Évolution du marché : Survêtements de sport (CN 621143) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 621143 recouvre les survêtements de sport (trainings) et autres vêtements non dénommés ailleurs, en fibres synthétiques ou artificielles, pour femmes ou fillettes (hors bonneterie). Ce segment, qui englobe notamment les vêtements de travail, les parties supérieures et inférieures de survêtements, ainsi que les ensembles complets, constitue un indicateur pertinent des dynamiques commerciales de l'industrie textile européenne. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a connu une transformation profonde de ses flux d'échanges avec le reste du monde, marquée par une dépendance accrue aux importations, un recul significatif de la production domestique et une recomposition géographique des partenaires commerciaux. Ce rapport propose une analyse structurée de ces évolutions, en s'appuyant sur les données de commerce extérieur de l'UE.
1. L'accélération de la dépendance aux importations et la recomposition géographique des approvisionnements
1.1 Une croissance soutenue des importations malgré des chocs conjoncturels
Sur l'ensemble de la période, les importations extra-UE de la position 621143 ont progressé de 619 millions d'euros en 2015 à 775 millions d'euros en 2025, soit une hausse de +25,2 % en valeur. En volume, la progression atteint +15,8 %, passant de 26 676 tonnes à 30 901 tonnes, tandis que le prix moyen à l'importation s'est apprécié de 8,0 % (de 23 205 à 25 070 EUR/t).
| Indicateur | 2015 | 2020 (creux) | 2022 (pic) | 2025 | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Valeur (M EUR) | 619 | 611 | 854 | 775 | +25,2 % |
| Volume (tonnes) | 26 676 | 26 082 | 32 299 | 30 901 | +15,8 % |
| Prix moyen (EUR/t) | 23 205 | 21 410 | 27 556 | 25 070 | +8,0 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
L'année 2020 marque un point bas conjoncturel (611 M EUR), lié aux perturbations de la pandémie de COVID-19, avant un rebond spectaculaire en 2021–2022 porté par la reprise de la demande et des tensions sur les prix. Le pic de 854 millions d'euros en 2022 reflète à la fois une hausse des volumes et un effet prix significatif.
1.2 La Chine demeure le fournisseur dominant, mais de nouveaux acteurs émergent fortement
La Chine conserve une position hégémonique sur ce segment, avec des importations passant de 271 millions d'euros à 302 millions d'euros (+11,5 %). Toutefois, sa part relative tend à se stabiliser, alors que plusieurs fournisseurs de la rive sud de la Méditerranée et d'Asie du Sud connaissent des trajectoires de croissance bien plus dynamiques.
| Fournisseur | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation (%) | Coeff. de variation |
|---|---|---|---|---|
| Chine | 271 | 302 | +11,5 % | 0,085 |
| Maroc | 59 | 75 | +28,0 % | 0,091 |
| Inde | 77 | 38 | −51,0 % | 0,241 |
| Tunisie | 20 | 52 | +162,7 % | 0,216 |
| Bangladesh | 12 | 45 | +276,0 % | 0,284 |
| Turquie | 27 | 36 | +32,3 % | 0,400 |
| Pakistan | 8 | 15 | +86,9 % | 0,246 |
Source : Principaux partenaires par valeur
Trois dynamiques majeures se distinguent :
- L'effondrement de l'Inde (−51 %), qui perd sa deuxième place au profit du Maroc, témoigne d'une possible relocalisation de la production vers des bassins plus proches de l'UE ou des difficultés de compétitivité.
- La percée spectaculaire du Bangladesh (+276 %) et de la Tunisie (+163 %), qui s'imposent comme des fournisseurs de premier plan, reflétant la stratégie de diversification des grandes marques européennes vers des pays à coûts compétitifs ou bénéficiant d'accords commerciaux préférentiels (accord d'association UE-Tunisie, tout préférentiel SAARC pour le Bangladesh).
- La stabilité relative de la Chine (CV = 0,085, le plus faible des partenaires majeurs), qui reste le fournisseur incontournable malgré les tensions géopolitiques et la hausse des coûts de production.
1.3 Une concentration des importations en légère diminution
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) calculé sur la valeur des importations est passé de 2 276 à 2 034 (−10,6 %), indiquant un mouvement de diversification modéré des sources d'approvisionnement. L'Indice de dépendance nette aux importations a connu une évolution spectaculaire : de 5,7 % en 2015, il atteint 39,4 % en 2025, soit une multiplication par près de 7. Ce chiffre traduit une vulnérabilité structurelle croissante de l'UE sur ce segment textile.
Source : Concentration HHI · Dépendance nette aux importations
2. Le déclin de la production européenne et l'érosion du tissu exportateur
2.1 Un effondrement de la production intra-UE
Les données PRODCOM révèlent un recul dramatique de la production européenne de survêtements et vêtements synthétiques pour femmes et fillettes. En volume, la production est passée de 50 millions de pièces en 2015 à 23,5 millions de pièces en 2025, soit une contraction de −53,1 %. En valeur, le repli est de −12,5 % (de 345 à 302 millions d'euros), ce qui indique une montée en gamme partielle des productions résiduelles.
| Indicateur | 2015 | Minimum | Maximum | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| Production (M pièces) | 50,0 | 19,7 | 103,3 | 23,5 | −53,1 % |
| Production (M EUR) | 345 | 150 | 367 | 302 | −12,5 % |
Source : Volumes de production
La chute conjoncturelle de 2020 (environ 20 millions de pièces) illustre l'impact de la pandémie, mais la reprise post-COVID n'a pas permis de retrouver les niveaux d'avant-crise. Ce déclin prolongé s'inscrit dans le mouvement global de délocalisation de la production textile européenne vers des bassins à moindre coût de main-d'œuvre.
2.2 Des exportations en repli structurel, mais vers des marchés en mutation
Les exportations extra-UE ont diminué de 350 millions d'euros à 310 millions d'euros (−11,4 %) entre 2015 et 2025. Ce recul masque cependant une recomposition géographique significative des destinations.
| Destination | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation (%) | Coeff. de variation |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 48 | 68 | +41,3 % | 0,289 |
| Géorgie | 0,08 | 8,8 | +10 599 % | 1,065 |
| Algérie | 14,7 | 0,11 | −99,2 % | 1,730 |
| Suisse | 24 | 52 | +121,6 % | 0,110 |
| États-Unis | 31 | 55 | +76,8 % | 0,321 |
| Maroc | 4,0 | 1,2 | −70,4 % | 2,433 |
| Turquie | 16,6 | 16,5 | −0,2 % | 0,461 |
Source : Principaux partenaires exportateurs par valeur
Le Royaume-Uni (post-Brexit) et la Suisse consolident leur position de principaux débouchés, tandis que les États-Unis deviennent un marché de plus en plus important (+77 %). L'Algérie, autrefois troisième destination, s'est pratiquement effacée (−99 %). L'indice HHI des exportations a doublé (de 588 à 1 184), signe d'une concentration croissante sur un nombre réduit de marchés.
2.3 Une dégradation marquée des termes de l'échange à l'exportation
Le prix moyen à l'exportation a chuté de 39 780 EUR/t en 2015 à 28 686 EUR/t en 2025 (−27,9 %), alors que le prix moyen à l'importation progressait de 8 %. L'écart de prix entre importations et exportations s'est ainsi considérablement réduit, passant d'un ratio de 1,7:1 à 1,1:1. Cette convergence suggère un glissement des exportations européennes vers des segments à moindre valeur ajoutée, ou une pression concurrentielle accrue sur les marchés de destination.
Le solde commercial s'est dégradé de −269 millions d'euros à −465 millions d'euros (−72,6 %), creusant un déficit record en 2023 (−475 M EUR). Ce déficit traduit structurellement l'incapacité de la production et des exportations européennes à compenser la demande d'importations.
Source : Vue d'ensemble du commerce
3. Spécialisation intra-européenne, chocs et vulnérabilité stratégique
3.1 Une spécialisation inégale au sein de l'UE
En 2025, les indicateurs d'avantage comparatif révèlent de fortes disparités entre États membres. La Pologne (RSCA = 0,53 ; RCA = 3,23), l'Espagne (RSCA = 0,47 ; RCA = 2,79) et la Lettonie (RSCA = 0,47 ; RCA = 2,81) présentent les niveaux de spécialisation les plus élevés dans la production et l'exportation de ce segment. À l'inverse, Malte (RSCA = −0,91), l'Irlande (RSCA = −0,81) et la Hongrie (RSCA = −0,74) sont les moins spécialisées.
| État membre | RSCA | RCA | Part de production dans l'UE |
|---|---|---|---|
| Pologne | 0,527 | 3,231 | 21,5 % |
| Lettonie | 0,475 | 2,806 | 0,9 % |
| Espagne | 0,472 | 2,788 | 16,2 % |
| Danemark | 0,320 | 1,940 | 3,3 % |
| Bulgarie | 0,123 | 1,280 | 0,8 % |
Source : Spécialisation des États membres
La Pologne et l'Espagne se distinguent comme les principaux pôles de production intra-UE, représentant ensemble plus de 37 % de la production européenne. Au sein de l'UE, la France (167 M EUR d'importations), l'Allemagne (158 M EUR) et l'Espagne (149 M EUR) constituent les trois plus grands marchés importateurs.
Source : Principaux États membres importateurs
3.2 Des chocs de prix ponctuels mais significatifs sur les flux d'exportation
L'analyse de la volatilité et des chocs d'approvisionnement révèle des épisodes de tension sur certains corridors commerciaux. Les principaux chocs identifiés touchent les exportations européennes :
| Entité | Type de choc | Flux | Date centrale | Variation (%) | Anomalie |
|---|---|---|---|---|---|
| Chine | Prix | Exportations | 2023 | +165,6 % | 82,2 |
| Mali | Prix | Exportations | 2022 | +1 371,6 % | 68,8 |
| Algérie | Prix | Exportations | 2020 | +684,2 % | 51,3 |
Source : Chocs d'approvisionnement
Le choc sur les exportations vers la Chine en 2023 (anomalie de 82,2) pourrait refléter une recomposition des flux commerciaux liée aux tensions géopolitiques et aux restrictions d'accès au marché. Les forts coefficients de variation observés pour les exportations vers le Maroc (CV = 2,43), le Mali (CV = 3,18) et la Tunisie (CV = 1,95) confirment la volatilité structurelle des marchés d'Afrique du Nord et subsahariens.
Du côté des importations, la Chine (CV = 0,085) et le Maroc (CV = 0,091) présentent la plus grande stabilité, tandis que la Turquie (CV = 0,400) et le Bangladesh (CV = 0,284) offrent des approvisionnements plus volatils.
Source : Volatilité
3.3 Des indicateurs de vulnérabilité en nette détérioration
Trois indicateurs clés synthétisent la vulnérabilité structurelle de l'UE :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | 5,7 | 39,4 | +585,8 % |
| Intensité commerciale (%) | 175,6 | 144,6 | −17,7 % |
| Propension à exporter (%) | 287,9 | 312,9 | +8,7 % |
Source : Dépendance nette · Intensité commerciale · Propension à exporter
La dépendance nette aux importations est le signal d'alerte le plus marquant. Son passage de 5,7 % à 39,4 % signifie que l'UE est passée d'une situation de quasi-autonomie à une dépendance significative en l'espace d'une décennie. L'intensité commerciale diminue (−17,7 %), suggérant que le commerce de ce segment se concentre davantage au sein d'un nombre réduit de corridors. En revanche, la propension à exporter progresse légèrement (+8,7 %), indiquant que les exportateurs européens restent actifs sur les marchés internationaux, mais dans un contexte de déficit commercial croissant.
La segmentation par sous-produits confirme que la catégorie dominante à l'importation comme à l'exportation est le code 62114390 (vêtements n.d.a. en fibres synthétiques), qui représente à lui seul plus de 80 % de la valeur des échanges, confirmant la concentration du marché sur ce segment générique.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des survêtements et vêtements en fibres synthétiques pour femmes et fillettes (CN 621143) a connu une triple transformation :
-
Une dépendance structurelle aux importations, portée par la Chine mais de plus en plus diversifiée vers la Tunisie, le Bangladesh et le Pakistan, avec un indice de dépendance nette multiplié par sept.
-
Un recul accéléré de la production européenne (−53 % en volume), qui a creusé le déficit commercial à 465 millions d'euros en 2025, malgré le maintien de quelques pôles de spécialisation en Pologne et en Espagne.
-
Une érosion de la valeur ajoutée à l'exportation (prix moyen −28 %), combinée à une concentration croissante des débouchés sur un nombre limité de marchés (Royaume-Uni, Suisse, États-Unis).
Ces dynamiques soulèvent des questions d'autonomie stratégique pour l'industrie textile européenne. La montée en puissance de fournisseurs méditerranéens (Maroc, Tunisie) et asiatiques (Bangladesh), couplée à l'effondrement de la production intra-UE, dessine un paysage où l'Europe demeure un marché de consommation majeur mais de plus en plus dépendant de chaînes d'approvisionnement extérieures. Les chocs de prix observés sur certains corridors d'exportation et la volatilité de certains fournisseurs émergents rappellent les risques associés à cette configuration commerciale.