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Évolution du marché : Tissus spéciaux et broderies (CN 58) — 2015–2025

Introduction

Le chapitre 58 de la nomenclature combinée regroupe des produits aussi variés que les velours, les dentelles, la rubanerie, les broderies et les articles de passementerie. L’analyse des échanges extra-UE entre 2015 et 2025 met en lumière une trajectoire contrastée : la valeur globale des importations progresse sensiblement, portée par des volumes en forte hausse malgré des prix unitaires en baisse, tandis que les exportations conservent leur valeur grâce à une nette amélioration des prix moyens, compensant un recul des quantités. Il en résulte une érosion marquée de l’excédent commercial, une réorientation géographique des flux et des mutations structurelles qui interrogent la résilience de la filière européenne.

La lente érosion de l’excédent commercial, entre importations massives et montée en gamme des exportations

Les importations extra-UE ont augmenté de 16,8 % en valeur sous l’effet d’une explosion des volumes, alors que le prix moyen à l’importation a chuté de 16,5 %

D’après l’Aperçu général des échanges, les achats de l’UE aux pays tiers sont passés de 771,3 millions EUR en 2015 à 900,7 millions EUR en 2025 (+16,8 %). Dans le même temps, les quantités importées se sont envolées de 71,0 milliers de tonnes à 99,2 milliers de tonnes, soit une hausse de 39,8 %. Le prix moyen des importations s’est donc nettement replié, passant de 10,87 EUR/kg à 9,08 EUR/kg (−16,5 %). Cette dynamique traduit une pression concurrentielle accrue de la part des fournisseurs à bas coûts, en particulier asiatiques.

Les exportations ont conservé leur valeur (+3,1 %) grâce à une revalorisation des prix unitaires (+17,1 %), alors que les volumes exportés ont diminué de 11,9 %

Sur la même période, les exportations extra-UE ont légèrement progressé en valeur, de 929,4 millions EUR à 958,4 millions EUR. Toutefois, les quantités livrées ont reculé de 54,4 milliers de tonnes à 47,9 milliers de tonnes (−11,9 %). La valeur unitaire moyenne des exportations s’est en revanche appréciée de 17,1 %, passant de 17,08 EUR/kg à 20,00 EUR/kg. L’industrie européenne a ainsi compensé l’érosion des volumes par une montée en gamme et une meilleure valorisation de ses produits.

Le solde commercial s’est réduit de 63,6 %, faisant passer le taux de dépendance nette aux importations de −11,5 % à −3,4 %

L’excédent commercial, qui atteignait 158,1 millions EUR en 2015, est tombé à 57,6 millions EUR en 2025. Le Taux de dépendance nette aux importations confirme ce rééquilibrage : il est passé de −11,5 % (position exportatrice nette) à −3,4 %, un mouvement de +70,9 % en variation relative. L’UE reste exportatrice nette, mais sa marge s’amenuise. Parallèlement, l’intensité commerciale (échanges rapportés à la production) a grimpé de 35,4 % à 46,1 % et la propension à exporter de 25,6 % à 31,1 %, signe d’une ouverture croissante du secteur.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (M EUR) 929,4 958,4 +3,1 %
Importations (M EUR) 771,3 900,7 +16,8 %
Solde commercial (M EUR) +158,1 +57,6 −63,6 %
Volume exporté (kt) 54,4 47,9 −11,9 %
Volume importé (kt) 71,0 99,2 +39,8 %
Prix moyen export (EUR/kg) 17,08 20,00 +17,1 %
Prix moyen import (EUR/kg) 10,87 9,08 −16,5 %
Dépendance nette aux importations (%) −11,5 −3,4 +70,9 %*

* Variation relative du ratio.

Recomposition géographique des flux : l’empreinte chinoise et le repli britannique

La Chine consolide sa position de premier fournisseur tandis que les importations en provenance du Royaume‑Uni s’effondrent après le Brexit

L’examen des Principaux partenaires révèle une forte progression des importations chinoises, passées de 305,1 millions EUR à 460,6 millions EUR (+51,0 %). À l’inverse, les achats au Royaume‑Uni ont chuté de 100,5 millions EUR à 62,3 millions EUR (−38,1 %), illustrant l’impact de sa sortie du marché unique. Les importations depuis l’Inde ont également augmenté de 34,2 % (68,6 M EUR → 92,0 M EUR), tandis que la Turquie a légèrement reculé (−4,6 %) tout en restant le deuxième fournisseur.

Les exportations européennes se redéploient vers le pourtour méditerranéen et la Turquie, compensant partiellement la perte du marché britannique

Du côté des exportations, le Royaume‑Uni demeure le premier client mais sa valeur a chuté de 165,5 millions EUR à 109,5 millions EUR (−33,9 %). Cette perte a été partiellement compensée par la forte progression des ventes vers la Tunisie (+49,1 %, à 100,6 M EUR), le Maroc (+14,9 %, à 112,2 M EUR) et la Turquie (+12,8 %, à 62,4 M EUR). Les exportations vers les États‑Unis ont affiché une croissance modeste (+5,8 %) et celles vers la Chine une hausse notable de 30,7 % (32,9 M EUR → 43,1 M EUR). On assiste donc à une relocalisation partielle des flux vers des partenaires de proximité.

La concentration des importations s’intensifie fortement, alors que les destinations d’exportation se diversifient légèrement

L’indice Herfindahl‑Hirschman des importations est passé de 2 105,9 en 2015 à 2 976,4 en 2025 (+41,3 %), traduisant un accroissement de la dépendance vis‑à‑vis d’un nombre restreint de fournisseurs, au premier rang desquels la Chine. La concentration en volume est encore plus marquée (HHI volume import : +79,5 %). En revanche, l’HHI des exportations a diminué de 692,4 à 608,7 (−12,1 %), indiquant un éventail de débouchés légèrement plus large.

Partenaire Importations 2015 (M EUR) Importations 2025 (M EUR) Variation Exportations 2015 (M EUR) Exportations 2025 (M EUR) Variation
Chine 305,1 460,6 +51,0 % 32,9 43,1 +30,7 %
Turquie 116,0 110,7 −4,6 % 55,3 62,4 +12,8 %
Royaume‑Uni 100,5 62,3 −38,1 % 165,5 109,5 −33,9 %
Inde 68,6 92,0 +34,2 %
Tunisie 67,5 100,6 +49,1 %
Maroc 97,6 112,2 +14,9 %
États‑Unis 19,3 23,3 +21,1 % 83,7 88,6 +5,8 %

Spécialisation, production et volatilité : les défis structurels de la filière

L’UE conserve des avantages comparatifs révélés marqués, portés par l’Italie, le Portugal et la Roumanie, tandis que la production domestique se contracte

En 2025, les pays les plus spécialisés dans les produits du chapitre 58 sont le Portugal (RSCA de 0,533), l’Italie (0,473), la Roumanie (0,303), la Croatie (0,260) et la France (0,166). L’Italie réalise à elle seule 22,4 % des exportations extra‑UE du chapitre. Pourtant, cette spécialisation s’inscrit dans un contexte de repli productif : la production en volume de l’UE a chuté de 222,3 millions d’unités en 2003 à 168,0 millions en 2024 (−24,4 %), et la valeur de la production est passée de 4,28 milliards EUR à 3,18 milliards EUR (−25,6 %) sur la même période. Le secteur européen produit moins, mais se concentre sur des niches à plus forte valeur ajoutée, comme le suggère la hausse du prix moyen à l’exportation.

Les chocs de prix à l’exportation (Maroc, États‑Unis) et à l’importation (Turquie) révèlent une sensibilité conjoncturelle et des réajustements rapides

L’analyse de Volatilité et des chocs met en évidence plusieurs événements marquants :

Ces épisodes soulignent la volatilité intrinsèque de marchés où l’effet‑prix peut modifier brutalement les flux, en lien avec les variations de change, les cycles de demande ou les stratégies de sourcing.

La structure par segment confirme la montée en puissance de la rubanerie et des velours, tandis que les dentelles perdent du terrain à l’exportation

L’examen de la segmentation des produits au niveau 4 chiffres montre que :

Le tableau ci‑dessous résume les évolutions des principaux segments.

Code Libellé simplifié Exportations 2015 (M EUR) Exportations 2025 (M EUR) Importations 2015 (M EUR) Importations 2025 (M EUR)
5806 Rubanerie 276,1 367,9 200,1 250,1
5801 Velours et peluches 262,8 239,6 180,5 273,4
5807 Étiquettes, écussons 116,5 110,0 65,1 58,9
5810 Broderies 84,1 92,8 170,1 174,6
5804 Dentelles, tulles 87,0 43,9 82,5 55,5
5808 Passementerie 52,3 51,2 34,8 40,4
5811 Produits matelassés 24,3 31,9 9,0 8,2

Conclusion

Sur la décennie 2015‑2025, le commerce extra‑UE des tissus spéciaux et broderies a connu une transformation profonde. L’UE reste exportatrice nette, mais son avantage s’est considérablement réduit, conséquence directe d’une envolée des volumes importés à bas prix et d’une contraction des volumes exportés. La Chine s’affirme comme le fournisseur incontournable, accentuant la concentration à l’importation, tandis que les exportations se redéploient vers les pays méditerranéens et la Turquie après le décrochage du marché britannique. La spécialisation européenne, toujours réelle, repose sur quelques États membres et sur des segments comme la rubanerie, mais la baisse de la production domestique et la sensibilité aux chocs de prix appellent à une vigilance renforcée. L’augmentation de la propension à exporter et de l’intensité commerciale témoigne d’une intégration mondiale accrue, mais elle expose davantage la filière aux aléas géopolitiques et conjoncturels, dans un environnement où la maîtrise de la valeur unitaire et la différenciation des produits resteront déterminantes.