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Évolution du marché : Articles en fils et cordages (CN 5609) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 5609 couvre les articles en fils, lames ou formes similaires, ainsi que les ficelles, cordes et cordages non dénommés ailleurs. Ce secteur, qui s'inscrit dans la branche plus large des ouates, feutres, ficelles et cordages (chapitre 56), connaît sur la période 2015–2025 une transformation marquée par une forte croissance des échanges extra-européens, un creusement significatif du déficit commercial et une restructuration profonde des flux partenaires. Le présent rapport, fondé sur les données du Tableau de bord du commerce — Vue d'ensemble CN 5609, identifie trois dynamiques majeures qui ont façonné ce marché au cours de la décennie.


1. Une croissance vigoureuse des échanges masquant un déficit commercial en forte dégradation

Des importations et des exportations en nette progression

Entre 2015 et 2025, les échanges de l'UE-27 avec le reste du monde sur le segment CN 5609 ont connu une croissance remarquable, tant en valeur qu'en volume. Les exportations ont progressé de 34,9 M€ à 78,3 M€ (+124,5 %), tandis que les importations ont presque triplé, passant de 45,9 M€ à 118,9 M€ (+158,9 %). En volume, les exportations ont augmenté de 45,7 % (de 3 293 t à 4 797 t) et les importations de 119,4 % (de 12 694 t à 27 850 t).

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (M€) 34,9 78,3 +124,5 %
Importations (M€) 45,9 118,9 +158,9 %
Exportations (t) 3 293 4 797 +45,7 %
Importations (t) 12 694 27 850 +119,4 %
Prix export (€/t) 10 595 16 324 +54,1 %
Prix import (€/t) 3 618 4 270 +18,0 %

Un déficit commercial qui se creuse inexorablement

Le déséquilibre entre importations et exportations s'est considérablement aggravé. Le solde commercial, déjà déficitaire de -11,0 M€ en 2015, a atteint -40,6 M€ en 2025, soit une détérioration de 267,9 %. Le point le plus bas du solde a été atteint à -63,7 M€, témoignant d'une forte volatilité intermédiaire. La dynamique du solde reflète un rythme de croissance des importations nettement supérieur à celui des exportations.

Des prix unitaires qui révèlent un positionnement distinct entre flux entrants et sortants

L'écart de prix entre exportations et importations est un indicateur révélateur de la structure du marché. En 2025, le prix moyen à l'exportation s'établit à 16 324 €/t contre 4 270 €/t à l'importation, soit un rapport de près de 4:1. Cela suggère que l'UE exporte des produits à plus forte valeur ajoutée (articles spéciaux, cordages techniques) tout en important massivement des produits plus standardisés. L'augmentation de 54,1 % du prix à l'exportation sur la période, contre seulement 18,0 % à l'importation, confirme cette dualité.


2. Une reconfiguration profonde des partenaires commerciaux

La Chine, pilier incontournable des importations européennes

La Chine demeure de loin le premier fournisseur de l'UE pour le code 5609, avec des importations passant de 32,2 M€ à 78,1 M€ (+142,3 %) sur la période. En 2025, elle représente à elle seule environ 65,7 % de la valeur totale des importations extra-européennes. Cependant, son coefficient de variation (CV = 0,24) est l'un des plus faibles parmi les principaux partenaires, témoignant d'une relation commerciale relativement stable malgré la croissance du volume.

L'émergence rapide de nouveaux fournisseurs : Géorgie, Turquie et Royaume-Uni

Trois partenaires ont connu une progression spectaculaire sur la période :

Partenaire (importations) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Chine 32,2 78,1 +142,3 %
Géorgie 0,2 5,5 +2 879 %
Turquie 0,9 7,3 +727,4 %
Royaume-Uni 1,3 5,1 +276,0 %
Inde 3,1 3,5 +15,1 %
Tunisie 0,6 0,3 -45,1 %
Émirats arabes unis 0,3 0,003 -98,8 %

La Géorgie est passée de quasi-négligeable (183 k€) à 5,5 M€, ce qui constitue la progression la plus remarquable en termes relatifs. Ce dynamisme pourrait s'expliquer par l'accord de libre-échange approfondi et complet (ALEAC) entre l'UE et la Géorgie, entré en vigueur en 2014, et par la relocalisation progressive de capacités de production. La Turquie (+727 %) bénéficie quant à elle de l'union douanière UE-Turquie et de sa proximité géographique. Le Royaume-Uni (+276 %) voit ses exportations vers l'UE croître fortement, ce qui est cohérent avec le rétablissement post-Brexit de certains flux commerciaux par le mécanisme du Trade and Cooperation Agreement. À l'inverse, les Émirats arabes unis ont quasi-disparu des fournisseurs (-98,8 %), et la Tunisie a perdu près de la moitié de ses parts.

Des exportations de plus en plus diversifiées vers des marchés lointains

Côté exportations, la restructuration est tout aussi frappante :

Partenaire (exportations) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 8,9 14,6 +63,8 %
Maroc 0,7 7,0 +926,3 %
Suisse 1,7 4,9 +191,6 %
Norvège 1,8 3,5 +90,9 %
Brésil 1,9 7,2 +271,9 %
États-Unis 2,7 8,5 +211,5 %
Russie 4,0 0,2 -95,6 %

Le Maroc a connu la plus forte progression (+926 %), reflétant sans doute le développement de partenariats industriels et la demande liée aux secteurs de la pêche et du bâtiment. Le Brésil (+272 %) et les États-Unis (+212 %) ont également fortement progressé, témoignant d'une ouverture de l'offre européenne vers les marchés transatlantiques. En revanche, les exportations vers la Russie se sont effondrées (-95,6 %), passant de 4,0 M€ à 0,2 M€, conséquence directe des sanctions économiques imposées à partir de 2022 dans le contexte du conflit russo-ukrainien.

L'indice de concentration HHI des exportations a diminué de 991 à 795 (-19,8 %), confirmant une diversification géographique croissante. Côté importations, l'HHI est passé de 5 030 à 4 629 (-8,0 %), restant toutefois à un niveau plus élevé qui reflète la prédominance de la Chine.

Chocs de prix ponctuels sur certains partenaires

L'analyse de la volatilité révèle plusieurs chocs significatifs :

Partenaire Type de choc Flux Période Variation Anomalie
Sénégal Prix Export 2020 +509,8 % 34,8
Norvège Prix Export 2019 +82,7 % 27,9
Algérie Prix Export 2023 +202,9 % 20,9

Le choc sur le Sénégal en 2020, bien que de faible poids dans les échanges totaux (0,2 %), pourrait être lié à des commandes exceptionnelles (projets d'infrastructure, pêche). Le choc norvégien de 2019, plus significatif (7,2 % de la valeur des exportations), correspond vraisemblablement à une hausse conjoncturelle de la demande norvégienne dans le secteur maritime ou offshore.


3. Une transformation structurelle de la production européenne et une intégration commerciale accrue

Un effondrement des volumes de production nationale accompagné d'une hausse de la valeur

Les données de production européenne révèlent un mouvement de fond : la quantité produite au sein de l'UE est passée de 112,0 millions de kg à 15,0 millions de kg, soit une chute de 86,6 %. En parallèle, la valeur de la production est restée relativement stable, voire en légère hausse (+17,3 %), passant de 102,3 M€ à 120,0 M€.

Indicateur 2015 2025 Variation
Production (kg) 112 032 620 15 000 000 -86,6 %
Valeur production (€) 102 305 248 120 000 000 +17,3 %

Cette divergence suggère une montée en gamme de la production résiduelle européenne : les industriels se concentrent sur des produits à plus forte valeur ajoutée (cordages techniques, articles spéciaux pour l'aéronautique ou le nautisme) tout en abandonnant la production de masse au profit de fournisseurs tiers, principalement asiatiques.

Une propension à l'exportation et une intensité commerciale en forte hausse

L'ouverture commerciale du secteur s'est considérablement accrue :

Indicateur 2015 2025 Variation
Propension à l'exportation (%) 14,9 63,1 +323,1 %
Intensité commerciale (%) 30,0 81,1 +170,2 %
Dépendance nette aux importations (%) 6,2 24,3 +289,3 %

La propension à l'exportation (part des exportations dans la production) est passée de 14,9 % à 63,1 %, ce qui signifie qu'une part croissante de la production européenne est destinée à l'exportation. L'intensité commerciale (commerce total rapporté à la production) a doublé, atteignant 81,1 %. Enfin, la dépendance nette aux importations est passée de 6,2 % à 24,3 %, avec un pic à 38,9 % — signalant une vulnérabilité accrue de l'approvisionnement européen.

Des spécialisations nationales très inégales au sein de l'UE

La spécialisation des États membres en 2025 (mesurée par le RSCA) révèle des profils très contrastés :

Membres les plus spécialisés :

Pays RSCA RCA Part dans les export. EU
Danemark 0,68 5,31 9,2 %
Lettonie 0,64 4,52 1,5 %
Portugal 0,60 4,00 5,5 %
Hongrie 0,27 1,74 4,7 %
Pays-Bas 0,11 1,25 18,1 %

Membres les moins spécialisés :

Pays RSCA RCA Part dans les export. EU
Malte -1,00 0,00 0,0 %
Irlande -0,99 0,01 0,0 %
Bulgarie -0,84 0,09 0,1 %
Estonie -0,75 0,14 0,0 %
Luxembourg -0,68 0,19 0,1 %

Le Danemark se distingue nettement avec un RCA de 5,31, confirmant le rôle des industries nautiques et de la cordage danoises (le groupe Bridon-Bekaert et d'autres acteurs y sont historiquement implantés). Les Pays-Bas, bien que moins spécialisés en termes de RCA, contribuent à 18,1 % des exportations totales de l'UE, ce qui reflète la taille de leur appareil industriel et leur rôle de hub logistique. Les pays d'Europe centrale et orientale (Hongrie, Lettonie, Tchéquie — cette dernière ayant connu une progression de 598 % à l'export) confirment leur intégration dans les chaînes de valeur européennes de ce secteur.

Côté importations, l'Allemagne reste le premier importateur (24,6 M€ en 2025, +155,9 %), suivie des Pays-Bas (17,3 M€) et de l'Italie (11,1 M€). La Pologne a connu la progression la plus remarquable (+673,8 %), passant de 1,1 M€ à 8,5 M€, ce qui pourrait refléter à la fois la croissance de son industrie manufacturière et son rôle de plateforme de réexportation vers le reste de l'UE.


Conclusion

Le marché européen des articles en fils et cordages (CN 5609) a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde caractérisée par trois phénomènes convergents. Premièrement, une croissance vigoureuse des échanges — les importations ont triplé en valeur — qui s'est accompagnée d'un creusement prononcé du déficit commercial (-40,6 M€ en 2025). Deuxièmement, une reconfiguration majeure des partenaires : la Chine demeure dominante mais de nouveaux acteurs (Géorgie, Turquie, Royaume-Uni) gagnent du terrain à l'import, tandis que les exportations se diversifient vers les Amériques et le Maghreb, au détriment de la Russie. Troisièmement, une mutation structurelle de la production européenne, dont les volumes ont chuté de 86,6 % tandis que la valeur progresse, signe d'une montée en gamme et d'une spécialisation accrue sur les segments à haute valeur ajoutée. La dépendance nette aux importations, passée de 6,2 % à 24,3 %, constitue un signal de vulnérabilité qu'il convient de surveiller, notamment dans un contexte de tensions géopolitiques et de réorganisation des chaînes d'approvisionnement mondiales.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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