Évolution du marché : Vêtements femmes (CN 6204) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour la nomenclature combinée 6204, qui regroupe les vêtements non en bonneterie pour femmes et fillettes : costumes tailleurs, ensembles, vestes, robes, jupes, pantalons, culottes et shorts. Sur la période 2015–2025, le marché européen de ce secteur a connu des transformations profondes, marquées par une dépendance accrue aux importations, un effondrement de la production européenne et une recomposition géographique des flux. L'analyse s'appuie exclusivement sur les données fournies, portant sur les échanges de l'UE avec les pays tiers, à fréquence annuelle.
1. Un déficit commercial en expansion rapide, tiré par une demande importatrice soutenue
1.1 Des importations en valeur et en volume nettement supérieures aux exportations
Sur toute la période, l'UE demeure structurellement déficitaire sur le segment CN 6204. En 2015, les importations totales s'élevaient à 8,93 milliards €, contre 4,60 milliards € d'exportations, soit un solde négatif de –4,32 milliards €. En 2025, ce déficit atteint –6,44 milliards €, les importations ayant progressé à 12,48 milliards € (+39,8 %) et les exportations à 6,04 milliards € (+31,3 %). En volume, les importations en tonnes ont crû de 387 830 t à 538 203 t (+38,8 %), tandis que les exportations ont légèrement reculé de 68 689 t à 66 206 t (–3,6 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (Mds €) | 8,93 | 12,48 | +39,8 % |
| Valeur des exportations (Mds €) | 4,60 | 6,04 | +31,3 % |
| Solde commercial (Mds €) | –4,32 | –6,44 | –48,8 % |
| Volume importations (t) | 387 830 | 538 203 | +38,8 % |
| Volume exportations (t) | 68 689 | 66 206 | –3,6 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2 Le décalage croissant entre prix à l'exportation et prix à l'importation
Un constat majeur réside dans la divergence des dynamiques tarifaires. Le prix moyen à l'exportation (par tonne) est passé de 66 985 €/t à 91 243 €/t (+36,2 %), tandis que le prix moyen à l'importation est resté quasi stable autour de 23 000 €/t (+0,7 %). En prix par pièce, l'écart est encore plus frappant : les exportations affichent un prix unitaire de 36,82 €/p/st en 2025 contre seulement 9,19 €/p/st pour les importations. Ce décalage suggère que l'UE s'est progressivement positionnée comme exportateur de produits à plus forte valeur ajoutée, tout en important massivement des vêtements à bas prix.
| Prix moyen | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Export (€/t) | 66 985 | 91 243 | +36,2 % |
| Import (€/t) | 23 013 | 23 181 | +0,7 % |
| Export (€/pièce) | 24,50 | 36,82 | +50,3 % |
| Import (€/pièce) | 8,12 | 9,19 | +13,1 % |
1.3 Une dépendance aux importations qui passe de marginale à dominante
L'indicateur de dépendance nette aux importations passe de 10,9 % en 2015 à 62,4 % en 2025, une progression spectaculaire de +471,9 %. En parallèle, l'intensité commerciale passe de 17,7 % à 117,5 % et la propension à exporter de 4,2 % à 177,9 %. Ces indicateurs confirment que l'UE est devenue fortement dépendante de l'extérieur pour satisfaire sa consommation intérieure de vêtements femmes, tout en exportant une part croissante de sa (diminuante) production.
2. Une géographie commerciale en profonde reconfiguration
2.1 L'Asie du Sud et du Sud-Est, grands gagnants de la décennie côté importations
Si la Chine reste le premier fournisseur de l'UE avec 3,06 milliards € en 2025, sa progression n'est que de +7,8 % sur dix ans, reflétant un tassement relatif. En revanche, plusieurs pays d'Asie du Sud et du Sud-Est connaissent des hausses remarquables :
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 2 834 | 3 056 | +7,8 % |
| Bangladesh | 1 138 | 2 034 | +78,6 % |
| Turquie | 1 137 | 1 503 | +32,2 % |
| Maroc | 617 | 920 | +49,1 % |
| Inde | 516 | 806 | +56,1 % |
| Cambodge | 226 | 832 | +268,2 % |
| Pakistan | 288 | 548 | +90,2 % |
Source : Principaux partenaires par valeur
Le Cambodge affiche la progression la plus spectaculaire (+268,2 %), suivi du Pakistan (+90,2 %) et du Bangladesh (+78,6 %). Cette dynamique traduit une diversification des chaînes d'approvisionnement, les importateurs européens cherchant des alternatives à la Chine, dans un contexte de hausse des coûts de production chinois et de tensions géopolitiques.
2.2 Une concentration des importations en baisse, signe de diversification
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur passe de 1 515 à 1 227 (–19,0 %), indiquant un marché d'approvisionnement moins concentré qu'en 2015. Les importateurs européens diversifient leurs sources, réduisant ainsi leur exposition au risque pays. Le HHI des exportations baisse également de 979 à 872 (–10,9 %), reflétant une dispersion similaire des débouchés.
2.3 Les États-Unis deviennent le premier débouché à l'exportation
Côté exportations, les reconfigurations sont tout aussi marquantes :
| Partenaire | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 1 036 | 849 | –18,1 % |
| Suisse | 534 | 909 | +70,1 % |
| États-Unis | 464 | 987 | +112,7 % |
| Turquie | 108 | 360 | +232,1 % |
| Chine | 212 | 382 | +80,0 % |
| Russie | 457 | 247 | –46,1 % |
Source : Principaux partenaires par valeur
Le Royaume-Uni perd sa position de premier client, avec une baisse de 18,1 % (impact du Brexit). Les États-Unis deviennent le premier débouché en valeur (+112,7 %), et la Turquie affiche une croissance de 232,1 %, suggérant un rôle croissant de hub logistique et textile régional. La Russie, en revanche, accuse un recul de 46,1 %, probablement lié aux sanctions économiques depuis 2022.
2.4 La Pologne, moteur de l'intégration européenne des échanges
Au sein de l'UE, la Pologne se distingue par une progression de ses importations de 147 M€ à 740 M€ (+403 %) et de ses exportations de 49 M€ à 321 M€ (+557 %). La Pologne devient un acteur central de la logique de nearshoring textile européen, combinant une position de plateforme d'importation pour la revente intra-UE et une montée en puissance de ses propres capacités d'exportation.
3. La désindustrialisation textile européenne face à la montée en gamme des exportations
3.3 Un effondrement de la production européenne de vêtements femmes
Les données de production européenne révèlent une contraction dramatique :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production (pièces) | 492 M | 165 M | –66,5 % |
| Production (valeur, M€) | 6 159 | 3 489 | –43,4 % |
La production en pièces a été divisée par trois en une décennie. La valeur a diminué de 43,4 %, ce qui implique que le prix moyen des pièces produites dans l'UE a augmenté — signe que la production qui subsiste se concentre sur des segments plus haut de gamme, tandis que le volume de base a été délocalisé.
3.2 Les pantalons synthétiques et les matières alternatives, moteurs de croissance des importations
L'analyse par segment produit des importations montre des trajectoires contrastées :
| Sous-position | Description | Vol. 2015 (t) | Vol. 2025 (t) | Variation |
|---|---|---|---|---|
| 620462 | Pantalons en coton | 205 012 | 248 604 | +21,3 % |
| 620463 | Pantalons en fibres synthétiques | 37 293 | 74 184 | +99,0 % |
| 620469 | Pantalons en autres matières | 19 546 | 41 855 | +114,1 % |
| 620443 | Robes en fibres synthétiques | 31 959 | 31 983 | +0,1 % |
| 620433 | Vestes en fibres synthétiques | 19 787 | 31 178 | +57,6 % |
| 620444 | Robes en fibres artificielles | 12 889 | 22 875 | +77,5 % |
| 620442 | Robes en coton | 13 882 | 22 969 | +65,4 % |
Les pantalons (toutes matières confondues) restent le segment dominant en volume. Les pantalons en fibres synthétiques (620463) et en autres matières textiles (620469) ont quasiment doublé, confirmant la tendance mondiale vers les matières synthétiques et techniques. Le prix à la tonne de ces segments à l'importation est resté relativement modéré (environ 22 000–26 000 €/t), confirmant leur nature de produit de consommation courante.
3.3 L'Italie, la France et l'Allemagne concentrent les exportations à forte valeur ajoutée
À l'exportation, les prix moyens par pièce ont connu des hausses considérables sur certains segments :
| Segment export | Prix/pièce 2015 (€) | Prix/pièce 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| 620443 (robes synthétiques) | 18,96 | 36,30 | +91,5 % |
| 620442 (robes coton) | 32,87 | 48,73 | +48,2 % |
| 620444 (robes artificielles) | 31,77 | 42,71 | +34,4 % |
| 620462 (pantalons coton) | 16,12 | 22,55 | +39,9 % |
| 620469 (pantalons autres matières) | 22,33 | 27,65 | +23,8 % |
Ces hausses de prix contrastent avec la stabilité des prix à l'importation, renforçant l'idée d'une spécialisation européenne vers le segment milieu et haut de gamme. L'Italie demeure le premier exportateur de l'UE (1,96 milliard € en 2025), suivie de la France (1,09 milliard €, +97,8 %) et de l'Allemagne (1,01 milliard €, +82,4 %). La spécialisation de ces pays (RSCA de 0,20 pour l'Italie, 0,46 pour l'Espagne, 0,42 pour la Pologne) confirme leur ancrage dans ce secteur.
Conclusion
La période 2015–2025 a transformé le marché européen des vêtements pour femmes (CN 6204) en profondeur. L'UE est passée d'une dépendance modérée aux importations (10,9 %) à une dépendance forte (62,4 %), dans un contexte d'effondrement de sa production domestique (–66,5 % en volume). Les chaînes d'approvisionnement se sont diversifiées, avec la montée en puissance du Cambodge, du Bangladesh et du Pakistan face à une Chine en perte de vitesse relative. Les exportations européenses, portées par l'Italie, la France et l'Allemagne, ont monté en gamme avec des prix à la pièce en hausse de 50 %, mais n'ont pas suivi le rythme de croissance des importations. Le déficit commercial s'est creusé de 48,8 %, atteignant 6,44 milliards €. Les principaux risques identifiés incluent la volatilité des prix de certains partenaires (chocs de prix détectés sur l'Inde, le Bangladesh et les États-Unis) et la vulnérabilité accrue face aux perturbations des chaînes logistiques mondiales.