Évolution du marché : Coton brut (CN 52) — 2015–2025
Introduction
Le coton (code nomenclature combinée 52) désigne l'ensemble des produits de la filière coton, depuis la fibre brute non cardée ni peignée (5201) jusqu'aux tissus finis (5208 à 5212), en passant par les fils (5204 à 5207) et les déchets (5202). Ce code « parapluie » (Vue d'ensemble du marché) couvre une filière stratégique pour l'industrie textile européenne.
Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'Union européenne en produits du coton a connu des mutations profondes. Les volumes échangés avec le reste du monde ont reculé aussi bien en importations (–30,2 % en volume) qu'en exportations (–14,0 %), tandis que les valeurs unitaires progressaient sous l'effet de tensions sur les cours mondiaux. Le déficit commercial, bien que structurel, s'est toutefois significativement réduit (–69,9 %), passant de –834 M€ à –251 M€, signe d'un ajustement plus rapide des importations que des exportations. Ce rapport propose une lecture structurée de ces dynamiques en trois volets.
1. Une contraction structurelle de la filière coton européenne
La période 2015–2025 se caractérise par un net recul des échanges de l'UE en produits du coton, tant en volume qu'en valeur. Ce repli n'est pas conjoncturel : il reflète l'érosion progressive de la base textile et de la production européenne de coton.
Les importations accusent une baisse brutale des volumes
Les importations de coton (CN 52) par l'UE ont chuté de 822 891 t en 2015 à 574 420 t en 2025, soit une contraction de –30,2 %. En valeur, elles sont passées de 3 110 M€ à 2 309 M€ (–25,7 %). Le point bas en volume a été atteint en 2025 (574 420 t) et le maximum sur la période en 2015 (833 613 t), ce qui traduit une tendance baissière continue (Vue d'ensemble).
Les segments les plus touchés en importations sont les suivants :
| Produit | Description | Volume 2015 (t) | Volume 2025 (t) | Évolution |
|---|---|---|---|---|
| 5201 | Coton non-cardé ni peigné | 148 451 | 67 389 | –54,6 % |
| 5205 | Fils de coton ≥ 85 % | 274 655 | 203 142 | –26,1 % |
| 5208 | Tissus de coton ≥ 85 %, ≤ 200 g/m² | 137 047 | 97 926 | –28,5 % |
| 5209 | Tissus de coton ≥ 85 %, > 200 g/m² | 86 363 | 51 732 | –40,1 % |
| 5202 | Déchets de coton | 85 422 | 69 493 | –18,6 % |
(Source : Segmentation par sous-produit)
Le recul le plus spectaculaire concerne le coton brut non cardé ni peigné (5201), dont les importations en volume ont été divisées par plus de deux, témoignant de l'effondrement de la demande en amont de la filière.
Les exportations reflètent la même dynamique de déclin
Les exportations de l'UE vers le reste du monde ont diminué de 405 098 t à 348 474 t (–14,0 %) et de 2 276 M€ à 2 058 M€ (–9,6 %) entre 2015 et 2025. La hausse des prix unitaires moyens (+5,1 %, passant de 5 618 à 5 906 €/t) a partiellement compensé la contraction des volumes.
Les tissus de coton (5208 et 5209) dominent les exportations en valeur et demeurent relativement stables. Les tissus légers ≤ 200 g/m² (5208) ont été exportés à hauteur de 869 M€ en 2025, contre 815 M€ en 2015 (+6,6 % en valeur). À l'inverse, le coton brut non cardé (5201) exporté a varié fortement — passant de 343 M€ en 2015 à un pic de 772 M€ en 2021, avant de retomber à 357 M€ en 2025.
La production intérieure de l'UE s'est effondrée
La production de coton (CN 52) au sein de l'UE a subi un déclin dramatique sur la période :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Quantité produite | 1 834 993 t | 1 137 351 t | –38,0 % |
| Valeur produite | 7 844 M€ | 2 774 M€ | –64,6 % |
(Source : Volumes de production)
La valeur de la production a été divisée par près de trois en dix ans, avec un minimum historique à 2 428 M€. Ce phénomène traduit un déplacement de la chaîne de valeur textile vers des pays à moindre coût de main-d'œuvre, combiné à un repli de l'agriculture cotonnière européenne, concentrée principalement en Grèce et en Espagne.
2. Restructuration des partenaires commerciaux et concentration croissante des approvisionnements
La période observée est marquée par une réorganisation significative des flux commerciaux de l'UE, avec une concentration accrue des sources d'importation et des dynamiques contrastées selon les partenaires.
Les fournisseurs traditionnels ont reculé, certains partenaires émergent
La Turquie demeure le premier fournisseur de l'UE en produits du coton, mais ses parts ont faibli :
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Turquie | 820 | 764 | –6,8 % |
| Pakistan | 552 | 464 | –15,9 % |
| Inde | 413 | 343 | –17,1 % |
| Chine | 427 | 327 | –23,4 % |
| Ouzbékistan | 36 | 53 | +46,8 % |
| Égypte | 151 | 104 | –31,6 % |
| Brésil | 17 | 20 | +16,9 % |
(Source : Partenaires par valeur)
L'Ouzbékistan (+46,8 %) et le Brésil (+16,9 %) sont les seuls partenaires à avoir augmenté sensiblement leurs livraisons à l'UE, ce qui peut s'expliquer par les réformes de l'Ouzbékistan dans le secteur cotonnier et par la montée en puissance de la production brésilienne.
Côté exportations, les dynamiques sont plus erratiques. L'Égypte a presque doublé ses achats auprès de l'UE (+98,4 %, passant de 64 M€ à 127 M€) et le Pakistan a connu une progression spectaculaire (+231,4 %), tandis que la Turquie — premier client à l'export — a réduit ses achats de près de 29 %.
L'indice HHI révèle une concentration croissante des importations
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) mesurant la concentration des partenaires d'importation est passé de 1 459 à 1 957 entre 2015 et 2025, soit une hausse de 34,1 % (Concentration des échanges). En volume, l'indice HHI des importations a encore plus progressé (+47,1 %, passant de 1 622 à 2 387), signe que la réduction des volumes importés a surtout bénéficié aux fournisseurs dominants.
Côté exportations, la concentration est restée beaucoup plus stable (HHI de 572 à 581, soit +1,5 %), ce qui indique une base de clients à l'export relativement diversifiée et stable.
L'Italie, le Portugal et l'Autriche structurent le commerce intra-UE
Au sein de l'UE, l'Italie demeure de loin le premier acteur à la fois en importations (651 M€ en 2025, –26,5 %) et en exportations (508 M€, –19,0 %), reflétant le poids de son industrie textile (Rapporteurs par valeur). Le Portugal a vu ses importations augmenter de 25 % (de 318 M€ à 397 M€), devenant le deuxième importateur devant l'Allemagne, dont les importations ont été divisées par deux (–47,2 %). À l'export, l'Autriche a enregistré une progression remarquable (+106,1 %, de 160 M€ à 330 M€), probablement liée au rôle croissant de hubs logistiques.
Le profil de spécialisation confirme cette hiérarchie : le Portugal affiche le RCA (indice d'avantage comparatif révélé) le plus élevé de l'UE à 4,39, suivi de l'Italie (3,14) et de l'Espagne (1,84) (Spécialisation des États membres). À l'opposé, le Luxembourg (RCA = 0,002), l'Irelande (0,008) et la Slovaquie (0,030) ne présentent aucune spécialisation dans la filière.
3. Persistance de la volatilité des prix et vulnérabilité structurelle de l'approvisionnement
Au-delà des tendances de fond, le marché européen du coton reste exposé à des chocs de prix et à des risques d'approvisionnement qui appellent une vigilance accrue.
Les prix à l'importation ont fortement fluctué, avec un pic en 2022
Les prix unitaires moyens à l'importation ont progressé de 6,4 % entre 2015 et 2025 (de 3 779 à 4 020 €/t), mais cette moyenne masque des fluctuations significatives. Le prix maximum a été atteint à 5 356 €/t avant de refluer, probablement en lien avec la flambée des cours mondiaux du coton en 2022.
Certains segments ont connu des hausses plus marquées :
| Produit | Prix 2015 (€/t) | Prix 2022 (€/t) | Prix 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|
| 5201 – Coton brut | 1 488 | 2 659 | 2 014 |
| 5202 – Déchets de coton | 964 | 1 801 | 1 354 |
| 5205 – Fils ≥ 85 % | 3 319 | 5 525 | 3 516 |
| 5208 – Tissus légers | 6 805 | 8 114 | 6 565 |
(Source : Segmentation par sous-produit)
L'année 2022 apparaît comme un pic de prix généralisé, affectant l'ensemble de la filière, avant un retour progressif vers des niveaux plus modérés en 2024–2025.
Certains partenaires présentent une volatilité préoccupante
Les coefficients de variation (CV) des flux commerciaux permettent d'identifier les sources d'approvisionnement les plus stables et les plus risquées (Volatilité des échanges) :
Importations (partenaires les plus volatils) :
| Partenaire | CV |
|---|---|
| Kazakhstan | 0,577 |
| Ouzbékistan | 0,287 |
| Brésil | 0,234 |
| Égypte | 0,193 |
| Inde | 0,170 |
| Turquie | 0,087 |
La Turquie se distingue comme la source d'approvisionnement la plus stable (CV = 0,087), ce qui renforce sa position de fournisseur de référence. À l'inverse, les partenaires comme le Kazakhstan ou l'Ouzbékistan, malgré leur potentiel de croissance, présentent une volatilité qui peut constituer un risque pour les entreprises européennes.
Exportations (flux les plus volatils) :
| Partenaire | CV |
|---|---|
| Chine | 1,021 |
| Viêt Nam | 0,737 |
| Bangladesh | 0,644 |
| Pakistan | 0,593 |
| Indonésie | 0,452 |
Les exportations vers la Chine sont extrêmement volatiles (CV > 1), ce qui suggère des flux irréguliers, probablement liés à des commandes ponctuelles ou à des réexportations de produits transformés.
Des chocs de prix ponctuels ont affecté certaines relations commerciales
L'analyse des chocs détectés révèle trois événements significatifs sur la période (Chocs d'approvisionnement) :
| Partenaire | Type | Direction | Année | Décalage (%) | Part en valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Suisse | Prix | Export | 2018 | +46,2 % | 6,5 % |
| Tunisie | Prix | Export | 2022 | +32,1 % | 16,9 % |
| Chine | Prix | Export | 2021 | +185,9 % | 5,0 % |
Le choc le plus spectaculaire concerne les exportations vers la Chine en 2021, avec une hausse des prix de +185,9 %, probablement liée à une forte reprise post-Covid de la demande chinoise en fibres et tissus européens. Le choc de prix vers la Tunisie en 2022 (+32,1 %), pour un flux représentant 16,9 % de la valeur des exportations, traduit quant à lui les tensions inflationnistes généralisées de cette période.
La dépendance nette aux importations a évolué mais reste contenue
Le taux de dépendance nette aux importations (net import reliance) est passé de –2,1 % en 2015 à +1,6 % en 2025, signifiant que l'UE est passée d'une position d'exportateur net à une position d'importateur net en valeur (Dépendance aux importations). La valeur maximale de ce taux a atteint +2,1 %, et le minimum –3,0 %.
L'intensité commerciale (trade intensity) a progressé de 9,0 % à 12,3 % (+36,5 %), ce qui indique que le coton est devenu un secteur plus « internationalisé » par rapport à la moyenne des échanges de l'UE, tandis que la propension à l'export est restée relativement stable (de 5,7 % à 5,8 %) (Intensité commerciale | Propension à l'export).
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché européen du coton (CN 52) a connu une triple transformation : une contraction structurelle des volumes échangés et de la production intérieure, une reconfiguration des partenaires commerciaux avec une concentration accrue des approvisionnements, et une volatilité persistante des prix.
La production de coton au sein de l'UE a été particulièrement affectée, avec une chute de 38 % en volume et de 65 % en valeur, reflétant le déclin de la filière textile européenne. Paradoxalement, le déficit commercial s'est réduit (–70 %), non pas grâce à une amélioration de la compétitivité, mais en raison d'un recul plus prononcé des importations que des exportations.
La concentration croissante des fournisseurs (HHI +34 %) constitue un risque stratégique, d'autant que seuls la Turquie et le Maroc offrent une stabilité suffisante dans les flux. Les partenaires émergents comme l'Ouzbékistan et le Brésil présentent un potentiel de diversification mais avec une volatilité élevée.
Enfin, les épisodes de chocs de prix (2021–2022) ont rappelé la sensibilité de la filière aux fluctuations des cours mondiaux du coton, dans un contexte où la dépendance nette de l'UE aux importations s'est confirmée. La trajectoire observée invite à une réflexion sur la résilience de la chaîne d'approvisionnement européenne en coton, à un moment où les enjeux de souveraineté industrielle et de durabilité environnementale redonnent de l'actualité aux filières textiles locales.