Évolution du marché : Papiers et cartons (CN 48) — 2015–2025
Introduction
Le chapitre 48 de la nomenclature combinée couvre l’ensemble des papiers, cartons et ouvrages en pâte de cellulose, en papier ou en carton, des feuilles non couchées aux emballages finis. Ce rapport analyse l’évolution des échanges de l’Union européenne avec les pays tiers sur la période 2015‑2025 à partir des données annuelles. Il examine la transformation de la valeur et des volumes, la recomposition géographique des flux, l’impact du choc inflationniste de 2022 et les mutations de la structure par produits.
I. Une croissance de la valeur portée par les prix, malgré une contraction des volumes
Les exportations affichent une légère hausse en valeur, mais une nette contraction en volume
Entre 2015 et 2025, les exportations européennes de papiers et cartons sont passées de 24,61 Md€ à 25,47 Md€, soit une progression de 3,5 % (Vue d’ensemble des échanges). Dans le même temps, les volumes exportés ont reculé de 19,8 %, de 24,60 millions de tonnes à 19,73 millions de tonnes. Le prix unitaire moyen à l’exportation s’est donc apprécié de 29,1 %, passant de 1 000 €/t à 1 291 €/t. Cette déconnexion valeur-volume traduit un recul structurel des tonnages — lié à la numérisation et à l’allègement des emballages — compensé par un renchérissement marqué à partir de 2022.
| Indicateur export | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (Md€) | 24,61 | 25,47 | +3,5 % |
| Volume (millions t) | 24,60 | 19,73 | –19,8 % |
| Prix moyen (€/t) | 1 000 | 1 291 | +29,1 % |
Les importations progressent fortement sous l’effet de prix plus élevés
Du côté des achats extra‑UE, la valeur a crû de 36,5 %, de 7,74 Md€ à 10,56 Md€, alors que les volumes n’augmentaient que de 1,9 % (de 6,69 à 6,81 millions de tonnes). Le prix moyen à l’importation a bondi de 34,0 %, de 1 157 €/t à 1 550 €/t, illustrant une pression inflationniste généralisée sur les approvisionnements en papiers et articles transformés.
| Indicateur import | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (Md€) | 7,74 | 10,56 | +36,5 % |
| Volume (millions t) | 6,69 | 6,81 | +1,9 % |
| Prix moyen (€/t) | 1 157 | 1 550 | +34,0 % |
L’excédent commercial s’érode mais reste confortable
L’excédent de l’UE pour ce chapitre s’établit à 14,91 Md€ en 2025, en baisse de 11,6 % par rapport aux 16,87 Md€ de 2015. L’Union demeure toutefois un exportateur net important. La propension à exporter (exportations/production) est passée de 14,1 % à 17,1 % entre 2015 et 2024 (Propension à l’exportation), tandis que le taux de dépendance nette aux importations (importations nettes rapportées à la consommation apparente) s’est légèrement renforcé, passant de –10,0 % à –11,3 %, signe d’une autonomie accrue (Dépendance nette aux importations). L’intensité des échanges [(X+M)/production] a progressé de 18,1 % à 22,4 %, témoignant d’une intégration commerciale croissante.
II. Redistribution géopolitique : l’essor de la Chine et la disparition de la Russie
La Russie, un marché clé brutalement interrompu
Le commerce avec la Russie a été quasiment anéanti après 2022. Les exportations de l’UE vers ce marché ont chuté de 90,8 % en valeur (de 1,42 Md€ à 0,13 Md€) et les importations de 99,2 % (de 0,36 Md€ à 0,003 Md€) (Principaux partenaires). La rupture d’approvisionnement s’est accompagnée d’une envolée des prix unitaires résiduels (choc de sortie détecté en 2023‑2025) (Chocs d’offre). La Russie affiche le coefficient de variation le plus élevé des volumes échangés (0,67 à l’export, 0,66 à l’import), reflet de cette dislocation brutale (Volatilité des flux).
La Chine s’impose comme le premier fournisseur extra‑UE
Les importations en provenance de Chine ont bondi de 139,8 % en valeur, passant de 1,40 Md€ en 2015 à 3,36 Md€ en 2025, propulsant le pays au premier rang des fournisseurs extra‑UE (31,8 % du total importé en 2025). Cette ascension repose à la fois sur une forte hausse des volumes (+131 % environ) et sur des prix en progression. Les exportations de l’UE vers la Chine n’ont augmenté que de 14,8 % en valeur, creusant le déficit bilatéral.
Des partenaires traditionnels en repli relatif : le Royaume‑Uni, les États‑Unis et la Suisse
Les trois partenaires historiques voient leurs échanges se contracter en valeur. Le Royaume‑Uni, premier débouché, réduit ses achats de 12,0 % (de 5,61 à 4,94 Md€) et ses livraisons vers l’UE de 15,4 %. Les États‑Unis augmentent leurs importations en provenance de l’UE de 42,1 % (à 3,29 Md€), mais diminuent leurs ventes de 14,2 %. La Suisse enregistre des baisses symétriques de l’ordre de 15‑16 %. La Turquie, en revanche, renforce son rôle dans les deux sens (+16,5 % à l’export, +183,9 % à l’import).
| Partenaire | Exportations UE (Md€) 2015 → 2025 | Var. | Importations UE (Md€) 2015 → 2025 | Var. |
|---|---|---|---|---|
| Royaume‑Uni | 5,61 → 4,94 | –12,0 % | 1,94 → 1,64 | –15,4 % |
| États‑Unis | 2,31 → 3,29 | +42,1 % | 1,09 → 0,93 | –14,2 % |
| Suisse | 1,68 → 1,93 | +15,3 % | 0,88 → 0,74 | –16,3 % |
| Chine | 0,76 → 0,88 | +14,8 % | 1,40 → 3,36 | +139,8 % |
| Russie | 1,42 → 0,13 | –90,8 % | 0,36 → 0,00 | –99,2 % |
| Turquie | 1,34 → 1,56 | +16,5 % | 0,31 → 0,87 | +183,9 % |
III. Choc des prix de 2022 et recomposition des segments de produits
Un choc généralisé des prix à l’exportation comme à l’importation en 2022
L’année 2022 a été marquée par une flambée des prix unitaires sur la quasi‑totalité des flux, consécutive à la crise énergétique et aux tensions sur les matières premières. Les anomalies de prix identifiées (Chocs de prix) révèlent des hausses de 30,2 % (Ukraine) à 58,6 % (Mexique) à l’exportation, et de 37,1 % (Royaume‑Uni) à 39,9 % (Norvège) à l’importation. Après 2022, les prix se sont partiellement repliés mais demeurent nettement supérieurs aux niveaux d’avant‑crise, ce qui soutient les valeurs commerciales malgré l’érosion des volumes.
Les emballages et les papiers couchés dominent les échanges, tandis que le papier journal décline
La structure par segments (Comparaison des segments) place les articles d’emballage (4819) en tête des importations (2,25 Md€ en 2025, +61,3 % par rapport à 2015) et les papiers couchés (4810) en tête des exportations (5,07 Md€, –16,8 % en valeur mais –40,8 % en volume). Le papier journal (4801) poursuit son déclin structurel : les volumes exportés ont été divisés par près de 5 et la valeur a reculé de 574 M€ à 144 M€. Les papiers kraft (4804) et les autres papiers non couchés (4805) ont vu leurs valeurs à l’export progresser de plus de 40 %, soutenues par des hausses de prix.
| Principaux segments export (valeur 2025) | Évolution 2015‑2025 |
|---|---|
| 4810 – Papiers/cartons couchés (5,07 Md€) | –16,8 % (valeur), –40,8 % (volume) |
| 4805 – Autres papiers non couchés (2,43 Md€) | +42,5 % |
| 4802 – Papiers graphiques non couchés (2,59 Md€) | –19,0 % |
| 4804 – Papiers kraft (2,58 Md€) | +51,6 % |
| 4811 – Papiers enduits/transformés (3,75 Md€) | +6,4 % |
| 4819 – Emballages (2,88 Md€) | +31,1 % |
| Principaux segments import (valeur 2025) | Évolution 2015‑2025 |
|---|---|
| 4819 – Emballages (2,25 Md€) | +61,3 % |
| 4811 – Papiers enduits (1,18 Md€) | +43,6 % |
| 4810 – Papiers/cartons couchés (1,00 Md€) | +25,1 % |
| 4802 – Papiers graphiques non couchés (0,62 Md€) | –4,3 % |
| 4804 – Papiers kraft (0,51 Md€) | –30,0 % |
Une concentration accrue des importations et une diversification des marchés à l’export
L’indice de Herfindahl‑Hirschmann (HHI) des importations extra‑UE a augmenté de 11,6 % (de 1 366 à 1 525) (Concentration des échanges), reflet du poids grandissant de la Chine. À l’inverse, l’HHI des exportations a reculé de 8,8 % (808 à 737), signalant une diversification progressive des débouchés, malgré la prépondérance du Royaume‑Uni et des États‑Unis. La production européenne, portée à 138,5 Md€ en 2024 contre 113,9 Md€ en 2015 (+21,6 %), a soutenu cette ouverture, le taux d’intensité des échanges s’élevant à 22,4 % en 2024 (Volumes de production).
Conclusion
Au cours de la décennie 2015‑2025, l’Union européenne a maintenu sa position d’exportateur net de papiers et cartons, mais cette performance repose de plus en plus sur la hausse des prix, tandis que les volumes exportés se contractent sous l’effet de la numérisation et de l’optimisation des emballages. Le choc inflationniste de 2022 a durablement modifié la donne : il a accru les valeurs sans relancer les tonnages et a bouleversé la carte des partenaires, avec l’effondrement des flux russes et la montée rapide de la Chine comme fournisseur dominant. La structure des échanges s’est recentrée sur les emballages et les papiers techniques, tandis que les papiers graphiques, en particulier le papier journal, ont poursuivi leur déclin. L’UE devra surveiller la vulnérabilité liée à la concentration des importations et la volatilité persistante des prix dans un contexte de mutation rapide de la demande mondiale.