Explorer les données en direct →

Évolution du marché : ouates feutres et nontissés (CN 56) — 2015–2025

Introduction

Le chapitre 56 de la nomenclature combinée regroupe une large gamme de produits textiles industriels : ouates, feutres, nontissés, fils spéciaux, ficelles, cordes, cordages et articles de corderie. Ces intrants sont essentiels pour de nombreux secteurs, de l’hygiène à la construction, en passant par l’automobile, l’agriculture et la pêche. Le rapport couvre la période 2015–2025 et analyse l’évolution des échanges de l’Union européenne avec les pays tiers. Les données utilisées sont issues du tableau de bord des échanges de l’UE.

1. Une explosion des importations tirée par l’Asie, modifiant la balance commerciale

1.1. Les nontissés (5603) constituent le moteur principal des achats extérieurs

Les importations de l’UE pour le chapitre 56 ont bondi de 63,0 % en valeur entre 2015 et 2025, passant de 1,67 milliard € à 2,72 milliards €, tandis que les volumes importés progressaient encore plus vite (+67,2 %). Le segment des nontissés (code 5603) domine très largement ce flux, représentant à lui seul plus de 1,6 milliard € en 2025. Les autres sous‑chapitres dynamiques sont les feutres (5602) et les cordes et cordages (5607), dont les importations ont respectivement doublé (+107 % environ), bien que leurs montants restent loin derrière les nontissés.

Sous‑chapitre (importations) Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
5603 – Nontissés 999 1 637 +63,9 %
5602 – Feutres 83 171 +107,1 %
5607 – Ficelles, cordes 125 212 +68,7 %

Données détaillées issues de la comparaison par sous‑produit.

1.2. La Chine et la Turquie captent l’essentiel de la croissance des importations

L’analyse des partenaires à l’importation montre une concentration spectaculaire sur deux fournisseurs :

D’autres pays comme l’Inde (+121,2 %, à 63 M€) ou Israël (+39,5 %, à 97 M€) renforcent leur présence, tandis que le Royaume‑Uni recule (–27,6 %) et que l’Arabie saoudite s’effondre (–62,4 %). L’indice de concentration Herfindahl‑Hirschmann (HHI) des importations est passé de 1 188 à 1 703 (+43,4 %), confirmant une dépendance accrue vis‑à‑vis d’un nombre réduit de fournisseurs (voir l’évolution de la concentration).

1.3. Un excédent commercial en voie de réduction, mais une dépendance encore modeste

L’UE reste exportatrice nette pour ce chapitre, mais l’excédent commercial s’est contracté de 32,8 %, passant de 1,42 milliard € en 2015 à 956 M€ en 2025. La progression de la production européenne (volume en hausse de 8,2 % entre 2015 et 2024, valeur en hausse de 20,5 % sur la même période) n’a pas suffi à compenser l’envolée des importations. Le taux de dépendance nette aux importations reste négatif (–12,6 % en 2024), mais il s’est rapproché de zéro, traduisant un affaiblissement de l’autonomie commerciale de l’UE (indicateur de dépendance nette).

2. Des exportations qui misent sur la valeur ajoutée et se réorientent géographiquement

2.1. Des prix à l’exportation en forte progression, en particulier pour les nontissés

Les exportations européennes ont augmenté de 18,9 % en valeur (de 3,09 Mds € à 3,68 Mds €), alors que les volumes expédiés ont baissé de 11,9 %. Le prix moyen à l’exportation a donc bondi de 34,9 %, reflet d’une montée en gamme significative. Le segment phare reste de loin les nontissés (5603), dont le prix unitaire est passé de 4 441 €/tonne en 2015 à 6 062 €/tonne en 2025. Les ouates (5601, prix 2015 : 7 968 €/t → 2025 : 9 454 €/t) et les articles de corderie (5609, prix 2015 : 10 595 €/t → 2025 : 16 324 €/t) suivent la même tendance haussière, confirmant une spécialisation sur des produits plus techniques et mieux valorisés.

Sous‑chapitre (exportations) Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation Volume 2015 (t) Volume 2025 (t) Variation
5603 – Nontissés 1 942 2 203 +13,4 % 437 220 363 023 –17,0 %
5607 – Cordes, ficelles 313 368 +17,5 % 75 231 71 970 –4,3 %
5601 – Ouates 379 460 +21,4 % 47 571 48 660 +2,3 %

Chiffres issus de la vue comparative par produit.

2.2. Les États‑Unis et le Royaume‑Uni restent les premiers débouchés, le Maroc émerge

La structure des exportations par partenaire fait apparaître plusieurs dynamiques :

La hiérarchie des pays exportateurs de l’UE reste dominée par l’Allemagne (847 M€ en 2025, quasi stable), l’Italie (537 M€, +6,9 %) et la France (254 M€, –0,7 %), tandis que des pays comme le Luxembourg (+45,0 %), l’Espagne (+59,6 %) et la Pologne (+82,4 %) gagnent en importance (répartition par État membre).

2.3. Le repli marqué des exportations vers la Russie, compensé par d’autres marchés

Le choc géopolitique de 2022 se lit dans l’effondrement des livraisons vers la Russie (–61,7 %, de 184 M€ en 2015 à 70 M€ en 2025). Ce recul a été partiellement amorti par la progression des ventes vers les États‑Unis, le Maroc et, dans une moindre mesure, le Royaume‑Uni. Les exportations vers l’Ukraine, après une forte contraction en 2022, ont retrouvé un niveau élevé en volume, soutenues par des prix en hausse (analyse de la volatilité).

3. Concentration, volatilité et chocs : de nouveaux risques pour la filière

3.1. Une concentration accrue des importations sur un petit nombre de fournisseurs

Au‑delà de la seule valeur, la concentration des importations en volume a explosé : le HHI volume est passé de 1 352 à 2 589 (+91,5 %) entre 2015 et 2025, signe que quelques fournisseurs captent une part disproportionnée des quantités importées. Cette évolution s’accompagne d’une spécialisation intra‑UE très contrastée : le Luxembourg (RSCA 0,77), la Grèce (0,48) et la Slovénie (0,37) sont les plus spécialisés dans le chapitre 56, tandis que des pays comme l’Irlande (–0,92) ou la Hongrie (–0,32) le sont très peu (carte de spécialisation).

3.2. Des chocs de prix ponctuels révèlent des fragilités

L’analyse des chocs de prix détecte plusieurs événements marquants :

Ces chocs, bien que ponctuels, illustrent la sensibilité de certaines lignes d’échange à des facteurs exogènes (logistique, matières premières, tensions géopolitiques).

3.3. Une intensité commerciale croissante qui expose davantage l’UE aux aléas mondiaux

L’intensité commerciale du chapitre 56 a progressé de 62,2 % entre 2015 et 2024, et la propension à exporter de 58,8 %. Autrement dit, ce secteur est de plus en plus inséré dans les échanges internationaux, tant pour ses débouchés que pour ses approvisionnements. Si cette internationalisation traduit la compétitivité de l’offre européenne, elle accroît mécaniquement l’exposition aux chocs de demande, aux ruptures d’approvisionnement et à la volatilité des prix. La volatilité des volumes échangés avec des partenaires émergents comme le Vietnam (CV import de 0,53) ou la Turquie (0,30) rappelle que l’élargissement des sources ne garantit pas à lui seul la résilience (indicateurs de vulnérabilité).

Conclusion

Le chapitre 56 illustre une double transformation du commerce extérieur européen sur la décennie 2015‑2025. D’un côté, l’UE reste un exportateur net compétitif grâce à une montée en gamme constante, portée par des produits techniques (nontissés, ouates, fils spéciaux) dont les prix unitaires augmentent nettement. De l’autre, la forte poussée des importations, concentrée sur la Chine et la Turquie, réduit l’excédent commercial et augmente la dépendance vis‑à‑vis d’un petit nombre de fournisseurs. Les chocs de prix et la concentration croissante des flux appellent une vigilance particulière, alors que la filière poursuit son internationalisation rapide.