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Évolution du marché : Kraft non couché (CN 4804) — 2015–2025

Introduction

Le code CN 4804 couvre les papiers et cartons kraft non couchés ni enduits, en rouleaux de largeur supérieure à 36 cm ou en feuilles de grandes dimensions — un segment essentiel de l'industrie papetière européenne, servant notamment à la fabrication de carton ondulé (kraftliner) et de papiers pour sacs de grande contenance. La période 2015–2025 a été marquée par des transformations profondes : montée en puissance des exportations européennes, recul structurel des importations, chocs de prix liés à la crise énergétique de 2022, et reconfiguration géographique des partenaires commerciaux sous l'effet des sanctions et des réorientations stratégiques. Ce rapport propose une analyse détaillée de ces dynamiques en s'appuyant sur les données douanières de l'Union européenne.


1. La consolidation de l'Union européenne comme puissance exportatrice de kraft

1.1 Des exportations en forte progression, portées par la croissance de la production européenne

Sur la période 2015–2025, les exportations de l'UE de produits CN 4804 ont progressé de 51,6 % en valeur, passant de 1,70 milliard d'euros à 2,58 milliards d'euros. En volume, la hausse atteint +27,6 %, avec un passage de 2,39 millions de tonnes à 3,06 millions de tonnes. Les volumes exportés ont atteint un pic à 3,22 millions de tonnes (en 2021), avant de se stabiliser autour de 3 millions de tonnes.

Cette dynamique s'inscrit dans une croissance significative de la production européenne, qui est passée de 6,29 millions de tonnes à 8,46 millions de tonnes (+34,6 %) en volume, et de 3,67 milliards d'euros à 6,89 milliards d'euros (+87,8 %) en valeur. La production a ainsi augmenté plus vite que les exportations en volume, ce qui témoigne à la fois d'une montée en capacité et d'une demande intérieure européenne elle-même en hausse.

La propension à exporter a sensiblement augmenté, passant de 28,4 % à 36,9 % (+29,9 %), signe que l'industrie kraft européenne s'oriente de plus en plus vers les marchés extra-européens. L'intensité commerciale a progressé plus modérément, de 38,2 % à 41,4 % (+8,4 %).

1.2 Un repli marqué des importations qui consolide l'excédent commercial

Parallèlement à la hausse des exportations, les importations de l'UE en provenance des pays tiers ont reculé de 30,0 % en valeur (de 734 millions d'euros à 514 millions d'euros) et de 47,1 % en volume (de 1,27 million de tonnes à 670 000 tonnes). Le point bas a été atteint en 2023, avec un volume d'importation de seulement 584 606 tonnes et une valeur de 476 millions d'euros. Les importations ont depuis partiellement rebondi, mais restent très en deçà de leur niveau de 2015.

Cette double dynamique a fait plus que doubler l'excédent commercial de l'UE, qui est passé de 966 millions d'euros à 2,06 milliards d'euros (+113,6 %), avec un maximum à 2,35 milliards d'euros. Le taux de dépendance aux importations nettes, qui était de -14,5 % en 2015, a chuté à -41,4 % en 2025, confirmant le statut de l'UE comme exportateur net de plus en plus massif.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (valeur) 1,70 Mrd € 2,58 Mrd € +51,6 %
Exportations (volume) 2,39 Mt 3,06 Mt +27,6 %
Importations (valeur) 734 M € 514 M € -30,0 %
Importations (volume) 1,27 Mt 670 kt -47,1 %
Solde commercial 966 M € 2,06 Mrd € +113,6 %
Dépendance nette -14,5 % -41,4 %
Propension exporter 28,4 % 36,9 % +29,9 %

1.3 Le kraftliner, produit phare d'une structure d'exportation en mutation

L'analyse des sous-segments révèle une mutation structurelle. Le kraftliner écrus (CN 480411) a connu une expansion remarquable, passant de 627 000 tonnes à 1 167 000 tonnes en volume (+86,3 %), et représentant désormais 40 % des exportations en volume contre 27 % en 2015. À l'inverse, les papiers kraft pour sacs écrus (CN 480421) ont vu leurs exportations reculer de 22,4 % en volume (de 773 000 à 600 000 tonnes), perdant leur position historique de premier segment à l'export.

Segment (CN) Export. 2015 (t) Export. 2025 (t) Variation
480411 — Kraftliner écrus 626 747 1 167 438 +86,3 %
480421 — Sack kraft écrus 773 030 599 910 -22,4 %
480419 — Kraftliner autres 300 604 391 589 +30,3 %
480439 — Kraft ≤150 g/m² non écrus 231 181 309 654 +33,9 %
480431 — Kraft ≤150 g/m² écrus 172 800 243 222 +40,8 %
480429 — Sack kraft non écrus 139 348 139 747 +0,3 %
480452 — Kraft ≥225 g/m² blanchi 38 933 40 118 +3,0 %

Côté importations, tous les principaux segments ont enregistré des reculs importants. Le kraftliner écrus (480411) passe de 694 000 à 419 000 tonnes (-39,6 %), le kraftliner « autres » (480419) de 191 000 à 46 000 tonnes (-76,0 %), et le kraft pour sacs écrus (480421) de 129 000 à 78 000 tonnes (-39,8 %). Cette contraction généralisée des importations par segment confirme la substitution progressive des approvisionnements extra-européens par la production locale.


2. Une reconfiguration géographique profonde des partenaires commerciaux

2.1 L'effacement de la Russie et la montée en puissance du Brésil sur le front des importations

La transformation la plus marquante côté importations est la disparition quasi totale de la Russie comme fournisseur de l'UE. Les importations en provenance de Russie sont passées de 137 millions d'euros en 2015 à seulement 3 186 euros en 2025 (-100 %), en lien direct avec les sanctions adoptées après février 2022. La Russie était alors le deuxième fournisseur de l'UE en valeur.

Pour compenser cette perte, le Brésil a considérablement accru ses livraisons, passant de 35 millions d'euros à 74 millions d'euros (+114,1 %). Le Royaume-Uni (+50,2 %, à 54 M€) et la Bosnie-Herzégovine (+53,5 %, à 43 M€) ont également renforcé leurs positions. En revanche, les États-Unis restent le premier fournisseur mais ont perdu 29,1 % de leur part (de 363 à 257 M€), tandis que l'Afrique du Sud a connu un déclin marqué (-55,2 %).

Partenaire (importations) Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
États-Unis 363 257 -29,1 %
Russie 137 ≈ 0 -100,0 %
Brésil 35 74 +114,1 %
Afrique du Sud 64 29 -55,2 %
Royaume-Uni 36 54 +50,2 %
Bosnie-Herzégovina 28 43 +53,5 %
Canada 20 12 -38,3 %

La concentration des importations par volume (HHI) a augmenté de 16 % (de 3 367 à 3 907), indiquant une dépendance accrue envers un nombre restreint de fournisseurs. Par valeur, le HHI est resté stable autour de 2 959, ce qui suggère que de nouveaux partenaires (Brésil, Bosnie-Herzégovine) ont partiellement remplacé la valeur perdue de la Russie, sans toutefois réduire la concentration volumique.

2.2 L'Allemagne, d'importatrice nette à moteur exportateur européen

Côté exportations, la transformation la plus spectaculaire est celle de l'Allemagne, dont les ventes vers les pays tiers ont progressé de 481,8 %, passant de 79 millions d'euros à 461 millions d'euros. L'Allemagne est ainsi devenue le deuxième exportateur de l'UE, derrière la Suède. En parallèle, ses importations ont reculé de 50,9 % (de 71 à 35 M€), signe d'une réorientation de la production nationale vers l'export.

La Suède demeure le premier exportateur avec 847 millions d'euros en 2025 (+4,0 %), représentant à elle seule environ un tiers des exportations de l'UE. La Finlande a plus que doublé ses exportations (de 192 à 437 M€, +127,0 %), consolidant la domination nordique. En 2025, le trio Suède–Allemagne–Finlande représente près de 68 % des exportations de l'UE vers les pays tiers.

État membre (exportations) Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Suède 814 847 +4,0 %
Allemagne 79 461 +481,8 %
Finlande 192 437 +127,0 %
Pologne 80 163 +104,3 %
Espagne 60 105 +75,9 %
Pays-Bas 63 98 +55,2 %

Ces dynamiques nationales reflètent les avantages comparatifs structurels des pays disposant de vastes ressources forestières. La Finlande (RSCA = 0,833) et la Suède (RSCA = 0,829) figurent parmi les spécialistes les plus extrêmes de l'UE dans ce segment, suivis de l'Autriche (RSCA = 0,620), du Portugal (RSCA = 0,505) et de la Tchéquie (RSCA = 0,434).

2.3 La diversification des débouchés vers les marchés émergents

Les principaux partenaires à l'exportation ont connu des évolutions contrastées. Le Royaume-Uni reste le premier débouché (437 M€, +45,9 %), mais la progression la plus dynamique vient de marchés émergents ou en forte croissance : Turquie (+111,5 %, à 241 M€), États-Unis (+149,6 %, à 166 M€), Mexique (+112,3 %, à 121 M€), Inde (+69,1 %, à 93 M€) et Égypte (+59,7 %, à 108 M€).

Partenaire (exportations) Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 300 437 +45,9 %
Turquie 114 241 +111,5 %
États-Unis 67 166 +149,6 %
Mexique 57 121 +112,3 %
Égypte 68 108 +59,7 %
Inde 55 93 +69,1 %
Chine 81 73 -10,3 %

Seule la Chine enregistre un léger recul (-10,3 %), probablement en lien avec le ralentissement de son secteur immobilier et l'accroissement de sa propre capacité de production de kraft.

La concentration des exportations (HHI) demeure très faible (de 530 à 557 en valeur), confirmant la bonne diversification géographique des débouchés européens. Ce HHI bien en deçà du seuil de 1 500 témoigne d'un marché d'exportation non concentré et résilient.


3. L'onde de choc inflationniste de 2022 et ses séquelles sur le marché du kraft

3.1 Un pic de prix généralisé en 2022, reflet de la crise énergétique européenne

L'année 2022 constitue un tournant majeur sur le plan des prix. Les prix moyens à l'exportation ont atteint un niveau record de 1 061 €/t, tandis que les prix à l'importation ont culminé à 939 €/t. Cette flambée a été particulièrement marquée sur les segments à forte valeur ajoutée :

Segment Prix export 2021 (€/t) Prix export 2022 (€/t) Prix export 2025 (€/t)
480439 — Kraft ≤150 g/m² non écrus 1 087 1 450 1 303
480431 — Kraft ≤150 g/m² écrus 1 061 1 432 1 230
480421 — Sack kraft écrus 762 1 181 911
480452 — Kraft ≥225 g/m² blanchi 752 1 044 946
480411 — Kraftliner écrus 573 763 567

Côté importations, la hausse a été tout aussi brutale :

Segment Prix import 2021 (€/t) Prix import 2022 (€/t) Prix import 2025 (€/t)
480421 — Sack kraft écrus 730 1 229 899
480431 — Kraft ≤150 g/m² écrus 753 1 014 841
480441 — Kraft 150–225 g/m² écrus 653 832 909
480411 — Kraftliner écrus 580 810 628

Ces pics de prix reflètent la conjonction de facteurs : la flambée des coûts énergétiques en Europe après l'invasion de l'Ukraine, les perturbations résiduelles des chaînes d'approvisionnement post-Covid, et une demande d'emballages restée soutenue. Il est notable que l'année 2022 a constitué un pic en valeur pour les exportations (3,13 milliards d'euros, maximum sur la période), alors même que les volumes avaient diminué (environ 2,95 millions de tonnes contre 3,22 millions en 2021). La hausse des prix a donc été le principal moteur de cette performance record.

Les prix ont depuis entamé une correction, mais en 2025, ils restent structurellement au-dessus de leurs niveaux d'avant 2022 : le prix moyen d'exportation s'établit à 844 €/t (contre 710 €/t en 2015) et celui d'importation à 767 €/t (contre 580 €/t).

3.2 Des chocs de prix localisés sur les marchés transatlantiques

L'analyse des anomalies de prix détectées révèle que les chocs les plus marqués se sont produits en 2022 sur les flux d'exportation vers les marchés transatlantiques :

Marché Type de choc Année Hausse (shift) Degré d'anomalie Part de valeur
États-Unis Prix export 2022 +52,6 % 62,1 6,3 %
Mexique Prix export 2022 +58,2 % 39,8 5,0 %
Algérie Prix export 2022 +53,8 % 15,7 2,5 %

Ces chocs s'expliquent par la transmission rapide de la hausse des coûts de production européens (énergie, pâte) vers les marchés les plus éloignés, où les contrats sont souvent indexés sur les cours mondiaux ou renégociés à court terme. L'ampleur de ces hausses (entre +53 % et +58 %) est bien supérieure à la tendance de long terme, ce qui confirme leur caractère exceptionnel et transitoire.

3.3 Une volatilité hétérogène selon les partenaires commerciaux

La volatilité des flux commerciaux, mesurée par le coefficient de variation (CV), varie fortement selon les partenaires :

Partenaire CV importations CV exportations
Royaume-Uni 0,099 0,050
Bosnie-Herzégovine 0,191
États-Unis 0,261 0,284
Brésil 0,345
Canada 0,417
Chine 0,480 0,334
Afrique du Sud 0,551 0,197
Turquie 0,598 0,165
Indonésie 0,683 0,183
Russie 0,706
Arabie saoudite 1,177
Australie 1,419

Le Royaume-Uni se distingue par sa très faible volatilité (CV de 0,050 pour les exportations), ce qui en fait le marché le plus stable et prévisible pour les exportateurs européens. Les flux vers la Turquie (CV = 0,165), l'Égypte (CV = 0,139) et l'Inde (CV = 0,170) sont également relativement réguliers.

À l'opposé, les importations en provenance de Russie (CV = 0,706), d'Australie (CV = 1,419) et d'Arabie saoudite (CV = 1,177) ont été extrêmement instables, reflétant respectivement l'impact des sanctions, la faible régularité des flux commerciaux et la dépendance à des volumes ponctuels. La disparition de la Russie du panel des fournisseurs devrait mécaniquement réduire la volatilité globale des importations à l'avenir.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché du kraft non couché (CN 4804) a profondément évolué sous l'effet de dynamiques convergentes. L'Union européenne a consolidé sa position de puissance exportatrice nette, avec un excédent commercial qui a plus que doublé pour atteindre 2,06 milliards d'euros. Cette progression repose sur une base productive européenne en expansion (+34,6 % en volume), portée notamment par les pays nordiques et par la spectaculaire montée en puissance de l'Allemagne (+481,8 % à l'exportation).

La reconfiguration géographique des échanges a été marquée par la disparition de la Russie comme fournisseur, partiellement compensée par la montée du Brésil, et par une diversification réussie des débouchés d'exportation vers la Turquie, les États-Unis, le Mexique et l'Inde. Le choc de prix de 2022, d'une ampleur exceptionnelle, a temporairement porté les valeurs d'exportation à un niveau record de 3,13 milliards d'euros, avant un retour progressif vers des niveaux de prix intermédiaires — mais définitivement supérieurs à la période pré-2022.

À l'horizon 2025, la structure du marché témoigne d'une industrie européenne du kraft repositionnée sur des segments à plus haute valeur ajoutée (kraftliner), avec un taux de dépendance aux importations nettes de -41,4 % et une excellente diversification des débouchés (HHI export de 557). Les principaux risques identifiés résident dans la concentration accrue des sources d'importation par volume (HHI en hausse de 16 %), dans la persistance de prix structurellement élevés, et dans la vulnérabilité des approvisionnements à de futurs chocs géopolitiques ou énergétiques.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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