certains flux à l’instabilité géopolitique, alors que la part encore dominante de la Chine et la forte volatilité des prix de certains partenaires (Royaume‑Uni) appellent à une vigilance continue.