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Évolution du marché : Velours et peluches bonneterie (CN 6001) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 6001 couvre les velours, peluches (y compris les étoffes dites « à longs poils ») et étoffes bouclées en bonneterie. Ce segment textile, à la croisée de l'habillement, de l'ameublement et de l'automobile, a connu des transformations profondes entre 2015 et 2025 dans le cadre du commerce extérieur de l'Union européenne. Le présent rapport s'appuie sur les données douanières agrégées au niveau de l'UE-27 avec l'ensemble des pays tiers comme partenaires (Vue d'ensemble générale).

Les dynamiques observées sur cette période font ressortir trois grandes tendances : une forte augmentation des importations tirées par les fibres synthétiques en provenance de Chine, une contraction sévère de la production européenne et une réorientation des flux d'exportation, ainsi qu'une concentration accrue des approvisionnements générant des vulnérabilités structurelles.


1. L'envolée des importations dopée par les fibres synthétiques chinoises

Un déficit commercial qui se creuse de manière continue

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE en velours et peluches bonneterie s'est structuré autour d'un déséquilibre croissant. Les importations ont progressé de 40,4 % en valeur (passant de 148,0 M€ à 207,9 M€) et de 118,6 % en volume (de 23 571 t à 51 522 t), tandis que les exportations n'ont crû que de 10,2 % en valeur (de 102,6 M€ à 113,1 M€) et de 2,5 % en volume (de 11 685 t à 11 975 t). Le solde commercial s'est ainsi détérioré de −45,4 M€ à −94,8 M€, soit un creusement de 108,7 % (indicateurs de vulnérabilité).

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations (valeur) 148,0 M€ 207,9 M€ +40,4 %
Importations (volume) 23 571 t 51 522 t +118,6 %
Importations (prix moyen) 6 279 €/t 4 034 €/t −35,7 %
Exportations (valeur) 102,6 M€ 113,1 M€ +10,2 %
Exportations (volume) 11 685 t 11 975 t +2,5 %
Exportations (prix moyen) 8 780 €/t 9 442 €/t +7,5 %
Solde commercial −45,4 M€ −94,8 M€ −108,7 %

Le segment des velours et peluches synthétiques (600192) comme moteur des importations

La hausse des importations est presque exclusivement portée par le sous-produit 600192 — « Velours et peluches en bonneterie, de fibres synthétiques ou artificielles ». En volume, ce segment est passé de 12 767 t en 2015 à 39 641 t en 2025, soit un triplement. En valeur, il représentait 68,9 M€ en 2015 et 139,8 M€ en 2025, ce qui en fait le sous-produit dominant avec une part de 67 % des importations totales en valeur en 2025. Son prix moyen a baissé de 5 394 €/t à 3 526 €/t (−34,6 %), reflétant à la fois l'effet d'échelle et la pression concurrentielle exercée par les producteurs asiatiques.

Les autres segments restent nettement plus modestes en importation :

Sous-produit Part des importations (valeur, 2025) Évolution volume (2015→2025)
600192 — Velours/peluches synthétiques 67,2 % 12 767 → 39 641 t (+210 %)
600110 — Étoffes à longs poils 13,5 % 3 893 → 5 917 t (+52 %)
600122 — Étoffes à boucles synthétiques 10,0 % 2 371 → 3 762 t (+59 %)
600191 — Velours/peluches coton 3,8 % 3 115 → 819 t (−74 %)
600199 — Velours/peluches autres 2,1 % 661 → 502 t (−24 %)
600121 — Étoffes à boucles coton 2,0 % 558 → 514 t (−8 %)
600129 — Étoffes à boucles autres 1,4 % 207 → 368 t (+78 %)

Le segment coton (600191) a connu un effondrement spectaculaire, perdant trois quarts de son volume importé, ce qui traduit le basculement global du secteur vers les fibres synthétiques.

La Chine, fournisseur quasi hégémonique

La Chine domine les importations de l'UE en CN 6001. Ses livraisons ont progressé de 79,7 M€ à 160,8 M€ (+101,7 %), portant sa part dans les importations totales de l'UE de 53,9 % à 77,3 %. Les autres fournisseurs ont soit stagné, soit reculé :

Partenaire Import. 2015 Import. 2025 Variation
Chine 79,7 M€ 160,8 M€ +101,7 %
Turquie 24,1 M€ 14,1 M€ −41,4 %
Royaume-Uni 9,9 M€ 11,6 M€ +17,6 %
Corée du Sud 11,5 M€ 5,3 M€ −54,4 %
États-Unis 11,1 M€ 5,6 M€ −49,3 %
Serbie 1,9 M€ 1,6 M€ −12,5 %
Thaïlande 1,2 M€ 0,6 M€ −51,5 %

(Partenaires par valeur)

La progression chinoise est particulièrement marquée à partir de 2020, période à laquelle la Chine a atteint un pic à 194,8 M€ d'importations en valeur. La baisse observée entre 2022 et 2025 (de 194,8 M€ à 160,8 M€) pourrait refléter les effets des tensions géopolitiques et des premières mesures de diversification, mais la Chine reste de très loin le premier fournisseur.


2. Effondrement de la production européenne et reconfiguration des exportations

Une production qui s'effondre de plus de 60 %

Les données de production PRODCOM (code 13.91.11.00) révèlent un déclin dramatique de la production européenne de velours et peluches en bonneterie. En quantité, elle est passée de 109,6 Mkg à 42,4 Mkg (−61,3 %), et en valeur de 769,9 M€ à 332,4 M€ (−56,8 %) (volumes de production).

Ce déclin est le résultat combiné de plusieurs facteurs structurels : la délocalisation progressive de la production textile vers l'Asie, la montée en puissance des fibres synthétiques à bas coût produites en Chine, et la pression sur les coûts énergétiques européens. Il traduit une perte de compétitivité manufacturière qui explique en grande partie le creusement du déficit commercial observé en première partie.

L'Italie et l'Espagne conservent une spécialisation significative

Malgré ce déclin, certains États membres conservent un avantage comparatif révélé (RCA) significatif dans ce segment. En 2025, les pays les plus spécialisés sont :

Pays RCA RCA stabilisé (RSCA) Part dans les exportations UE
Portugal 5,14 0,67 7,1 %
Slovénie 3,12 0,51 3,1 %
Italie 2,50 0,43 20,0 %
Espagne 2,45 0,42 14,2 %
Grèce 1,66 0,25 1,1 %

(Spécialisation des États membres)

L'Italie, qui représente 20 % de la production UE dans ce segment, et l'Espagne (14,2 %) constituent les piliers de la production européenne résiduelle. Le Portugal, avec le RCA le plus élevé (5,14), affirme une niche spécialisée, probablement liée à son tissu industriel textile historique.

Des flux d'exportation redirigés vers le bassin méditerranéen

Les exportations de l'UE vers les pays tiers ont connu une recomposition géographique notable. Le Maroc (de 12,9 M€ à 18,0 M€, +39,4 %) et surtout la Tunisie (de 5,6 M€ à 14,8 M€, +163,5 %) sont devenus des débouchés majeurs, dans le contexte de l'externalisation de la confection textile vers la rive sud de la Méditerranée. La Tunisie, avec un quasi-triplement de ses achats, illustre parfaitement cette dynamique de nearshoring.

Partenaire Export. 2015 Export. 2025 Variation
Royaume-Uni 12,9 M€ 14,0 M€ +8,1 %
Maroc 12,9 M€ 18,0 M€ +39,4 %
Turquie 11,6 M€ 10,4 M€ −10,5 %
Tunisie 5,6 M€ 14,8 M€ +163,5 %
Ukraine 1,8 M€ 4,6 M€ +154,7 %
Sénégal 0,7 M€ 0,6 M€ −2,1 %
Chine 8,6 M€ 3,2 M€ −62,8 %

(Partenaires par valeur)

La forte hausse des exportations vers l'Ukraine (+154,7 %) et la baisse vers la Chine (−62,8 %) reflètent à la fois l'impact de la guerre en Ukraine (besoin de textiles techniques, aide humanitaire) et la substitution progressive de la Chine en tant que destination d'exportation par des marchés à plus faible valeur ajoutée.

Du côté des exportateurs intra-UE, la Pologne a connu la progression la plus spectaculaire parmi les États membres, passant de 1,5 M€ à 5,7 M€ (+289,9 %), tandis que les Pays-Bas ont fortement reculé (−60,6 %) et l'Allemagne a perdu 23,7 % de ses exportations (reporters par valeur).

Une intensité commerciale qui double

L'intensité commerciale du secteur (rapport commerce/production) est passée de 26,9 % à 61,2 % (+127,2 %), et la propension à exporter de 16,6 % à 36,6 % (+119,8 %) (intensité commerciale). Ces chiffres confirment que le secteur est devenu beaucoup plus dépendant des échanges internationaux, ce qui traduit à la fois la perte d'autonomie productive de l'UE et l'intégration croissante des chaînes de valeur transméditerranéennes.


3. Concentration croissante des approvisionnements et exposition aux chocs

Un indice de concentration des importations en forte hausse

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a presque doublé, passant de 3 337 à 6 082 (+82,2 %) en valeur et de 4 529 à 8 183 (+80,7 %) en volume (concentration). Un HHI supérieur à 2 500 est généralement considéré comme révélateur d'un marché hautement concentré ; à plus de 6 000, la concentration est extrême. Cette évolution reflète directement la prise de position dominante de la Chine.

À l'inverse, l'HHI des exportations reste faible (de 682 à 777), ce qui indique que les exportations de l'UE sont réparties de manière relativement diversifiée entre de nombreux partenaires.

Indicateur 2015 2025 Variation
HHI importations (valeur) 3 337 6 082 +82,2 %
HHI importations (volume) 4 529 8 183 +80,7 %
HHI exportations (valeur) 682 777 +13,9 %
HHI exportations (volume) 1 033 1 121 +8,5 %

Des chocs de prix identifiés sur les flux d'exportation

L'analyse des chocs de prix a détecté trois événements significatifs sur la période :

Événement Partenaire Type Date Décalage prix Anomalie
Choc de prix export Chine prix 2018 +180,9 % 135,3
Choc de prix export Serbie prix 2018 +45,6 % 10,2
Choc de prix export Ukraine prix 2022 +33,1 % 8,3

(Chocs d'approvisionnement)

Le choc sur les exportations vers la Chine en 2018, avec un décalage de prix de +180,9 % et une anomalie de 135,3, est particulièrement marquant. Il correspond probablement à un effet de composition (modification du mix produits exportés vers des segments à plus forte valeur ajoutée) ou à des perturbations liées à la guerre commerciale sino-américaine de 2018, qui a pu restructurer les flux textiles globaux. Le choc ukrainien de 2022 s'inscrit quant à lui dans le contexte de l'invasion russe et de la perturbation des chaînes logistiques régionales.

Une volatilité structurelle sur certains partenaires

Les coefficients de variation (CV) confirment une volatilité élevée sur certains partenaires d'approvisionnement, illustrant les risques liés à la concentration :

Partenaire (importations) CV Partenaire (exportations) CV
Égypte 1,18 Chine 1,11
Macédoine du Nord 0,82 Nigeria 0,87
États-Unis 0,67 Moldavie 0,83
Japon 0,65 Turquie 0,59
Inde 0,61 Ukraine 0,44

(Volatilité)

La volatilité des exportations vers la Chine (CV de 1,11) confirme la fragilité de ce lien commercial, tandis que le Royaume-Uni (CV de 0,15 pour les exportations) apparaît comme le partenaire le plus stable.

L'approvisionnement mondial en fibres synthétiques, talon d'Achille européen

La dépendance nette aux importations est passée de −2,6 % à +21,2 % entre 2015 et 2025, signifiant que l'UE, qui disposait d'un léger excédent dans ce segment au début de la période, est devenue structurellement déficitaire (dépendance nette aux importations). Ce basculement, d'une ampleur de 907,7 %, est l'un des plus marquants de tous les segments textiles de la nomenclature combinée.

Le segment des velours et peluches en fibres synthétiques (600192) concentre à lui seul les deux tiers des importations et connaît les plus fortes variations de prix à l'importation (de 5 394 €/t en 2015 à 3 526 €/t en 2025), ce qui en fait la composante la plus sensible aux fluctuations des cours mondiaux du pétrole et des polymères synthétiques.


Conclusion

Le marché européen des velours et peluches en bonneterie (CN 6001) a subi une mutation profonde entre 2015 et 2025. La production européenne s'est contractée de plus de 60 %, tandis que les importations ont plus que doublé en volume, principalement en raison de l'afflux de velours et peluches en fibres synthétiques en provenance de Chine. Ce phénomène a conduit à une concentration extrême des approvisionnements (HHI importations de 6 082) et à un creusement du déficit commercial de 94,8 M€.

La reconfiguration géographique des exportations, marquée par la forte progression vers la Tunisie (+163,5 %) et le Maroc (+39,4 %), suggère que les échanges intra-méditerranéens servent de plus en plus de relais dans une chaîne de valeur décentralisée, où l'UE fournit des étoffes à des pays de confection à faible coût de main-d'œuvre.

La principale vulnérabilité identifiée réside dans la dépendance quasi-monopolistique vis-à-vis de la Chine pour le segment synthétique dominant (600192), dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes. La diversification des sources d'approvisionnement et le maintien des capacités de production résiduelles dans les pays spécialisés (Italie, Espagne, Portugal, Slovénie) constituent des enjeux stratégiques pour la résilience de la filière textile européenne dans les années à venir.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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