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Évolution du marché : Costumes pour hommes (CN 620311) — 2015–2025

Introduction

Le code combiné 620311 couvre les costumes et complets pour hommes ou garçonnets, en laine ou poils fins — l'un des segments les plus emblématiques de l'industrie textile-habillement européenne. Ce rapport analyse les échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données de Trade Dashboard. L'analyse révèle une transformation profonde du secteur, marquée par une contraction généralisée des volumes échangés, une montée en gamme des prix à l'exportation, et un rééquilibrage spectaculaire de la balance commerciale.

I. Un déclin structurel des échanges et un rebasement de la balance commerciale

Les volumes en chute libre sur toute la période

Sur l'ensemble de la décennie 2015–2025, les échanges de costumes en laine avec le reste du monde se sont contractés de manière spectaculaire. Les exportations de l'UE ont perdu 45,3 % en valeur (de 471,8 M€ à 258,1 M€) et 64,5 % en poids (de 2 530,6 tonnes à 897,5 tonnes). Les importations ont connu un recul comparable : −45,9 % en valeur (de 264,4 M€ à 143,0 M€) et −49,5 % en poids (de 3 537,8 tonnes à 1 786,3 tonnes).

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations — valeur (M€) 471,8 258,1 −45,3 %
Exportations — tonnes 2 530,6 897,5 −64,5 %
Exportations — pièces (M) 2,21 0,80 −63,8 %
Importations — valeur (M€) 264,4 143,0 −45,9 %
Importations — tonnes 3 537,8 1 786,3 −49,5 %
Importations — pièces (M) 2,98 1,54 −48,3 %

Source : Vue d'ensemble des échanges

La pointe historique de production de l'UE se situe en 2017, avec 6,06 millions de pièces et 690,3 M€ de valeur, avant que le déclin ne s'accélère. En 2025, la production européenne ne représente plus que 3,72 millions de pièces (−36,4 % par rapport à 2015) et 504,1 M€ de valeur (−18,8 %).

De large excédent à l'équilibre : une transformation sans précédent de la balance commerciale

Le changement le plus frappant concerne la balance commerciale nette. En 2015, l'UE dégageait un excédent commercial de 207,3 M€, signe d'un secteur fortement exportateur (taux de dépendance aux importations nettes de −92 %). En 2025, cet excédent n'est plus que de 115,1 M€ (−44,5 %), le taux de dépendance aux importations remontant quasi-nécessairement vers zéro (0,23 %). L'UE demeure globalement en situation d'excédent, mais celui-ci s'est considérablement érodé.

Cet effacement de l'excédent traduit un double phénomène : la contraction des exportations européennes vers les marchés traditionnels (États-Unis, Royaume-Uni, Suisse) et le maintien relatif — en valeur — d'une partie des importations provenant de pays tiers, notamment la Chine et le Maroc.

II. Un choc asymétrique sur les partenaires commerciaux et une recomposition des flux

Les débouchés traditionnels à l'exportation : un affaissement généralisé

Les sept principaux marchés d'exportation de l'UE ont tous enregistré des baisses significatives, mais à des degrés très inégaux. Le Royaume-Uni et la Russie se distinguent nettement par l'ampleur de leur déclin.

Partenaire (exportations UE) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
États-Unis 123,3 78,5 −36,3 %
Suisse 81,0 29,4 −63,7 %
Royaume-Uni 79,6 26,3 −67,0 %
Canada 18,7 12,8 −31,4 %
Japon 18,6 14,0 −24,8 %
Chine 18,9 10,2 −46,1 %
Russie 20,2 2,1 −89,5 %

Source : Principaux partenaires à l'exportation

Le quasi-effondrement des exportations vers la Russie (−89,5 %) s'explique aisément par les sanctions commerciales imposées après 2022. La baisse marquée vers le Royaume-Uni (−67,0 %) combinée à ce que nous savons du choc de prix observé en 2019 (abnormalité de 22,2, recul des prix de −26,1 %) suggère que l'incertitude liée au Brexit a pesé très tôt sur ce flux. La Suisse, principal marché de transit et de consommation de costumes de luxe, a également accusé un recul important (−63,7 %).

Les États-Unis demeurent le premier débouché de l'UE (78,5 M€ en 2025), mais avec une part en repli continu. Le Japon et le Canada apparaissent comme les marchés les plus résilients, avec des baisses limitées à −24,8 % et −31,4 % respectivement.

Les sources d'approvisionnement : concentration sur la Turquie et la Chine

Du côté des importations, la Turquie et la Chine dominent largement, mais avec des trajectoires contrastées.

Partenaire (importations UE) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Suisse 63,3 16,7 −73,6 %
Turquie 89,7 41,3 −53,9 %
Chine 55,0 43,8 −20,3 %
Maroc 11,6 9,5 −18,0 %
Royaume-Uni 13,8 4,9 −65,0 %
Ukraine 5,1 3,9 −23,7 %
Tunisie 7,9 2,4 −69,4 %

La Suisse, qui figurait en tête des importations en 2015 (63,3 M€), a chuté de 73,6 % — une évolution qui reflète probablement des flux de réimportation depuis la Suisse et un tassement du marché correspondant. La Turquie a perdu plus de la moitié de ses livraisons vers l'UE (−53,9 %). La Chine, en revanche, s'est révélée relativement résiliente (−20,3 %), consolidant sa position de premier fournisseur en termes bruts.

La concentration des importations, mesurée par l'indice HHI, a diminué de 2 225 à 2 001 (−10,1 %), indiquant une légère diversification des sources d'approvisionnement.

La domination italienne des exportations et la répartition intra-européenne

Au sein de l'UE, la répartition des échanges par pays est extrêmement concentrée autour de quatre pays : l'Italie, l'Allemagne, les Pays-Bas et la France.

Pays UE (exportations) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Italie 276,4 177,1 −35,9 %
Allemagne 110,0 31,7 −71,2 %
France 27,0 15,4 −42,9 %
Pays-Bas 10,4 10,9 +5,0 %
Portugal 7,3 9,8 +34,9 %
Espagne 14,2 2,3 −84,2 %
Hongrie 6,3 0,4 −93,2 %

L'Italie demeure de loin le premier exportateur européen de costumes en laine (177,1 M€ en 2025), fidèle à son savoir-faire dans le prêt-à-porter haut de gamme. L'Allemagne, en revanche, a vu ses exportations s'effondrer de 71,2 %, perdant sa deuxième place. Seuls les Pays-Bas (+5,0 %) et le Portugal (+34,9 %) ont résisté — voire progressé — sur la période.

La spécialisation en 2025 confirme cette géographie productive : les pays les plus spécialisés (RSCA > 0) sont la Bulgarie (0,79), la Roumanie (0,71), le Portugal (0,61) et l'Italie (0,53), tandis que l'Irlande, la Hongrie, la Finlande et les pays baltes ne présentent quasiment aucune spécialisation dans ce segment. La Bulgarie et la Roumanie, avec une part de production respective de 5,2 % et 9,9 % mais des parts commerciales globales modestes, confirment leur rôle d'atelier de production (nearshoring) au service des marques italiennes et françaises.

III. Un repositionnement vers le haut de gamme et une fragilité accrue

La montée en prix à l'exportation : un signe de montée en gamme

Alors que les volumes et les valeurs baissent en parallèle, les prix moyens à l'exportation progressent fortement, indiquant un net repositionnement qualitatif.

Indicateur prix 2015 2025 Variation
Prix export (€/tonne) 186 404 287 486 +54,2 %
Prix export (€/pièce) 213,82 323,09 +51,1 %
Prix import (€/tonne) 74 744 79 979 +7,0 %
Prix import (€/pièce) 88,83 92,90 +4,6 %

Source : Vue d'ensemble des échanges

Le prix moyen export passe de 213,82 €/pièce à 323,09 €/pièce (+51,1 %), tandis que le prix import ne progresse que de 4,6 % (de 88,83 à 92,90 €/pièce). Cette divergence considérable révèle que l'industrie européenne de la confection de costumes s'est repositionnée sur des segments de prix supérieurs — costumes sur mesure, costumes de luxe, productions de niche — abandonnant les segments de milieu et bas de gamme à la production importée.

L'écart de prix entre exportations et importations est passée de 2,1:1 en 2015 à 3,5:1 en 2025 (en €/pièce), confirmant un dualisme croissant du marché : des costumes importés à prix modéré d'un côté, et une production européenne haut de gamme de l'autre.

Des chocs de prix révélateurs des tensions structurelles

L'analyse de la volatilité et des chocs d'approvisionnement révèle deux événements majeurs :

  • 2021 — Choc des importations en provenance de Turquie (abnormalité : 61,6) : un effondrement des prix unitaires turcs de 15,3 %, combiné à une part de 50,2 % dans la valeur totale des importations. Ce choc correspond vraisemblablement aux perturbations post-Covid de l'industrie textile turque et à une offre excédentaire réorientée vers l'UE.

  • 2019 — Choc des exportations vers le Royaume-Uni (abnormalité : 22,2) : un recul des prix de 26,1 % et une part de marché de 17,9 % des exportations. Ce signal précède le Brexit effectif et peut refléter une accumulation de stocks suivie d'un désengagement anticipé.

Les pays les plus volatiles en termes de coefficients de variation sont, côté exportations : la Tunisie (CV = 1,03) et la Russie (0,73) ; côté importations : la Serbie (1,21), l'Égypte (1,09) et l'Inde (0,91). La Turquie et la Chine affichent une volatilité modérée (CV de 0,32 et 0,46), ce qui les rend relativement plus fiables comme sources d'approvisionnement.

Une exposition résiduelle contenue mais un effacement de l'autonomie industrielle

L'UE est passée d'un taux de dépendance aux importations nettes de −92 % (exportateur net massif) en 2015 à quasiment 0 % (0,23 %) en 2025. Cela signifie que les exportations et les importations sont désormais quasi-équilibrées, minant la capacité de l'UE à financer ses importations de textiles par ses propres recettes à l'exportation dans ce segment.

L'intensité commerciale (ratio échanges/production) a reculé de 104,8 % à 90,5 % (−13,6 %), tandis que la propension à exporter a chuté de 107,7 % à 82,6 % (−23,2 %). La production locale, estimée à 504,1 M€ pour 3,72 millions de pièces, ne couvre plus que marginalement la consommation européenne de costumes haut de gamme, les importations y jouant désormais un rôle aussi important que les flux intra-UE.

Conclusion

La période 2015–2025 marque une inflexion profonde du marché des costumes en laine pour hommes au sein de l'Union européenne. Trois dynamiques convergentes ont redessiné le paysage : (1) une contraction généralisée des volumes produits et échangés, reflétant à la fois l'effet du télétravail post-Covid sur la demande de costumes et la désindustrialisation textile en Europe ; (2) un repositionnement clair de l'offre européenne vers le haut de gamme, avec des prix export en hausse de 50 % qui attestent du maintien d'un savoir-faire de niche ; et (3) un rééquilibrage inattendu de la balance commerciale, l'UE passant d'un excédent conséquent à une situation de quasi-équilibre, en raison de la chute encore plus marquée des exportations que des importations.

L'Italie demeure le pilier incontesté de ce secteur, tandis que le Portugal et les pays d'Europe de l'Est (Bulgarie, Roumanie) consolidant leur rôle de relais productif. La volatilité reste contenue sur les flux Turquie-Chine, mais les perspectives restent incertaines : la demande intérieure européenne pour les costumes classiques ne montre aucun signe de reprise significative, et l'industrie européenne devra probablement poursuivre sa stratégie de montée en gamme pour préserver la valeur résiduelle de ce segment historique.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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