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Évolution du marché : Sous-vêtements hommes (CN 6207) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 6207 couvre un ensemble large de sous-vêtements et vêtements de nuit pour hommes et garçonnets (hors bonneterie) : gilets de corps, slips, caleçons, chemises de nuit, pyjamas, peignoirs de bain, robes de chambre et articles similaires. Ce périmètre regroupe sept sous-positions, dont les plus importantes en valeur sont les slips et caleçons en coton (620711), les gilets de corps et peignoirs en coton (620791), et les pyjamas en coton (620721).

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE pour ce produit avec les pays tiers a connu une triple transformation : l'effondrement de la production intérieure européenne, une recomposition géographique profonde des flux d'approvisionnement — avec un déplacement massif vers l'Asie du Sud — et une série de chocs de prix en 2022 qui ont mis en lumière une vulnérabilité structurelle croissante. Le déficit commercial de l'UE est resté considérable (de −149,2 M€ à −144,0 M€), mais la dépendance nette aux importations a été multipliée par plus de sept, passant de 9,9 % à 71,6 %.


1. L'effondrement de la production intérieure et l'approfondissement de la dépendance extérieure

La production européenne s'est effondrée de manière spectaculaire

La production de l'UE en pièces pour le code 6207 a connu un déclin radical sur la période :

Indicateur 2015 2025 Variation
Production (pièces) 125 427 383 7 131 696 −94,3 %
Production (valeur) 288,2 M€ 48,1 M€ −83,3 %

La production a perdu plus de 118 millions de pièces en dix ans. L'écart entre la chute des volumes (−94,3 %) et celle de la valeur (−83,3 %) indique que les rares productions restantes en Europe se situent sur des segments à plus forte valeur ajoutée.

Le commerce extérieur reflète cette désindustrialisation

La vue d'ensemble du commerce montre que les importations ont progressé en valeur de 179,3 M€ à 189,6 M€ (+5,7 %), tandis que les exportations ont crû plus rapidement, de 30,1 M€ à 45,5 M€ (+51,1 %) :

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations (M€) 179,3 189,6 +5,7 %
Importations (tonnes) 16 960 18 126 +6,9 %
Exportations (M€) 30,1 45,5 +51,1 %
Exportations (tonnes) 1 252 1 764 +40,9 %
Solde commercial (M€) −149,2 −144,0 +3,4 %

Le déficit commercial s'est légèrement réduit, mais la dépendance nette aux importations a bondi de 9,9 % à 71,6 % (+620,6 %), traduisant un basculement structurel : l'UE, qui satisfaisait encore largement sa demande intérieure par sa propre production au milieu des années 2010, dépend désormais massivement de sources extérieures.

Les positions en coton dominent les importations

En 2025, les trois premières sous-positions en coton représentent à elles seules 81,6 % de la valeur des importations :

Sous-position Valeur importations 2025 Part
620791 — Gilets, peignoirs, robes de chambre (coton) 60,1 M€ 31,7 %
620711 — Slips et caleçons (coton) 55,5 M€ 29,2 %
620721 — Pyjamas (coton) 39,0 M€ 20,5 %
620799 — Gilets, peignoirs (autres matières) 17,4 M€ 9,2 %
620719 — Slips (autres matières) 8,9 M€ 4,7 %
620722 — Pyjamas (fibres synthétiques) 5,5 M€ 2,9 %
620729 — Pyjamas (autres matières) 3,1 M€ 1,7 %

La position 620791 (gilets de corps et peignoirs en coton) est celle qui a le plus progressé en valeur (+55,8 %, de 38,6 M€ à 60,1 M€), tandis que les slips en coton (620711) ont reculé de 78,1 M€ à 55,5 M€ (−29,0 %), en ligne avec la baisse du nombre de pièces importées (de 42,7 à 27,2 millions de pièces).


2. Une recomposition géographique profonde : l'Asie du Sud supplantant la Chine et le pourcourt méditerranéen

Le déclin progressif de la Chine au profit du Pakistan, du Bangladesh et de l'Inde

L'analyse des principaux partenaires d'importation révèle un basculement majeur :

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Pakistan 16,5 38,4 +133,1 %
Chine 60,8 43,1 −29,2 %
Bangladesh 22,5 34,4 +52,8 %
Turquie 22,6 24,0 +6,2 %
Inde 11,7 20,4 +74,8 %
Royaume-Uni 18,5 3,9 −79,1 %
Tunisie 7,4 1,4 −81,8 %

La Chine est passée de premier fournisseur (60,8 M€, soit 33,9 % des importations) à troisième rang (43,1 M€, 22,7 %), avec un recul de 29,2 %. À l'inverse, le Pakistan a plus que doublé ses livraisons à l'UE (de 16,5 M€ à 38,4 M€) et s'est hissé au premier rang. Le Bangladesh et l'Inde ont également fortement progressé, portant la part cumulée de l'Asie du Sud (Pakistan + Bangladesh + Inde) à 48,9 % des importations en 2025, contre 28,2 % en 2015.

Ce mouvement s'explique par les avantages de coûts de production dans ces pays, les accords commerciaux préférentiels (SPG, régimes GSP+), et la montée en compétence de leurs filières textiles.

L'impact du Brexit sur les échanges avec le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni a connu le recul le plus marqué parmi les partenaires de l'UE. Les importations en provenance du Royaume-Uni sont passées de 18,5 M€ en 2015 à un maximum de 26,8 M€ au cours de la période, avant de s'effondrer à 3,9 M€ en 2025 (−79,1 %). La volatilité des échanges avec le Royaume-Uni est parmi les plus élevées (coefficient de variation de 0,82 pour les importations). Ce déclin brutal est cohérent avec les frictions commerciales introduites par le Brexit (formalités douanières, contrôles sanitaires et phytosanitaires, coûts administratifs).

Côté exportations, le Royaume-Uni reste le premier destination des exportations UE, passant de 11,4 M€ à 11,8 M€ (+2,6 %), mais sa part relative a probablement diminué face à la croissance d'autres destinations.

Le recul du bassin méditerranéen et la montée de l'Ukraine à l'export

La Tunisie, autrefois partenaire méditerranéen significatif (7,4 M€ en 2015), a vu ses livraisons à l'UE chuter à 1,4 M€ (−81,8 %), reflétant une perte de compétitivité ou une réorientation de ses capacités de production. La Turquie, en revanche, a maintenu un niveau stable (22,6 M€ à 24,0 M€), consolidant sa position de partenaire de nearshoring.

Du côté des exportations, l'Ukraine a connu la croissance la plus spectaculaire parmi les destinations : de 0,6 M€ à 2,3 M€ (+312,1 %), avec une volatilité extrêmement élevée (CV = 1,71). La Suisse (3,6 M€ → 6,4 M€, +75,4 %) et les États-Unis (2,1 M€ → 4,0 M€, +86,5 %) ont également progressé, suggérant une montée en gamme des exportations européennes.

Les États membres : des trajectoires divergentes

L'analyse des principaux États membres importateurs et exportateurs révèle des dynamiques internes contrastées :

État membre Import. 2015 (M€) Import. 2025 (M€) Var. Export. 2015 (M€) Export. 2025 (M€) Var.
Allemagne 44,4 25,9 −41,7 % 4,4 5,3 +22,2 %
France 27,1 23,6 −12,8 % 3,1 7,4 +139,9 %
Italie 23,4 33,6 +43,5 % 5,4 6,4 +20,1 %
Espagne 20,7 25,4 +23,0 % 2,8 9,4 +237,4 %
Pays-Bas 17,9 27,3 +52,4 % 3,5 2,7 −23,7 %
Pologne 3,1 3,2 +1,2 %

L'Allemagne a perdu près de la moitié de ses importations extra-UE, tandis que l'Italie et les Pays-Bas ont fortement accru les leurs — ces derniers probablement grâce à leur rôle de hub logistique (Rotterdam). À l'export, l'Espagne a enregistré la progression la plus remarquable (+237 %), portant ses exportations extra-UE à 9,4 M€.

La spécialisation intra-UE confirme que les pays d'Europe du Sud et de l'Est conservent un avantage comparatif : la Bulgarie (RSCA = 0,74), le Portugal (0,46), la Roumanie (0,46), la Croatie (0,45) et l'Espagne (0,44) sont les plus spécialisés dans ce segment.


3. Prix, chocs de 2022 et vulnérabilité stratégique croissante

Un écart de prix structurel entre importations et exportations

L'UE importe et exporte à des niveaux de prix très différents, ce qui reflète une segmentation claire du marché :

Indicateur 2015 2025 Variation
Prix moyen à l'importation (€/t) 10 570 10 453 −1,1 %
Prix moyen à l'exportation (€/t) 24 043 25 753 +7,1 %

Le prix d'exportation est environ 2,5 fois supérieur au prix d'importation. Cet écart persistant est caractéristique d'une structure où l'UE importe des produits de base à faible coût (notamment d'Asie du Sud) et exporte des articles à plus forte valeur ajoutée (marques premium, produits de niche). On observe cette dynamique au niveau des sous-positions : pour les slips en coton (620711), le prix à l'exportation atteint 8,24 €/pièce en 2025, contre seulement 2,03 €/pièce à l'importation.

Les chocs de prix de 2022

L'année 2022 a été marquée par des chocs de prix significatifs sur plusieurs flux :

Partenaire Type de choc Flux Anomalie Variation de prix Part de valeur
Royaume-Uni Prix Exportations 320,4 +75,3 % 42,3 %
Bangladesh Prix Importations 65,9 +20,9 % 20,4 %

Le choc sur les exportations vers le Royaume-Uni (anomalie de 320,4, avec un bond de prix de 75,3 %) est le plus marquant. Il pourrait refléter une combinaison de tensions logistiques post-Brexit, de hausse des coûts de production et d'inflation. Le choc sur les importations en provenance du Bangladesh (anomalie de 65,9, hausse de prix de 20,9 %) s'inscrit dans le contexte de la flambée des coûts des matières premières et de l'énergie en 2022.

La volatilité des prix est la plus élevée sur les flux vers des marchés de taille modeste (Panama, CV = 1,86 ; Ukraine, CV = 1,71 ; Maroc, CV = 1,19 à l'export), tandis que les grands partenaires d'importation (Pakistan, CV = 0,21 ; Chine, CV = 0,24 ; Bangladesh, CV = 0,23) offrent des flux plus stables.

Une vulnérabilité structurelle en forte hausse

Trois indicateurs clés de vulnérabilité et d'autonomie témoignent de l'ampleur de la transformation :

Indicateur 2015 2025 Variation
Dépendance nette aux importations 9,9 % 71,6 % +620,6 %
Intensité commerciale 10,8 % 104,1 % +860,3 %
Propension à l'exportation 0,5 % 119,1 % +22 323,6 %

La propension à l'exportation dépassant 100 % signifie que les exportations extra-UE de l'UE excèdent désormais sa propre production déclarée. Ce phénomène peut s'expliquer par la réexportation de produits importés puis transformés ou reconditionnés dans l'UE, ou par des sous-déclarations dans les statistiques de production (Prodcom). L'intensité commerciale supérieure à 100 % confirme que le marché de la CN 6207 est désormais entièrement dépendant des échanges internationaux.

La concentration des fournisseurs (HHI en valeur) a légèrement diminué pour les importations (de 1 729 à 1 572, soit −9,1 %), signe d'une diversification modérée des sources d'approvisionnement. En revanche, l'HHI des exportations a baissé plus nettement (de 1 740 à 1 117, soit −35,8 %), indiquant que les destinations d'exportation se sont significativement diversifiées.


Conclusion

La période 2015–2025 a vu le marché européen des sous-vêtements hommes (CN 6207) se transformer en profondeur. L'effondrement de la production intérieure (−94,3 % en pièces) a conduit à un basculement vers une dépendance massive aux importations (71,6 % de dépendance nette en 2025, contre 10 % en 2015). Simultanément, la géographie des approvisionnements s'est reconfigurée au profit de l'Asie du Sud — le Pakistan (+133 %), le Bangladesh (+53 %) et l'Inde (+75 %) — au détriment de la Chine (−29 %), de la Tunisie (−82 %) et du Royaume-Uni (−79 %), ce dernier ayant été affecté par les frictions post-Brexit.

L'UE conserve néanmoins un positionnement sur les segments à valeur ajoutée, avec un prix d'exportation moyen 2,5 fois supérieur au prix d'importation, et des marchés d'exportation qui se diversifient (Suisse, États-Unis, Ukraine). Toutefois, la concentration des approvisionnements vers un nombre limité de fournisseurs asiatiques et la persistance d'un déficit commercial structurel de près de 144 M€ soulèvent des questions de résilience. Les chocs de prix de 2022 ont rappelé que cette dépendance expose l'UE à des risques de transmission directe depuis les pays fournisseurs, en cas de tensions sur les matières premières, les coûts de transport ou les taux de change.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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