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Évolution du marché : ouates feutres et nontissés (CN 56) — 2015–2025

Introduction

Le code nomenclature combinée 56 recouvre un ensemble hétérogène de produits textiles techniques — ouates, feutres, non-tissés, fils spéciaux, ficelles, cordes, cordages et filets — qui alimentent des secteurs aussi variés que l'habillement, la construction, l'agriculture, la pêche et l'industrie. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a connu une transformation profonde de ses échanges extérieurs pour ce poste : les exportations ont progressé en valeur (+18,9 %, passant de 3 092 M€ à 3 678 M€) tout en reculant en volume (−11,9 %), tandis que les importations ont bondi tant en valeur (+62,9 %) qu'en quantité (+67,2 %). Le solde commercial, resté excédentaire, s'est cependant considérablement réduit (−32,8 %). Ce rapport examine les dynamiques à l'œuvre en s'appuyant sur les données du Tableau de bord du commerce européen.


1. Un excédent commercial qui se comprime : la montée en puissance des importations

1.1 Des exportations en valeur stable mais en recul volumique

Les exportations de l'UE vers le reste du monde pour le CN 56 ont progressé de 3 092 M€ en 2015 à 3 678 M€ en 2025 (+18,9 %). Toutefois, cette hausse de valeur masque un recul significatif des volumes : les quantités exportées sont passées de 629 330 t à 554 611 t (−11,9 %). L'essentiel de la croissance de valeur s'explique donc par une hausse des prix unitaires à l'exportation, qui ont augmenté de 34,9 % (de 4 914 €/t à 6 631 €/t), portée notamment par un pic à 6 985 €/t en 2022.

1.2 Des importations en forte accélération

En parallèle, les importations ont connu une trajectoire bien plus dynamique. En valeur, elles sont passées de 1 670 M€ à 2 722 M€ (+62,9 %), et en volume de 380 548 t à 636 406 t (+67,2 %). Contrairement aux exportations, les prix à l'importation sont restés relativement stables (−2,6 %), passant de 4 389 €/t à 4 277 €/t. Cela indique que la croissance des importations est avant tout une croissance réelle en volume, tirée par la demande intérieure européenne et la réorganisation des chaînes d'approvisionnement.

1.3 Un solde excédentaire en érosion

L'UE demeure exportatrice nette sur le CN 56, avec un solde positif de 956 M€ en 2025. Néanmoins, ce solde a été divisé par 1,5 depuis 2015 (où il atteignait 1 422 M€), avec un minimum historique à 956 M€ en 2025. La reliance nette aux importations est restée négative (entre −13,6 % et −10,4 %), confirmant le statut de l'UE comme exportateur net, mais la tendance est à l'érosion de cet avantage.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (M€) 3 092 3 678 +18,9 %
Exportations (t) 629 330 554 611 −11,9 %
Prix export (€/t) 4 914 6 631 +34,9 %
Importations (M€) 1 670 2 722 +62,9 %
Importations (t) 380 548 636 406 +67,2 %
Prix import (€/t) 4 389 4 277 −2,6 %
Solde (M€) 1 422 956 −32,8 %

2. Une réorientation géographique des flux : Chine et Turquie au cœur de la recomposition

2.1 La Chine, premier fournisseur et principal contributeur à la hausse des importations

La Chine est devenue le premier fournisseur extra-UE du CN 56, avec des importations passées de 363 M€ à 890 M€ (+145,1 %) sur la période. Son poids dans les importations européennes a considérablement augmenté, reflétant la montée en gamme des textiles techniques chinois (non-tissés notamment) et l'intégration de la Chine dans les chaînes de valeur européennes. Les partenaires principaux par valeur illustrent cette domination croissante.

2.2 La Turquie, un fournisseur en plein essor

La Turquie a connu la progression la plus spectaculaire parmi les partenaires d'importation : +160 %, passant de 184 M€ à 478 M€. Elle est devenue le deuxième fournisseur de l'UE, devancant les États-Unis et le Royaume-Uni. Cette dynamique s'inscrit dans le cadre de l'union douanière UE-Turquie et de la compétitivité-coût de l'industrie textile turque, qui offre un positionnement intermédiaire entre la Chine et les fournisseurs européens.

2.3 Le recul du Royaume-Uni à l'import et la montée de l'Inde

Le Royaume-Uni, ancien partenaire privilégié, a vu ses exportations vers l'UE reculer de 233 M€ à 169 M€ (−27,6 %), probablement en lien avec les effets du Brexit (barrières non tarifaires, formalités douanières). En parallèle, l'Inde a doublé ses ventes vers l'UE (28 M€ → 63 M€, +121 %), tirée par les fibres textiles et les non-tissés.

2.4 La Russie, partenaire en effondrement

Côté exportations, le partenariat le plus marqué est l'effondrement des ventes vers la Russie : de 184 M€ en 2015 à 70 M€ en 2025 (−61,7 %), avec un coefficient de variation élevé (0,34) attestant d'une forte instabilité. Ce recul s'accélère après 2022 en lien avec les sanctions économiques imposées à la suite du conflit russo-ukrainien. Les États-Unis (+34,8 %) et le Maroc (+84,4 %) ont en partie compensé cette perte.

Partenaire (imports) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Chine 363 890 +145,1 %
Turquie 184 478 +160,0 %
États-Unis 288 332 +15,1 %
Royaume-Uni 233 169 −27,6 %
Inde 28 63 +121,2 %
Arabie saoudite 34 13 −62,4 %
Partenaire (exports) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 469 509 +8,6 %
États-Unis 452 610 +34,8 %
Turquie 215 213 −0,9 %
Suisse 194 222 +14,3 %
Russie 184 70 −61,7 %
Chine 197 213 +7,8 %
Maroc 76 141 +84,4 %

2.5 Une concentration des importations en hausse, des exportations stables

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a augmenté de 43,4 % (de 1 188 à 1 703 en valeur), signe d'une concentration croissante des sources d'approvisionnement. En volume, l'indice a même presque doublé (+91,5 %). À l'inverse, l'HHI des exportations est resté stable (695 → 667), témoignant d'une diversification des débouchés maintenue malgré la perte du marché russe.


3. Un secteur productif européen en expansion, mais exposé aux chocs de 2022

3.1 Une production européenne en forte croissance

La production intra-UE de produits du CN 56 a connu une progression remarquable : +35,7 % en volume (de 2 095 millions de kg à 2 843 millions de kg) et +82,1 % en valeur (de 5 682 M€ à 10 344 M€) selon les volumes de production. Cette dynamique est cohérente avec la hausse de la propension à l'exportation (de 22,4 % à 35,6 %, +58,8 %) et de l'intensité commerciale (de 29,7 % à 48,2 %, +62,2 %). L'industrie européenne s'est donc davantage tournée vers l'exportation, tout en important aussi davantage pour couvrir sa demande intérieure.

3.2 Les non-tissés (5603), segment dominant et moteur des échanges

Le segment des non-tissés (CN 5603) domine largement les échanges, tant à l'importation qu'à l'exportation. En 2025 :

Segment Imports (M€) Exports (M€) Part imports Part exports
5603 — Non-tissés 1 637 2 203 60,1 % 59,9 %
5601 — Ouates 200 460 7,4 % 12,5 %
5607 — Ficelles, cordes 212 368 7,8 % 10,0 %
5608 — Filets 208 215 7,6 % 5,8 %
5602 — Feutres 171 167 6,3 % 4,5 %
5609 — Articles en fils 119 78 4,4 % 2,1 %
5604 — Fils de caoutchouc — 92 — 2,5 %
5606 — Fils guipés 65 — 2,4 % —

En volume d'importations, le non-tissé 5603 est passé de 238 991 t à 387 826 t (+62,3 %), tandis que les feutres (5602) ont progressé de 31 122 t à 66 559 t (+113,8 %) — la plus forte progression relative de tous les sous-segments. Les filets (5608) ont doublé leur volume d'importation (26 105 t → 54 120 t).

3.3 Les spécialisations intra-UE : des contrastes marqués

La spécialisation des États membres révèle des structures industrielles très différentes. Le Luxembourg affiche le RSCA le plus élevé (0,77), suivi de la Grèce (0,48) et de la Slovénie (0,37). À l'inverse, Malte, Chypre et l'Ireland présentent des indices quasi nuls, indiquant une absence de spécialisation dans ce secteur. Côté importations, l'Allemagne (488 M€), l'Italie (422 M€) et la Belgique (300 M€) sont les trois principaux récepteurs intra-UE. L'Espagne (+84,7 %) et la Belgique (+81,0 %) ont connu les plus fortes hausses d'importation intra-UE.

3.4 L'année 2022 : un tournant marqué par des chocs de prix

L'année 2022 apparaît comme un point d'inflexion dans la série. Plusieurs chocs de prix ont été détectés cette année-là :

  • Inde (importations) : hausse de prix anormale de 14,3 %, avec un indice d'anormalité de 14,0 — le choc le plus marqué de la période. Cette hausse coïncide avec la flambée des coûts de l'énergie et des matières premières dans la foulée du conflit en Ukraine.
  • Ukraine (exportations) : hausse de prix de 16,8 % sur les exportations vers ce pays, reflétant les perturbations logistiques et la demande urgente de reconstruction.
  • Mexique (exportations) : hausse de prix de 28,1 %, sur un volume qui reste relativement stable mais dont la part en valeur atteint 3,2 %.

Par ailleurs, la volatilité des importations depuis le Viet Nam (CV de 0,53) et de l'Inde (CV de 0,31) est significativement plus élevée que celle des partenaires traditionnels comme le Royaume-Uni (CV de 0,22) ou la Suisse (CV de 0,16). Cette volatilité accrue reflète la sensibilité des approvisionnements asiatiques aux aléas logistiques et géopolitiques.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des ouates, feutres, non-tissés et articles de corderie (CN 56) a connu une double transformation. D'une part, les importations ont crû beaucoup plus vite que les exportations, tant en volume qu'en valeur, comprimant un excédent commercial resté positif mais en net recul. D'autre part, la géographie des échanges s'est profondément réorientée : la Chine et la Turquie ont consolidé leur rôle de fournisseurs majeurs, tandis que le Royaume-Uni a reculé à l'import (Brexit) et la Russie à l'export (sanctions). L'industrie européenne a néanmoins connu une croissance productive vigoureuse (+82 % de la valeur de production), portée par le segment dominant des non-tissés.

Toutefois, cette dynamique n'est pas sans risques. La concentration croissante des importations (HHI en hausse de 43 %) et l'exposition aux chocs de prix observés en 2022 signalent une vulnérabilité accrue de l'approvisionnement européen. L'augmentation de l'intensité commerciale (29,7 % → 48,2 %) signifie que le secteur est désormais beaucoup plus dépendant des échanges internationaux, ce qui appelle une vigilance accrue sur la diversification des partenaires et la résilience des chaînes d'approvisionnement.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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