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Évolution du marché : Laine à tricoter (CN 5109) — 2015–2025

Introduction

Le code 5109 couvre les fils de laine ou de poils fins, conditionnés pour la vente au détail, un segment englobant deux sous-catégories principales : les fils contenant au moins 85 % de laine (CN 510910) et ceux contenant une proportion prédominante mais inférieure à 85 % (CN 510990). Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne sur ce produit a connu une transformation profonde : les échanges ont fortement progressé en volume et en valeur, mais les importations ont nettement surpassé la croissance des exportations, inversant la balance commerciale de l'UE. Ce rapport identifie trois dynamiques majeures qui structurent cette évolution.


1. Une expansion vigoureuse des échanges portée par le segment laine pure et le commerce nordique

Les importations ont connu une croissance nettement plus forte que les exportations

Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE en provenance des pays tiers a bondi de 47,1 M€ à 116,6 M€ (+147,6 %), tandis que les exportations sont passées de 53,7 M€ à 98,1 M€ (+82,8 %). En volume, les importations ont progressé de 2 543 à 4 202 tonnes (+65,3 %) contre 1 909 à 2 809 tonnes pour les exportations (+47,2 %). Les prix unitaires ont également augmenté plus vite côté importations (+49,8 %, passant de 18 513 €/t à 27 738 €/t) que côté exportations (+24,2 %, de 28 134 €/t à 34 940 €/t), ce qui suggère un renchérissement plus marqué des approvisionnements que de la valeur ajoutée à l'export.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (M€) 53,7 98,1 +82,8 %
Importations (M€) 47,1 116,6 +147,6 %
Balance commerciale (M€) +6,6 −18,4
Exportations (tonnes) 1 909 2 809 +47,2 %
Importations (tonnes) 2 543 4 202 +65,3 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

Le segment laine de haute pureté (510910) est le principal moteur de croissance

La sous-catégorie 510910 (≥ 85 % de laine en poids) a connu une progression spectaculaire à l'importation : son volume a plus que doublé, passant de 803 à 1 644 tonnes (+104,7 %), et sa valeur a presque triplé, de 16,3 M€ à 47,8 M€ (+193,8 %). Le segment 510990, bien que restant plus important en volume absolu, a progressé à un rythme nettement inférieur (+47,2 % en volume, +123,2 % en valeur). Cette dynamique traduit un mouvement de montée en gamme : la demande européenne s'oriente davantage vers des fils à forte teneur en laine, conformément à l'essor du tricot artisanal premium et de la mode « naturelle ».

Segment 2015 (t) 2025 (t) Var. vol. 2015 (M€) 2025 (M€) Var. val.
510910 (≥ 85 % laine) 803 1 644 +104,7 % 16,3 47,8 +193,8 %
510990 (< 85 % laine) 1 739 2 559 +47,2 % 30,8 68,7 +123,2 %

Source : Comparaison par sous-catégorie

L'axe nordique est devenu le cœur du commerce européen de laine à tricoter

L'évolution la plus marquante côté partenaires est l'essor considérable de la Norvège, qui est devenue à la fois le premier fournisseur et la première destination de l'UE sur ce produit. Les importations en provenance de Norvège ont bondi de 7,9 M€ à 43,8 M€ (+454,2 %), représentant 37,5 % du total des importations en 2025. Symétriquement, les exportations vers la Norvège ont grimpé de 8,3 M€ à 49,4 M€ (+494,8 %), soit 50,4 % des exportations totales. Cette forte réciprocité s'explique vraisemblablement par la tradition tricotière scandinave : la laine norvégienne est importée par l'UE pour y être transformée, puis une part significative du produit fini est réexportée vers les pays nordiques. La Suède, le Danemark et la Finlande ont également connu des hausses spectaculaires à l'importation (respectivement +334,7 %, +276,0 % et +465,7 %), confirmant le poids croissant de la demande nordique.

Le Pérou est l'autre partenaire dont la progression est remarquable : de 8,8 M€ à 30,3 M€ (+245,0 %), devenant le deuxième fournisseur de l'UE, probablement tiré par l'essor de la laine d'alpaga et de fibres andines de qualité. En revanche, la Chine, quatrième fournisseur, a stagné (de 7,0 M€ à 7,3 M€, +4,3 %), tandis que la Turquie a progressé de manière plus modérée (+48,8 %).

Partenaire (importations) 2015 (M€) 2025 (M€) Part 2025 Variation
Norvège 7,9 43,8 37,5 % +454,2 %
Pérou 8,8 30,3 26,0 % +245,0 %
Turquie 10,4 15,5 13,3 % +48,8 %
Suisse 6,7 8,0 6,9 % +19,3 %
Chine 7,0 7,3 6,2 % +4,3 %
Partenaire (exportations) 2015 (M€) 2025 (M€) Part 2025 Variation
Norvège 8,3 49,4 50,4 % +494,8 %
Suisse 13,2 15,7 16,0 % +19,1 %
États-Unis 8,1 7,5 7,6 % −7,3 %
Royaume-Uni 7,7 6,1 6,2 % −21,0 %
Japon 2,1 2,6 2,6 % +21,4 %

Source : Principaux partenaires commerciaux


2. Du statut d'exportateur net à celui d'importateur net : un basculement structurel

La balance commerciale s'est inversée au détriment de l'UE

En 2015, l'UE affichait un excédent commercial de 6,6 M€ sur le segment 5109, ce qui signifiait qu'elle exportait plus de laine à tricoter qu'elle n'en importait. En 2025, la situation s'est entièrement retournée : le déficit atteint 18,4 M€. L'indicateur de dépendance nette aux importations est ainsi passé de −1,7 % à +8,7 %, signifiant que l'UE est structurellement devenue dépendante de l'extérieur pour ce produit. Le creux historique de cet indicateur (−44,7 %) montre cependant que la position de l'UE a fluctué au cours de la décennie, avec des périodes d'excédent plus marqué, avant le retournement définitif observé ces dernières années.

La production européenne a diminué en volume tout en doublant en valeur

La production de l'UE a légèrement reculé en volume, passant de 18 604 à 17 500 tonnes (−5,9 %), avec un point bas à 8 317 tonnes (vraisemblablement en 2020, année marquée par la pandémie de Covid-19). En revanche, la valeur de la production a bondi de 84,0 M€ à 172,0 M€ (+104,8 %), impliquant une hausse de la valeur unitaire de production d'environ 4 514 €/t à 9 829 €/t (+117 %). Cette divergence entre volume et valeur reflète à la fois l'inflation des coûts des matières premières et une possible montée en gamme de la production domestique.

Indicateur de production 2015 2025 Variation
Volume (milliers de tonnes) 18,6 17,5 −5,9 %
Valeur (M€) 84,0 172,0 +104,8 %

Source : Volumes de production

L'Italie demeure le leader exportateur, mais les pays nordiques et la Roumanie ont gagné en poids

Au sein de l'UE, l'Italie conserve la première place à l'exportation (32,3 M€ en 2025, +7,2 %), avec un coefficient d'avantage comparatif révélé (RCA) de 4,15 et un RSCA de 0,61, ce qui en fait le pays le plus spécialisé après la Suède. Cependant, les pays nordiques ont connu des progressions remarquables : la Suède est passée de 2,2 M€ à 16,1 M€ d'exportations (+617 %), le Danemark de 1,1 M€ à 10,0 M€ (+836 %). La Roumanie a également bondi de 6,0 M€ à 18,1 M€ (+204 %), consolidant sa position de plateforme de transformation textile au sein de l'UE.

Pays membre UE (exportations) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation RSCA 2025
Italie 30,1 32,3 +7,2 % 0,61
Roumanie 6,0 18,1 +204 % 0,50
Allemagne 11,1 11,5 +3,5 %
Suède 2,2 16,1 +617 % 0,79
Danemark 1,1 10,0 +836 % 0,58

Source : Principaux pays déclarants

Côté importations, la Suède est le premier importateur intra-UE avec une progression de 13,8 M€ à 60,2 M€ (+335 %), suivie de l'Allemagne (19,1 M€ à 21,3 M€) et du Danemark (5,2 M€ à 19,6 M€). La France et les Pays-Bas ont également connu des hausses significatives (+140 % et +281 % respectivement).


3. Concentration croissante et volatilité persistante : des fragilités émergentes

Le marché se concentre autour d'un nombre réduit de partenaires

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) mesure la concentration des flux commerciaux. Sur la période, l'HHI des importations (en valeur) est passé de 1 591 à 2 377 (+49,4 %), tandis que celui des exportations a bondi de 1 386 à 2 918 (+110,6 %). Ce dernier chiffre signifie que les exportations de l'UE sont devenues fortement concentrées vers un petit nombre de destinations, principalement la Norvège qui absorbe à elle seule plus de la moitié des exportations. Côté importations, la montée de la Norvège et du Pérou a également resserré la structure des approvisionnements. Une telle concentration expose l'UE à un risque de dépendance : toute perturbation sur ces marchés clés (choc climatique affectant l'élevage ovin norvégien, instabilité politique au Pérou) pourrait avoir des répercussions significatives sur l'approvisionnement européen.

Indicateur HHI 2015 2025 Variation
Importations (valeur) 1 591 2 377 +49,4 %
Exportations (valeur) 1 386 2 918 +110,6 %

Source : Concentration HHI

Les écarts de volatilité entre partenaires révèlent des risques hétérogènes

L'analyse des coefficients de variation des flux par partenaire met en évidence des niveaux de prévisibilité très différents. Côté importations, la Suisse se distingue par une stabilité remarquable (CV de 0,07), tandis que certains partenaires comme la Serbie (CV de 1,44), l'Inde (0,93) ou la Macédoine du Nord (1,04) présentent des flux extrêmement volatils, mais de faible importance absolue. Parmi les partenaires majeurs, l'Islande (CV de 0,59) et le Royaume-Uni (CV de 0,52) affichent les niveaux de volatilité les plus élevés, ce qui peut refléter des volumes saisonniers ou des effets de change.

Côté exportations, le Maroc (CV de 1,41) et Hong Kong (CV de 1,19) sont les plus volatils, tandis que la Suisse (0,12) et le Japon (0,23) offrent des débouchés plus réguliers.

Des chocs ponctuels ont marqué le marché, sans remettre en cause la trajectoire haussière

L'analyse des événements de choc identifie trois perturbations notables :

  • Exportations vers la Tunisie (2023) : un choc de prix de +407,7 % avec un degré d'anomalie de 20,9, probablement lié à des ruptures d'approvisionnement local ou à un effet de composition sur un petit volume initial (1 % des exportations).
  • Exportations vers le Royaume-Uni (2018) : une hausse de prix de +85,4 % (anomalie de 6,2), touchant 12,6 % de la valeur des exportations, possiblement liée aux incertitudes du Brexit et à des anticipations de perturbation tarifaire.
  • Importations en provenance de Chine (2019) : une baisse de prix de −22,2 % (anomalie de 2,3), sur 10,7 % des importations, pouvant refléter un ralentissement de la demande chinoise ou des surcapacités.

Ces chocs, bien que significatifs ponctuellement, n'ont pas interrompu la tendance haussière globale des échanges.

L'intensité commerciale a connu une transformation radicale

L'indicateur d'intensité commerciale est passé de 2,0 % à 72,9 % sur la période, ce qui représente la dynamique la plus saillante de ce marché (+3 523 %). La propension à exporter a connu une progression comparable (de 1,9 % à 55,3 %). Ces chiffres indiquent que le marché européen de la laine à tricoter s'est profondément internationalisé : ce qui était un produit relativement autonome en 2015 est devenu un segment fortement dépendant des échanges internationaux.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen de la laine à tricoter (CN 5109) a connu une double transformation : un fort dynamisme des échanges, tiré par la montée en gamme vers les fils à haute teneur en laine et par l'essor spectaculaire du commerce avec les pays nordiques, et un basculement structurel de la position commerciale de l'UE, d'un excédent de 6,6 M€ vers un déficit de 18,4 M€. La Norvège est devenue le pivot central de ce commerce, à la fois premier fournisseur et première destination, concentrant à elle seule près de 40 % des importations et plus de 50 % des exportations. Cette concentration accrue, combinée à une internationalisation radicelle du marché (intensité commerciale passée de 2 % à 73 %), expose l'UE à des risques de dépendance et de volatilité, malgré la stabilité relative de quelques partenaires clés comme la Suisse. L'avenir de ce segment dépendra de la capacité de l'industrie européenne à maintenir sa compétitivité face à l'inflation des coûts des matières premières et à diversifier ses partenaires commerciaux pour réduire la vulnérabilité liée à la concentration nordique.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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