Évolution du marché : Vêtements pour hommes (CN 6203) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 6203 couvre un ensemble étendu de vêtements pour hommes et garçonnets — costumes, vestons, pantalons, shorts et salopettes — en diverses matières (laine, coton, fibres synthétiques, autres textiles). Ce secteur représente l'un des plus importants postes du commerce extérieur de l'Union européenne dans le domaine de l'habillement.
Sur la période 2015–2025, le commerce de l'UE avec les pays tiers pour ce produit s'est caractérisé par un déficit commercial structurel qui s'est considérablement creusé, passant de −4,9 milliards d'euros à −6,0 milliards d'euros (aperçu général). La valeur des importations a progressé de 16,1 % tandis que les exportations n'ont crû que de 8,6 %, ce qui témoigne d'une dépendance croissante de l'UE vis-à-vis de fournisseurs tiers. Simultanément, la production intracommunautaire s'est effondrée de 74,7 % en volume (de 367 millions à 93 millions de pièces), confirmant une désindustrialisation profonde du secteur en Europe.
Ce rapport identifie trois dynamiques majeures qui structurent l'évolution de ce marché sur la décennie étudiée.
1. L'Asie du Sud consolide sa domination sur l'approvisionnement européen
Le déclin relatif de la Chine au profit de nouveaux fournisseurs
Entre 2015 et 2025, la géographie des importations de l'UE en vêtements pour hommes a connu une restructuration significative. Le Bangladesh a conforté sa position de premier fournisseur, avec une progression de ses ventes à l'UE de 45,0 % (de 1,85 milliard à 2,68 milliards d'euros). En parallèle, le Pakistan a enregistré une croissance spectaculaire de 62,7 %, passant de 687 millions à 1,12 milliard d'euros (partenaires par valeur).
| Fournisseur (importations UE) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Bangladesh | 1 849 | 2 681 | +45,0 % |
| Chine | 1 674 | 1 441 | −13,9 % |
| Pakistan | 687 | 1 117 | +62,7 % |
| Turquie | 1 019 | 973 | −4,5 % |
| Tunisie | 544 | 620 | +14,0 % |
| Viêt Nam | 292 | 394 | +35,0 % |
| Inde | 189 | 242 | +28,1 % |
La Chine, qui était quasi à égalité avec le Bangladesh en 2015, a vu ses exportations vers l'UE reculer de 13,9 % pour s'établir à 1,44 milliard d'euros en 2025. Ce repli s'inscrit dans un mouvement plus large de diversification des chaînes d'approvisionnement, accéléré par les tensions géopolitiques et la politique de « China + 1 » adoptée par de nombreux distributeurs européens.
Des volumes en hausse mais des prix à l'importation relativement contenus
En volume, les importations ont progressé de 11,0 % (de 429 245 à 476 572 tonnes), tandis que le prix moyen à l'importation n'a augmenté que de 4,5 % sur l'ensemble de la période, passant de 19 001 à 19 863 euros la tonne. Cette modération des prix moyens masque toutefois des chocs ponctuels importants, notamment en 2022, année marquée par une forte hausse des coûts de production et de transport dans les pays fournisseurs.
La volatilité des importations varie sensiblement selon les partenaires. Le Maroc (CV de 0,263) et le Cambodge (CV de 0,353) présentent les coefficients de variation les plus élevés parmi les principaux fournisseurs, tandis que la Tunisie (CV de 0,087) et le Viêt Nam (CV de 0,090) offrent une stabilité relative (volatilité).
Une concentration des sources d'approvisionnement en légère hausse
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations en valeur est passé de 1 275 à 1 381 (+8,3 %), ce qui reste dans la zone d'une concentration modérée. En volume, l'augmentation est plus marquée (+26,1 %, de 1 631 à 2 057), signe que la croissance des volumes importés provient davantage d'un nombre restreint de pays dominants, principalement le Bangladesh et le Pakistan (concentration).
2. Les exportations européennes se reconfigurent sous l'effet du Brexit et de la montée en gamme
L'Italie demeure le premier exportateur, mais les écarts se creusent
L'Italie conserve sa position de premier exportateur de vêtements pour hommes de l'UE, avec 1,24 milliard d'euros en 2025, une progression modeste de 1,6 % sur la décennie. L'Allemagne a connu une croissance plus dynamique (+34,0 %), atteignant 846 millions d'euros, consolidant sa deuxième place. En revanche, l'Espagne a vu ses exportations s'effondrer de 55,9 %, passant de 488 millions à 215 millions d'euros (rapporteurs par valeur).
| État membre (exportations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Italie | 1 224 | 1 244 | +1,6 % |
| Allemagne | 631 | 846 | +34,0 % |
| Espagne | 488 | 215 | −55,9 % |
| France | 189 | 333 | +75,8 % |
| Pays-Bas | 112 | 209 | +86,8 % |
| Pologne | 44 | 175 | +298,3 % |
| Suède | 83 | 115 | +39,3 % |
La Pologne affiche la progression la plus remarquable (+298,3 %), ce qui reflète à la fois le développement de sa capacité de production — elle est le pays le plus spécialisé de l'UE en 2025 avec un indice RSCA de 0,318 (spécialisation) — et sa position de plaque tournante logistique pour le commerce intra-européen réexporté vers des pays tiers.
L'effondrement des échanges avec le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni, premier destinataire des exportations de l'UE en 2015 (664 millions d'euros), a chuté à 425 millions en 2025 (−35,9 %). Ce recul, qui s'est accéléré à partir de 2020, est directement lié aux nouvelles barrières commerciales introduites par le Brexit (déclarations douanières, règles d'origine, contrôles sanitaires et phytosanitaires). Les flux vers le Royaume-Uni affichent également une volatilité élevée (CV de 0,399 pour les exportations, 0,826 pour les importations), témoignant de perturbations récurrentes (volatilité).
En contrepartie, la Suisse est devenue le premier marché d'exportation de l'UE pour ce produit, avec 829 millions d'euros en 2025 (+59,3 %), devançant désormais le Royaume-Uni. Les États-Unis ont également progressé (+12,8 %), tandis que les échanges avec la Russie ont fortement reculé (−40,1 %), en lien avec les sanctions économiques imposées à partir de 2022.
Une hausse des prix à l'exportation qui reflète un positionnement vers le haut de gamme
Les prix moyens à l'exportation ont augmenté de 45,3 % sur la période (de 58 324 à 84 753 euros la tonne), une progression bien supérieure à celle des prix à l'importation (+4,5 %). En termes de prix par pièce, la hausse atteint 46,6 % (de 30,79 à 45,12 euros par pièce). Cette divergence traduit un repositionnement de l'offre européenne vers des produits à plus forte valeur ajoutée — costumes en laine, vestons de créateurs — tandis que les importations captent les segments de volume à bas prix.
Ce phénomène est particulièrement visible dans le segment des costumes en laine (620311), où le prix à l'exportation par pièce est passé de 213,82 à 233,09 euros (+28,7 % en valeur, −64,5 % en volume), indiquant que l'UE exporte de moins en moins de costumes mais à des prix unitaires toujours plus élevés.
3. Chocs de prix et restructuration des segments de produits
L'année 2022 : un choc de prix généralisé sur les importations
L'année 2022 a été marquée par des chocs de prix significatifs sur les principales lignes d'approvisionnement. Trois événements majeurs ont été détectés (chocs détectés) :
| Partenaire | Type de choc | Direction | Année | Amplitude (%) | Part de valeur (%) |
|---|---|---|---|---|---|
| Pakistan | Prix | Importations | 2022 | +21,1 % | 13,3 % |
| Bangladesh | Prix | Importations | 2022 | +20,9 % | 34,5 % |
| Suisse | Prix | Exportations | 2023 | +19,4 % | 26,7 % |
Les hausses de prix sur les importations en provenance du Bangladesh et du Pakistan en 2022 reflètent la conjonction de plusieurs facteurs : la crise énergétique mondiale, la hausse des coûts des matières premières textiles (coton notamment), l'inflation des coûts de transport maritime et les difficultés économiques de ces pays (crise du change au Pakistan). Le choc observé sur les exportations vers la Suisse en 2023 peut s'expliquer par un effet de composition (augmentation de la part des produits haut de gamme) et par l'appréciation de l'euro.
La synthétique gagne du terrain sur le coton et la laine
L'analyse des segments de produits révèle une recomposition profonde de la structure des échanges. Du côté des importations, les pantalons en fibres synthétiques (620343) ont connu une croissance exceptionnelle de 76,8 % en poids (de 49 403 à 87 375 tonnes), tandis que les pantalons en coton (620342), bien que restant le segment dominant, sont restés stables en volume (~323 000 tonnes). Les pantalons en « autres matières textiles » (620349) ont également progressé fortement (+83,0 %).
| Segment d'importation | 2015 (t) | 2025 (t) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Pantalons en coton (620342) | 322 279 | 323 767 | +0,5 % |
| Pantalons en synthétique (620343) | 49 403 | 87 375 | +76,8 % |
| Vestons en synthétique (620333) | 18 233 | 23 430 | +28,5 % |
| Pantalons en autres matières (620349) | 6 397 | 11 709 | +83,0 % |
| Vestons en coton (620332) | 10 098 | 8 002 | −20,7 % |
| Vestons en laine (620331) | 4 015 | 2 632 | −34,4 % |
| Costumes en synthétique (620312) | 4 728 | 4 915 | +3,9 % |
Du côté des exportations, la tendance est inverse pour certains segments. Les costumes en laine (620311) et les vestons en laine (620331) ont vu leurs volumes exportés fondre respectivement de 64,5 % et 43,8 %. En revanche, les pantalons en « autres matières textiles » (620349) ont progressé de 33,8 % à l'exportation, signe d'une spécialisation croissante sur des niches de marché.
L'effondrement de la production européenne accentue la vulnérabilité
La production intracommunautaire a subi un déclin dramatique : le nombre de pièces produites est passé de 367 millions en 2015 à seulement 93 millions en 2025 (−74,7 %), tandis que la valeur de production a reculé de 29,3 % (de 4,80 milliards à 3,40 milliards d'euros) (volumes de production). Cette chute du volume, combinée à une baisse moins prononcée de la valeur, indique que la production européenne restante se concentre sur des pièces à plus haute valeur unitaire.
Le taux de dépendance aux importations nettes est passé de 9,5 % à 61,8 % (+552,5 %) sur la période, tandis que la propension à l'exportation est passée de 2,0 % à 103,5 % (autonomie et vulnérabilité). Ces indicateurs révèlent une vulnérabilité structurelle : l'UE dépend désormais massivement de fournisseurs tiers pour satisfaire sa demande intérieure, tout en orientant ses exportations vers des segments de niche à forte valeur ajoutée.
Conclusion
Le marché européen du commerce de vêtements pour hommes (NC 6203) a traversé une transformation profonde entre 2015 et 2025, marquée par trois tendances convergentes.
Premièrement, la géographie de l'approvisionnement s'est restructurée autour de l'Asie du Sud, avec le Bangladesh et le Pakistan qui ont accru leur emprise au détriment de la Chine et de la Turquie, confirmant un mouvement de diversification des chaînes d'approvisionnement.
Deuxièmement, les exportations européennes se sont reconfigurées sous l'effet du Brexit (recul des échanges avec le Royaume-Uni, montée de la Suisse comme premier marché) et d'une montée en gamme progressive, les prix à l'exportation augmentant dix fois plus vite que les prix à l'importation.
Troisièmement, l'effondrement de la production intracommunautaire (−74,7 % en volume) et la croissance des importations de fibres synthétiques (+77 %) ont profondément modifié la structure de l'offre, avec un taux de dépendance aux importations qui est passé de près de 10 % à plus de 60 %.
Ces évolutions posent des défis majeurs en termes de résilience des chaînes d'approvisionnement et de souveraineté industrielle, dans un contexte où les chocs de prix — comme celui observé en 2022 — rappellent la vulnérabilité de l'UE aux perturbations de ses approvisionnements tiers.