Introduction
Le présent rapport examine l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 5807 — Étiquettes, écussons et articles similaires en matières textiles, en pièces, en rubans ou découpés, non brodés — sur la période allant de 2015 à 2025. Ce produit, qui englobe les étiquettes tissées (sous-code 580710) et les articles non tissés (sous-code 580790), constitue un maillon essentiel de l'industrie textile et de l'habillement, servant notamment à l'étiquetage réglementaire et au marquage des marques.
Sur la période étudiée, l'UE demeure un exportateur net de ces produits, avec une balance commerciale constamment positive (environ 51 millions d'euros en 2015 comme en 2025). Cependant, cette apparente stabilité masque des transformations profondes : un effondrement des volumes échangés, une hausse spectaculaire des prix unitaires, une redéfinition des partenaires commerciaux et une recomposition de la production européenne. Ce rapport s'attache à décrypter ces dynamiques en trois axes principaux.
Une transformation profonde des volumes échangés, masquée par la résilience des valeurs commerciales
Le constat le plus frappant de la période 2015–2025 est le décalage considérable entre l'évolution des volumes et celle des valeurs commerciales. Si les montants en euros restent relativement stables, les quantités physiques se sont effondrées, traduisant une mutation structurelle du marché.
L'effondrement des volumes : une tendance de fond sur les deux flux
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE en tonnes nettes ont chuté de 4 909 tonnes à 2 660 tonnes, soit une baisse de 45,8 % (aperçu général). Le déclin est encore plus prononcé pour les importations, passées de 2 789 tonnes à 1 490 tonnes (–46,6 %). Cette contraction s'est accélérée à partir de 2019, le point bas des exportations étant atteint en 2022 (2 591 tonnes) et celui des importations en 2023 (1 403 tonnes).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (tonnes) | 4 909 | 2 660 | –45,8 % |
| Importations (tonnes) | 2 789 | 1 490 | –46,6 % |
| Exportations (M€) | 116,5 | 110,0 | –5,6 % |
| Importations (M€) | 65,1 | 58,9 | –9,5 % |
La hausse spectaculaire des prix unitaires comme facteur compensateur
Si les valeurs en euros n'ont reculé que modestement, c'est parce que les prix unitaires ont connu une progression remarquable. Le prix moyen à l'exportation est passé de 23 726 €/t à 41 336 €/t (+74,2 %), tandis que celui des importations a grimpé de 23 348 €/t à 39 513 €/t (+69,2 %). Cette dynamique, qui s'accélère nettement à partir de 2020, reflète plusieurs facteurs : la hausse des coûts des matières premières textiles, l'inflation logistique post-Covid, et probablement une montée en gamme des produits échangés avec la substitution de volumes de base par des produits à plus forte valeur ajoutée.
Des trajectoires segmentaires contrastées entre étiquettes tissées et non tissées
La décomposition par sous-produit révèle des dynamiques distinctes. Les étiquettes tissées (580710), qui représentent environ 85 % de la valeur des exportations, ont vu leur volume exporté passer de 3 324 à 2 141 tonnes (–35,6 %), mais leur valeur progresser de 81,8 M€ à 92,9 M€ (+13,6 %), portée par un prix unitaire multiplié par 1,8. À l'inverse, les articles non tissés (580790) ont subi un déclin beaucoup plus sévère : les exportations en volume se sont effondrées de 1 585 à 519 tonnes (–67,3 %) et leur valeur a chuté de 34,7 M€ à 17,1 M€ (–50,8 %). Ce segment non tissé semble structurellement plus vulnérable à la concurrence internationale.
| Segment | Export vol. 2015 | Export vol. 2025 | Export val. 2015 | Export val. 2025 |
|---|---|---|---|---|
| 580710 (tissé) | 3 324 t | 2 141 t | 81,8 M€ | 92,9 M€ |
| 580790 (non tissé) | 1 585 t | 519 t | 34,7 M€ | 17,1 M€ |
Le Brexit et la montée de l'Asie : une recomposition géographique des flux commerciaux
La période 2015–2025 a été marquée par une reconfiguration significative des partenaires commerciaux de l'UE, tant du côté des importations que des exportations. Trois mouvements structurels se distinguent.
L'effondrement des importations en provenance du Royaume-Uni après le Brexit
Le partenaire qui a connu la transformation la plus brutale est le Royaume-Uni. En 2015, il était le deuxième fournisseur de l'UE avec 15,1 M€ d'importations. En 2025, ce montant n'est plus que de 4,6 M€ (–69,2 %) (partenaires par valeur). Le coefficient de variation des importations britanniques est de 1,05, le plus élevé parmi les principaux partenaires après Taïwan, témoignant d'une forte instabilité. Cette chute coïncide clairement avec la sortie du Royaume-Uni de l'UE et la mise en place de barrières douanières. En parallèle, les exportations vers le Royaume-Uni ont décru plus modérément, de 5,6 M€ à 4,8 M€ (–14,1 %), ce qui suggère que la chaîne d'approvisionnement a été plus affectée dans le sens des importations.
La consolidation de la Chine et l'émergence du Pakistan comme sources d'approvisionnement
La Chine a renforcé sa position de premier fournisseur de l'UE en étiquettes textiles, avec des importations passées de 22,2 M€ à 28,7 M€ (+29,6 %). Sa part dans les importations totales de l'UE a ainsi nettement augmenté, consolidant une dépendance déjà significative. Parallèlement, le Pakistan a émergé comme un fournisseur de premier plan : ses exportations vers l'UE ont bondi de 0,5 M€ à 2,4 M€ (+379,4 %), ce qui en fait l'une des progressions les plus spectaculaires de la période. À l'inverse, Taïwan a vu ses ventes à l'UE s'effondrer de 4,3 M€ à 0,8 M€ (–82,4 %), avec le coefficient de variation le plus élevé (1,39) de tous les partenaires, signalant une érosion structurelle de sa position.
| Partenaire import. | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 22,2 | 28,7 | +29,6 % |
| Royaume-Uni | 15,1 | 4,6 | –69,2 % |
| Turquie | 10,0 | 9,2 | –8,2 % |
| Taïwan | 4,3 | 0,8 | –82,4 % |
| Pakistan | 0,5 | 2,4 | +379,4 % |
| États-Unis | 1,3 | 1,9 | +54,1 % |
Le rééquilibrage des exportations vers le bassin méditerranéen et les Balkans
Du côté des exportations, le Maroc reste le premier client de l'UE mais a vu ses achats diminuer de 34,3 M€ à 20,3 M€ (–40,8 %). En revanche, la Tunisie a fortement accru ses importations européennes, passant de 14,8 M€ à 23,3 M€ (+57,9 %), devenant ainsi un partenaire stratégique de premier plan. L'Albanie a également connu une progression remarquable de 126,5 % (de 1,8 M€ à 4,1 M€), reflétant le développement de l'industrie textile dans les Balkans occidentaux, souvent sous forme de nearshoring. La Turquie et le Royaume-Uni restent des débouchés importants mais en léger recul, tandis que les exportations vers les États-Unis ont diminué de 3,1 M€ à 2,3 M€ (–27,9 %). Enfin, l'Ukraine demeure un client significatif (4,7 M€ en 2025) malgré une baisse de 26,8 %, probablement affectée par le conflit depuis 2022.
Concentration, spécialisation et défis structurels du secteur européen
Au-delà des flux bilatéraux, l'analyse de la structure du marché révèle des tendances préoccupantes en matière de concentration des approvisionnements et de dynamique de la production européenne.
Une concentration croissante des importations et une diversification des exportations
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a progressé de 2 032 à 2 772 (+36,4 %) sur la période, signalant une concentration accrue des sources d'approvisionnement. En volume, la concentration est encore plus marquée (HHI passant de 2 584 à 4 476, soit +73,2 %). Cette évolution reflète la montée en puissance de la Chine et du Pakistan combinée au déclin de fournisseurs diversifiés comme le Royaume-Uni et Taïwan. Du côté des exportations, le mouvement est inversé : l'HHI a baissé de 1 227 à 967 (–21,2 %), indiquant une diversification progressive des débouchés à l'exportation, portée notamment par la montée de la Tunisie et de l'Albanie.
Une production européenne en déclin et une spécialisation géographique marquée
La production européenne de valeur estimée pour ce code a reculé de 344,6 M€ à 280,0 M€ (–18,8 %), avec un creux à 238,1 M€. Cette baisse de la production intérieure coïncide avec l'intensification des échanges : l'intensité commerciale (rapport échanges/production) est passée de 36,0 % à 49,9 % (+38,5 %), et la propension à l'exporter de 28,9 % à 39,4 % (+36,5 %) (vulnérabilité et autonomie).
Au sein de l'UE, la spécialisation est très inégale. Le Portugal se distingue avec un indice de spécialisation RSCA de 0,89 et un RCA de 17,3, ce qui en fait de loin le membre le plus spécialisé dans ce segment (spécialisation par pays). La Bulgarie (RSCA 0,77, RCA 7,7) et l'Italie (RSCA 0,49, RCA 2,9) complètent le trio des spécialistes. C'est l'Italie qui domine en valeur absolue avec 39,4 M€ d'exportations en 2025 (+31,8 % vs 2015), suivie de la France (15,8 M€, –27,0 %), de l'Espagne (17,8 M€, –35,7 %) et de l'Allemagne (13,8 M€, –25,6 %) (exportateurs par pays).
Chocs de prix et vulnérabilités ponctuelles
La période a été marquée par plusieurs chocs identifiés. Le plus significatif est un choc de prix à l'importation en provenance du Royaume-Uni en 2020, avec une anormalité de 17,5 et un bond de prix de +450 %, reflétant vraisemblablement les perturbations liées à la transition post-Brexit et à la pandémie de Covid-19. Un second choc, d'anormalité 11,4, touche les importations turques en 2022 (+36,5 % de prix), coïncidant avec l'envolée de l'inflation en Turquie. Enfin, un choc sur les exportations vers l'Ukraine en 2017 (+51,8 % de prix, anormalité 7,2) illustre la volatilité des flux vers ce marché. Globalement, le Royaume-Uni et Taïwan présentent les coefficients de variation les plus élevés à l'importation (respectivement 1,05 et 1,39), confirmant leur instabilité structurelle sur cette période.
Conclusion
Le marché européen des étiquettes textiles (CN 5807) a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde qui ne se résume pas à une simple fluctuation conjoncturelle. La tendance dominante est celle d'une contraction massive des volumes échangés (de l'ordre de –45 à –47 %), compensée en valeur par une hausse des prix unitaires d'environ 70 %. Ce phénomène, observé tant à l'importation qu'à l'exportation, suggère une montée en gamme des produits échangés et un ajustement aux coûts croissants de la chaîne logistique mondiale.
Sur le plan géographique, le Brexit a reconfiguré en profondeur les flux d'approvisionnement, le Royaume-Uni perdant près de 70 % de ses ventes à l'UE au profit d'une consolidation de la Chine et d'une émergence spectaculaire du Pakistan. À l'exportation, le rééquilibrage vers la Tunisie et les Balkans (Albanie, notamment) traduit une stratégie de nearshoring de l'industrie textile européenne.
Enfin, le secteur européen fait face à un paradoxe : alors que ses exportations se diversifient géographiquement, ses importations se concentrent davantage sur un nombre réduit de fournisseurs, accroissant potentiellement sa vulnérabilité. La production intérieure est en repli (–18,8 %), tandis que la dépendance aux échanges s'intensifie. L'Italie, le Portugal et la Bulgarie demeurent les piliers de la spécialisation européenne dans ce segment, mais la dynamique générale interroge la soutenabilité du modèle productif européen pour les étiquettes textiles non brodées à moyen terme.