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Évolution du marché : Bois et ouvrages en bois (CN 44) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l’évolution, entre 2015 et 2025, des échanges extérieurs de l’Union européenne pour les produits du code NC 44 (BOIS, CHARBON DE BOIS ET OUVRAGES EN BOIS). Les données de la plateforme Trade Dashboard mettent en lumière trois dynamiques majeures : une recomposition brutale des sources d’approvisionnement à la suite de chocs géopolitiques, une inflation marquée des prix à l’importation comme à l’exportation, et une spécialisation très contrastée des États membres dans les segments porteurs de la filière bois.

1. La recomposition forcée des chaînes d’approvisionnement

L’effondrement des importations en provenance de Russie et de Biélorussie après l’invasion de l’Ukraine

L’élément le plus spectaculaire de la période est la quasi-disparition des importations communautaires en provenance de la Fédération de Russie. Celles‑ci sont passées de 1,50 milliard d’euros en 2015 à seulement 0,20 million d’euros en 2025, soit une chute de –100 % en valeur. En volume, elles s’effondrent de 10,66 millions de tonnes à 0,22 millier de tonnes sur la même période. Un mouvement similaire affecte la Biélorussie, dont les livraisons reculent de 430 millions d’euros à 0,01 million d’euros (−100 %). Les deux fournisseurs historiques ont été frappés par les sanctions européennes adoptées en 2022 et 2023, ce qui a provoqué un choc d’offre majeur sur le marché intérieur de l’UE.

Un basculement accéléré vers d’autres fournisseurs extra-européens

Face à cet effondrement, l’UE a diversifié ses approvisionnements. Ainsi, les importations en provenance d’Ukraine progressent de 80,4 % (de 760 millions à 1,37 milliard d’euros), celles de Norvège de 111,5 % (485 millions à 1,03 milliard), du Brésil de 61,6 % (434 millions à 701 millions) et des États‑Unis de 33,5 % (596 millions à 795 millions). Le partenaire chinois, bien que non mentionné dans le top 7 des importations affiché, voit ses ventes à l’UE croître sensiblement (de 1,63 milliard en 2015 à 2,42 milliards en 2025 selon le détail des séries).

Un choc d’offre que traduit l’indice de concentration

La concentration des importations, mesurée par l’indice Herfindahl-Hirschmann (HHI) en valeur, a augmenté de 851,98 en 2015 à 942,63 en 2025 (+10,6 %), témoignant d’un déplacement des achats vers un nombre plus restreint de gros fournisseurs (Ukraine, Norvège, Chine). Ce phénomène est documenté dans la rubrique Concentration.

Partenaire (importations) Valeur 2015 (Mrd €) Valeur 2025 (Mrd €) Variation
Fédération de Russie 1,497 0,0002 –100,0 %
Norvège 0,485 1,025 +111,5 %
Biélorussie 0,430 0,00001 –100,0 %
Ukraine 0,760 1,372 +80,4 %
États‑Unis 0,596 0,795 +33,5 %
Brésil 0,434 0,701 +61,6 %
Royaume‑Uni 0,427 0,418 –2,1 %

2. Une spirale des prix généralisée, tirée par la rareté et les tensions post‑Covid

Une inflation importée exceptionnelle

Alors que la valeur des importations totales de bois augmente de 17,4 % sur la décennie (de 9,19 à 10,79 milliards d’euros), les quantités importées chutent de 37,8 % (de 36,84 à 22,90 millions de tonnes). Le prix moyen à la tonne s’envole donc de 88,9 %, passant de 249,5 €/t en 2015 à 471,4 €/t en 2025. Ce renchérissement a été particulièrement violent lors du choc post‑pandémie de 2021‑2022, le pic des prix unitaires à l’importation atteignant 507,7 €/t en 2022.

Une forte poussée des prix à l’exportation, notamment vers l’Amérique du Nord et l’Asie

Les exportations de l’UE ont vu leur valeur progresser de 30,6 % (de 15,22 à 19,88 milliards d’euros) alors que les volumes livrés reculaient légèrement (–6,5 %). Le prix moyen à l’exportation a donc grimpé de 39,7 % (de 457,4 à 639,1 €/t). Des chocs de prix majeurs ont été détectés par l’algorithme de la plateforme (voir Volatilité et chocs) :

Une balance commerciale bois confortée mais sous tension

L’excédent commercial de l’UE pour le bois et ouvrages en bois s’est amélioré de 50,8 % sur la période, passant de 6,0 à 9,1 milliards d’euros. Cette évolution favorable résulte de la hausse plus rapide de la valeur des exportations, conjuguée au renchérissement des matières premières et des produits transformés sur les marchés mondiaux.

3. Spécialisation des États membres et recomposition par segments de produits

Les pays baltes et nordiques, fers de lance des exportations

L’analyse de la spécialisation par l’indice RSCA en 2025 révèle une forte concentration régionale. La Lettonie (RSCA 0,86), l’Estonie (0,84), la Croatie (0,66), la Lituanie (0,63) et la Finlande (0,61) sont les économies les plus intensément tournées vers l’exportation de bois. À l’opposé, Malte (RSCA –0,99), Chypre (–0,81) et l’Irlande (–0,74) n’exportent quasiment aucun produit de cette filière, reflétant des structures productives différentes (voir Spécialisation).

De grands importateurs qui restent déterminants

Bien que moins spécialisés en termes relatifs, les plus grands États membres pèsent lourd dans le commerce total. En 2025, l’Allemagne importe pour 1,39 milliard d’euros (en baisse de 20,5 % par rapport à 2015), les Pays‑Bas pour 1,37 milliard (+53,3 %), la France pour 1,11 milliard (+46,3 %) et la Suède importe désormais 964 millions (+69,6 %). Du côté des exportations, l’Allemagne reste le premier fournisseur extra‑UE (3,44 milliards, +36,8 %), suivie par la Suède (2,97 milliards, +32,4 %) et la Lettonie (1,24 milliard, +82,9 %). Ces évolutions sont détaillées dans la section Répartition par déclarant.

Une ventilation par segment qui confirme la montée en gamme

La décomposition des échanges par sous‑position 4‑chiffres (voir Comparaison de produits) montre des mouvements contrastés.

Segment (importations) Volume 2015 (Mt) Volume 2025 (Mt) Variation vol. Valeur 2015 (Md€) Valeur 2025 (Md€) Variation val.
4401 Bois de chauffage 9,99 8,58 –14,1 % 0,76 1,34 +76,6 %
4403 Bois bruts 14,28 5,93 –58,5 % 0,93 0,72 –22,1 %
4407 Bois sciés 6,14 2,32 –62,2 % 2,25 1,72 –23,7 %
4412 Contre-plaqués 1,57 1,52 –3,2 % 1,06 1,23 +16,2 %
4410 Panneaux de bois 1,05 0,72 –31,2 % 0,32 0,32 +0,1 %

Les importations de bois bruts (4403) et de sciages (4407) ont vu leurs volumes fondre à cause de l’arrêt des achats russes et biélorusses, alors que les prix ont fortement augmenté dans tous les segments. À l’exportation, le bois scié (4407) demeure le premier poste (valeur 8,01 milliards d’euros en 2025, +32,7 % par rapport à 2015) devant les ouvrages de menuiserie (4418, 3,14 milliards, +17,7 %) et les panneaux de fibres (4411, 1,56 milliard, –8,4 %). Les bois bruts exportés (4403) voient leur valeur plus que doubler (+104,7 %), signe que l’UE parvient à valoriser sa ressource sur les marchés extérieurs.

Conclusion

Entre 2015 et 2025, les échanges extérieurs de l’Union européenne de bois et d’ouvrages en bois ont connu une profonde transformation. Le sevrage brutal des importations russes et biélorusses, sous l’effet des sanctions, a recomposé les flux au profit de l’Ukraine, de la Norvège et du Brésil. Corollairement, les prix ont grimpé en flèche, sous l’effet combiné de la rareté de l’offre et d’une forte demande post‑Covid, améliorant mécaniquement le solde sectoriel. Les exportations, tirées par les pays baltes et nordiques, ont continué de croître en valeur, portées par une montée en gamme des produits transformés. Ces résultats illustrent la résilience et la capacité d’adaptation de la filière bois européenne, mais aussi sa vulnérabilité à des chocs géopolitiques majeurs.