Évolution du marché : Manteaux femmes (CN 6202) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 6202 couvre les manteaux, imperméables, cabans, capes, anoraks, blousons et articles similaires pour femmes ou fillettes (hors bonneterie et costumes tailleurs). Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu des mutations profondes : une explosion des exportations, une reconfiguration géographique des approvisionnements et une recomposition de la structure concurrentielle. Ce rapport s'appuie sur les données agrégées de l'UE pour décrire et interpréter ces dynamiques.
1. Une formidable montée en puissance des exportations européennes
Des exportations dont la valeur a plus que doublé
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE (hors intra-communautaires) pour les manteaux femmes est passée de 1 317 M€ à 2 819 M€, soit une progression de +114 %. Sur la même période, les importations n'ont augmenté que de +19,1 % (de 3 527 M€ à 4 202 M€). L'écart entre ces deux trajectoires a considérablement amélioré le solde commercial, qui reste déficitaire mais passe de −2 210 M€ à −1 383 M€ (une amélioration de 37,4 %). Voir les données agrégées.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 1 317 | 2 819 | +114,0 % |
| Exportations (quantité, t) | 17 166 | 24 106 | +40,4 % |
| Exportations (prix moyen, €/t) | 76 737 | 116 935 | +52,4 % |
| Importations (valeur, M€) | 3 527 | 4 202 | +19,1 % |
| Importations (quantité, t) | 151 910 | 182 514 | +20,1 % |
| Solde commercial (M€) | −2 210 | −1 383 | +37,4 % |
Une hausse tirée par la valeur unitaire plus que par le volume
La hausse des exportations s'explique autant par une augmentation des volumes exportés (+40,4 % en tonnes) que par une forte revalorisation du prix moyen à l'exportation (+52,4 %, passant de 76 737 €/t à 116 935 €/t). En revanche, du côté des importations, le prix moyen est resté quasi stable (−0,9 %), ce qui signifie que la hausse des importations (+19,1 %) provient essentiellement d'une augmentation des volumes (+20,1 %). En termes de pièces, les exportations ont progressé de 23,9 M à 33,0 M pièces (+38,1 %), avec un prix par pièce en hausse de +55 % (de 55,1 € à 85,4 €). Évolution des indicateurs.
L'Italie, moteur principal de l'exportation européenne
L'Italie est de loin le premier exportateur de l'UE pour ce produit : sa valeur d'exportation a bondi de 597 M€ à 1 411 M€ (+136,6 %), représentant à elle seule près de la moitié des exportations de l'UE en 2025. La France (+280,3 %, passant de 109 M€ à 414 M€), la Pologne (+600,9 %, de 17 M€ à 120 M€) et les Pays-Bas (+153,8 %) ont également connu des progressions spectaculaires. Classement des exportateurs de l'UE.
| Exportateur UE | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Italie | 597 | 1 411 | +136,6 % |
| Allemagne | 198 | 374 | +88,6 % |
| France | 109 | 414 | +280,3 % |
| Espagne | 181 | 183 | +1,4 % |
| Pays-Bas | 54 | 136 | +153,8 % |
| Pologne | 17 | 120 | +600,9 % |
2. Reconfiguration des partenaires commerciaux : déclin relatif de la Chine, essor de l'Asie du Sud-Est
La Chine perd des parts mais reste le fournisseur dominant
La Chine demeure de loin le premier fournisseur de l'UE en manteaux femmes, mais sa part a sensiblement reculé : les importations en provenance de Chine sont passées de 2 403 M€ à 2 005 M€ (−16,6 %). Ce déclin relatif s'explique notamment par la montée en puissance de fournisseurs alternatifs en Asie du Sud-Est et en Asie du Sud. Partenaires d'importation.
L'Asie du Sud-Est : des taux de croissance à trois chiffres
Trois pays illustrent particulièrement cette dynamique :
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Cambodge | 12 | 250 | +1 954 % |
| Myanmar | 43 | 333 | +670 % |
| Bangladesh | 139 | 426 | +206 % |
| Viet Nam | 260 | 414 | +60 % |
| Maroc | 133 | 166 | +25 % |
Le Cambodge, qui ne représentait que 12 M€ d'importations en 2015, atteint 250 M€ en 2025 — une multiplication par 20. Le Myanmar a multiplié ses exportations vers l'UE par plus de 7 et le Bangladesh par 3. Le Viet Nam, déjà bien implanté en 2015, a poursuivi sa progression (+60 %). Ces dynamiques s'inscrivent dans le cadre de stratégies de diversification des chaînes d'approvisionnement du secteur textile, favorisées par des accords commerciaux préférentiels (régime « Tout sauf les armes » pour les PMA, accords bilatéraux) et par la recherche de coûts de production compétitifs.
L'impact du Brexit sur le commerce avec le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni, qui était à la fois un fournisseur important (186 M€ d'importations en 2015) et le premier client de l'UE (354 M€ d'exportations), a vu ses échanges se contracter significativement après le Brexit. Les importations depuis le Royaume-Uni ont chuté de −55,8 % (à 82 M€ en 2025), tandis que les exportations vers le Royaume-Uni ont reculé de −11,7 % (à 312 M€). Volatilité par partenaire.
Diversification des marchés d'exportation
Du côté des débouchés, l'Union européenne a diversifié ses exportations au-delà de ses partenaires traditionnels. La Suisse est devenue le deuxième client (+172 %, de 162 M€ à 442 M€), les États-Unis ont progressé de +93,6 % (de 166 M€ à 321 M€), et l'Ukraine a bondi de +299,5 %. La Géorgie, marché auparavant marginal, a vu ses importations depuis l'UE passer de 0,8 M€ à 6,2 M€ (+676,8 %). En revanche, les exportations vers la Fédération de Russie ont reculé de −30,2 % (de 117 M€ à 81 M€), en lien probablement avec les sanctions économiques. Partenaires d'exportation.
3. Structure du marché : segmentation produit, concentration et autonomie
Le segment des fibres synthétiques domine les échanges
L'analyse par sous-catégorie de produit (disponible à partir de 2022) révèle une domination écrasante du code 620240 (fibres synthétiques ou artificielles), qui représente 151 733 t d'importations et 13 184 t d'exportations en 2025. Ce segment concentre plus de 80 % du volume importé et près de 55 % du volume exporté. Comparaison par sous-produit.
Importations par sous-produit (2025)
| Sous-produit | Quantité (t) | Valeur (M€) | Prix (€/t) | Pièces (M) |
|---|---|---|---|---|
| 620240 — Fibres synthétiques | 151 733 | 3 288 | 21 665 | 208 |
| 620230 — Coton | 18 888 | 459 | 24 281 | 27 |
| 620220 — Laine / poils fins | 7 573 | 343 | 45 221 | 7 |
| 620290 — Autres matières | 4 320 | 113 | 25 985 | 7 |
Exportations par sous-produit (2025)
| Sous-produit | Quantité (t) | Valeur (M€) | Prix (€/t) | Prix (€/pce) |
|---|---|---|---|---|
| 620240 — Fibres synthétiques | 13 184 | 1 518 | 115 150 | 83,3 |
| 620220 — Laine / poils fins | 2 744 | 718 | 261 401 | 308,3 |
| 620230 — Coton | 2 777 | 353 | 126 964 | 91,6 |
| 620290 — Autres matières | 5 401 | 230 | 42 619 | 26,8 |
Le segment laine/poils fins (620220) se distingue par un prix à l'exportation très élevé (308 € par pièce en 2025, contre 83 € pour le synthétique), reflétant le positionnement haut de gamme de la production européenne — en particulier italienne — dans ce segment. L'importation de vêtements en laine se fait également à un prix plus élevé (45 221 €/t contre 21 665 €/t pour le synthétique).
Une concentration des sources d'approvisionnement en net recul
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), qui mesure la concentration des échanges entre partenaires, a fortement diminué pour les importations : de 4 779 à 2 623 (−45,1 %). Ce recul traduit la diversification géographique décrite plus haut — le passage d'une dépendance quasi-exclusive vis-à-vis de la Chine à un portefeuille de fournisseurs plus équilibré. Côté exportations, le HHI a diminué de 1 256 à 957 (−23,8 %), confirmant une diversification plus modérée mais réelle des débouchés. Indice de concentration.
| Indicateur HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Concentration importations (valeur) | 4 779 | 2 623 | −45,1 % |
| Concentration importations (volume) | 5 540 | 3 121 | −43,7 % |
| Concentration exportations (valeur) | 1 256 | 957 | −23,8 % |
| Concentration exportations (volume) | 1 757 | 901 | −48,7 % |
Spécialisation et production intra-européenne
En 2025, les États membres les plus spécialisés dans l'exportation de manteaux femmes (mesure RSCA) sont le Danemark, la Pologne, l'Espagne, l'Italie et la Roumanie. Ces pays combinent une tradition vestimentaire et/ou une base industrielle textile forte. La production intra-européenne est restée remarquablement stable sur la période : autour de 13,7 à 15,5 M pièces (−1,4 %) et 581 à 680 M€ de valeur (−3,1 %), suggérant que la hausse des exportations provient davantage de la montée en gamme et du réexportation que d'une expansion de la production locale. Spécialisation des États membres.
Réduction de la dépendance aux importations
Le taux de dépendance nette aux importations (rapport entre solde importateur et consommation apparente) a diminué de 81,5 % à 67,4 % (−17,3 %). L'UE reste structurellement déficitaire sur ce produit, mais l'érosion progressive de ce ratio témoigne d'un rééquilibrage en cours. Parallèlement, la propension à exporter (exportations rapportées à la production nationale) a augmenté de 432 % à 488 %, signe que l'industrie européenne s'est de plus en plus tournée vers l'exportation. Indicateurs d'autonomie.
Chocs et volatilité : des risques concentrés sur quelques partenaires
L'analyse de la volatilité (coefficient de variation) révèle que certains partenaires sont nettement plus instables que d'autres. Pour les importations, le Cambodge (CV = 0,90) et le Royaume-Uni (CV = 0,73) présentent les plus fortes variations ; pour les exportations, la Géorgie (CV = 0,88), l'Ukraine (CV = 0,49) et le Mexique (CV = 0,59) se signalent par leur instabilité. Un choc de prix significatif a été détecté en 2022 pour les importations depuis le Bangladesh (+28,2 %, avec une anormalité de 11,7 écarts-types), reflétant probablement la crise énergétique et les tensions inflationnistes post-Covid. Événements de choc.
Conclusion
Sur la décennie 2015–2025, le marché européen des manteaux pour femmes (NC 6202) a connu une transformation structurelle. Les exportations de l'UE ont plus que doublé en valeur, portées par une montée en gamme spectaculaire (prix à l'exportation +52 %) et par l'essor de pôles exportateurs dynamiques, au premier rang desquels l'Italie et la France. Du côté des importations, la Chine conserve sa prédominance mais a cédé du terrain face à une Asie du Sud-Est en pleine expansion — le Cambodge, le Myanmar, le Bangladesh et le Viet Nam gagnant collectivement des centaines de millions d'euros de parts de marché. Le Brexit a significativement perturbé les échanges avec le Royaume-Uni, tandis que les sanctions contre la Russie ont freiné les exportations vers ce marché.
La concentration des sources d'approvisionnement a reculé de près de moitié (HHI −45 %), ce qui réduit mécaniquement la vulnérabilité de l'UE à un choc sur un fournisseur unique. Le taux de dépendance nette aux importations a reculé de 81,5 % à 67,4 %, signe d'un rééquilibrage qui reste cependant insuffisant pour parler d'autonomie. La production intra-européenne, stable en volume, n'a pas été le moteur de cette amélioration : c'est bien la compétitivité à l'exportation — notamment sur le segment premium de la laine et des fibres fines — qui a transformé la donne.