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Évolution du marché : Vêtements techniques thermocollés (CN 6210) — 2015–2025

Introduction

La nomenclature CN 6210 regroupe les vêtements en feutres ou non-tissés — y compris les produits imprégnés, enduits, recouverts ou stratifiés — ainsi que les vêtements en tissus caoutchoutés ou revêtus de matières plastiques. Il s'agit d'un code « parent » qui couvre cinq sous-positions (621010 à 621050), allant des vêtements de protection en non-tissé aux manteaux enduits pour hommes et femmes. Ces produits se situent à l'intersection du textile classique et de l'habillement technique, ce qui leur confère un profil de marché singulier.

Sur la période 2015–2025, trois grandes dynamiques structurent l'évolution des échanges de l'UE avec le reste du monde : une dépendance croissante aux importations qui a creusé le déficit commercial de manière spectaculaire ; une réorientation géographique des flux de la Chine vers les pays d'Asie du Sud et du Sud-Est ; et un choc exogène majeur — la pandémie de COVID-19 en 2020 — qui a provoqué une anomalie temporaire mais a aussi accéléré des tendances de fond, notamment un basculement vers les segments de vêtements enduits de haute valeur technique.


1. Un déficit commercial en aggravation continue, tiré par des importations vigoureuses

1.1 Les importations progressent en valeur et en volume sur toute la période

Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE en provenance des pays tiers ont crû de 1,92 Md€ à 2,42 Md€ (+25,9 %), tandis que les volumes sont passés de 126 160 t à 156 951 t (+24,4 %). Les prix importateurs sont restés remarquablement stables autour de 15 200–15 400 €/t (+1,2 %), ce qui indique que la hausse des importations n'est pas un artefact de l'inflation des prix mais reflète une augmentation réelle des quantités achetées à l'étranger.

Indicateur 2015 2019 2020 2022 2025 Variation 2015–2025
Valeur importations (Md€) 1,92 2,10 4,94 2,86 2,42 +25,9 %
Volume importations (kt) 126,2 142,3 242,2 163,9 157,0 +24,4 %
Prix importation (k€/t) 15,2 14,8 20,4 17,5 15,4 +1,2 %

Source : Aperçu général du commerce

Le pic de 2020 (4,94 Md€, 242 169 t) est entièrement lié à la crise sanitaire (voir section 3), mais même après normalisation, la tendance haussière des importations demeure nette : de 2015 à 2025, hors année exceptionnelle, les importations gagnent un quart de leur valeur.

1.2 Les exportations de l'UE reculent significativement

En sens inverse, les exportations de l'UE vers le reste du monde ont chuté de 1,13 Md€ à 884 M€ (–22,1 %) en valeur et de 24 958 t à 15 659 t (–37,3 %) en volume. Les prix exportateurs ont cependant augmenté de 45 471 €/t à 56 475 €/t (+24,2 %), ce qui suggère un recentrage des exportations européennes vers des produits à plus forte valeur ajoutée unitaire.

Indicateur 2015 2019 2020 2022 2025 Variation 2015–2025
Valeur exportations (M€) 1 135 1 128 920 1 067 884 –22,1 %
Volume exportations (kt) 25,0 25,3 38,4 17,5 15,7 –37,3 %
Prix exportation (k€/t) 45,5 44,6 24,0 60,4 56,5 +24,2 %

Source : Aperçu général du commerce

Le volume exporté en 2020 (38 431 t) constitue une anomalie ponctuelle due à la redistribution de stocks de protection ; la tendance de fond montre une contraction régulière des quantités sortantes. Le prix exportateur, lui, a connu un creux exceptionnel en 2020 (24 000 €/t) avant de se redresser fortement, confirmant que les exportations se concentrent désormais sur des créneaux de niche à forte valeur ajoutée.

1.3 Le déficit commercial a doublé en dix ans

Le solde commercial de l'UE pour le CN 6210 est passé de –784 M€ en 2015 à –1 532 M€ en 2025, soit une détérioration de 95,4 %. En 2020, le déficit a même atteint un niveau record de –4,02 Md€. La dépendance nette aux importations est passée de 42,5 % à 88,7 % (+108,5 %), ce qui signifie qu'en 2025, près de neuf dixièmes de la consommation apparente de l'UE en vêtements techniques recouverts provient de fournisseurs tiers.

Ce creusement du déficit n'est pas seulement conjoncturel : il reflète une transformation structurelle de la spécialisation européenne, avec une production qui se repositionne vers des segments spécifiques tandis que les volumes de grande consommation sont captés par des fournisseurs asiatiques à bas coûts.


2. Une réorientation géographique des approvisionnements vers l'Asie méridionale et orientale

2.1 La Chine reste le premier fournisseur mais perd des parts de marché

La Chine demeure de loin le premier fournisseur de l'UE pour le CN 6210, avec des importations passant de 1,22 Md€ à 1,01 Md€ (–17,8 %). Cependant, sa part dans les importations totales a fortement diminué : en 2015, la Chine représentait environ 64 % de la valeur importée ; en 2025, ce ratio est tombé à environ 42 %. Ce recul s'explique à la fois par la diversification des approvisionnements de l'UE et par les effets des tensions commerciales et des politiques de « China + 1 ».

2.2 Le Bangladesh, le Vietnam et la Birmanie émergent comme fournisseurs majeurs

Les gains les plus spectaculaires de la décennie reviennent aux pays d'Asie du Sud et du Sud-Est :

Fournisseur Importations 2015 (M€) Importations 2025 (M€) Variation
Bangladesh 117 369 +215,0 %
Vietnam 159 317 +99,1 %
Cambodge 70 132 +87,9 %
Birmanie (Myanmar) 14 122 +777,7 %
Turquie 11 32 +180,3 %

Source : Principaux partenaires par valeur

Le Bangladesh est passé de 117 M€ à 369 M€, devenant le deuxième fournisseur de l'UE, porté par sa compétitivité-prix et ses accès préférentiels au marché européen (SPG). Le Vietnam a presque doublé ses envois, tandis que la Birmanie a connu une croissance exponentielle (+777,7 %), passant de 14 M€ à 122 M€, bien que cette trajectoire ait été interrompue par l'instabilité politique depuis 2021 (le maximum intermédiaire atteignait 267 M€). La Turquie affiche un profil très volatil (coefficient de variation de 1,56), avec des importations ayant culminé à 497 M€ avant de retomber à 32 M€ en 2025, reflétant à la fois des arbitrages de sourcing et une possible sous-déclaration.

2.3 L'indice HHI confirme une diversification structurelle des importations

L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur a chuté de 4 223 à 2 240 (–46,9 %), signifiant un passage d'un marché modérément concentré à un marché nettement plus fragmenté. En volume, le HHI est passé de 5 059 à 3 581 (–29,2 %). Cette diversification réduit la dépendance de l'UE vis-à-vis d'un fournisseur dominant mais complexifie la gestion des chaînes d'approvisionnement.

2.4 Le Brexit a provoqué un effondrement des échanges avec le Royaume-Uni

Côté exportations, le Royaume-Uni est passé de premier client (177 M€) à second rang (130 M€, –27,0 %), mais surtout, les importations en provenance du Royaume-Uni se sont effondrées de 85 M€ à 27 M€ (–68,7 %). Ce double recul est directement lié aux nouvelles barrières douanières et réglementaires post-Brexit. Parallèlement, les exportations vers les États-Unis ont chuté de 197 M€ à 97 M€ (–50,6 %) et celles vers la Russie de 88 M€ à 7 M€ (–91,9 %), cette dernière étant liée aux sanctions imposées après 2022.


3. Chocs exogènes, recomposition produit et fragilité de la base productive européenne

3.1 Le pic de 2020 : un choc de prix et de volume lié à la pandémie de COVID-19

L'année 2020 constitue une anomalie majeure dans la série. Les événements de choc détectés révèlent un pic de prix massif sur les importations en provenance de Chine en 2020 (anomalie de 109,1, variation de +96,7 %, représentant 69,6 % de la valeur totale). Ce phénomène est directement lié à la demande urgente de vêtements de protection (blouses, surblouses en non-tissé) au début de la pandémie.

La sous-position 621010 (vêtements en feutres ou non-tissés) illustre parfaitement ce choc :

Année Volume importé 621010 (t) Valeur importée 621010 (M€) Prix moyen 621010 (€/t)
2019 73 132 385 5 259
2020 176 737 3 294 18 637
2021 139 109 1 219 8 764
2025 79 060 423 5 355

Source : Ventilation par produit

Le volume importé a été multiplié par 2,4 et le prix par 3,5 en une seule année. Le retour à la normale dès 2021–2022 confirme la nature exceptionnelle de ce pic.

3.2 Un basculement structurel vers les vêtements enduits au détriment du prêt-à-porter technique

Au-delà du choc COVID, la ventilation par sous-position révèle une transformation profonde de la composition des importations :

Sous-position Valeur importée 2015 (M€) Valeur importée 2025 (M€) Variation
621010 — Non-tissés 364 423 +16,4 %
621020 — Enduits type 6201 (hommes) 47 507 +972,3 %
621030 — Enduits type 6202 (femmes) 42 600 +1 336,8 %
621040 — Tissus enduits hommes/garçons 731 518 –29,2 %
621050 — Tissus enduits femmes/fillettes 735 369 –49,8 %

Source : Ventilation par produit

Les deux segments de vêtements enduits correspondant aux manteaux et vestes techniques (621020 et 621030) ont connu une explosion de leurs importations (x10 et x14 respectivement), dépassant désormais le prêt-à-porter enduit classique (621040 et 621050) qui était historiquement dominant. Ce basculement reflète la montée en puissance de l'habillement technique de plein air (vêtements imperméables, résistants aux intempéries) et de la protection professionnelle, segment porté par les tendances durables et les exigences réglementaires en matière d'EPI.

3.3 Une production européenne en volume croissant mais en valeur décroissante

Les données de production PRODCOM révèlent un paradoxe frappant : le volume produit dans l'UE est passé de 105 millions de pièces à 280 millions de pièces (+165,9 %), tandis que la valeur de production a chuté de 401 M€ à 197 M€ (–50,8 %). Le prix moyen de production est donc passé d'environ 3,81 €/pièce à 0,70 €/pièce. Ce décalage s'explique probablement par un basculement de la production européenne vers des articles à faible valeur unitaire (masques, surblouses jetables en non-tissé) et par une pression concurrentielle accrue sur les prix.

La propension à exporter est passée de 130,5 % à 535,3 % (+310,3 %), ce qui indique que les exportations représentent une part croissante — et désormais très majoritaire — de la production européenne. Autrement dit, l'UE produit de moins en moins pour son propre marché et exporte une part de plus en plus importante de ce qu'elle fabrique, ce qui suggère une spécialisation vers des niches à forte valeur ajoutée destinées à des marchés tiers (Suisse, Norvège, États-Unis) tandis que la consommation domestique est satisfaite par les importations.


Conclusion

Le marché européen des vêtements techniques thermocollés (CN 6210) a connu une décennie de mutations profondes entre 2015 et 2025. Le constat central est celui d'un approfondissement massif de la dépendance aux importations : le déficit a doublé pour atteindre 1,5 Md€, et la dépendance nette frôle désormais 89 %. Cette évolution s'accompagne d'une diversification géographique réussie des approvisionnements — le HHI des importations ayant baissé de 47 % — avec l'émergence de nouveaux fournisseurs majeurs au Bangladesh (+215 %), au Vietnam (+99 %) et en Birmanie (+778 %), qui prennent des parts de marché à la Chine.

Sur le plan de la structure produit, la période est marquée par un basculement vers les segments de vêtements enduits de haute performance technique (types 621020 et 621030), dont les importations ont été multipliées par dix en valeur. La crise COVID de 2020 a constitué un choc temporaire spectaculaire mais a aussi accéléré la prise de conscience de la vulnérabilité de l'UE en matière de capacité de production de vêtements de protection. Enfin, la production européenne, si elle a quintuplé en volume (portée par la production de protections jetables), a vu sa valeur divisée par deux, signe d'une compétitivité fragile et d'un repositionnement vers des segments à faible marge.

À l'horizon, la principale question pour les décideurs européens sera de savoir si cette spécialisation en amont (production à faible valeur unitaire) et en aval (exportation de produits à forte valeur ajoutée) constitue un modèle durable, ou si elle traduit une érosion progressive de la base industrielle textile de l'UE dans un segment pourtant stratégique au regard des enjeux de sécurité et de souveraineté.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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