Évolution du marché : Tissus bonneterie large (CN 6006) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce de l'Union européenne pour les étoffes de bonneterie large (code NC 6006) sur la période 2015-2025. Malgré une contraction des volumes échangés et une production intérieure en déclin, le secteur a démontré une résilience par la hausse des prix unitaires et une amélioration de la balance commerciale. Les dynamiques géographiques ont été profondément restructurées, avec une montée en puissance de fournisseurs comme la Chine et l'Ouzbékistan, tandis que les exportations se sont réorientées vers les pays du bassin méditerranéen. L'analyse révèle également une concentration accrue des flux d'exportation et l'impact d'événements géopolitiques, illustrant l'adaptation du secteur à un environnement commercial en mutation.
1. Une contraction des volumes mais une appréciation de la valeur
La période 2015-2025 se caractérise par une divergence nette entre la trajectoire des volumes et celle des valeurs commerciales, révélant des changements structurels dans la compétitivité et la demande.
1.1. Un recul significatif des quantités échangées
Les échanges de tissus de bonneterie en volume ont marqué le pas. Les importations de l'UE ont diminué de 133 597 tonnes en 2015 à 121 672 tonnes en 2025, soit une baisse de 8,9%. Cette contraction a été particulièrement prononcée en 2020, avec un minimum de 110 297 tonnes, probablement lié à la pandémie de Covid-19. Le volume des exportations a connu une érosion encore plus marquée, passant de 48 832 tonnes à 46 617 tonnes (-4,5%), avec un creux notable en 2025 [(Voir les données générales)].
1.2. Une hausse des prix unitaires tirant les valeurs vers le haut
Paradoxalement, la valeur totale des échanges a mieux résisté, soutenue par une forte augmentation des prix unitaires. Le prix moyen à l'importation a progressé de 4 826 €/t à 5 075 €/t (+5,1%), tandis que celui des exportations a bondi de 11 630 €/t à 12 229 €/t (+5,1%). Cette inflation des prix a permis de limiter la baisse de la valeur des importations (-4,2% en valeur) et de stabiliser celle des exportations (+0,4%), traduisant potentiellement un mouvement vers des produits à plus haute valeur ajoutée [(Évolution des prix)].
1.3. Une amélioration structurelle du solde commercial
Grâce à la combinaison d'une baisse des importations en valeur et d'une stabilisation des exportations, le déficit commercial de l'UE s'est réduit de manière significative. Il est passé de -77 M€ en 2015 à -47 M€ en 2025, soit une amélioration de 38%. Le déficit a atteint un pic à -187 M€ en 2017 avant de se réduire progressivement, signe d'une moindre dépendance vis-à-vis des importations nettes.
2. Une réorientation géographique des flux commerciaux
Les partenaires commerciaux de l'UE ont connu des fortunes diverses, avec une consolidation des fournisseurs traditionnels et l'émergence de nouveaux acteurs, particulièrement à l'import.
2.1. À l'import : entre stabilité turque et montée en puissance de nouveaux acteurs
La Turquie demeure le premier fournisseur de l'UE, mais ses parts ont reculé de 312 M€ (2015) à 281 M€ (2025, -9,9%). En revanche, la Chine a consolidé sa deuxième position avec une hausse de 187 M€ à 221 M€ (+17,7%). La dynamique la plus spectaculaire est celle de l'Ouzbékistan, dont les exportations vers l'UE ont explosé, passant de 45 000 € à 8,9 M€. À l'inverse, les importations en provenance du Royaume-Uni ont chuté de 79% après le Brexit [(Partenaires d'importation)].
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Turquie | 312,1 | 281,3 | -9,9 |
| Chine | 187,3 | 220,6 | +17,7 |
| Corée du Sud | 43,5 | 10,4 | -76,0 |
| Ouzbékistan | 0,045 | 8,9 | +19 597,4 |
| Royaume-Uni | 35,9 | 7,5 | -79,2 |
2.2. À l'export : un recentrage sur la Méditerranée et l'Est européen
Les exportations de l'UE se sont concentrées vers ses proches voisins. Le Maroc est devenu le premier client avec une valeur passée de 127 M€ à 166 M€ (+30%). La Tunisie confirme sa position de partenaire clé (+12%). En contraste, les ventes vers le Royaume-Uni (-59%) et les États-Unis (-51%) se sont effondrées, illustrant l'impact du Brexit et une possible perte de compétitivité sur ces marchés éloignés. L'Ukraine est un client en croissance (+31%), avant le déclenchement du conflit [(Partenaires d'exportation)].
2.3. Une production intérieure en net déclin
La base industrielle de l'UE pour ce produit s'est considérablement réduite. La production en volume a chuté de 361 000 tonnes à 280 000 tonnes (-22%) entre 2015 et 2025. La valeur de la production a encore plus diminué (-28%), passant de 2,77 milliards € à 1,99 milliard €. Ce recul plus marqué des valeurs que des volumes suggère une pression sur les marges et une possible délocalisation de la production vers des segments à plus faible valeur ajoutée [(Évolution de la production)].
3. Concentration accrue et vulnérabilité aux chocs
Le secteur fait face à une volatilité particulière et à une exposition croissante aux risques géopolitiques et à la concentration des échanges.
3.1. Une spécialisation et une concentration des exportations plus fortes
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations a augmenté de 37,5%, passant de 1 031 à 1 418. Cela indique que les flux d'exportation de l'UE se concentrent sur un nombre réduit de partenaires. Les États membres les plus spécialisés dans la production et l'exportation de ce produit sont le Portugal (RSCA: 0,72), le Danemark, la Grèce, l'Italie et la Roumanie [(Spécialisation des États membres)].
3.2. L'impact de chocs géopolitiques sur les prix à l'exportation
L'analyse a détecté des chocs de prix significatifs en 2022, année de l'invasion russe de l'Ukraine. Le prix des exportations vers l'Ukraine a bondi de 23,5%, avec un degré d'anomalie très élevé (13). Des hausses de prix importantes ont également été observées vers le Mexique (+29,1%) et le Maroc (+16,3%). Ces événements illustrent la forte volatilité du secteur et sa sensibilité aux perturbations des chaînes logistiques et aux crises [(Événements de choc)].
3.3. Une dépendance aux importations en voie de réduction
L'indicateur de dépendance nette aux importations s'est amélioré, passant de -18,3% à -8,5% (valeur négative indiquant un excédent ou une moindre dépendance). Cette évolution, combinée à une intensité commerciale et une propension à l'exporter en hausse (respectivement +60% et +81% depuis 2015), suggère que l'UE, tout en produisant moins, s'est intégrée plus profondément dans le commerce mondial de ce produit, probablement en se spécialisant sur des niches à plus haute valeur [(Indicateurs de vulnérabilité)].
Conclusion
La période 2015-2025 a été marquée par une transformation profonde du marché européen des étoffes de bonneterie large. Le secteur a connu une contraction de ses volumes produits et échangés, compensée par une hausse des prix qui a permis d'améliorer le solde commercial. Géographiquement, une réorientation est nette : les importations se diversifient avec l'émergence de l'Ouzbékistan, tandis que les exportations se concentrent sur les partenaires méditerranéens et de l'Est. Cette restructuration s'accompagne d'une plus grande concentration des flux et d'une exposition accrue aux chocs géopolitiques, comme l'a montré l'impact de la guerre en Ukraine sur les prix. L'avenir du secteur dépendra de sa capacité à maintenir sa valeur ajoutée dans un contexte de production intérieure déclinante et de volatilité persistante.