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Évolution du marché : Peaux et fourrures (CN 43) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 43 regroupe les pelleteries et fourrures (brutes, tannées, articles confectionnés) ainsi que les pelleteries factices. L’analyse des données du commerce extérieur de l’Union européenne, de 2015 à 2025, révèle une contraction profonde des échanges, un basculement de la balance commerciale et une recomposition des partenaires et des spécialisations nationales. Ce rapport s’appuie exclusivement sur les statistiques disponibles dans le tableau de bord global et les modules connexes.

1. Un déclin commercial majeur porté par l’effondrement des peaux brutes

Les échanges extérieurs de fourrures ont chuté de près de trois quarts en valeur

Entre 2015 et 2025, les exportations de l’UE sont passées de 2,82 milliards d’euros à 721 millions d’euros (–74,4 %), tandis que les importations reculaient de 568 millions à 238 millions d’euros (–58,1 %). Le recul en volume est encore plus marqué : les quantités exportées baissent de 27 490 tonnes à 4 478 tonnes (–83,7 %), les importations de 9 047 tonnes à 5 379 tonnes (–40,5 %). En parallèle, le prix moyen à l’exportation a fortement augmenté (+57,1 %), passant de 102 432 €/tonne à 160 875 €/tonne, tandis que le prix à l’importation a fléchi (–29,5 %). Ces évolutions indiquent que l’UE exporte moins de volumes mais des produits à plus haute valeur unitaire.

L’UE, d’exportateur net à importateur net de fourrures

L’excédent commercial s’est effondré de 2,25 milliards d’euros en 2015 à 483 millions en 2025 (–78,5 %). Le taux de dépendance nette aux importations (indicateur), qui était de –6,1 % en 2015 (position exportatrice nette), est devenu positif à 6,2 % en 2025. Ainsi, l’Union est devenue structurellement importatrice nette, ce qui reflète l’arrêt de la production de masse de peaux brutes sur le territoire.

La production européenne s’est contractée en volume, mais la valeur unitaire a résisté

La production de pelleteries est passée de 69,3 millions de pièces en 2015 à 21,2 millions en 2024 (–69,3 %). En valeur, la baisse est seulement de –11,4 % (de 194 millions à 172 millions d’euros), grâce à une hausse du prix unitaire. Cette évolution est cohérente avec un recentrage sur les produits finis (vêtements, accessoires) plutôt que sur les peaux brutes.

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Exportations (M€) 2 816,2 720,6 –74,4
Importations (M€) 567,9 238,0 –58,1
Balance commerciale (M€) 2 248,3 482,7 –78,5
Volume exporté (tonnes) 27 490,7 4 477,9 –83,7
Prix moyen export (€/t) 102 432 160 875 +57,1
Production (millions de pièces) 69,3 (2015) 21,2 (2024) –69,3

Source : Aperçu général et volumes de production.

2. Une recomposition géographique profonde des débouchés et des sources d’approvisionnement

Les exportations vers la Chine et Hong Kong se sont effondrées, remplacées par le Cambodge et la Thaïlande

Les deux premières destinations historiques des exportations de l’UE, la Chine et Hong Kong, ont vu leurs achats chuter respectivement de –90,0 % (de 744 M€ à 74 M€) et de –94,9 % (de 1,06 Md€ à 54 M€). À l’inverse, le Cambodge a connu une hausse de +461,0 % (de 23,4 M€ à 131,0 M€) et la Thaïlande une progression spectaculaire de +27 468,6 %, passant de 0,4 M€ à 111,3 M€. Cette réorientation est le fruit du déplacement des industries de transformation de la fourrure vers l’Asie du Sud-Est.

Destination 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Chine 743,7 74,4 –90,0
Hong Kong 1 061,1 54,3 –94,9
Cambodge 23,4 131,0 +461,0
Thaïlande 0,4 111,3 +27 468,6
Royaume-Uni 72,0 35,0 –51,3

Source : Partenaires à l’exportation.

Les importations se concentrent sur la Chine, tandis que la Turquie gagne en part de marché

Du côté des importations, la Chine reste le premier fournisseur malgré une baisse de –48,7 % (de 170 M€ à 87 M€). La Turquie, avec une progression de +13,8 % (de 37,5 M€ à 42,7 M€), conforte sa place de deuxième source. En revanche, les approvisionnements en provenance de l’Argentine (–89,9 %) et du Vietnam (–95,8 %) se sont presque taris. La concentration des importations s’est accrue : l’indice Herfindahl-Hirschmann (HHI) en valeur est passé de 1 255 à 1 814 (+44,5 %), soulignant une plus forte dépendance vis-à-vis d’un nombre réduit de pays.

Fournisseur 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Chine 169,7 87,1 –48,7
Turquie 37,5 42,7 +13,8
Argentine 24,1 2,4 –89,9
Vietnam 30,3 1,3 –95,8
HHI imports (valeur) 1 255 1 814 +44,5

Source : Partenaires à l’importation et concentration.

Le choc sanitaire danois et la réallocation des capacités exportatrices au sein de l’UE

Le Danemark, premier exportateur de l’UE en 2015 avec 1,39 milliard d’euros, a vu ses ventes s’effondrer à 5,2 millions d’euros en 2025 (–99,6 %), conséquence directe de l’abattage massif des visons en 2020. D’autres pays historiques comme la Pologne (–88,3 %), la Grèce (–63,8 %) et l’Allemagne (–67,3 %) ont fortement réduit leurs exportations. La Finlande (–51,3 %) et l’Italie (–38,9 %) conservent des volumes significatifs, tandis que la France progresse légèrement (+2,6 %) pour atteindre 80 millions d’euros en 2025. La concentration des exportations par État membre a fortement diminué (HHI de 2 272 à 974, soit –57,1 %), traduisant une dispersion des parts de marché entre les différents pays.

Exportateur UE 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Danemark 1 387,5 5,2 –99,6
Finlande 512,3 249,6 –51,3
Italie 299,8 183,2 –38,9
Pologne 242,1 28,4 –88,3
Grèce 131,3 47,5 –63,8
France 77,8 79,8 +2,6

Source : Exportateurs par État membre.

3. Spécialisation et vulnérabilités : une industrie sous pression

La Grèce, la Finlande et la Lituanie affichent une spécialisation exportatrice élevée en 2025

En 2025, les pays les plus spécialisés dans ce secteur (RSCA élevé) sont la Grèce (0,89), la Finlande (0,73) et la Lituanie (0,71). L’Italie, malgré un avantage comparatif révélé (RCA) de 3,5, conserve une spécialisation modérée (0,56) en raison de la taille de son économie. À l’opposé, l’Irlande, la Hongrie et la Slovaquie présentent un désavantage comparatif très marqué.

Des chocs de prix sur les marchés d’exportation révèlent des tensions passagères

L’analyse de la volatilité et des chocs met en évidence plusieurs événements notables :

La dépendance nette aux importations progresse, traduisant une perte d’autonomie

Le taux de dépendance nette aux importations (lien) est passé de –6,1 % en 2015 à +6,2 % en 2025, signifiant que l’UE consomme désormais plus de produits en fourrure qu’elle n’en exporte par rapport à sa production. Parallèlement, l’intensité commerciale (commerce extérieur / production) a fortement augmenté, passant de 8,9 % à 32,4 % (indicateur), et la propension à exporter a doublé (de 7,4 % à 16,6 %). Ces chiffres indiquent que le secteur, tout en se contractant, est de plus en plus imbriqué dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Conclusion

Le marché européen des pelleteries et fourrures a connu entre 2015 et 2025 une mutation radicale : une contraction massive des volumes échangés, la quasi-disparition de l’exportation de peaux brutes, la montée en puissance des articles confectionnés et la réorientation des flux vers l’Asie du Sud-Est. Le Danemark, autrefois pilier des exportations, a été évincé, redistribuant les cartes au profit de la Finlande, de l’Italie et de la France. Dans le même temps, l’UE est devenue importatrice nette et sa dépendance vis-à-vis de fournisseurs concentrés (Chine, Turquie) s’est accrue. Cette transformation structurelle, conjuguée à une volatilité ponctuelle des prix, place l’industrie européenne de la fourrure dans une position de niche, plus axée sur la transformation et la valeur ajoutée que sur la production primaire.