Évolution du marché : Laine et poils (CN 51) — 2015–2025
Introduction
Le chapitre 51 de la nomenclature combinée couvre un vaste ensemble de produits d’origine animale : laines brutes, poils fins ou grossiers, déchets, fils et tissus de laine ou de crin. Ce rapport analyse l’évolution des échanges de l’Union européenne avec les pays tiers entre 2015 et 2025, à partir des données annuelles disponibles. L’analyse met en lumière une contraction des volumes échangés, compensée en valeur par une forte inflation des prix unitaires, une recomposition de la géographie commerciale marquée par des chocs tarifaires en 2022, et une transformation structurelle de la filière lainière européenne, de plus en plus spécialisée et dépendante des marchés extérieurs.
1. Un commerce en valeur relativement stable, soutenu par la hausse des prix unitaires
Malgré un net repli des quantités, la valeur totale des échanges de laine et produits dérivés est restée proche de 1,4 milliard d’euros en 2025, un niveau comparable à celui de 2015. Ce paradoxe s’explique par une forte augmentation des prix à la tonne, tant à l’exportation qu’à l’importation.
1.1 Les exportations européennes perdent un tiers de leur volume entre 2015 et 2025
Les quantités exportées par l’UE sont passées de 138,5 k tonnes en 2015 à 92,0 k tonnes en 2025, soit une baisse de 33,6 %. En valeur, le recul est nettement plus modéré (−13,7 %), le chiffre d’affaires des exportations passant de 1,61 milliard à 1,39 milliard d’euros sur la période.
| Indicateur (exportations) | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 1 610 | 1 390 | −13,7 |
| Quantité (tonnes) | 138 463 | 91 964 | −33,6 |
| Prix unitaire (€/t) | 11 627 | 15 114 | +30,0 |
Source : Vue d’ensemble du commerce
1.2 Les prix à l’exportation et à l’importation augmentent d’environ 30 %
Du côté des importations, la contraction est également sensible : −28,4 % en volume (de 162,7 k tonnes à 116,5 k tonnes), mais la valeur ne recule que de 7,3 %, passant de 1,49 milliard à 1,38 milliard d’euros. Le prix moyen à l’importation progresse ainsi de 9 135 €/t à 11 832 €/t (+29,5 %).
| Indicateur (importations) | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 1 486 | 1 378 | −7,3 |
| Quantité (tonnes) | 162 664 | 116 474 | −28,4 |
| Prix unitaire (€/t) | 9 135 | 11 832 | +29,5 |
Source : Vue d’ensemble du commerce
1.3 L’excédent commercial se réduit de plus de 90 %
Porté par des volumes d’exportation encore élevés en début de période, le solde commercial de l’UE atteignait 123,9 M€ en 2015. En 2025, il n’est plus que de 11,9 M€, soit une contraction de 90,4 %. La balance est donc revenue proche de l’équilibre, la hausse des prix ne compensant pas entièrement la chute des volumes vendus à l’étranger.
2. Reconfiguration des partenaires et chocs de prix en 2022
La décennie 2015‑2025 a été marquée par une recomposition significative des flux commerciaux, avec le recul de plusieurs destinations historiques et l’émergence de nouveaux marchés, dans un contexte de forte volatilité des prix en 2022.
2.1 L’effondrement des flux vers le Royaume‑Uni et Hong Kong pénalise les exportations
Les exportations de l’UE vers le Royaume‑Uni ont chuté de 44,3 %, passant de 214,8 M€ à 119,6 M€. Cette évolution s’inscrit dans le contexte de la sortie du Royaume‑Uni du marché unique. Vers Hong Kong, la baisse est encore plus sévère (−57,7 %, de 177,3 M€ à 75,0 M€). Les États‑Unis enregistrent également un recul notable (−33,9 %, de 109,6 M€ à 72,4 M€).
| Destination d’exportation | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 235,3 | 206,6 | −12,2 |
| Royaume‑Uni | 214,8 | 119,6 | −44,3 |
| Turquie | 182,7 | 168,2 | −8,0 |
| Hong Kong | 177,3 | 75,0 | −57,7 |
| États‑Unis | 109,6 | 72,4 | −33,9 |
Source : Principaux partenaires
2.2 L’Inde et le Maroc s’affirment comme des destinations d’exportation dynamiques
À l’inverse, les exportations vers l’Inde ont crû de 70,6 % (de 16,8 M€ à 28,6 M€) et vers le Maroc de 94,2 % (de 58,4 M€ à 113,5 M€). Ces deux pays contribuent désormais de manière significative aux débouchés extra‑européens de la filière lainière européenne.
2.3 Les importations se redéploient de l’Océanie vers l’Afrique du Sud et l’Amérique du Sud
Du côté des fournisseurs, l’Australie perd 33,0 % de ses ventes vers l’UE (de 162,3 M€ à 108,8 M€) et la Nouvelle‑Zélande 41,1 % (de 98,0 M€ à 57,8 M€). En revanche, l’Afrique du Sud (+38,0 %, à 83,4 M€), l’Argentine (+12,8 %, à 61,8 M€) et l’Uruguay (+13,2 %, à 49,7 M€) gagnent en importance. La Chine reste le premier fournisseur avec 454,9 M€ en 2025, quasi stable (+1,8 %).
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 446,8 | 454,9 | +1,8 |
| Royaume‑Uni | 233,3 | 171,4 | −26,5 |
| Australie | 162,3 | 108,8 | −33,0 |
| Afrique du Sud | 60,4 | 83,4 | +38,0 |
| Argentine | 54,8 | 61,8 | +12,8 |
| Uruguay | 43,9 | 49,7 | +13,2 |
| Nouvelle‑Zélande | 98,0 | 57,8 | −41,1 |
Source : Principaux partenaires
2.4 L’année 2022 concentre des chocs de prix exceptionnels
La volatilité a été particulièrement forte en 2022, avec plusieurs ruptures de prix détectées :
- Importations depuis l’Argentine : le prix unitaire a bondi de 26,5 % par rapport à la référence 2020‑2021, pour une part de marché de 6,2 % des importations totales.
- Importations depuis l’Australie : hausse de prix de 32,0 % en 2022, après une période de prix bas en 2020‑2021 (15,1 % des importations).
- Exportations vers l’Inde : prix moyen multiplié par plus de deux (+109,2 %) en 2022, suivi d’un maintien à des niveaux très élevés en 2023‑2024.
- Exportations vers la Turquie : explosion de 83,5 % du prix moyen en 2022, avec un maintien autour de 18 200 €/t en 2023‑2024.
Ces chocs, d’une ampleur inédite, reflètent les perturbations logistiques mondiales, la flambée des coûts de l’énergie et les tensions sur les matières premières agricoles consécutives à la guerre en Ukraine.
Source : Événements de choc de prix
3. Mutation structurelle de la filière : spécialisation, concentration et dépendance commerciale accrue
Parallèlement à ces évolutions conjoncturelles, le secteur européen de la laine a connu une transformation profonde de son organisation productive, qui le rend toujours plus tourné vers les échanges extérieurs.
3.1 L’Italie reste le cœur industriel de la laine dans l’UE
En 2025, l’Italie réalise à elle seule 897 M€ d’exportations (soit 64,6 % du total UE) et 770 M€ d’importations (55,9 % du total). Bien que ses flux aient baissé par rapport à 2015 (−14,6 % à l’export, −2,9 % à l’import), sa position dominante n’est pas contestée. Les autres principaux exportateurs sont l’Allemagne (115 M€), l’Espagne (58 M€) et la Roumanie (42 M€, en hausse de 48,4 %). Du côté des importateurs, l’Allemagne (156 M€), la Suède (65 M€, +198,8 % par rapport à 2015) et le Danemark (57 M€, +15,5 %) complètent le podium.
3.2 Une spécialisation renforcée sur quelques États membres
Les indicateurs d’avantage comparatif révélés (RSCA) montrent qu’en 2025, la Bulgarie (0,779), la Lituanie (0,704), l’Italie (0,670), la Roumanie (0,496) et la Tchéquie (0,423) sont les États membres les plus spécialisés dans les produits du chapitre 51. En revanche, des pays comme le Luxembourg, Chypre ou la Grèce affichent une spécialisation quasi nulle, ce qui souligne la concentration géographique de la filière.
Source : Spécialisation des déclarants
3.3 La production européenne de laine a chuté de plus de 60 % depuis le début du siècle
La production de l’UE (en quantité) est passée de 685,7 millions d’unités en 2003 à 252,5 millions en 2024, soit une contraction de −63,2 %. En valeur, le recul atteint −40,5 % (de 4,8 milliards à 2,9 milliards d’euros). Cette érosion continue s’accompagne d’une hausse du prix de production, qui s’établissait autour de 6,98 €/kg en 2003 contre 11,29 €/kg en 2024.
| Année | Quantité produite (M unités) | Valeur (M€) |
|---|---|---|
| 2015 | 308,2 | 2 765 |
| 2020 | 211,0 | 2 116 |
| 2024 | 252,5 | 2 851 |
Source : Volumes de production
3.4 L’intensité commerciale et la propension à exporter atteignent des sommets
La contraction de la production domestique a été plus que compensée par une ouverture accrue. L’intensité commerciale (somme des exportations et importations rapportée à la production) est passée de 44,6 % en 2015 à 61,1 % en 2025 (+37,0 %). La propension à exporter (exportations/production) a grimpé de 34,4 % à 48,9 % (+42,3 %). Parallèlement, le taux de dépendance nette aux importations (importations nettes rapportées à la consommation apparente) est resté négatif, passant de −18,9 % à −21,2 %, confirmant le statut d’exportateur net de l’UE, même si l’excédent absolu s’est amenuisé.
Source : Dépendance aux importations nettes, Intensité commerciale
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le commerce extra‑UE des produits de la laine et des poils (CN 51) a connu une transformation profonde. Les volumes échangés ont nettement diminué, mais la valeur globale est restée relativement stable grâce à une hausse généralisée des prix unitaires, particulièrement marquée en 2022. La géographie des échanges s’est recomposée, avec le repli de partenaires historiques comme le Royaume‑Uni et Hong Kong, au profit de l’Inde, du Maroc, de l’Afrique du Sud ou de l’Amérique latine. Structurellement, la filière européenne, dominée par l’Italie, s’est concentrée dans quelques États membres très spécialisés, tandis que la production domestique poursuivait son déclin. Cette contraction a été absorbée par une intégration commerciale sans précédent, l’intensité des échanges et la propension à exporter atteignant des niveaux records. L’Union européenne demeure exportatrice nette, mais son excédent s’est réduit à un niveau marginal, soulignant la dépendance croissante de la filière aux marchés internationaux et la sensibilité aux chocs de prix mondiaux.