Évolution du marché : Laine cardée ou peignée (CN 5105) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde pour le code douanier 5105, qui couvre les laines et poils cardés ou peignés, sur la période 2015-2025. Les données révèlent une contraction significative du volume et de la valeur des échanges, accompagnée d'une réorientation géographique des flux commerciaux. L'UE a vu sa dépendance aux importations s'accroître fortement, tandis que la structure de son industrie a connu des changements notables, avec une concentration accrue de la production et du commerce au sein de l'Union.
1. Une décennie de contraction des échanges commerciaux
L'analyse des flux totaux met en évidence un déclin prononcé du commerce de la laine cardée ou peignée pour l'UE, tant à l'import qu'à l'export, marqué par une volatilité accrue et des ajustements structurels.
Les importations ont nettement reculé en volume et en valeur
Les importations de l'UE en provenance du reste du monde ont fortement diminué au cours de la période. En valeur, elles sont passées de 445,5 millions d'euros en 2015 à 363,7 millions d'euros en 2025, soit une baisse de 18,4 %. Le recul est encore plus prononcé en volume, avec une chute de 26,9 %, passant de 41 868 tonnes à 30 590 tonnes. Cette évolution suggère une contraction de la demande européenne ou un transfert partiel de la production vers l'intérieur de l'UE.
Les exportations suivent une trajectoire baissière
Les exportations hors UE ont également reculé, bien que de manière moins marquée. Leur valeur a chuté de 59,4 millions d'euros à 46,4 millions d'euros (-21,9 %), tandis que les volumes ont diminué de 16,2 %, passant de 7 174 tonnes à 6 012 tonnes. Cela indique un affaiblissement de la compétitivité extérieure ou un réorientement des flux au sein du marché unique.
Le déficit commercial se réduit malgré une dépendance accrue aux importations
Le solde commercial de l'UE pour ce produit reste structurellement déficitaire. Le déficit s'est néanmoins amélioré, passant de -386 millions d'euros en 2015 à -317 millions d'euros en 2025 (+17,8 %), principalement en raison d'une contraction plus forte des importations. Cependant, le taux de dépendance nette aux importations a spectaculairement augmenté, passant de 31,5 % à 66,7 %, traduisant une vulnérabilité accrue de l'UE aux approvisionnements extérieurs, malgré la baisse des volumes. Évolution de la dépendance nette aux importations.
2. Une réorientation géographique des partenaires commerciaux
La période 2015-2025 a été marquée par des réalignements significatifs dans l'origine des importations et la destination des exportations de l'UE, avec un renforcement des échanges avec l'Amérique du Sud et une instabilité accrue avec certains partenaires traditionnels.
Les fournisseurs d'Amérique du Sud consolident leur position
La Chine reste le premier fournisseur de l'UE, mais a vu sa part fluctuer. Son poids en valeur a baissé de 192 millions à 159 millions d'euros (-17,4 %). En revanche, les fournisseurs sud-américains ont gagné en importance. Le Pérou a connu une croissance exceptionnelle, avec une hausse de 71,0 % de ses exportations vers l'UE, atteignant 40 millions d'euros. L'Argentine et l'Uruguay ont également consolidé leurs parts. Cette dynamique pourrait refléter des efforts de diversification des sources d'approvisionnement par les importateurs européens. Partenaires d'importation par valeur.
Les exportations se concentrent autour de la Turquie mais avec de fortes fluctuations
La Turquie demeure de loin le principal client de l'UE, absorbant 38 % des exportations en 2025, bien que la valeur ait diminué de 23,4 à 17,7 millions d'euros (-24,5 %). Le commerce avec le Royaume-Uni, autrefois important, a chuté de 71,0 % après le Brexit, passant à 10,1 millions d'euros. À l'inverse, les exportations vers l'Inde ont explosé (+303,8 %), tandis que celles vers la Chine et le Pérou ont fortement augmenté, indiquant une réorientation des débouchés.
Une volatilité et des chocs de prix marqués
L'analyse des chocs identifie trois événements majeurs. En 2020, un choc de prix sur les exportations vers la Chine (hausse de 141,6 %) et sur les importations en provenance du Royaume-Uni (hausse de 106,8 %) coïncide avec les perturbations de la pandémie de COVID-19. Plus tôt, en 2017, un pic de prix sur les exportations vers l'Inde (+196,4 %) a été observé. La volatilité mesurée par le coefficient de variation est particulièrement élevée pour les échanges avec le Royaume-Uni (43 %), l'Afrique du Sud (51 %) et le Chili (62 %) à l'import, reflétant une instabilité des flux avec certains partenaires. Événements de choc identifiés.
3. Restructuration de l'appareil productif et changements sectoriels au sein de l'UE
Au-delà des flux avec le reste du monde, la structure interne de l'industrie européenne de la laine a connu des transformations profondes, caractérisées par une désindustrialisation marquée et une spécialisation géographique accrue.
Une chute drastique de la production européenne
Les données sur la production de l'UE sont éloquentes : la production de laine ou de poils cardés ou peignés (code Prodcom 13102400) a chuté de 126 913 tonnes en 2015 à 19 930 tonnes en 2025, soit un effondrement de 84,3 % en volume. En valeur, la baisse a été de 59,3 %, passant de 376 millions à 153 millions d'euros. Cette contraction massive explique en grande partie l'augmentation du taux de dépendance aux importations observé précédemment. Évolution des volumes de production de l'UE.
Une concentration géographique accrue des activités
Les indicateurs de concentration (HHI) confirment une consolidation du secteur. L'indice de concentration des importations a augmenté de 10,6 %, passant de 2 242 à 2 479, indiquant que les flux proviennent d'un nombre plus restreint de fournisseurs. Pour les exportations, la concentration des valeurs a légèrement augmenté (+6,5 %). Parallèlement, la spécialisation au sein de l'UE s'est accentuée. En 2025, la Bulgarie (RSCA : 0,83) et la Tchéquie (0,69) affichent les avantages comparatifs révélés les plus élevés en termes d'exportations, tandis que l'Italie et l'Allemagne restent des acteurs majeurs mais moins spécialisés. À l'inverse, les pays comme le Luxembourg ou l'Estonie ne présentent aucune spécialisation dans ce secteur. Spécialisation des États membres.
Des segments produits aux dynamiques contrastées
La décomposition par sous-code douanier révèle des évolutions disparates. Le segment dominant, la "laine peignée (hors laine peignée en vrac)" (510529), a vu ses importations baisser de 37 116 à 26 861 tonnes (-27,6 %) et ses exportations de 6 362 à 5 132 tonnes (-19,3 %). Le segment "poils fins" (510539) a maintenu des volumes d'importation stables mais a connu une forte hausse de sa valeur moyenne. Le segment de la "laine cardée" (510510) a vu ses importations en volume s'effondrer de 97,6 %, passant de 476 à 115 tonnes, signe d'une quasi-disparition de cette activité. À l'inverse, les importations de "poils de chèvre du Cachemire" (510531) sont restées relativement stables en volume autour de 260 tonnes, avec une valeur unitaire très élevée. Détail par segment produit.
Conclusion
Sur la période 2015-2025, le marché européen de la laine cardée ou peignée (CN 5105) a subi une profonde transformation. La dynamique dominante est celle d'un déclin global des échanges commerciaux, masquant une désindustrialisation interne marquée (baisse de 84 % de la production) et une dépendance accrue aux importations (taux net passé de 31 % à 67 %). Le paysage géographique s'est réorganisé, avec un renforcement des liens commerciaux avec l'Amérique du Sud et une instabilité accrue avec certains partenaires comme le Royaume-Uni. Enfin, le secteur à l'intérieur de l'UE s'est restructuré, avec une concentration des activités et une spécialisation de certains États membres comme la Bulgarie et la Tchéquie. Ces tendances, marquées par des chocs de prix et une volatilité élevée, dessinent un marché européen en recomposition, plus dépendant de l'extérieur mais aussi plus concentré et spécialisé en son sein.