Évolution du marché : Nontissés (CN 5603) — 2015–2025
Introduction
Le code combiné 5603 couvre l'ensemble des nontissés, même imprégnés, enduits, recouverts ou stratifiés, n.d.a., un poste de nomenclature regroupant huit sous-positions (CN 560311 à 560394) distinguant notamment les filaments synthétiques ou artificiels des autres matières, ainsi que quatre tranches de poids au mètre carré. Ce produit, essentiel dans les secteurs de l'hygiène, du bâtiment, de l'automobile et du médical, a connu au cours de la période 2015–2025 des transformations profondes tant en volume qu'en valeur. La production intérieure de l'UE a presque doublé (+89,8 % en valeur), tandis que les échanges extra-UE se sont intensifiés — les importations progressant nettement plus vite que les exportations. Le présent rapport propose une analyse structurée autour de trois dynamiques majeures observées sur la période.
1. Une vigoureuse poussée des importations qui érode l'excédent commercial de l'UE
1.1. Les importations ont bondi de 64 % en valeur et 62 % en volume
Entre 2015 et 2025, les importations extra-UE de nontissés sont passées de 999 M€ à 1 637 M€ (+63,9 %), tandis que les volumes importés sont passés de 238 991 t à 387 826 t (+62,3 %). Le prix moyen à l'importation est resté remarquablement stable (de 4 181 €/t à 4 222 €/t, soit +1,0 %), ce qui indique que l'essentiel de la hausse en valeur provient d'une augmentation réelle des quantités achetées à l'étranger, et non d'une inflation des prix unitaires.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations | 999 M€ | 1 637 M€ | +63,9 % |
| Volume des importations | 238 991 t | 387 826 t | +62,3 % |
| Prix moyen importation | 4 181 €/t | 4 222 €/t | +1,0 % |
1.2. Les exportations ont crû en valeur mais reculé en volume
Du côté des exportations, la valeur a progressé de 1 942 M€ à 2 203 M€ (+13,5 %), masquant un recul significatif des volumes exportés, passés de 437 220 t à 363 023 t (−17,0 %). L'explication réside dans la forte hausse du prix moyen à l'exportation, de 4 441 €/t à 6 062 €/t (+36,5 %), qui reflète une montée en gamme des produits exportés ou une transmission de coûts de production plus élevés.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations | 1 942 M€ | 2 203 M€ | +13,5 % |
| Volume des exportations | 437 220 t | 363 023 t | −17,0 % |
| Prix moyen exportation | 4 441 €/t | 6 062 €/t | +36,5 % |
1.3. L'excédent commercial se réduit de 40 %
La convergence de ces deux trajectoires — importations en forte hausse, exportations en repli volumétrique — a conduit à une réduction marquée de l'excédent commercial de l'UE, passé de 942 M€ à 566 M€ (−40,0 %). L'UE reste excédentaire, mais l'écart se referme rapidement. En parallèle, l'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de −19,0 % à −11,0 %, signe que la position nette exportatrice de l'UE s'affaiblit.
1.4. Tous les sous-produits contribuent à la montée des importations
L'analyse par sous-position tarifaire révèle que la hausse des importations est généralisée. Le segment connaissant la plus forte croissance en volume est le 560394 (nontissés non synthétiques, >150 g/m²), dont les importations sont passées de 12 601 t à 36 172 t (+187,8 %). Le segment le plus volumineux demeure le 560312 (nontissés synthétiques, 25–70 g/m²), avec 110 420 t importées en 2025 contre 77 681 t en 2015 (+42,1 %).
| Sous-position | Imports 2015 (t) | Imports 2025 (t) | Variation |
|---|---|---|---|
| 560394 — non synth. >150 g/m² | 12 601 | 36 172 | +187,8 % |
| 560311 — synth. ≤25 g/m² | 43 351 | 74 645 | +72,2 % |
| 560314 — synth. >150 g/m² | 28 471 | 50 358 | +76,9 % |
| 560392 — non synth. 25–70 g/m² | 28 828 | 45 279 | +57,1 % |
| 560312 — synth. 25–70 g/m² | 77 681 | 110 420 | +42,1 % |
| 560313 — synth. 70–150 g/m² | 36 272 | 48 425 | +33,5 % |
| 560393 — non synth. 70–150 g/m² | 9 957 | 14 275 | +43,4 % |
À l'inverse, les exportations de plusieurs sous-produits ont reculé en volume, notamment les nontissés synthétiques légers (560311 : −37,9 %) et les nontissés non synthétiques moyens (560392 : −34,4 %), tandis que seul le segment 560394 a connu une progression à l'export (+22,1 %).
2. Reconfiguration géographique des flux : la percée turque et chinoise, l'effondrement russe
2.1. La Chine et la Turquie, moteurs de la croissance des importations
L'analyse des principaux partenaires à l'importation fait apparaître une transformation profonde de la géographie d'approvisionnement. La Chine a vu ses exportations vers l'UE passer de 190 M€ à 438 M€ (+131,1 %), devenant le premier fournisseur extra-UE. La Turquie connaît une progression encore plus spectaculaire, de 124 M€ à 311 M€ (+150,4 %), consolidant sa deuxième place.
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 190 | 438 | +131,1 % |
| Turquie | 124 | 311 | +150,4 % |
| États-Unis | 245 | 282 | +15,1 % |
| Israël | 63 | 86 | +36,0 % |
| Royaume-Uni | 114 | 94 | −17,6 % |
| Arabie saoudite | 34 | 13 | −62,5 % |
| Égypte | 20 | 24 | +18,1 % |
La croissance conjuguée de la Chine et de la Turquie (+435 M€ à elles deux) explique à elle seule la quasi-totalité de la hausse des importations totales de l'UE. Ces deux pays bénéficient respectivement d'une base industrielle à très grande échelle et de coûts de production compétitifs, dans un secteur où la non-tessiture est un procédé intensif en capital et en énergie.
2.2. L'effondrement des exportations vers la Russie
Du côté des exportations, la dynamique la plus marquante est l'effondrement des ventes vers la Fédération de Russie, passées de 85 M€ à 34 M€ (−59,3 %). Ce déclin, probablement lié aux sanctions commerciales adoptées à partir de 2022, contraste avec la progression du Maroc (49 M€ → 94 M€, +93,4 %) et des États-Unis (333 M€ → 451 M€, +35,5 %).
| Partenaire | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 333 | 451 | +35,5 % |
| Royaume-Uni | 315 | 317 | +0,6 % |
| Turquie | 161 | 134 | −16,8 % |
| Suisse | 118 | 129 | +9,4 % |
| Chine | 155 | 164 | +6,1 % |
| Maroc | 49 | 94 | +93,4 % |
| Russie | 85 | 34 | −59,3 % |
2.3. L'Italie, la Belgique et les Pays-Bas, moteurs de la hausse des importations intra-UE
Au sein de l'UE, les États membres les plus dynamiques à l'importation sont l'Italie (+106,3 %, de 144 M€ à 298 M€), la Belgique (+99,0 %, de 125 M€ à 249 M€) et les Pays-Bas (+83,7 %, de 68 M€ à 125 M€). L'Allemagne reste le premier importateur en valeur absolue (275 M€) mais avec une progression plus modeste (+25,4 %).
À l'export, l'Allemagne conserve le leadership (655 M€, −39 %), suivie de l'Italie (363 M€, +8,8 %) et du Luxembourg (255 M€, +46,1 %). La France est le seul grand État à voir ses exportations reculer significativement (−21,8 %), passant de la troisième à la cinquième place.
2.4. Une concentration géographique accrue des importations
Indice HHI des importations en valeur est passé de 1 364 à 1 628 (+19,3 %), et en volume de 1 351 à 2 532 (+87,4 %). Cette concentration spectaculaire en volume s'explique principalement par le poids croissant de la Chine et de la Turquie. En revanche, l'HHI des exportations est resté stable (806 → 836), traduisant une diversification maintenue des débouchés européens.
| Indicateur HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1 364 | 1 628 | +19,3 % |
| Importations (volume) | 1 351 | 2 532 | +87,4 % |
| Exportations (valeur) | 806 | 836 | +3,7 % |
3. Hausse des prix à l'exportation, chocs de 2022 et dynamique de production intérieure
3.1. Un écart de prix entre importations et exportations qui se creuse nettement
L'un des faits saillants de la période est le décrochage des prix à l'exportation par rapport aux prix à l'importation. Le prix moyen à l'exportation est passé de 4 441 €/t à 6 062 €/t (+36,5 %), tandis que le prix à l'importation est resté quasi stable (4 181 €/t → 4 222 €/t). Ce différentiel croissant suggère que l'UE se spécialise dans des segments à plus forte valeur ajoutée — nontissés techniques, pour le médical ou l'automobile — tandis que les importations couvrent des volumes de produits plus standards.
Cela se vérifie au niveau des sous-produits : le 560314 (nontissés synthétiques >150 g/m²) s'exporte à 8 781 €/t en 2025 contre 5 379 €/t à l'importation, soit un écart de 63 %. De même, le 560394 s'exporte à 7 783 €/t contre 5 305 €/t à l'importation.
3.2. Le choc de prix turc de 2022
Un choc significatif a été détecté sur les importations en provenance de Turquie en 2022 : une hausse de prix anormale de +14 %, avec un score d'anomalie de 8,5. Ce choc, intervenant dans un contexte de forte inflation énergétique et de perturbations post-Covid, a touché un flux représentant 21,7 % de la valeur totale des importations extra-UE, ce qui en fait l'événement le plus marquant de la période en matière de volatilité des approvisionnements.
3.3. Une volatilité modérée sur les principaux partenaires
Les coefficients de variation restent globalement modérés. Le partenaire le plus volatile à l'import est le Viêt Nam (CV = 0,69), dont les flux restent toutefois marginaux dans le total. Parmi les grands partenaires, la Turquie (CV = 0,30) et la Chine (CV = 0,28) présentent une volatilité intermédiaire, tandis que les États-Unis (CV = 0,19) constituent un fournisseur relativement stable.
À l'export, le Royaume-Uni (CV = 0,09) et la Norvège (CV = 0,09) sont les destinations les plus stables, tandis que l'Ukraine (CV = 0,37) et la Russie (CV = 0,34) sont les plus erratiques, reflétant les turbulences géopolitiques.
3.4. Une production intérieure européenne en forte expansion
Malgré la montée des importations, la production de nontissés au sein de l'UE a connu une croissance remarquable : +48,4 % en quantité (de 1,37 Mt à 2,04 Mt) et +89,8 % en valeur (de 3 619 M€ à 6 869 M€). La hausse des prix de production (+27,9 %) et le recul des exportations en volume suggèrent que la demande intérieure européenne a été le principal moteur de cette expansion, tirée notamment par les besoins en non-tissés techniques (filtration, géotextiles, composites automobiles).
3.5. Spécialisation et avantages comparatifs au sein de l'UE
En 2025, les États membres les plus spécialisés dans la production de nontissés (RSCA) sont le Luxembourg (0,84, RCA = 11,5), la Slovénie (0,51), la Grèce (0,37) et l'Italie (0,35). L'Italie combine un fort avantage comparatif avec une part de production de 16,5 % du total UE, ce qui en fait le cœur industriel du secteur. À l'inverse, Chypre, Malte et l'Irelande ne présentent aucune spécialisation notable.
| État membre | RSCA | Part prod. UE | Part export. UE |
|---|---|---|---|
| Luxembourg | 0,84 | 3,7 % | 11,6 % |
| Slovénie | 0,51 | 3,1 % | 4,5 % |
| Italie | 0,35 | 16,5 % | 16,5 % |
| Allemagne | — | — | 29,7 % |
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des nontissés (CN 5603) a connu une double dynamique de croissance intérieure et d'ouverture aux importations. La production de l'UE a augmenté de près de 50 % en volume et de 90 % en valeur, portée par la demande dans les applications techniques. Simultanément, les importations extra-UE ont bondi de 62 % en volume, alimentées principalement par la Chine (+131 %) et la Turquie (+150 %), qui concentrent une part croissante des approvisionnements. L'excédent commercial de l'UE s'est contracté de 40 %, passant sous la barre des 600 M€. La hausse des prix à l'exportation (+37 %) masque un recul volumétrique des ventes extérieures, suggérant une spécialisation croissante de l'UE dans les segments à haute valeur ajoutée. Les risques identifiés sont principalement la concentration accrue des importations (HHI volume +87 %) et la vulnérabilité aux chocs de prix, comme celui observé sur la Turquie en 2022. L'avenir du secteur dépendra de la capacité de l'industrie européenne à maintenir son avantage technologique face à une concurrence internationale de plus en plus affirmée.