Explorer les données en direct

Évolution du marché : Passementerie (CN 5808) — 2015–2025

Introduction

Le code nomenclature combinée 5808 couvre un ensemble de produits textiles décoratifs et fonctionnels comprenant les tresses en pièces (sous-code 580810), ainsi que les articles de passementerie, glands, floches, pompons et ornements textiles similaires en pièces, hors broderie et bonneterie (sous-code 580890). Ce segment, rattaché au chapitre 58 (tissus spéciaux, dentelles, tapisseries et passementeries), est à la croisée du textile technique et de l'habillement, avec des débouchés dans l'ameublement, la mode et l'automobile.

Sur la période 2015–2025, l'Union européenne demeure exportatrice nette de produits 5808, mais cet avantage se réduit sensiblement. Alors que les exportations en valeur restent proches de leur niveau initial (~51,2 M€ en 2025 contre ~52,3 M€ en 2015), les importations progressent de 16 % pour atteindre ~40,4 M€. Le solde commercial passe ainsi d'un excédent de ~17,4 M€ à ~10,8 M€ (–38,3 %). Derrière ces agrégats globaux se cachent des dynamiques segmentaires et géographiques profondes que ce rapport s'attache à décrypter.

Les données proviennent du tableau de bord Trade Dashboard.


1. Un excédent commercial qui se résorbe sous l'effet de volumes divergents

1.1 Les importations en forte progression volumétrique

Sur la période 2015–2025, les importations extra-UE de produits 5808 ont connu une croissance remarquable en volume, passant de 2 029 tonnes à 3 401 tonnes, soit une hausse de 67,6 %. Cette progression s'est accélérée à partir de 2020, année marquée par la pandémie de COVID-19, avec un pic à 3 744 tonnes en 2024 avant un léger recul.

En parallèle, les exportations ont suivi la trajectoire inverse : de 1 799 tonnes en 2015, elles sont tombées à 1 343 tonnes en 2025, soit une baisse de 25,3 %. Ce déclin est continu depuis 2018 (1 932 tonnes), suggérant une perte structurelle de compétitivité à l'export sur le segment volumique.

Indicateur 2015 2019 2020 2022 2024 2025 Variation 2015–2025
Importations (tonnes) 2 029 2 575 3 008 3 364 3 744 3 401 +67,6 %
Exportations (tonnes) 1 799 1 894 1 617 1 471 1 251 1 343 –25,3 %
Solde (tonnes) +170 –681 –1 391 –1 893 –2 493 –2 058

Source : Aperçu général — Commerce du CN 5808

1.2 Une évolution des prix qui modifie les rapports de valeur

L'évolution des prix unitaires révèle une divergence fondamentale entre les flux entrants et sortants. Le prix moyen à l'export est passé de 29 050 €/t à 38 088 €/t (+31,1 %), tandis que le prix moyen à l'import a baissé de 17 157 €/t à 11 879 €/t (–30,8 %).

Cette divergence permet de comprendre pourquoi, malgré l'effondrement des volumes exportés, la valeur des exportations n'a reculé que de 2,1 % (de ~52,3 M€ à ~51,2 M€). L'UE exporte moins de tonnes, mais à un prix unitaire nettement plus élevé, ce qui suggère un positionnement progressif sur des produits à plus forte valeur ajoutée. À l'inverse, les importations en valeur n'ont augmenté que de 16 % (+5,6 M€) alors que les volumes ont bondi de 67,6 %, signe que l'essentiel de la croissance des importations provient de sources à bas prix.

1.3 Un solde commercial qui tend vers l'équilibre

Le solde commercial, demeuré positif sur toute la période, s'est réduit de manière significative :

Année Exportations (M€) Importations (M€) Solde (M€)
2015 52,3 34,8 +17,4
2018 50,0 36,3 +13,7
2020 40,2 34,2 +6,1
2022 50,2 45,4 +4,9
2024 48,2 45,3 +2,9
2025 51,2 40,4 +10,8

Source : Aperçu général — Commerce du CN 5808

Le creux de 2020–2024 correspond à la conjonction de la crise sanitaire (baisse des exportations), de la hausse des coûts énergétiques européens (2022–2023) et de la montée en puissance des importations asiatiques. Le rebond de 2025, avec un retour du solde à +10,8 M€, semble lié à un tassement des volumes importés (3 401 t vs 3 744 t en 2024) et à la poursuite de la hausse des prix à l'export.

Le taux de dépendance nette aux importations confirme cette tendance : passant de –17,6 % en 2015 à –2,6 % en 2025, l'UE est passée d'un statut d'exportateur net affirmé à celui d'exportateur net marginal.


2. Deux sous-produits, deux trajectoires : résilience des tresses et recul des articles de passementerie

2.1 L'effondrement des exportations d'articles de passementerie (580890)

La décomposition par sous-produit met en lumière une disparité frappante. Le sous-code 580890 (articles de passementerie et ornements textiles) a vu ses exportations s'effondrer en volume, passant de 1 027 tonnes en 2015 à 478 tonnes en 2025, soit une chute de 53,5 %. En valeur, le recul est de 40,2 % (de 28,2 M€ à 16,8 M€). Ce déclin, entamé dès 2017 et accéléré à partir de 2020, est le principal facteur du recul global des exportations.

Paradoxalement, le prix unitaire à l'export de ce segment a augmenté de 28,2 % (de 27 471 €/t à 35 203 €/t), ce qui indique que les exportateurs européens se concentrent sur des niches de valeur supérieure tout en cédant les volumes aux concurrents internationaux.

2.2 La croissance des importations de passementerie (580890) à bas prix

En miroir, les importations de produits 580890 ont bondi de 1 387 tonnes à 2 469 tonnes en volume (+78,0 %). Plus remarquable encore, leur valeur est restée quasiment stable (–3,2 %), passant de 24,6 M€ à 23,8 M€, car le prix unitaire a été divisé par presque deux : de 17 736 €/t à 9 647 €/t (–45,6 %).

Indicateur — 580890 2015 2025 Variation
Export volume (t) 1 027 478 –53,5 %
Export valeur (M€) 28,2 16,8 –40,2 %
Export prix (€/t) 27 471 35 203 +28,2 %
Import volume (t) 1 387 2 469 +78,0 %
Import valeur (M€) 24,6 23,8 –3,2 %
Import prix (€/t) 17 736 9 647 –45,6 %

Source : Ventilation par sous-produit

Ce double mouvement — effondrement des prix à l'import et concentration sur les segments haut de gamme à l'export — traduit une pression concurrentielle intense exercée principalement par les producteurs asiatiques sur les volumes standards de passementerie.

2.3 La relative résilience des tresses (580810)

Le segment des tresses en pièces (580810) présente un profil beaucoup plus stable. À l'export, les volumes sont passés de 772 tonnes à 866 tonnes (+12,2 %), et la valeur a progressé de 42,8 %, passant de 24,0 M€ à 34,3 M€. Le prix unitaire a augmenté de 27,4 %, atteignant 39 660 €/t en 2025 — le niveau le plus élevé de la période observée.

Côté importations, les volumes de tresses ont crû plus modérément (+45,2 %, de 642 à 932 tonnes), et la valeur a suivi (+62,2 %), avec une hausse des prix de 11,8 % (de 15 900 €/t à 17 780 €/t). Contrairement au segment 580890, les prix à l'import des tresses restent stables, ce qui suggère une moindre pression concurrentielle et/ou des exigences de qualité plus élevées sur ce segment.

Indicateur — 580810 2015 2025 Variation
Export volume (t) 772 866 +12,2 %
Export valeur (M€) 24,0 34,3 +42,8 %
Export prix (€/t) 31 141 39 660 +27,4 %
Import volume (t) 642 932 +45,2 %
Import valeur (M€) 10,2 16,6 +62,2 %
Import prix (€/t) 15 900 17 780 +11,8 %

Source : Ventilation par sous-produit

La résilience des tresses s'explique probablement par des barrières techniques plus fortes (qualité, normes spécifiques, applications industrielles) et une spécialisation accrue de certains producteurs européens, notamment français et italiens.

2.4 Un secteur de production européen en repli

La valeur de la production de l'UE en produits 5808 a reculé de 16,9 %, passant de 312 M€ à 259 M€, avec un creux à 214 M€ au cours de la période. Ce déclin de la production domestique accompagne la montée des importations et la chute des exportations volumiques, dessinant un schéma classique de désindustrialisation partielle sur les segments les plus concurrentiels. Parallèlement, la propension à exporter a reculé de 25,0 % à 18,3 % (–26,9 %), signifiant que l'UE exporte une part décroissante de sa production.


3. Recomposition géographique, spécialisations nationales et chocs identifiés

3.1 La Chine, partenaire dominant mais concentration en baisse

La concentration des importations, mesurée par l'indice HHI, a diminué de 3 210 à 2 495 (–22,3 %), indiquant une diversification progressive des sources d'approvisionnement. La Chine demeure cependant de loin le premier fournisseur, avec une part quasi stable en valeur (~18,9 M€ en 2015 comme en 2025). Mais sa part relative a nécessairement baissé à mesure que les importations totales augmentaient.

Les fournisseurs émergents les plus dynamiques sont :

Partenaire Import 2015 (M€) Import 2025 (M€) Variation
Chine 19,0 18,9 –0,3 %
États-Unis 2,0 3,6 +82,9 %
Turquie 1,7 2,5 +46,8 %
Tunisie 2,5 2,7 +7,6 %
Royaume-Uni 2,3 2,1 –8,3 %
Inde 1,7 1,5 –14,2 %
Suisse 1,7 1,7 –0,2 %

Source : Partenaires principaux — Importations

La forte progression des importations en provenance des États-Unis (+82,9 %) et de Turquie (+46,8 %) pourrait refléter des reconfigurations des chaînes d'approvisionnement post-COVID et des avantages liés aux accords commerciaux bilatéraux.

3.2 Des marchés d'exportation en recomposition

Les principaux partenaires à l'export ont connu des évolutions contrastées :

Partenaire Export 2015 (M€) Export 2025 (M€) Variation
Tunisie 3,3 4,4 +32,7 %
Suisse 2,6 3,6 +37,9 %
Maroc 5,1 3,9 –24,2 %
États-Unis 8,7 3,6 –58,8 %
Royaume-Uni 4,0 2,5 –37,6 %
Turquie 2,2 1,9 –16,9 %
Norvège 1,9 1,3 –28,8 %

Source : Partenaires principaux — Exportations

Deux tendances se dégagent. D'une part, le recul marqué des exportations vers les États-Unis (–58,8 %) et le Royaume-Uni (–37,6 %) : le premier pourrait être lié à la concurrence asiatique sur le marché américain, le second aux effets du Brexit sur les flux textiles. D'autre part, la progression vers la Tunisie (+32,7 %) et la Suisse (+37,9 %) : les flux vers la Tunisie s'inscrivent dans une logique de délocalisation de proximité (façonnage et réimportation), tandis que la Suisse représente un marché de niche exigeant, cohérent avec la montée en gamme observée.

3.3 L'Allemagne supplantant la France au sein de l'UE

La répartition des États membres exportateurs s'est profondément restructurée :

État membre Export 2015 (M€) Export 2025 (M€) Variation
Allemagne 14,2 22,8 +60,4 %
France 23,6 11,7 –50,3 %
Italie 4,8 4,7 –2,9 %
Espagne 2,2 1,6 –28,8 %
Pologne 0,7 1,3 +73,1 %
Autriche 0,8 0,7 –17,7 %
Roumanie 0,6 0,3 –45,3 %

Source : États membres — Exportations

Le renversement le plus spectaculaire est celui de la France et de l'Allemagne. La France, premier exportateur UE en 2015 avec 23,6 M€, a vu ses ventes extracommunautaires divisées par deux (–50,3 %), tandis que l'Allemagne a progressé de 60,4 % pour devenir le premier exportateur avec 22,8 M€. L'Italie, autre pays historiquement spécialisé dans le textile, conserve une position stable. La Pologne (+73,1 %) émerge comme un acteur de plus en plus significatif.

3.4 Une spécialisation concentrée dans les pays méditerranéens et la France

Les indicateurs de spécialisation pour l'année 2025 révèlent que la France reste le pays le plus spécialisé en passementerie au sein de l'UE (RSCA de 0,565), suivie du Portugal (0,481), de la Croatie (0,300), de la Roumanie (0,286) et de l'Italie (0,175). À l'inverse, l'Irelande, Chypre, le Luxembourg, la Lettonie et la Bulgarie présentent des indices de spécialisation négatifs, indiquant une absence quasi totale de compétitivité sur ce segment.

La persistance d'un avantage comparatif français, malgré l'effondrement des volumes exportés, confirme le positionnement sur des créneaux de haute valeur (passementerie de luxe, applications automobiles haut de gamme).

3.5 Chocs de prix identifiés et volatilité des échanges

L'analyse des chocs sur la période met en évidence trois événements significatifs :

Événement Partenaire Flux Année Hausse de prix Anomalie
Choc de prix Turquie Export 2023 +101,8 % 37,7
Choc de prix Suisse Export 2022 +26,1 % 8,0
Choc de prix Royaume-Uni Export 2022 +37,4 % 5,5

Source : Volatilité et chocs — Supply shocks

Le choc turc de 2023, avec un doublement des prix à l'export (+101,8 %), est le plus marquant et pourrait refléter l'inflation élevée en Turquie et la dépréciation de la livre turque, affectant les coûts de production. Les chocs suisse et britannique de 2022 sont probablement liés aux perturbations post-Brexit et à la hausse des coûts énergétiques européens.

La volatilité des flux, mesurée par le coefficient de variation, est la plus élevée pour les importations en provenance du Maroc (CV = 1,57) et de Macédoine du Nord (CV = 1,16), tandis que les flux chinois, tant à l'import (CV = 0,14) qu'à l'export (CV = 0,46), sont relativement stables. À l'export, les flux vers la Tunisie (CV = 0,10) et la Suisse (CV = 0,17) figurent parmi les plus réguliers.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen de la passementerie (CN 5808) a traversé une transformation structurelle profonde. L'excédent commercial, bien que maintenu, s'est réduit de 38,3 %, porté par deux forces opposées : un recul des volumes exportés compensé partiellement par une montée en gamme des prix, et une forte progression des importations à bas coût.

La dissection par sous-produit révèle que le segment des articles de passementerie (580890) est le principal vecteur de cette mutation : ses exportations ont été quasiment divisées par deux en volume, tandis que ses importations ont bondi de 78 % avec des prix en chute de 46 %. Le segment des tresses (580810) fait figure de contre-exemple, avec une croissance tant des volumes que de la valeur, tant à l'import qu'à l'export, ce qui témoigne de barrières à l'entrée plus élevées et d'une spécialisation européenne maintenue.

Géographiquement, la restructuration est tout aussi notable : l'Allemagne a supplanté la France comme premier exportateur de l'UE, la Chine conserve sa position dominante à l'import mais dans un contexte de diversification des sources, et les flux vers le Royaume-Uni et les États-Unis se sont significativement contractés.

L'indicateur de dépendance nette aux importations (passant de –17,6 % à –2,6 %) et la baisse de la propension à exporter (–26,9 %) soulignent que l'UE se rapproche d'un point d'inflexion où le statut d'exportatrice nette pourrait remis en question si les tendances observées se poursuivent. Les segments à forte valeur ajoutée — les tresses en particulier — restent le rempart européen face à la concurrence internationale, mais leur poids relatif diminue au sein d'un marché de plus en plus tourné vers l'importation de volumes standards à prix compétitif.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.