Évolution du marché : Vêtements de sport (CN 6211) — 2015–2025
Introduction
La nomenclature CN 6211 regroupe les survêtements de sport (trainings), combinaisons et ensembles de ski, maillots de bain et autres vêtements n.d.a. (hors bonneterie). Il s'agit d'un code panier couvrant neuf sous-produits distincts, allant des maillots de bain masculins (621111) aux vêtements en fibres synthétiques pour femmes (621143). Sur la période 2015–2025, les échanges extérieurs de l'Union européenne avec le reste du monde sur ce poste ont connu une restructuration profonde : le commerce intracommunautaire étant exclu de l'analyse, seuls les flux extra-UE sont considérés. Ce rapport identifie trois dynamiques majeures : un renversement spectaculaire du solde commercial, une recomposition géographique des approvisionnements et des débouchés, et une transformation des segments de produits portés par une érosion marquée des prix à l'exportation.
1. Le renversement du solde commercial : d'exportateur net à importateur net
1.1. Un déficit commercial qui s'installe durablement
Le changement le plus marquant de la décennie est le basculement de l'UE de la position d'exportateur net à celle d'importateur net sur le poste CN 6211. En 2015, le solde commercial extra-UE était positif de 365 millions d'euros. En 2025, il est devenu déficitaire de −757 millions d'euros, soit une détérioration de 307 %. Ce renversement s'explique par la conjonction de deux mouvements contraires : une baisse des exportations et une hausse des importations.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 1 904 | 1 267 | −33,4 % |
| Importations (valeur, M€) | 1 538 | 2 024 | +31,6 % |
| Solde (M€) | +365 | −757 | — |
| Données détaillées |
1.2. Volume et prix : des trajectoires inverses
L'évolution des exportations masque un phénomène contre-intuitif : les quantités exportées ont augmenté de 37,1 % (de 26 699 t à 36 616 t), tandis que la valeur totale a baissé de 33,4 %. Cela traduit un effondrement du prix moyen à l'exportation de 51,5 %, passant de 71 297 €/t à 34 592 €/t. L'UE vend donc davantage de tonnes, mais à un prix unitaire très inférieur.
Du côté des importations, le mouvement est plus cohérent : les quantités progressent de 12,6 % et les prix de 16,8 %, ce qui se combine pour une hausse de la valeur totale de 31,6 %.
| Flux | Quantité 2015 | Quantité 2025 | Prix 2015 (€/t) | Prix 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|
| Exportations | 26 699 t | 36 616 t | 71 297 | 34 592 |
| Importations | 73 982 t | 83 322 t | 20 791 | 24 284 |
1.3. Une dépendance aux importations en forte progression
La dépendance nette aux importations est passée de −5,4 % en 2015 à +33,3 % en 2025. En 2020, elle avait brièvement atteint un pic négatif (−124,6 %), l'UE étant alors massivement exportatrice nette — probablement sous l'effet de la pandémie, qui a déprimé les importations plus que les exportations. Le rebond post-pandémique a été brutal : en trois ans (2022–2025), l'UE s'est retrouvée structurellement dépendante des fournisseurs tiers pour ce type de vêtements.
2. Recomposition géographique des échanges
2.1. La Chine, premier fournisseur stable mais en perte de parts
La Chine demeure le premier fournisseur extra-UE de la nomenclature 6211, avec des importations passant de 575 M€ à 665 M€ (+15,5 %). Toutefois, sa part relative tend à s'éroder face à la montée de concurrents asiatiques. La Chine reste le partenaire le moins volatil du côté des importations (coefficient de variation de 0,064), ce qui témoigne de la stabilité structurelle de cette relation commerciale.
2.2. La montée en puissance du Bangladesh et du Vietnam
Deux fournisseurs émergents ont connu une croissance spectaculaire :
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Évolution (%) | CV |
|---|---|---|---|---|
| Bangladesh | 46 | 162 | +254 % | 0,55 |
| Vietnam | 71 | 111 | +56 % | 0,59 |
La croissance du Bangladesh (+254 %) est la plus forte de tous les partenaires. Ce pays s'est imposé comme une alternative compétitive à la Chine dans le textile-habillement, bénéficiant de coûts de main-d'œuvre inférieurs et d'un accès préférentiel au marché européen. Le Vietnam, bien que moins dynamique, a presque doublé ses ventes à l'UE.
2.3. Les fournisseurs de la rive sud de la Méditerranée : stabilisation et liens historiques
La Tunisie, le Maroc et la Turquie restent des fournisseurs importants, ancrés dans des chaînes d'approvisionnement de proximité :
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Évolution (%) | CV |
|---|---|---|---|---|
| Tunisie | 186 | 208 | +11,8 % | 0,10 |
| Maroc | 113 | 158 | +39,8 % | 0,08 |
| Turquie | 54 | 112 | +107 % | 0,48 |
Le Maroc et la Tunisie affichent une volatilité très faible (CV < 0,11), signe de relations commerciales matures et de contrats à long terme. La Turquie a doublé ses ventes mais avec davantage de fluctuations (CV = 0,48).
2.4. Des marchés d'exportation redéfinis
Côté exportations, les principaux débouchés extra-UE ont évolué de manière contrastée :
| Destination | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 143 | 172 | +20,0 % |
| Suisse | 100 | 195 | +94,1 % |
| États-Unis | 182 | 176 | −3,5 % |
| Ukraine | 22 | 61 | +180,7 % |
| Chine | 150 | 57 | −61,6 % |
Le Royaume-Uni et la Suisse sont devenus les deux premiers débouchés extra-UE, la Suisse connaissant la plus forte progression (+94 %). La chute des exportations vers la Chine (−61,6 %) reflète sans doute la montée en gamme de la production locale chinoise et la réorientation des flux. L'Ukraine est devenue un marché en forte croissance (+181 %), avec un coefficient de variation très élevé (1,28) indiquant une forte instabilité — probablement liée à l'instabilité géopolitique.
2.5. Une concentration des approvisionnements en baisse
L'indice de concentration HHI des importations (en valeur) est passé de 1 775 à 1 521 (−14,3 %). Ce niveau reste modéré et traduit un marché peu concentré, où aucun fournisseur ne domine excessivement. La diversification des sources d'approvisionnement vers le Bangladesh et le Vietnam a contribué à cet assouplissement.
À l'exportation, l'HHI est passé de 678 à 762 (+12,4 %), suggérant une légère concentration des débouchés — cohérente avec le poids croissant de la Suisse et du Royaume-Uni.
3. Transformation des segments de produits : volume contre valeur
3.1. Les fibres synthétiques pour femmes, segment dominant des importations
La ventilation par sous-produit révèle que le segment 621143 (vêtements en fibres synthétiques ou artificielles pour femmes/fillettes) domine les importations, tant en volume qu'en valeur :
| Sous-produit | Volume import 2025 (t) | Valeur import 2025 (M€) | Part de la valeur import |
|---|---|---|---|
| 621143 — Fibres synthétiques, femmes | 30 901 | 775 | 38 % |
| 621133 — Fibres synthétiques, hommes | 19 455 | 420 | 21 % |
| 621142 — Coton, femmes | 11 135 | 246 | 12 % |
| 621132 — Coton, hommes | 8 465 | 164 | 8 % |
| 621111 — Maillots de bain, hommes | 6 759 | 168 | 8 % |
| 621149 — Autres matières, femmes | 2 587 | 106 | 5 % |
| 621112 — Maillots de bain, femmes | 1 496 | 61 | 3 % |
Les fibres synthétiques (621143 + 621133) représentent ainsi près de 60 % de la valeur des importations extra-UE, confirmant la prédominance de ces matières dans le segment sportswear global.
3.2. Une production européenne en repli marqué
Les données PRODCOM montrent une contraction dramatique de la production intra-UE :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Production (pièces) | 210,6 M | 63,5 M | −69,9 % |
| Production (valeur, M€) | 1 557 | 1 259 | −19,2 % |
La chute de près de 70 % du nombre de pièces produites est considérable. La baisse en valeur (−19,2 %) est moindre, ce qui suggère que la production résiduelle européenne se concentre sur des segments à plus haute valeur ajoutée. La spécialisation européenne demeure limitée : l'Espagne (RSCA = 0,41) et la Pologne (RSCA = 0,39) sont les seuls pays membre présentant un avantage comparatif significatif, tandis que l'Irlande (RSCA = −0,85) et la Slovénie (RSCA = −0,57) affichent les indices les plus faibles.
3.3. L'effondrement des prix à l'exportation : un changement de nature du commerce
Le phénomène le plus remarquable de la période est la chute des prix à l'exportation, particulièrement prononcée sur certains sous-produits :
| Sous-produit | Prix export 2015 (€/t) | Prix export 2025 (€/t) | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| 621149 — Autres matières, femmes | 145 521 | 43 667 | −70,0 % |
| 621111 — Maillots de bain, hommes | 76 173 | 131 996 | +73,3 % |
| 621132 — Coton, hommes | 34 785 | 21 819 | −37,3 % |
| 621133 — Fibres synthétiques, hommes | 37 382 | 47 490 | +27,0 % |
| 621142 — Coton, femmes | 30 272 | 15 893 | −47,5 % |
| 621143 — Fibres synthétiques, femmes | 39 780 | 28 686 | −27,9 % |
Le segment 621149 (autres matières textiles pour femmes) a vu son prix d'exportation divisé par plus de trois. Ce segment, qui inclut des vêtements en laine et d'autres matières nobles, a probablement subi un basculement vers des produits de moindre valeur unitaire. À l'inverse, les maillots de bain masculins (621111) ont vu leur prix augmenter de 73 %, suggérant une montée en gamme de l'offre européenne sur ce créneau de niche.
Les chocs détectés confirment cette instabilité des prix : un pic de prix sur les exportations vers le Pakistan en 2020 (+460 %) et une chute des prix vers la Russie en 2021 (−55,7 %), probablement liée aux sanctions et à la dépréciation du rouble.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des vêtements de sport (CN 6211) a subi une triple transformation. Premièrement, l'Union européenne est passée d'une position d'exportateur net à celle d'importateur net, avec un déficit commercial de 757 M€ en 2025 et un taux de dépendance aux importations de 33 %. Deuxièmement, l'approvisionnement s'est diversifié géographiquement, avec la montée fulgurante du Bangladesh (+254 %) aux côtés de fournisseurs historiques comme la Chine et la Tunisie. Troisièmement, l'érosion des prix à l'exportation (−51,5 % en moyenne) combinée à l'effondrement de la production intra-UE (−70 % en pièces) suggère un déplacement structurel de la production vers des pays à moindre coût.
Les segments en fibres synthétiques, qui représentent la majorité du commerce, illustrent bien cette dynamique : des volumes importants mais des prix sous pression. Seuls quelques niches — comme les maillots de bain masculins — conservent une dynamique prix positive. L'UE demeure compétitive sur les débouchés de proximité (Suisse, Royaume-Uni) mais a perdu du terrain sur les marchés lointains. La spécialisation de certains États membres (Espagne, Pologne) dans l'exportation de ces vêtements n'est pas suffisante pour contrebalancer le déficit structurel de l'ensemble de l'Union.