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Évolution du marché : Pelleteries brutes (CN 4301) — 2015–2025

Introduction

Le code douanier 4301 de la nomenclature combinée européenne couvre un ensemble de pelleteries brutes — peaux de visons, renards, agneaux dits « astrakan », et autres espèces — y compris les têtes, queues et pattes utilisables en pelleterie. Cette catégorie constitue la matière première de l'industrie de la fourrure. Entre 2015 et 2025, le commerce de ce produit a subi un effondrement sans précédent. La valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers est passée de 2,17 milliards d'euros en 2015 à 283 millions d'euros en 2025, soit un recul de 87 %. Dans le même temps, la valeur des importations a chuté de 179 millions d'euros à 18 millions d'euros (-89,8 %) (Vue d'ensemble).

Ce rapport propose une lecture détaillée de ces données, en trois temps. Nous analyserons d'abord le moteur central de cet effondrement : le déclin du segment du vison. Nous examinerons ensuite comment la géographie des échanges de l'UE s'est profondément réalignée. Enfin, nous mettrons en lumière les chocs conjoncturels et la volatilité accrue qui ont marqué cette décennie de transformation.

I. L'effondrement du vison : moteur central du déclin du marché

La chute du marché des pelleteries brutes de l'UE est d'abord et avant tout l'histoire de l'effondrement de la filière du vison. Ce segment, qui représente historiquement la majeure partie du commerce, a connu un déclin radical sous l'effet de facteurs réglementaires et conjoncturels.

Le segment du vison (430110) concentre l'essentiel de la perte de valeur

En 2015, les exportations de pelleteries brutes de vison (sous-code 430110) représentaient une valeur de 1,90 milliard d'euros sur un total de 2,17 milliards, soit près de 88 % des exportations totales de pelleteries. En 2025, ce montant n'est plus que de 252 millions d'euros, un recul de 86,7 % (Segmentation par produit). Les importations de vison brut ont subi un déclin encore plus prononcé en volume : passant de 544 tonnes à 27 tonnes entre 2015 et 2025, et de 2,7 millions de pièces à 139 000 pièces en termes de nombre. Le volume total des exportations de vison a chuté de 39,4 millions de pièces à 8,6 millions de pièces.

Flux Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations Valeur (M€) 1 901 252 -86,7 %
Exportations Quantité (t) 6 547 1 499 -77,1 %
Importations Valeur (M€) 105 5 -95,3 %
Importations Quantité (t) 544 27 -95,0 %

Les facteurs de déclin : réglementation européenne et choc de la pandémie

Plusieurs facteurs expliquent cette spirale descendante. Le premier est l'adoption progressive par de nombreux États membres de l'UE de mesures d'interdiction ou de restriction de l'élevage de visons, motivées par des préoccupations éthiques et, à partir de 2020, sanitaires. La pandémie de Covid-19 a agi comme un catalyseur brutal : de nombreux élevages de visons en Europe ont été abattus après la détection de foyers de transmission du SARS-CoV-2 à l'homme, accélérant la désindustrialisation du secteur. Le choc a été d'une ampleur exceptionnelle. En 2020, la valeur des exportations de l'UE a chuté de 1,27 milliard d'euros (2019) à 485 millions d'euros, avant de se stabiliser bien en deçà du niveau d'avant-crise.

Un repositionnement partiel sur les autres espèces

Face à l'effondrement du vison, les autres segments ont pu, dans un premier temps, apparaître comme des substituts. Le segment des pelleteries de renards (430160) a connu un rebond notable entre 2019 et 2023, avec une valeur exportée passant de 147 millions d'euros à 58 millions d'euros en 2025, un montant modeste mais relativement stable par rapport à son niveau de 2015 (238 millions d'euros). Le segment « autres pelleteries brutes » (430180) a affiché une résilience relative, passant d'une valeur exportée de 24,7 millions d'euros en 2015 à 2,1 millions d'euros en 2025. Cependant, aucun autre segment n'a été en mesure de compenser la chute du vison, qui demeure le produit dominant de la catégorie 4301.

II. Réalignement géographique : de nouveaux partenaires émergent

L'effondrement du volume et de la valeur des échanges s'est accompagné d'une profonde transformation de la carte des partenaires commerciaux de l'UE. Les flux traditionnels, dominés par la Chine et le Canada, se sont évaporés, laissant place à de nouvelles destinations en Asie du Sud-Est et à une concentration accrue des parts de marché.

L'effacement des partenaires historiques

En 2015, la Chine était de loin le premier client de l'UE pour les pelleteries brutes, avec des exportations d'une valeur de 709 millions d'euros, suivie par Hong Kong (948 millions d'euros) et le Canada (232 millions d'euros). Ensemble, ces trois destinations représentaient près de 90 % du total des exportations. En 2025, ces flux se sont pratiquement taris : la Chine n'importe plus que pour 6,3 millions d'euros (-99,1 %), Hong Kong pour 15 millions d'euros (-98,4 %), et le Canada pour seulement 261 000 euros (-99,9 %) (Partenaires).

Du côté des importations, le même phénomène de repli est observable. La Norvège et la Russie, qui fournissaient respectivement 41 millions d'euros et 42 millions d'euros de pelleteries à l'UE en 2015, n'exportent plus que 602 000 euros et 41 000 euros vers l'UE en 2025. L'effondrement des importations en provenance de Russie est sans doute lié aux sanctions commerciales imposées après 2022.

L'émergence du Cambodge et de la Thaïlande

En parallèle du déclin des partenaires traditionnels, deux pays d'Asie du Sud-Est ont émergé comme les principales destinations des exportations de pelleteries brutes de l'UE. Le Cambodge, qui importait pour 23 millions d'euros en 2015, a vu ses achats grimper à 131 millions d'euros en 2025 (+460,5 %). De même, la Thaïlande est passée de 42 millions d'euros à 102 millions d'euros (+139,9 %). Ensemble, ces deux pays représentent désormais plus de 80 % de la valeur totale des exportations de pelleteries brutes de l'UE, témoignant d'un réalignement majeur des chaînes de valeur de l'industrie de la fourrure vers des centres de transformation situés en Asie du Sud-Est. La Turquie constitue un troisième partenaire en forte progression, avec des exportations passant de 4,3 millions d'euros à 16,6 millions d'euros (+284,1 %) (Partenaires).

Une concentration accrue sur un marché rétréci

Ce réalignement géographique s'accompagne d'une forte concentration des échanges restants. L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les exportations de l'UE, mesuré en valeur, a évolué de 3 142 en 2015 à 3 509 en 2025, un niveau qui indique un marché très concentré (Concentration). Pour les importations, la concentration a également augmenté, passant d'un HHI de 1 662 à 2 221. Cette évolution signifie que, sur un marché beaucoup plus petit, la part des échanges est détenue par un nombre réduit d'acteurs, accroissant la dépendance de l'UE vis-à-vis de quelques partenaires clés.

III. Chocs conjoncturels et volatilité : les soubresauts d'un marché en mutation

La période 2015-2025 n'a pas été marquée uniquement par un déclin régulier, mais aussi par des épisodes de chocs brutaux et de volatilité extrême. Ces secousses témoignent de la fragilité structurelle du marché et des multiples perturbations — sanitaires, géopolitiques et commerciales — qui l'ont affecté.

Les trois chocs majeurs identifiés

Les données révèlent trois événements de choc significatifs, mesurés par des pics d'anomalie de prix. Le plus spectaculaire concerne les importations en provenance de Chine en 2021, avec une anomalie de prix de 63,8 et un bond de 994,8 % de la valeur unitaire (Chocs d'offre). Ce pic coïncide avec les perturbations de la chaîne d'approvisionnement liées à la pandémie et aux restrictions sévères en Chine. Le deuxième choc concerne les importations en provenance des États-Unis en 2020 (anomalie de 6,9, hausse de prix de 127,3 %). Le troisième choc, côté exportations, affecte la Thaïlande en 2021 (anomalie de 5,2, hausse de prix de 60,9 %).

Une volatilité structurellement élevée sur les marchés restants

Au-delà des chocs ponctuels, la volatilité des flux commerciaux, mesurée par le coefficient de variation (CV), est restée très élevée sur la quasi-totalité des partenaires de l'UE. À l'importation, les flux en provenance de Chine affichent un CV de 1,12, tandis que ceux du Royaume-Uni atteignent 1,27 et ceux d'Islande 1,03 (Volatilité). À l'exportation, Hong Kong présente le CV le plus élevé (1,47), suivi du Canada (1,13). Même les partenaires relativement stables, comme l'Ukraine à l'import (CV de 0,24) ou le Cambodge à l'export (CV de 0,43), demeurent soumis à des fluctuations significatives.

Le rôle déterminant du contexte géopolitique et sanitaire

La volatilité observée ne peut se comprendre indépendamment du contexte macro-économique et géopolitique de la période. La pandémie de Covid-19 (2020-2021) a provoqué des perturbations simultanées de l'offre et de la demande, entraînant des fluctuations de prix extrêmes et une instabilité des volumes échangés. L'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 et les sanctions commerciales qui ont suivi ont eu un impact direct sur les flux de pelleteries en provenance de Russie, dont les importations vers l'UE se sont quasiment effondrées. Enfin, la vague de réglementations interdisant l'élevage de fourrure dans plusieurs pays européens (Pays-Bas, Danemark, France, Italie, etc.) a constitué un choc structurel permanent, transformant durablement les conditions de l'offre.

Conclusion

Le marché européen des pelleteries brutes (CN 4301) a traversé une décennie de transformation radicale entre 2015 et 2025. La chute des volumes et des valeurs échangés, de l'ordre de 87 à 90 % selon les indicateurs, est avant tout le reflet de l'effondrement de la filière du vison, qui concentrait la quasi-totalité des échanges. Ce déclin a été accéléré par la pandémie de Covid-19 et par les interdictions d'élevage adoptées par de nombreux États membres.

La géographie commerciale s'est profondément réalignée : les partenaires historiques (Chine, Hong Kong, Canada, Norvège, Russie) ont été remplacés par de nouvelles destinations en Asie du Sud-Est (Cambodge, Thaïlande), qui absorbent désormais l'essentiel des exportations résiduelles de l'UE. Ce réalignement s'est accompagné d'une concentration accrue des échanges, avec un HHI en hausse, qui expose le marché restant à des risques de dépendance accrue vis-à-vis de quelques partenaires.

Enfin, la période a été marquée par une volatilité exceptionnelle, alimentée par les chocs pandémiques, géopolitiques et réglementaires. Le marché des pelleteries brutes de l'UE, autrefois florissant et dominé par une poignée de pays scandinaves et d'Europe de l'Est, est aujourd'hui un marché résiduel, fragmenté et instable, dont l'avenir dépendra largement de l'évolution des politiques publiques en matière de bien-être animal et de la capacité de l'industrie à se réinventer.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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