Explorer les données en direct →

Évolution du marché : Filaments synthétiques (CN 54) — 2015–2025

Introduction

Le chapitre 54 de la nomenclature combinée couvre les filaments synthétiques et artificiels, les lames et formes similaires en matières textiles. Ce rapport examine l’évolution des échanges extérieurs de l’Union européenne (UE) pour ce produit entre 2015 et 2025, à partir des données de la plateforme Aperçu général du commerce. Sur cette période, le commerce européen de filaments synthétiques a connu une mutation profonde : l’UE est passée d’un quasi‑équilibre commercial à un déficit structurel, la géographie de ses fournisseurs et de ses clients s’est recomposée, et des chocs de prix ont accentué la vulnérabilité de la filière.

Un déficit commercial qui s’installe durablement

Le recul des exportations en volume creuse le solde commercial

Les exportations extra‑UE de filaments synthétiques ont chuté nettement, tandis que les importations sont restées pratiquement stables. En valeur, les exportations passent de 2,67 milliards d’euros en 2015 à 2,45 milliards d’euros en 2025, soit une baisse de 8,3 %. La contraction en volume est encore plus marquée : de 367 203 tonnes à 243 610 tonnes (–33,7 %). Dans le même temps, la valeur des importations reste quasi inchangée (+0,2 %, de 3,77 à 3,78 milliards d’euros), alors que le volume importé croît légèrement (+1,9 %).

Cette divergence entre les deux courants d’échange conduit à une aggravation sensible du solde commercial. Le déficit commercial passe de –1,10 milliard d’euros en 2015 à –1,33 milliard d’euros en 2025, soit une détérioration de 20,8 %.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (milliards €) 2,67 2,45 –8,3 %
Importations (milliards €) 3,77 3,78 +0,2 %
Solde commercial (milliards €) –1,10 –1,33 –20,8 %
Volume exporté (tonnes) 367 203 243 610 –33,7 %
Volume importé (tonnes) 983 922 1 002 241 +1,9 %

Source : Aperçu général du commerce.

La dépendance extérieure de l’UE passe de quasi nulle à 20 %

L’indicateur de dépendance nette aux importations (Net import reliance), qui mesure la part de la consommation intérieure satisfaite par les importations nettes, a basculé. Alors qu’il était pratiquement nul en 2003 (–0,37 %), il atteint 19,6 % en 2024, dernière année disponible. L’intensité commerciale progresse également, de 27,4 % à 65,7 %, et la propension à exporter bondit de 16,0 % à 42,7 %. Ces chiffres traduisent une intégration croissante de l’UE dans les chaînes de valeur mondiales pour ces produits, mais aussi une dépendance accrue envers l’offre extérieure.

Une production européenne qui progresse en valeur mais ne couvre plus les besoins

La production européenne de filaments synthétiques a connu une forte hausse en valeur (+102,9 % entre 2003 et 2024, pour atteindre 6,07 milliards d’euros), soutenue par une augmentation des prix unitaires (le prix moyen de la production passe de 2,94 €/kg à 4,03 €/kg). Toutefois, la croissance en volume est moins rapide (+48,0 % en quantité) et ne suffit pas à répondre à la demande intérieure, comme en témoigne l’envolée de la dépendance nette. Les données de production sont détaillées dans la section Volumes de production.

Une reconfiguration des partenaires au profit de la proximité et de l’Asie émergente

Le Vietnam s’impose comme un fournisseur de premier plan, aux côtés de la Chine

La Chine reste le premier fournisseur de l’UE en valeur, avec 1,39 milliard d’euros d’importations en 2025 contre 1,23 milliard en 2015 (+13,3 %). Cependant, la part chinoise a culminé à 2,16 milliards en 2022 avant de refluer. La véritable disruption vient du Vietnam, dont les importations explosent de 13,1 millions d’euros à 155,3 millions d’euros (+1 083 %), grâce à une montée en gamme dans les fils texturés et les tissus synthétiques. L’Inde (+22,7 %) et la Turquie (quasiment stable à –0,8 %) complètent le groupe des fournisseurs majeurs.

Classement des principaux fournisseurs (importations extra‑UE) :

Partenaire 2015 (millions €) 2025 (millions €) Variation
Chine 1 232 1 396 +13,3 %
Turquie 590 585 –0,8 %
Inde 138 169 +22,7 %
Corée du Sud 308 231 –25,0 %
Royaume‑Uni 398 346 –13,3 %
Vietnam 13,1 155,3 +1 083,2 %
Taïwan 120 69 –42,8 %

Source : Principaux partenaires par valeur.

L’effondrement des échanges avec le Royaume‑Uni et la Corée du Sud

Côté exportations, le Royaume‑Uni, qui était le premier client en 2015 (360 millions d’euros), chute de 46,5 % pour atteindre 193 millions d’euros en 2025. La sortie du marché unique a fortement réduit les flux de tissus et fils synthétiques. Les exportations vers la Suisse reculent aussi (–31,0 %). Les États‑Unis restent stables (–1,4 %) et la Chine, bien que partenaire d’exportation modeste, ne varie que de –1,7 %.

Le Maroc, la Tunisie et la Turquie deviennent les principales destinations des exportations européennes

L’UE a renforcé ses expéditions de filaments synthétiques vers les pays du pourtour méditerranéen. Les exportations vers le Maroc progressent de 62,3 % (de 214 à 347 millions d’euros), vers la Tunisie de 52,6 % (de 100 à 153 millions) et vers la Turquie de 17,9 % (de 189 à 223 millions). Ces destinations, intégrées dans les chaînes de confection rapide, absorbent des fils et tissus européens à plus forte valeur ajoutée.

Partenaire export 2015 (millions €) 2025 (millions €) Variation
Royaume‑Uni 360 193 –46,5 %
États‑Unis 298 294 –1,4 %
Maroc 214 347 +62,3 %
Turquie 189 223 +17,9 %
Tunisie 100 153 +52,6 %
Chine 165 162 –1,7 %
Suisse 133 92 –31,0 %

Tensions inflationnistes et volatilité : le tournant de 2022

Un choc de prix sans précédent sur les importations chinoises et turques en 2022

L’année 2022 a été marquée par une forte poussée des prix à l’importation. Une analyse algorithmique des chocs (Chocs de prix) révèle un déplacement de prix de +26,6 % pour la Turquie (prix unitaire passant de 3 661 à 4 635 €/tonne) et de +19,0 % pour la Chine (prix moyen de 2 684 à 3 194 €/tonne). Ces hausses, concentrées en 2022, coïncident avec les tensions logistiques et énergétiques post‑COVID. Pour la Chine, les prix sont ensuite revenus près du niveau de base en 2024‑2025, tandis que pour la Turquie, le prix reste supérieur de 23,5 % à la référence d’avant‑choc.

Choc de prix import Partenaire Variation de prix Période de choc Part dans les importations
N°1 Turquie +26,6 % 2022 20,5 %
N°2 Chine +19,0 % 2022‑2023 50,7 %

Les prix des exportations européennes de fils synthétiques grimpent de plus de 50 %

L’UE a également vu ses prix à l’exportation s’envoler. Le prix unitaire moyen des exportations passe de 7 272 €/tonne en 2015 à 10 053 €/tonne en 2025 (+38,2 %). Cette hausse est particulièrement forte pour les fils de filaments synthétiques (code 5402, Comparaison par segment), dont le prix moyen à l’exportation bondit de 4 897 €/tonne à 7 555 €/tonne (+54,3 %). Les tissus synthétiques (5407) progressent plus modérément (+9,5 %). Un choc de prix a également été détecté à l’exportation vers le Mexique en 2022 (+36,5 %), illustrant la transmission des coûts.

Une volatilité élevée qui expose les filières aux ruptures d’approvisionnement

La volatilité des flux, mesurée par le coefficient de variation des volumes, reste élevée pour plusieurs partenaires. À l’importation, le Vietnam (0,94), Taïwan (0,35) et le Royaume‑Uni (0,31) affichent une instabilité marquée. À l’exportation, les États‑Unis (0,50), la Russie (0,44), l’Australie (0,38) et le Royaume‑Uni (0,31) sont les plus erratiques. Cette dispersion, consultable sous Volatilité des flux, reflète la sensibilité du secteur aux cycles de la demande textile mondiale, aux fluctuations des prix des matières premières et aux décisions de politique commerciale.

Conclusion

Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l’UE pour les filaments synthétiques (CN 54) a profondément changé de visage. L’Union est devenue un importateur net significatif, conséquence d’une contraction des volumes exportés, notamment pour les fils synthétiques, et d’une progression de la demande intérieure que la production européenne ne couvre plus. La géographie des échanges s’est réorientée : le Vietnam a émergé comme fournisseur incontournable, tandis que le Royaume‑Uni a perdu son rôle de partenaire privilégié, remplacé par les pays méditerranéens pour les exportations. Les chocs de prix de 2022, conjugués à une volatilité persistante, appellent à une attention renforcée sur la gestion des risques d’approvisionnement. La filière européenne devra concilier compétitivité, montée en gamme et résilience dans un environnement toujours plus incertain.