Évolution du marché : Tricots et étoffes maille (CN 60) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 60 regroupe l'ensemble des étoffes de bonneterie, un secteur qui couvre aussi bien les velours et peluches (CN 6001) que les étoffes chaîne (CN 6005) ou encore les étoffes contenant des fils d'élastomères (CN 6004, 6002). Ce rapport analyse l'évolution des échanges extérieurs de l'Union européenne avec le reste du monde sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données de valeur, volume et prix du commerce extérieur, la structure par partenaire, les indicateurs de concentration et les indicateurs de vulnérabilité.
1. Une industrie européenne en repli structurel, compensée par un basculement vers l'exportation de valeur
1.1. La production de l'Union a connu un déclin marqué
La production européenne d'étoffes de bonneterie a subi une contraction significative sur la période. En volume, elle est passée de 470 498 t (2015) à 322 565 t (2025), soit un recul de 31,4 %. En valeur, le déclin est encore plus prononcé : de 3,54 milliards EUR à 2,33 milliards EUR (–34,2 %). Cette dynamique traduit une désindustrialisation progressive du secteur textile tricoté au sein de l'UE, conformément aux tendances observées dans de nombreux pays développés.
1.2. Les importations maintiennent des volumes élevés, mais à des prix en baisse
Malgré le recul de la production, les importations de l'UE en provenance de pays tiers sont restées relativement stables en volume, passant de 280 074 t à 283 723 t (+1,3 %). En revanche, leur valeur a diminué de 1,49 milliard EUR à 1,42 milliard EUR (–4,8 %), ce qui s'explique par une baisse du prix moyen d'importation de 5 314 EUR/t à 4 996 EUR/t (–6,0 %). L'UE importe donc des quantités quasi identiques mais à moindre coût unitaire, signe d'une pression concurrentielle accrue des fournisseurs asiatiques.
1.3. Les exportations se repositionnent sur des segments à plus forte valeur ajoutée
À l'inverse, les exportations européennes ont évolué différemment selon la métrique :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (Mds EUR) | 1,52 | 1,47 | –3,3 % |
| Volume (t) | 131 903 | 122 475 | –7,1 % |
| Prix moyen (EUR/t) | 11 505 | 11 976 | +4,1 % |
La baisse du volume exporté (–7,1 %) est plus que compensée par une hausse du prix unitaire (+4,1 %). Le prix moyen à l'exportation de l'UE (11 976 EUR/t en 2025) est plus du double de celui des importations (4 996 EUR/t), ce qui indique que l'UE se spécialise dans des produits à plus forte valeur ajoutée — notamment les étoffes de bonneterie contenant des fils d'élastomères (CN 6004), dont le prix à l'exportation atteint 21 682 EUR/t en 2025.
1.4. La balance commerciale s'est redressée significativement
La balance commerciale est passée de +29,2 millions EUR en 2015 à +49,4 millions EUR en 2025 (+68,8 %), avec un creux à –87,8 millions EUR en 2020 (crise du Covid-19) et un pic à +148,5 millions EUR en 2022. Le taux de dépendance nette aux importations est passé de –14,5 % à –2,9 %, l'UE restant exportatrice nette mais avec un avantage en voie de réduction.
2. Une recomposition géographique profonde des flux commerciaux
2.1. La Chine confirme sa position de premier fournisseur, mais la Turquie recule
L'évolution des principaux partenaires d'importation révèle des dynamiques contrastées :
| Partenaire | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 480,1 | 629,1 | +31,0 % |
| Turquie | 586,5 | 437,6 | –25,4 % |
| Corée du Sud | 144,2 | 49,2 | –65,9 % |
| Royaume-Uni | 95,5 | 68,8 | –28,0 % |
| Viêt Nam | 12,0 | 11,9 | –1,0 % |
| Égypte | 14,9 | 10,7 | –27,9 % |
| Indonésie | 8,1 | 7,2 | –11,4 % |
La Chine est passée de second à premier fournisseur, dépassant la Turquie. La Corée du Sud a connu le recul le plus brutal (–65,9 %), tandis que la Turquie a perdu plus d'un quart de ses parts. Le coefficient de variation des importations depuis la Corée du Sud (0,35) confirme une instabilité notable des flux.
2.2. Les exportations se concentrent sur le bassin méditerranéen
Côté exportations, les principaux changements sont les suivants :
| Partenaire | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Maroc | 223,0 | 265,8 | +19,2 % |
| Tunisie | 214,8 | 223,9 | +4,2 % |
| États-Unis | 113,5 | 110,3 | –2,8 % |
| Royaume-Uni | 112,1 | 64,9 | –42,2 % |
| Turquie | 63,0 | 67,6 | +7,3 % |
| Ukraine | 47,1 | 62,0 | +31,5 % |
Le Maroc et la Tunisie, qui bénéficient d'accords commerciaux préférentiels avec l'UE et d'une longue tradition textile, restent les deux premières destinations. Le Maroc présente par ailleurs un faible coefficient de variation (0,14), attestant d'une relation commerciale stable.
Le recul des exportations vers le Royaume-Uni (–42,2 %) constitue la dynamique la plus marquante sur le versant exportateur et coïncide avec la mise en œuvre du Brexit à partir de 2021.
2.3. L'Italie domine la spécialisation européenne, tandis que la Pologne émerge
L'analyse de la spécialisation des États membres en 2025 révèle :
| État membre | RSCA | Part des exportations UE | Part des importations UE |
|---|---|---|---|
| Malte | +0,91 | 0,0 % | 0,0 % |
| Portugal | +0,64 | 1,4 % | — |
| Italie | +0,48 | 8,0 % | 22,7 % |
| Grèce | +0,46 | 0,7 % | 1,8 % |
| Espagne | +0,25 | 5,8 % | 9,7 % |
L'Italie est à la fois le premier exportateur (500 M EUR en 2025) et le premier importateur (451 M EUR) de l'UE, confirmant son rôle de hub de transformation textile. La Pologne a vu ses importations de pays tiers augmenter de manière spectaculaire (+139,1 %), atteignant 187 M EUR en 2025, reflétant le développement de sa capacité de confection au sein de la chaîne de valeur européenne.
3. Des segments de produits aux trajectoires divergentes et des chocs géopolitiques majeurs
3.1. Les étoffes larges standard (CN 6006) restent dominantes à l'importation mais reculent
En termes de volumes importés par segment, le CN 6006 (étoffes larges de plus de 30 cm, hors chaîne et élastomères) domine avec 121 672 t en 2025, mais a reculé de 9 % par rapport à 2015 (133 597 t). Le CN 6004 (étoffes larges contenant des fils d'élastomères) suit avec 66 647 t, en baisse de 24 %. À l'inverse, les velours et peluches (CN 6001) ont connu une progression remarquable, passant de 23 571 t à 51 522 t (+119 %), en faisant le segment en plus forte croissance.
3.2. Les écarts de prix entre segments s'accentuent
Les prix moyens à l'exportation en 2025 confirment une hiérarchie de valeur très marquée :
| Segment | Prix export 2025 (EUR/t) | Prix import 2025 (EUR/t) | Ratio export/import |
|---|---|---|---|
| CN 6004 — Élastomères larges | 21 682 | 5 174 | 4,2× |
| CN 6002 — Élastomères ≤ 30 cm | 23 043 | 9 981 | 2,3× |
| CN 6003 — Standard ≤ 30 cm | 36 010 | 10 023 | 3,6× |
| CN 6006 — Standard large | 12 229 | 5 075 | 2,4× |
| CN 6005 — Chaîne | 7 088 | 5 213 | 1,4× |
| CN 6001 — Velours/peluches | 9 442 | 4 034 | 2,3× |
Le CN 6003, malgré un volume marginal, affiche le prix d'exportation le plus élevé (36 010 EUR/t), ce qui suggère un positionnement sur des niches techniques ou de luxe.
3.3. Des chocs de prix significatifs liés aux crises géopolitiques récentes
L'analyse de la volatilité et des chocs a identifié trois événements majeurs :
| Choc | Flux | Année | Anomalie | Hausse de prix | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Ukraine | Export | 2022 | 96,0 | +17,8 % | 4,8 % |
| Russie | Export | 2023 | 8,7 | +55,9 % | 2,4 % |
| Maroc | Export | 2022 | 7,3 | +16,0 % | 21,1 % |
Le choc le plus anormal concerne les exportations vers l'Ukraine en 2022, année de l'invasion russe, avec une anomalie de prix de 96 points — un événement extrême lié à la perturbation des flux commerciaux. Les exportations vers la Russie ont enregistré en 2023 une hausse de prix de +55,9 %, vraisemblablement liée aux sanctions et aux surcoûts logistiques. Le choc au Maroc en 2022, bien que moins anormal, touche la destination la plus importante (21,1 % des exportations).
3.4. Le commerce de l'UE se concentre et s'internationalise simultanément
L'intensité commerciale est passée de 47,2 % à 80,6 % (+70,6 %), tandis que la propension à l'exportation a bondi de 35,3 % à 67,9 % (+92,6 %). Parallèlement, le HHI des importations a augmenté de 2 769 à 2 983 (+7,7 %), indiquant une concentration accrue des sources d'approvisionnement, principalement au profit de la Chine. L'UE exporte donc proportionnellement davantage vers le monde extérieur, mais dépend aussi d'un nombre plus restreint de fournisseurs — une dualité qui constitue à la fois une force et une vulnérabilité.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des étoffes de bonneterie a traversé une transformation profonde. La production de l'UE a chuté d'environ un tiers, tandis que les échanges se sont restructurés autour d'une polarité de plus en plus marquée : des importations à bas prix, dominées par la Chine et la Turquie, et des exportations à forte valeur ajoutée, orientées vers le bassin méditerranéen. L'UE est ainsi passée d'un modèle d'autosuffisance relative à un modèle de plateforme textile de transformation, important des volumes à faible coût et réexportant des produits transformés à prix élevé.
Les principaux risques identifiés sont la concentration croissante des importations (hausse du HHI), la fragilité révélée par les chocs géopolitiques de 2022–2023, et le recul de certains partenaires historiques comme le Royaume-Uni. Les signaux positifs proviennent de la résilience des flux avec le Maroc et la Tunisie, de la montée en gamme des exportations et de la dynamique de croissance du segment velours et peluches (CN 6001).