Évolution du marché : Chemisiers femmes fillettes (CN 6206) — 2015–2025
Introduction
Le code combiné 6206 couvre les chemisiers, blouses, blouses-chemisiers et chemisettes pour femmes ou fillettes (hors bonneterie). Ce segment représente un marché significatif du commerce extérieur de l'Union européenne : en 2015, les importations de l'UE depuis les pays tiers s'élevaient à près de 2,87 milliards d'euros tandis que les exportations hors UE atteignaient 1,20 milliard d'euros, laissant un déficit commercial de 1,67 milliard d'euros. La période 2015–2025 est marquée par de profondes transformations structurelles — effondrement de la production européenne, reconfiguration géographique des approvisionnements, choc pandémique et hausse marquée des prix unitaires — qui ont durablement remodelé la physionomie de ce secteur.
Voir l'aperçu général sur le tableau de bord
1. Un effondrement de la production européenne au profit d'une dépendance accrue aux importations
1.1 La production intérieure de l'UE en chute libre
La production européenne de chemisiers et blouses pour femmes a connu un déclin dramatique sur la période. En volume (pièces), elle est passée de 158,1 millions de pièces à 61,5 millions de pièces entre 2015 et 2025, soit une contraction de −61,1 %. En valeur, la baisse atteint −45,1 %, passant de 1,41 milliard d'euros à 775 millions d'euros. Le creux de 2021 s'est établi à seulement 58,2 millions de pièces et 654 millions d'euros de valeur, illustrant l'ampleur du choc combiné de la désindustrialisation textile européenne et de la pandémie de COVID-19.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production (pièces) | 158 111 107 | 61 470 392 | −61,1 % |
| Production (valeur EUR) | 1 412 650 805 | 775 000 000 | −45,1 % |
Voir les volumes de production
1.2 Une dépendance aux importations multipliée par sept
Conséquence directe du recul de la production locale, le taux de dépendance nette aux importations a explosé, passant de 9,2 % en 2015 à 63,7 % en 2025 — une multiplication par près de 7 (+589 %). En parallèle, l'intensité commerciale (rapport entre le commerce total et la production intérieure) a bondi de 14,4 % à 109,8 %, et la propension à exporter s'est envolée de 3,1 % à 141,0 %. Ces indicateurs révèlent un modèle où l'UE est devenue structurellement dépendante de l'extérieur pour satisfaire sa consommation, tandis que ses exportations — souvent issues de productions de niche ou de marques haut de gamme — pèsent désormais davantage que sa propre production intérieure.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations | 9,2 % | 63,7 % | +589 % |
| Intensité commerciale | 14,4 % | 109,8 % | +661 % |
| Propension à exporter | 3,1 % | 141,0 % | +4 478 % |
Voir la dépendance nette aux importations
1.3 Une spécialisation résiduelle concentrée dans quelques États membres
En 2025, seuls quelques pays européens conservent un avantage comparatif révélé (RCA) significatif dans la production de chemisiers. Le Danemark affiche le RCA le plus élevé (4,49), suivi de l'Espagne (2,70), de la Pologne (2,02) et de l'Italie (1,65). À l'inverse, des pays comme Malte (RCA de 0,05), l'Irlande (0,07) ou la Hongrie (0,12) présentent un désavantage comparatif marqué. Cette polarisation suggère que la production textile de vêtements féminins se concentre dans les pays disposant encore d'un tissu industriel spécialisé, principalement le bassin méditerranéen et l'Europe du Nord.
Voir la spécialisation des États membres
2. Un réalignement géographique des partenaires commerciaux
2.1 La Chine demeure le premier fournisseur mais perd du terrain
La Chine reste de loin le principal fournisseur de l'UE en 2025, avec 662 millions d'euros d'importations. Toutefois, sa part a reculé de −19,9 % par rapport à 2015 (827 M€). Ce déclin relatif s'inscrit dans un mouvement de diversification des sources d'approvisionnement, accéléré par les tensions géopolitiques, la politique de « China + 1 » adoptée par de nombreux distributeurs, et la hausse des coûts de production chinois.
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 827,1 | 662,3 | −19,9 % |
| Inde | 527,5 | 488,1 | −7,5 % |
| Bangladesh | 242,5 | 341,0 | +40,6 % |
| Turquie | 387,7 | 249,0 | −35,8 % |
| Maroc | 222,0 | 264,8 | +19,3 % |
2.2 Le Bangladesh, grand bénéficiaire de la relocalisation
Le Bangladesh est le principal gagnant de la période : ses exportations vers l'UE ont progressé de +40,6 %, passant de 243 à 341 millions d'euros. Ce dynamisme s'explique par la compétitivité-prix du pays, l'existence d'accords commerciaux préférentiels (SPG/EBA) et le développement rapide de son industrie textile. Le Bangladesh est ainsi passé du 4ᵉ au 3ᵉ rang des fournisseurs de l'UE en termes de valeur.
2.3 L'impact dévastateur du Brexit sur les échanges avec le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni illustre de manière spectaculaire les effets du Brexit. À l'import, les achats britanniques de chemisiers depuis l'UE ont chuté de −77,0 % (de 171 à 39 millions d'euros). À l'export, les envois de l'UE vers le Royaume-Uni ont baissé de −63,3 % (de 379 à 139 millions d'euros). Le coefficient de variation des flux d'exportations vers le Royaume-Uni (0,66) est le plus élevé parmi les principaux partenaires, confirmant la forte instabilité induite par les nouvelles barrières douanières et réglementaires post-Brexit.
| Flux | Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Importations | Royaume-Uni | 170,9 | 39,3 | −77,0 % |
| Exportations | Royaume-Uni | 378,6 | 138,8 | −63,3 % |
Voir les principaux partenaires
2.4 Montée en puissance des exportations vers la Turquie et les États-Unis
Côté exportations, deux dynamiques contrastées émergent. Les ventes vers la Turquie ont bondi de +122,8 % (de 33 à 74 millions d'euros), tandis que celles vers les États-Unis ont progressé de +68,0 % (de 96 à 162 millions d'euros) et vers la Chine de +45,5 % (de 51 à 74 millions d'euros). Ces hausses reflètent probablement le positionnement des marques européennes sur des marchés de niche à forte valeur ajoutée. En revanche, les exportations vers la Russie ont reculé de −49,3 %, sous l'effet des sanctions économiques liées au conflit ukrainien.
2.5 Concentration des importations stable, diversification des exportations
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est resté relativement stable, passant de 1 559 à 1 453 (−6,8 %), indiquant une concentration modérée et persistante autour de la Chine et de l'Inde. À l'inverse, l'HHI des exportations en valeur a fortement diminué, de 1 345 à 854 (−36,5 %), signe d'une diversification significative des débouchés à l'export — les marchés émergents prenant le relais du Royaume-Uni.
3. Hausse des prix unitaires et mutations structurelles des segments produit
3.1 Des prix à la hausse sur l'ensemble des catégories de matières
L'un des traits marquants de la période est la hausse généralisée des prix unitaires, tant à l'import qu'à l'export. Les importations ont vu leur prix moyen par tonne augmenter de +12,3 % (de 31 466 à 35 335 €/t), tandis que les prix à l'export ont bondi de +81,4 % (de 59 930 à 108 700 €/t). Par pièce, l'écart est encore plus frappant : +25,8 % à l'import (de 6,00 à 7,55 €/pièce) et +106,9 % à l'export (de 13,24 à 27,40 €/pièce).
Cette divergence traduit un phénomène de polarisation : l'UE importe toujours des volumes importants à prix modéré, mais exporte des produits de plus en plus positionnés sur le haut de gamme.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Prix import (€/t) | 31 466 | 35 335 | +12,3 % |
| Prix export (€/t) | 59 930 | 108 700 | +81,4 % |
| Prix import (€/pièce) | 6,00 | 7,55 | +25,8 % |
| Prix export (€/pièce) | 13,24 | 27,40 | +106,9 % |
3.2 Le segment synthétique (620640) domine mais décline en volume
En 2025, les fibres synthétiques et artificielles (CN 620640) constituent le premier segment importé, avec 36 727 tonnes pour 1,19 milliard d'euros. Toutefois, le volume importé a baissé de −36,3 % par rapport à 2015 (57 650 tonnes). Le coton (CN 620630), deuxième segment, a connu une trajectoire en V : recul jusqu'en 2020 (30 278 → 16 693 tonnes) puis reprise progressive jusqu'à 29 710 tonnes en 2025, proche du niveau de départ. Les matières textiles diverses (CN 620690) ont pour leur part connu une croissance spectaculaire, passant de 2 103 à 6 259 tonnes (+198 %), ce qui suggère l'émergence de nouvelles fibres (mélanges, fibres techniques, matières recyclées) dans la composition des vêtements.
| Segment | Import 2015 (t) | Import 2025 (t) | Variation | Import 2025 (M€) |
|---|---|---|---|---|
| 620640 — Fibres synthétiques | 57 650 | 36 727 | −36,3 % | 1 188 |
| 620630 — Coton | 30 278 | 29 710 | −1,9 % | 1 047 |
| 620690 — Matières diverses | 2 103 | 6 259 | +197,6 % | 270 |
| 620610 — Soie | 1 004 | 358 | −64,4 % | 73 |
| 620620 — Laine/poils fins | 94 | 110 | +16,9 % | 8 |
3.3 La soie : un segment de niche à forte valeur ajoutée
Le segment soie (CN 620610) occupe une position singulière. En volume, il ne représente que 358 tonnes à l'import et 243 tonnes à l'export en 2025, mais ses prix unitaires sont considérablement plus élevés : 202 792 €/t à l'import et 740 668 €/t à l'export (soit plus de 6 fois le prix moyen). Par pièce, le prix d'export de la soie atteint 227 €/pièce en 2025, confirmant le positionnement luxe de ce segment. L'Italie, avec ses exportations de soie valorisées par les maisons de couture, joue un rôle clé dans cette dynamique de valeur.
3.4 Chocs et volatilité ponctuelle
L'analyse de la volatilité des flux commerciaux révèle plusieurs épisodes de chocs. Le plus notable concerne les exportations vers le Japon, où un pic de prix anormal (abnormalité de 22,7) a été détecté en 2023, avec une hausse de +199,2 % du prix par tonne. Les exportations vers le Mexique ont également connu un choc de prix en 2023 (+66,7 %). Le Royaume-Uni se distingue par la plus forte volatilité globale des importations (CV de 0,84), directement liée aux perturbations post-Brexit. Du côté des importations, le Myanmar (CV de 0,58) et le Cambodge (CV de 0,54) montrent une instabilité élevée, reflétant les instabilités politiques et les reconfigurations rapides des chaînes d'approvisionnement en Asie du Sud-Est.
Voir les chocs d'approvisionnement
Conclusion
La période 2015–2025 a profondément transformé le marché européen des chemisiers et blouses pour femmes. Le bilan est celui d'une désindustrialisation accélérée de la production européenne (−61 % en volume), compensée par un recours croissant aux importations, dont la dépendance nette est passée de 9 % à 64 %. Cette dépendance s'accompagne d'une reconfiguration géographique des flux : déclin relatif de la Chine, essor du Bangladesh, quasi-disparition des échanges avec le Royaume-Uni post-Brexit, et montée de l'Asie du Sud-Est (Vietnam, Cambodge, Myanmar) comme sources alternatives. Dans le même temps, les prix unitaires ont fortement progressé, en particulier à l'export (+107 % par pièce), témoignant d'une polarisation accrue entre des importations à prix modéré et des exportations européennes de plus en plus positionnées sur le segment premium et luxe. Ces tendances, amplifiées par le choc de la pandémie de COVID-19 en 2020, dessinent un marché structurellement plus dépendant de l'extérieur, mais dont les exportations résiduelles génèrent une valeur unitaire nettement supérieure — reflet d'un avantage concurrentiel qui se recentre sur le savoir-faire, la marque et le positionnement haut de gamme plutôt que sur le volume.