Évolution du marché : Tricots étroits (CN 6003) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce de l'Union européenne pour les étoffes de bonneterie d'une largeur ≤ 30 cm (code NC 6003) entre 2015 et 2025. L'analyse s'appuie exclusivement sur les données fournies, avec pour objectif d'identifier les principales dynamiques structurelles et conjoncturelles du marché. Malgré des chocs et des restructurations, l'UE maintient un excédent commercial sur ce segment, caractérisé par une forte dépendance aux fibres synthétiques et une concentration accrue des importations.
1. Stabilité des exportations européennes et repositionnement des importations
Ce premier axe examine l'évolution globale des flux commerciaux de l'UE, révélant une résilience des exportations malgré une contraction des volumes, et une montée en puissance des importations.
Les exportations de l'UE maintiennent leur valeur malgré une baisse des volumes
Sur la période 2015-2025, la valeur totale des exportations de l'UE vers les pays tiers a connu une progression modeste de +1,0 %, passant de 39,0 M€ à 39,4 M€ (Vue d'ensemble du commerce). En revanche, le volume exporté a reculé de 5,0 %, de 1 152 à 1 094 tonnes. Cette divergence s'explique par une hausse significative du prix moyen à l'exportation, qui a progressé de 6,3 % pour atteindre 36 010 €/t en 2025. Cela indique une montée en gamme ou une inflation des coûts de production au sein de l'UE.
Les importations connaissent une croissance marquée, portée par la Chine
Le dynamisme est plus net du côté des importations. Leur valeur a bondi de 43,6 % pour s'établir à 16,8 M€ en 2025. Les volumes importés ont suivi la même tendance (+15,8 %), bien que le prix moyen ait également connu une hausse de 24,0 %. La part de la Chine dans les importations a littéralement explosé, avec une augmentation de sa valeur de 112,0 % entre 2015 et 2025, consolidant sa position de premier fournisseur de l'UE (Partenaires principaux par valeur).
L'excédent commercial se réduit mais l'autonomie s'améliore
Malgré la poussée des importations, l'UE reste excédentaire. Cependant, le solde positif s'est érodé de 17,2 % entre 2015 et 2025. Paradoxalement, l'indicateur de dépendance nette aux importations s'est amélioré de 53,7 % (passant de -18,3 % à -8,5 %), indiquant une réduction relative de la vulnérabilité extérieure de l'UE sur ce produit (Dépendance nette aux importations).
2. Dominance des fibres synthétiques et évolutions sectorielles
Cette section décompose les flux par sous-catégorie de produit. Elle met en lumière la prééminence absolue des tissus en fibres synthétiques dans les échanges, ainsi que des dynamiques contrastées pour les autres matières.
Les fibres synthétiques (600330) structurent les échanges
Les étoffes de fibres synthétiques représentent le cœur du marché. En 2025, elles ont constitué 67,3 % de la valeur totale des importations de l'UE et 80,7 % de la valeur de ses exportations (Ventilation par produit). Le prix à l'exportation de ce segment a connu une forte hausse, culminant à 43 632 €/t en 2025, soit une progression de 15,3 % par rapport à 2015.
Le segment du coton (600320) montre une demande à l'exportation stable
Les tissus de coton ont affiché une relative stabilité en volume exporté sur la décennie. Leur valeur d'exportation a suivi une trajectoire en dents de scie, avec un pic à 5,8 M€ en 2019 avant de se replier à 3,5 M€ en 2025. Côté importations, le volume a fluctué sans tendance claire, bien que la valeur ait presque doublé pour atteindre 2,6 M€ en 2025.
La laine (600310) et les « autres » matières (600390) connaissent des fortunes diverses
Le segment de la laine et poils fins a connu un regain d'activité spectaculaire entre 2020 et 2022, tant en importations qu'en exportations, avant de se calmer. Les tissus classés dans la catégorie « autres » (600390) ont vu leur valeur d'exportation être multipliée par plus de trois entre 2015 et 2024, suggérant une spécialisation vers des niches ou des matières moins courantes. Les fibres artificielles (600340) demeurent quant à elles un segment marginal.
3. Concentration des approvisionnements et défis productifs
Le dernier axe analyse la structure du marché, révélant une concentration géographique accrue des importations et un déclin de la production intra-européenne.
Les importations se concentrent fortement sur la Chine
L'indice de concentration HHI des importations a bondi de 58,4 % sur la période, passant de 1 961 à 3 106 (Concentration HHI). Cette hausse est principalement imputable à la part croissante de la Chine. En parallèle, la volatilité des échanges avec certains partenaires comme le Royaume-Uni (après le Brexit) ou Taïwan a été très élevée.
La production de l'Union européenne enregistre un recul marqué
Selon les données Prodcom, la production physique de tricots étroits dans l'UE a chuté de 22,4 % en volume entre 2015 et 2025. La valeur de cette production a reculé de manière encore plus prononcée (-28,0 %). Ce déclin structurel explique en partie la hausse des importations et le redéploiement de certaines activités vers des pays tiers comme la Turquie, le Maroc ou l'Ukraine (Volumes de production).
L'Allemagne domine le commerce intra-européen et renforce sa position à l'export
Au sein de l'UE, l'Allemagne se distingue comme le leader incontesté. Elle concentre la plus grande part de la production (68,2 %) et des exportations intra-UE. Sa valeur d'exportation vers les pays tiers a crû de 27,9 % entre 2015 et 2025, la portant à 22,4 M€, soit plus de la moitié des exportations totales de l'UE (Rapporteurs principaux par valeur). L'Italie, autre acteur historique, a vu son poids s'effriter considérablement.
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché européen des tricots étroits (CN 6003) a subi une profonde restructuration. Si l'UE a su conserver un excédent commercial et améliorer partiellement son autonomie, sa base productive s'est significativement érodée. Le marché s'est caractérisé par une polarisation extrême : les exportations se sont concentrées sur des produits à plus forte valeur ajoutée (fibres synthétiques), tandis que les importations, en forte hausse, sont de plus en plus dépendantes d'un nombre réduit de partenaires, au premier rang desquels la Chine. L'avenir de ce secteur dans l'UE dépendra de sa capacité à innover et à préserver sa compétitivité sur les segments à haute valeur ajoutée face à une concurrence internationale intensifiée.