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Évolution du marché : Nontissés synthétiques (CN 560313) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 560313 couvre les nontissés de filaments synthétiques ou artificiels d'un poids compris entre 70 et 150 g/m², y compris lorsqu'ils sont imprégnés, enduits, recouverts ou stratifiés. Ce produit, utilisé notamment dans les secteurs de l'hygiène, de la filtration, de la construction et de l'automobile, constitue un segment stratégique de l'industrie textile européenne. Le présent rapport analyse l'évolution des échanges de l'Union européenne avec le reste du monde sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données commerciales disponibles. Trois dynamiques majeures se dégagent de cette décennie : un recul de la position excédentaire de l'UE malgré une hausse de la production, une recomposition géographique sensible des flux commerciaux, et des tensions sur les prix accompagnées de chocs ponctuels sur certains partenaires.


1. Un modèle exportateur européen en repli structurel

1.1. Des exportations en recul tant en volume qu'en valeur

Sur la période 2015–2025, les exportations de l'UE en nontissés 560313 ont nettement fléchi. La valeur est passée de 450,8 M€ à 405,1 M€ (−10,2 %), tandis que les volumes ont chuté de 90 519 tonnes à 73 435 tonnes (−18,9 %). Ce recul des quantités, plus prononcé que celui de la valeur, traduit une hausse des prix à l'exportation (de 4 981 €/t à 5 515 €/t, soit +10,7 %), qui ne suffit toutefois pas à compenser l'érosion des volumes.

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur exportations (M€) 450,8 405,1 −10,2 %
Volume exportations (t) 90 519 73 435 −18,9 %
Prix moyen export (€/t) 4 981 5 515 +10,7 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

1.2. Le déclin allemand, moteur du recul global

L'Allemagne, premier exportateur de l'UE dans ce segment, a vu ses exportations s'effondrer de 228,9 M€ à 115,8 M€ (−49,4 %) entre 2015 et 2025. Ce recul spectaculaire constitue le principal facteur du repli global des exportations européennes. En parallèle, certains pays ont connu des progressions remarquables : la Pologne a multiplié ses exportations par 5,5 (de 7,0 M€ à 31,7 M€, +352,5 %), tandis que le Luxembourg affichait une hausse de 36,6 % (de 36,1 M€ à 49,3 M€). L'Italie a également progressé (+18,3 %), atteignant 72,2 M€ en 2025.

Pays 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Allemagne 228,9 115,8 −49,4 %
Italie 61,0 72,2 +18,3 %
Luxembourg 36,1 49,3 +36,6 %
Pays-Bas 32,3 32,3 +0,1 %
France 27,3 23,1 −15,4 %
Pologne 7,0 31,7 +352,5 %

Source : Principaux pays exportateurs

1.3. Une production en forte croissance qui ne se traduit pas en exportations

Contrairement à l'évolution des exportations, la production européenne de nontissés a connu une expansion vigoureuse. En volume, elle a augmenté de 47,8 % (de 425 539 tonnes à 628 853 tonnes), et en valeur, elle a plus que doublé (+116,9 %, passant de 1 086 M€ à 2 356 M€). Cette forte croissance de la production alors que les exportations reculent indique que la demande intérieure européenne a absorbé une part croissante de la production nationale. L'élasticité export de la production a ainsi diminué, passant de 34,7 % à 32,8 % (propension à exporter), traduisant une moindre orientation vers l'extérieur de l'industrie européenne du nontissé.

Source : Volumes de production


2. Une recomposition géographique profonde des échanges

2.1. La Turquie, grande gagnante des importations européennes

La transformation la plus spectaculaire de la période concerne les importations en provenance de Turquie. Celles-ci ont été multipliées par près de 5 (de 7,3 M€ à 35,3 M€, soit +382,9 %), faisant de la Turquie le deuxième fournisseur de l'UE derrière les États-Unis. Cette progression fulgurante reflète vraisemblablement le développement de la capacité de production turque dans les nontissés, la compétitivité-prix du pays, et la proximité géographique avec les marchés européens. En parallèle, les exportations de l'UE vers la Turquie ont chuté de 62,7 M€ à 28,4 M€ (−54,6 %), illustrant un renversement complet de la relation commerciale bilatérale dans ce segment.

2.2. Des fournisseurs traditionnels en perte de vitesse

Plusieurs partenaires historiques ont vu leur part dans les importations européennes se réduire. Taïwan a reculé de 33,5 % (de 25,6 M€ à 17,0 M€), le Royaume-Uni de 17,8 % (de 28,2 M€ à 23,2 M€), et la Suisse de 7,1 %. Ce repli s'explique en partie par la montée en gamme de certaines productions européennes et par la concurrence croissante de fournisseurs à moindre coût.

Fournisseur 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Chine 20,8 41,1 +97,4 %
Turquie 7,3 35,3 +382,9 %
États-Unis 44,5 68,5 +53,9 %
Taïwan 25,6 17,0 −33,5 %
Royaume-Uni 28,2 23,2 −17,8 %
Ukraine 1,0 6,6 +578,5 %

Source : Principaux partenaires à l'importation

2.3. Les perturbations géopolitiques reconfigurent les flux

L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 a profondément affecté les échanges dans ce secteur. Les exportations vers la Fédération de Russie ont chuté de 65,9 % (de 23,9 M€ à 8,2 M€), reflétant l'impact des sanctions commerciales. Un choc de prix important a été détecté sur les importations en provenance d'Ukraine en 2022 (décalage de +50,6 %, indice d'anomalie de 5,8), ce qui peut s'expliquer par les perturbations logistiques et la recomposition des chaînes d'approvisionnement dans le contexte du conflit. Par ailleurs, l'Ukraine est devenue un fournisseur croissant pour l'UE (+578,5 % en importations), signe d'un rapprochement économique accéléré.

Source : Événements de choc

2.4. La concentration des importations progresse légèrement

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 1 441 à 1 472 (+2,1 %), indiquant une légère augmentation de la concentration des fournisseurs. En volume, l'augmentation est plus marquée (+66,1 %, de 1 119 à 1 859), suggérant que les flux se concentrent davantage sur quelques partenaires majeurs. En revanche, les exportations demeurent relativement diversifiées, avec un HHI stable autour de 750–760.

Source : Concentration HHI


3. Tensions sur les prix, segments à forte valeur ajoutée et vulnérabilité accrue

3.1. Une hausse généralisée des prix moyens

Tant à l'importation qu'à l'exportation, les prix moyens ont augmenté sur la période. Le prix moyen des importations est passé de 4 682 €/t à 5 214 €/t (+11,4 %), tandis que celui des exportations est passé de 4 981 €/t à 5 515 €/t (+10,7 %). Cette hausse peut refléter une montée en gamme des produits échangés, l'inflation des coûts des matières premières (fibres synthétiques dérivées du pétrole), ainsi que l'impact de chocs de prix ponctuels.

Un choc de prix significatif a été détecté sur les importations en provenance des États-Unis en 2019, avec un décalage de +66,2 % et un indice d'anomalie de 9,7, couvrant 29,7 % de la valeur des importations cette année-là. Cet épisode pourrait être lié à des tensions commerciales transatlantiques ou à des ajustements de prix contractuels.

Source : Volatilité

3.2. Le segment des nontissés enduits ou recouverts : une dynamique d'importation en forte croissance

Le produit 560313 se décompose en deux sous-segments : les nontissés non enduits (56031390) et les nontissés enduits ou recouverts (56031310). Ce dernier segment, à plus forte valeur ajoutée, a connu une croissance remarquable des importations : le volume a été multiplié par 3,4 (de 2 658 t à 9 066 t) et la valeur par 2,6 (de 31,2 M€ à 81,1 M€). Le prix moyen de ce segment est nettement supérieur à celui du segment non enduit (environ 8 944 €/t contre 4 354 €/t en 2025), ce qui confirme sa nature de produit à plus forte valeur ajoutée.

Sous-segment Import. vol. 2015 (t) Import. vol. 2025 (t) Variation Prix 2025 (€/t)
56031390 — Non enduits 33 615 39 357 +17,1 % 4 354
56031310 — Enduits/recouverts 2 658 9 066 +241,1 % 8 944

Source : Détail par segment produit

3.3. Une dépendance nette à l'importation en recul, mais une vulnérabilité persistante

Le taux de dépendance nette aux importations est passé de −28,0 % à −8,7 % (une valeur négative indiquant un excédent commercial). L'UE reste donc exportatrice nette, mais son avantage s'est considérablement réduit. La contraction du solde commercial (de 281 M€ à 153 M€, soit −45,7 %) illustre cette érosion. L'intensité commerciale (rapport échanges/production) est passée de 42,1 % à 46,1 %, indiquant une intégration accrue du secteur dans les échanges internationaux.

La volatilité des importations est particulièrement élevée avec certains partenaires : l'Afrique du Sud (CV de 0,71), la Russie (0,62) et l'Ukraine (0,46) présentent les coefficients de variation les plus importants, ce qui traduit une instabilité structurelle de ces flux d'approvisionnement.

Source : Dépendance nette aux importations


Conclusion

La période 2015–2025 marque un tournant pour le marché européen des nontissés synthétiques (CN 560313). Si l'Union européenne demeure un acteur majeur — avec une production en forte croissance et un excédent commercial persistant —, sa position s'est significativement fragilisée. Le recul des exportations, porté par l'effondrement des ventes allemandes, s'est accompagné d'une montée en puissance de fournisseurs tiers, en particulier la Turquie et la Chine, qui ont capté une part croissante du marché européen. Les perturbations géopolitiques (conflit russo-ukrainien, tensions commerciales) ont reconfiguré les flux et introduit une volatilité accrue sur certains corridors. Enfin, la forte croissance des importations de nontissés enduits ou recouverts — un segment à haute valeur ajoutée — suggère que l'Europe perd du terrain sur les produits les plus sophistiqués, malgré des capacités de production en expansion. Ces évolutions soulèvent des questions d'autonomie stratégique pour un secteur clé de l'industrie textile et des matériaux avancés européens.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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