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Évolution du marché : Tulles et dentelles (CN 5804) — 2015–2025

Introduction

Le code CN 5804 regroupe les tulles, les tulles-bobinots, les tissus à mailles nouées ainsi que les dentelles en pièces, en bandes ou en motifs (à l'exclusion des produits des positions 6002 à 6006). Il s'agit d'une famille de produits textiles techniques et décoratifs à forte valeur ajoutée, historiquement ancrée dans les traditions manufacturières européennes — en particulier française, italienne et belge.

Sur la période 2015–2025, les échanges de l'Union européenne avec le reste du monde pour ce produit ont connu des mutations profondes. Ce rapport s'appuie sur les données commerciales annuelles disponibles pour analyser trois dynamiques majeures : la contraction structurelle des volumes échangés, la recomposition géographique des flux et des partenaires, et l'érosion de la base productive européenne au profit d'une dépendance accrue aux importations.


1. Un marché en contraction profonde : volumes en repli, valeurs en baisse, équilibre rompu

1.1 Une chute prononcée des exportations européennes

Entre 2015 et 2025, les exportations de tulles et dentelles de l'UE vers les pays tiers ont connu un déclin marqué, tant en valeur qu'en volume. La valeur des exportations est passée de 86,99 millions d'euros en 2015 à 43,94 millions d'euros en 2025, soit une baisse de 49,5 %. En quantité, le recul est encore plus prononcé : de 1 910 tonnes à 780 tonnes (−59,1 %). L'UE exporte donc considérablement moins de tulles et dentelles qu'il y a dix ans.

Indicateur 2015 2020 (creux) 2025 Variation 2015–2025
Valeur export (M€) 86,99 41,24 43,94 −49,5 %
Volume export (t) 1 910 780 −59,1 %
Prix moyen export (€/t) 45 545 35 011 56 249 +23,5 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

Il est notable que le prix moyen à l'exportation a progressé de 23,5 %, passant de 45 545 €/t à 56 249 €/t. Ce mouvement ne reflète pas tant une amélioration de la compétitivité prix qu'une montée en gamme partielle : les volumes les moins concurrentiels se sont retirés du marché, tandis que les productions à plus forte valeur ajoutée (dentelles mécaniques de fibres synthétiques, sous-position 580421) ont conservé un prix unitaire nettement supérieur.

1.2 Des importations en repli, mais de manière moins prononcée

Du côté des importations, la contraction est également nette, quoique plus modérée. La valeur importée est passée de 82,52 millions d'euros à 55,45 millions d'euros (−32,8 %), et le volume de 5 705 tonnes à 3 804 tonnes (−33,3 %). Contrairement aux exportations, le prix moyen à l'importation est resté quasiment stable (+0,8 %), autour de 14 500 €/t. Ce différentiel de prix entre importations (~14 500 €/t) et exportations (~56 000 €/t) est révélateur d'une structure de marché segmentée : l'UE importe principalement des tulles et dentelles à bas prix (notamment de Chine et de Turquie), tout en exportant des produits à plus forte valeur ajoutée.

1.3 Un renversement de la balance commerciale

La dynamique la plus frappante réside dans le basculement de la balance commerciale. En 2015, l'UE affichait un excédent de 4,5 millions d'euros. En 2025, elle affiche un déficit de 11,5 millions d'euros. Ce renversement de −357,5 % signifie que l'UE est passée du statut de exportateur net à celui d'importateur net pour ce segment. Ce basculement s'est opéré progressivement : les exportations se sont contractées plus vite que les importations.

Année Solde commercial (M€)
2015 +4,47
2025 −11,51

Source : Vue d'ensemble du commerce

Ce déficit croissant est le symptôme d'une désindustrialisation progressive de la filière dentelle au sein de l'UE, combinée à une demande intérieure qui reste soutenue par le secteur de la mode et de l'ameublement.


2. Une recomposition géographique des flux : concentration accrue et partenaire dominant

2.1 La Chine, pivot structurel des importations — mais en recul

La Chine demeure de loin le premier fournisseur de l'UE en tulles et dentelles. En 2015, les importations en provenance de Chine s'élevaient à 40,09 millions d'euros ; en 2025, elles ont reculé à 24,49 millions d'euros (−38,9 %). La Chine concentrait environ 48 % de la valeur importée en 2015 et reste le partenaire dominant. Toutefois, ce recul reflète une combinaison de facteurs : hausse des coûts de production chinois, relocalisation partielle vers d'autres pays asiatiques, et effets des tensions commerciales internationales.

Partenaire Import 2015 (M€) Import 2025 (M€) Variation
Chine 40,09 24,49 −38,9 %
Turquie 13,96 12,87 −7,8 %
Royaume-Uni 7,15 2,06 −71,1 %
Thaïlande 4,37 1,88 −56,9 %
Inde 1,71 1,93 +12,7 %

Source : Partenaires commerciaux

La Turquie affiche une remarquable stabilité relative (−7,8 %), consolidant sa position de second fournisseur avec près de 12,87 millions d'euros. À l'inverse, plusieurs partenaires historiques ont connu un effondrement spectaculaire : la Corée du Sud (−94,3 %), Taïwan (−89,9 %) et le Royaume-Uni (−71,1 %). La chute des importations britanniques est vraisemblablement liée au Brexit et à la mise en place de barrières douanières et réglementaires entre l'UE et le Royaume-Uni à partir de 2021.

L'Inde est le seul partenaire parmi les principaux à afficher une progression (+12,7 %), ce qui peut s'expliquer par le développement de capacités de production textiles dans le sous-continent et des accords commerciaux favorables.

2.2 Des exportations européennes concentrées vers le bassin méditerranéen et l'Asie du Sud

Les exportations européennes de tulles et dentelles sont orientées vers des pays qui utilisent ces intrants dans leurs propres chaînes de production textile — principalement pour la confection sous-traitée de vêtements de marque.

Partenaire Export 2015 (M€) Export 2025 (M€) Variation
Maroc 8,21 10,86 +32,3 %
Sri Lanka 8,26 5,71 −30,8 %
Tunisie 9,40 6,11 −35,0 %
Serbie 5,75 1,64 −71,5 %
Ukraine 2,04 0,74 −63,5 %

Source : Partenaires commerciaux

Le Maroc est devenu le premier débouché des exportations européennes (10,86 M€), dépassant le Sri Lanka et la Tunisie. Sa progression de +32,3 % est remarquable dans un contexte général de déclin. Ce dynamisme s'inscrit dans le cadre de la chaîne de valeur textile euro-méditerranéenne : les tulles et dentelles européennes sont exportées vers le Maroc pour y être transformées en vêtements finis, puis réimportées dans l'UE. Le Maroc bénéficie d'un accès préférentiel au marché européen et d'un coût de main-d'œuvre compétitif.

Le Sri Lanka et la Tunisie restent des partenaires importants mais en repli, tandis que la Serbie (−71,5 %) et l'Ukraine (−63,5 %) ont vu leurs achats fondre, pour des raisons liées à la fois à la réorganisation des chaînes d'approvisionnement et, dans le cas de l'Ukraine, au conflit armé.

2.3 Une concentration croissante des exportations

L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) des exportations a presque doublé, passant de 593 à 1 124 (+89,6 %). Ce mouvement signifie que les exportations européennes de tulles et dentelles se concentrent de plus en plus sur un nombre restreint de destinations. En 2015, les flux étaient répartis de manière relativement équilibrée entre plusieurs partenaires ; en 2025, le Maroc, le Sri Lanka et la Tunisie absorbent une part croissante du total. Cette concentration accrue présente un risque de vulnérabilité : toute perturbation dans ces quelques marchés d'accueil pourrait affecter significativement les exportateurs européens.

Du côté des importations, l'HHI est resté relativement stable (2 828 → 2 726, −3,6 %), la Chine continuant de dominer sans que sa part ne se soit effondrée.

Source : Indice de concentration HHI


3. Érosion de la production européenne et montée de la dépendance extérieure

3.1 Un effondrement de la production intra-européenne

Les données de production PRODCOM révèlent une contraction dramatique de la production européenne de tulles et dentelles. La valeur de production est passée de 404,5 millions d'euros à 150,4 millions d'euros entre 2015 et 2025, soit un recul de 62,8 %. Le creux de cette période se situe à 127,0 millions d'euros.

Indicateur 2015 Creux 2025 Variation
Valeur de production (M€) 404,5 127,0 150,4 −62,8 %

Source : Volumes de production

Ce déclin de la production est le facteur structurel fondamental qui sous-tend toutes les autres dynamiques observées : il explique la contraction des exportations, le renversement de la balance commerciale, et la montée de la dépendance aux importations. La filière dentelle, qui nécessite des équipements spécialisés et un savoir-faire technique, subit les effets cumulés de la concurrence internationale à bas coût, du vieillissement de la main-d'œuvre qualifiée et des délocalisations.

2.2 L'Italie et la France : des pôles de spécialisation résiduels mais fragiles

Malgré le déclin global, l'analyse de la spécialisation révèle que certains États membres conservent un avantage comparatif significatif. En 2025 :

Pays RCA (RSCA) Part dans la production UE Part dans le commerce UE
Italie 6,04 (0,716) 48,4 % 8,0 %
France 3,68 (0,573) 28,8 % 7,8 %
Grèce 3,32 (0,537) 2,2 % 0,7 %

Source : Indice de spécialisation

L'Italie et la France concentrent ensemble près de 77 % de la production européenne de tulles et dentelles, avec des indices RCA supérieurs à 3 — ce qui témoigne d'une spécialisation encore forte. La France, berceau historique de la dentelle (Calais, Alençon), et l'Italie (notamment la région de Cantù) conservent un savoir-faire reconnu mondialement. Toutefois, la chute de la production de 62,8 % suggère que même ces pôles de compétence résistent difficilement à la pression concurrentielle internationale.

À l'inverse, la majorité des États membres ne présentent aucune spécialisation dans ce segment (RCA proche de zéro), ce qui confirme que la production de tulles et dentelles est une activité très concentrée géographiquement au sein de l'UE.

3.3 Du statut d'exportateur net à celui d'importateur net : une vulnérabilité croissante

L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme le basculement observé. En 2015, il s'établissait à −10,1 % (l'UE était exportateur net) ; en 2025, il atteint +3,8 % (l'UE est devenue importateur net). L'intensité commerciale (rapport échanges/production) a quant à elle bondi de 29,5 % à 50,8 % (+72 %), ce qui indique que le marché européen est de plus en plus dépendant des flux internationaux.

Indicateur 2015 2025 Variation
Dépendance nette aux importations −10,1 % +3,8 % Basculement
Intensité commerciale 29,5 % 50,8 % +72,0 %
Propension à exporter 21,1 % 32,8 % +55,0 %

Source : Intensité commerciale et Propension à exporter

La hausse de la propension à exporter (+55 %) peut sembler paradoxale dans un contexte de déclin des volumes absolus. Elle s'explique par le fait que, bien que les exportations aient baissé en valeur absolue, elles représentent une part croissante d'une production européenne en contraction rapide. Autrement dit, les entreprises européennes qui exportent encore le font dans un contexte de base productive rétrécie, ce qui accroît mécaniquement le ratio export/production.

3.4 Quelques segments résilients au sein du déclin général

L'analyse par sous-position confirme que le déclin n'est pas uniforme :

Importations par segment :

Sous-position Description Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
580421 Dentelles mécaniques, fibres synthétiques 41,74 21,65 −48,1 %
580410 Tulles et tissus à mailles nouées 22,07 24,07 +9,1 %
580429 Autres dentelles mécaniques 18,31 9,06 −50,5 %
580430 Dentelles à la main 0,39 0,67 +71,3 %

Exportations par segment :

Sous-position Description Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
580421 Dentelles mécaniques, fibres synthétiques 55,40 23,82 −57,0 %
580429 Autres dentelles mécaniques 19,37 6,15 −68,3 %
580410 Tulles et tissus à mailles nouées 12,01 13,65 +13,7 %
580430 Dentelles à la main 0,20 0,33 +63,6 %

Source : Ventilation par produit

Deux segments se distinguent par leur relative résilience :

  • Les tulles et tissus à mailles nouées (580410) ont progressé à la fois à l'importation (+9,1 %) et à l'exportation (+13,7 %), suggérant une demande stable voire croissante pour ces produits techniques utilisés dans la confection industrielle.
  • Les dentelles à la main (580430), bien que de volume marginal, ont connu des hausses significatives en valeur (+71,3 % à l'import, +63,6 % à l'export), ce qui peut refléter un regain d'intérêt pour l'artisanat textile de luxe — un segment de niche où l'expertise européenne reste valorisée.

En revanche, les deux sous-positions de dentelles mécaniques (580421 et 580429) ont subi des baisses sévères, tant en importation qu'en exportation. Le segment 580429 (autres dentelles mécaniques) a été le plus durement touché (−68,3 % à l'export, −50,5 % à l'import), ce qui pourrait indiquer un remplacement progressif par des produits synthétiques moins coûteux.


Conclusion

La période 2015–2025 a été marquée par un déclin structurel profond du marché européen des tulles et dentelles (CN 5804). Les volumes échangés ont reculé de manière significative, la production intra-européenne s'est effondrée de 62,8 %, et l'UE est passée du statut d'exportateur net à celui d'importateur net. Ce mouvement traduit une désindustrialisation progressive de cette filière textile historique, sous l'effet conjugué de la concurrence internationale à bas coût (principalement chinoise et turque) et de la difficulté à maintenir un appareil productif spécialisé dans un contexte de coûts de main-d'œuvre élevés.

Cependant, le tableau n'est pas uniformément sombre. L'Italie et la France conservent des avantages comparatifs forts et concentrent encore 77 % de la production européenne. Les segments de niche — tulles techniques et dentelles à la main — affichent des signes de résilience. Le prix moyen des exportations européennes a progressé de 23,5 %, témoignant d'un positionnement vers le haut de gamme. Enfin, le Maroc s'est imposé comme le principal débouché des exportations, reflétant le dynamisme de la chaîne de valeur euro-méditerranéenne.

L'enjeu pour les politiques industrielles européennes réside dans la capacité à préserver les savoir-faire résiduels, à soutenir l'innovation dans les segments à haute valeur ajoutée, et à diversifier à la fois les sources d'approvisionnement (pour réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine) et les marchés de destination (pour réduire la concentration des exportations).

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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